Dernièrement, lors d’une discussion, quelqu’un a affirmé devant moi « nous allons travailler de plus en plus avec les robots. De toute manière ils sont déjà là ». Ce a quoi quelqu’un d’autre a répliqué « Non. On ne va pas travailler avec eux, il vont travailler, point à la ligne. La question est de savoir comment les humains vont pouvoir gagner de l’argent sans travailler ».

Ce qui pose la question des relations de travail entre les hommes et les robots. Un sujet qui aurait paru surréaliste il y a quelques années mais qui s’applique aujourd’hui à un futur proche et, pour certains, constitue d’abord leur présent. Petite précision avant de commencer : par robot on n’entend pas exclusivement le « robot » machine physique tel qu’on le connaît depuis les débuts de la science-fiction mais aussi le « robot logiciel », qui relève davantage de l’intelligence artificielle. Les deux pouvant bien sur s’additionner.

Le meilleur n’est pas l’homme ou la machine mais l’homme qui sait utiliser la machine

La question de savoir qui de l’homme ou du robot était le « meilleur » est devenue autre chose qu’un débat de prospective le jour où pour la première fois un robot a battu un être humain à un jeu d’intelligence et de réflexion. On parle là de la défaite de Kasparov face à l’ordinateur Deep Blue d’IBM. Etait-ce le début de la suprématie de la machine sur l’Homme ? Pas vraiment. D’abord parce que Deep Blue n’était pas « intelligent » au sens humain du terme : il ne tenait sa supériorité que de sa capacité à calculer et envisager davantage de scénarios que son adversaire humain, mais en aucun cas de sa créativité. Par la suite des étudiants ont réussi à battre des super ordinateurs en utilisant des ordinateurs « normaux », montrant que la puissance cumulée des hommes et des machines était supérieure à celle de la machine la plus puissante.

De là le principe, toujours valide à mon avis, que l’avenir n’est pas à la compétition entre l’homme et la machine mais à la collaboration entre les deux. Il est donc plus approprié de parler de « travailler avec les machines » que de remplacement de l’homme par la machine. Et ce même si la machine a beaucoup changé depuis Deep Blue. Si le sujet vous intéresse je vous suggère la lecture de Race Against the Machine ou The Second Machine Age.

Le robot, plus collègue que rival

Si Deep Blue n’était que puissance brute, son héritier est doté de la capacité d’apprendre et de vivre dans un monde où la décisions n’est pas binaire, bien/mal, oui/non. Il sait élaborer des probabilités, trouver des corrélations entre des éléments, comprend notre langage naturel et ressemble, de loin, un peu plus à un cerveau humain (un peu plus ne veut pas dire qu’il en soit proche).

Cet héritier se nomme Watson et est lui aussi le produit du travail des ingénieurs d’IBM. Son fait d’arme est d’avoir battu des humains au jeu télévisé Jeopardy où l’enjeu n’est plus la puissance de calcul brute mais la capacité à comprendre le sens et le lien entre différentes informations.

Avec de telles capacités on peut légitimement douter de la pérennité du partenariat homme/machine. Car Watson n’est que le chef de file d’une tendance qui prend chaque jour davantage d’ampleur. Je ne ferai pas rentrer SIRI dans cette catégorie car il limité à un certain nombre d’opérations prédéfinies mais on regardera avec intéret Facebook M ou, encore davantage, VIV, le nouveau projet des créateurs de SIRI.

Mais là encore le robot n’est pas prêt de se passer d’humain. Qu’on parle de Watson, de M ou VIV, aujourd’hui ils ne valent pas grand chose sans avoir été instruits, éduqués…par des humains. Sans interactions avec des formateurs et utilisateurs humains ils manquent de carburant.

Et pour ce qu’on voit des cases d’usage actuels, principalement pour Watson qui est le plus « professionnel » et le plus avancé de la bande, les robots se positionnent davantage comme des assistants que comme des remplaçants. Le robot est donc bien au service du professionnel.

Les robots sonnent le glas des assistants

A condition de bien rester sur l’acception anglo-saxonne de professionnel, « professional » avec ce qu’elle comporte de talent et de connaissances spécifiques. Il y a une différence entre avoir un travail, un métier, une profession et être un professionnel.

Si certains ont à craindre des robots ce sont les « non-professionnels » qui effectuent une tâche routinière sans créativité. A commencer par les assistants, sous toutes leurs formes comme on vient de le voir. L’assistant du médecin avec Watson, l’assistant personnel avec Watson intégré dans IBM Verse. Et si vous ne pouvez vous offrir un Watson, Julie Desk gérera votre agenda pour moins de 50 euros par mois. C’est déjà un bon début. Et dans les cabinets d’avocats ce sont les assistants de recherche qui commencent à s’inquiéter pour leur travail.

De manière générale ça n’est pas le niveau d’étude requis qui empêchera une machine de faire votre travail un jour, de vous remplacer après vous avoir assisté. C’est le caractère routinier vs créatif de votre travail. Un coiffeur a plus de chances de s’en sortir d’un expert comptable.

Il faut devenir plus créatifs et apprendre à travailler avec les robots

Je ne pense pas que les robots remplaceront tous les emplois mais une partie croissante d’entre eux. Seuls les créatifs au sens large du terme sont à l’abri. Pour les autres jobs, la question se pose. Mais de toute façon cela s’inscrit dans l’évolution des postes, sans que malheureusement la prise de conscience soit aussi claire au niveau du système éducatif. Et sans qu’il soit clair non plus que notre société soit prête à gérer la transition vers un monde ou le revenu n’est plus lié à l’emploi mais à l’activité.

Je ne pense pas que cette révolution arrivera aussi vite qu’on l’annonce mais ça n’est pas une raison pour ne pas s’en préoccuper.

En attendant le travailleur humain va devoir se développer dans deux directions . La première est développer ses compétences et se déplacer dans l’échelle de créativité pour être le moins exposé possible. Pas évident quand on a déjà 20 ans de carrière. La seconde est d’apprendre à réellement faire équipe avec des machines et collaborer avec elles.

Alors, revenons à la question de départ. Va-t-on collaborer avec les robots ? Vont ils se passer de nous. Ce sera un mix entre les deux mais une chose est sure, celui qui ne parviendra pas à travailler avec eux risque de sortir de l’équation plus vite que les autres.

La priorité à court terme est bien d’améliorer la collaboration homme/machine, pas les mettre en compétition.

Crédit Image magicinfoto / Shutterstock.com

 
  • Excellent post, tu voulais dire « gagner de l’argent SANS travailler » (et non DANS) ? Je dois dire, que nous allons devenir des assistants de ces robots et algorithmes, plus rapides, plus performants, à cause non pas de leur « intelligence », mais de leur capacité en vitesse et intégration de volumes de données. Je vos entends hurler d’ici… Mais c’est déjà le cas, « prenez la prochaine à droite ! », qui obéit à qui ?
    La question est « qui va contrôler » ces algorithmes: « Program or be programmed »
    Le RBI est la seule issue possible à mon avis, pour libérer l’humain de l’esclavagisme moderne, plus de 70% des salariés ne sont pas « heureux » au travail.
    Et que cherchons-nous, la richesse, ou le bonheur ? L’argent ne fait pas le bonheur, a probablement été imaginé par un riche. Le manque d’argent, et les dettes, vont toutefois présenter un sérieux coup de frein pour obtenir la béatitude !

  • Olivier Berard

    La notion de compétition dont tu parles est avant tout aussi un mouvement sociétal. La plupart des machines (robots intelligents ou pas) remplace progressivement des postes sans trop de valeur ajoutée ou dans des conditions de travail peu épanouissante (caissière / caisse automatique). Il y a bien compétition les personnes concernées voyant d’un mauvais oeil se remplacement à court terme (chômage) alors qu’à moyen terme le bénéfice devrait être collectif, c’est à dire pour tous (en comparaison nous pouvons prendre la machine à imprimer qui a supprimer le recopiage par l’homme et permis une plus large diffusion de la connaissance).
    conclusion de mon commentaire : comme sur de nombreux il nous faut réfléchir dès aajourd’hui à ce que sera demain…

    Super post et au plaisir d’echanger sur ce sujet 😉

    • Quand les robots vont rapidement remplacer les médecins généralistes, les légistes, les notaires, je me demande si nous parlerons encore de « postes sans trop de valeurs ajoutées », d’ici 15 à 20 ans, maximum. Nous reparlerons alors de ces réflexions que nous aurions dû réfléchir « avant »… Si j’avais su… Tout à fait d’accord avec la nécessité d’y penser « Maintenant », et d’anticiper « au mieux ». J’ai créé http://www.CloudReady.ch pour cet unique objectif, et maintenant, pour créer des actions comme: http://www.quotient.digital, http://www.openlocal.ch, http://www.responsibility.digital, http://www.intergen.digital 🙂 Car observer et comprendre n’y suffira pas !

      • Y ajouter, le doublement de la population de plus de 65 ans ! Seule issue à mon avis, taxer le travail des robots et financer le Revenu de Base Inconditionnel (RBI). La fin du « salariat », et peut-être après tout, le début de la libération de l’homme de l’esclavage moderne ? Celui de devoir « être salarié » pour survivre dans ce monde. Il pourrait alors commencer à « vivre » ! Je suis un indécrottable optimiste 🙂

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  • antony galo

    il ne faut pas passer sous silence que la multiplication des robots
    industriels et leur adaptation très rapide à un grand nombre de tâches
    manufacturières ou logistiques exposent les travailleurs à des risques pour leur
    sécurité : ceci est d’autant plus accentué dans les cas des nouveaux robots
    collaboratifs qui partagent un même espace de travail, en réalisant des travaux
    avec les opérateurs.
    source : La prévention des risques de la robotisation industrielle : http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=546