Les nouvelles générations, Y, Z et demain je ne sais quoi continuent de susciter des débats passionnés même si certains de leurs membres  ne sont plus si « nouveaux » que cela et ont commencé à faire leur chemin dans l’entreprise. On lit tout et son contraire sur elles et même s’il existe une sorte de pensée unique qui fait que vous serez peu entendu si vous n’en dites pas ce que tout le monde a envie d’entendre, on arrive quand même à mettre la main sur certaines études qui remettent un peu les pied sur terre.

Mais plutôt que de génération Y ou Z c’est de la manière dont se déroulent nos vies professionnelles que je voudrais pour parler pour commencer. Si je devais avoir une approche très schématique de ce qu’on a connu jusqu’à présent je dirais que nous passons au travers de plusieurs étapes.

• 1°) On apprend

• 2°) On rentre dans la vie active et le choc avec ce qu’on a vécu en dehors est quand même important. Alors on essaie de moderniser tout ça, jouer avec les règles qui nous dérangent, faire un peu bouger les lignes. Et puis bien sur on arrive avec un regard nouveau sur son métier donc on voudrait tout améliorer, mettre au goût du jour. C’est aussi une époque où on se cherche donc on essaie pleins de choses, on innove, on part dans tous les sens, on cherche sa voie ou on essaie d’avoir confirmation qu’on a choisi la bonne.

• 3°) Ensuite on a des responsabilités. On nous demande de faire avancer des choses, des projets, des programmes. Et plus le temps passe plus l’enjeu devient important. Alors on se concentre sur ce qui compte, on est conscient qu’une carrière peut se jouer là, on délaisse le superflu et on fait en sorte que les choses avancent. Pas nécessairement de manière aussi innovante qu’on l’aurait voulu mais de manière pragmatique et réaliste. Cela engendre de la frustration parfois mais de moins en moins au fur et à mesure qu’on s’habitue.

On croit gagner du pouvoir alors qu’on ne gagne souvent que des responsabilités

Plus on avance plus les enjeux sont lourds et la marge de manœuvre réduite pour sortir des clous. Paradoxalement on est supposé avoir gagné du pouvoir entre temps mais on a surtout gagné des reponsabilités, le pouvoir étant en grande partie contrebalancé par le « système » autour de nous.

• 4°) Ensuite il est temps de « stabiliser ». Les espoirs de progression hiérarchique sont nuls ou limités (soit parce qu’on est au sommet soit parce qu’on ne peut pas le rejoindre). Le but est de durer le plus longtemps à « altitude constante ». On bouge alors surtout latéralement, de postes sur des sujets qu’on maitrise à  des postes sur des sujets qu’on découvre quasiment.

• 5°) Enfin on prépare la descente. Quelques années avant la retraite. On fait surtout attention à ceux qui poussent derrière, on garde la meute sous contrôle, on évite de se faire déborder. C’est une étape bizarre où certains sont sur la défensive, d’autres en pilote automatique et où d’autres redeviennent des poils à gratter innovants car ils n’ont plus rien à perdre.

Si l’on regarde nos Y ils sont en train de passer de l’étape 2 à l’étape 3 et cela se voit. Certains « pirates » que j’ai vu à la sortie de leurs études se sont aujourd’hui largement assagis et sont dans une logique de rationalisation de leur activité et de gestion de leur futur. Ils ont été remplacés par les Z en tant qu’empêcheurs de manager en rond.

A mon souvenir, les X ont joué le même rôle avant d’être promus. N’oubliez pas qu’on leur doit l’email pour tous (ou presque), le changement des dress codes etc.

Et les boomers que tout le monde critique aujourd’hui étaient les premiers à bousculer l’ordre établi quand ils sont rentrés sur le marché du travail.

On confond générations et étapes de la vie

Tout cela pour dire qu’il me semble que dans une très large proportion, on confond les générations et les étapes de la vie. Les Z sont ils ce qu’ils sont car ils sont Z ou parce qu’ils sont à une étape donnée. Peut être 20% du premier et 80% du second. Si les différences avec leurs ainés sont réelles (on est tous le produit de l’époque où on a grandi…mais cela a toujours été vrai), ils suivent le même parcours et les mêmes étapes.

Il suivent le même parcours mais avec des différences qu’on ne peut nier. Un marché de l’emploi en berne et une défian ce générale envers l’entreprise comme envers l’état sont le marqueur d’une époque et ceux qui n’ont connu que cette époque seront nécessairement différents de ceux qui ont connu autre chose. Les moyens de communication et les outils dont nous disposons font voler en éclat le théorème de Coase et la raison d’être de l’entreprise en tant que structure d’accueil indispensable à la réussite professionnelle. Aujourd’hui si l’entreprise ne convient pas on peut se construire tout seul à l’extérieur. Pour ne citer que quelques exemples.

Bref ces différences existent, expliquent un certain nombre de choses mais le fait est que les étapes de vie sont largement ignorées dans l’étude qu’on fait des jeunes générations alors qu’elles expliquent beaucoup de choses. J’aurais pu également faire un lien avec les étapes de la vie personnelle : quand on construit une famille et qu’arrive le premier enfant, l’appétence pour le risque professionnel tend à décliner chez beaucoup.

Les générations changent un peu, les étapes de la vie beaucoup

Si les générations changent tout de même mais pas autant que ce qu’on nous dit, ce qui semble évident c’est que les étapes de la vie sont, elles largement bouleversées.

• Fini l’époque où on apprenait pendant 20 ans pour travailler 40 ans. Aujourd’hui après avoir du se former régulièrement on doit désormais se former continuellement. Cette étape devient donc quasiment sans fin sous peine d’obsolescence rapide des compétences. Et vu la fragilité de l’emploi, mieux vaut veiller à son employabilité en permanence.

• L’innovation n’est plus la chasse gardée de ceux qui ont la jeunesse et la fraicheur d’esprit pour ça.  Vieillir sans être capable d’apporter des solutions nouvelles en permanence c’est prendre le risque de se retrouver hors jeu rapidement.

• L’âge de la retraite recule. On peut sauver les meubles et se laisser glisser pendant 2 ou 3 ans, pas 10 ans. Cette dernière étape ne va donc pas s’allonger et va même se réduire. En contrepartie ce sont les étapes d’avant qui vont s’allonger alors qu’on a d’ailleurs vu qu’elles allaient se superposer de plus en plus.

L’avenir n’est ni la génération Y ou Z mais l’intrapreneur peu importe son âge.

Conclusion, il va falloir durant la quasi totalité de sa carrière avoir à la fois l’envie d’apprendre et de bousculer les choses d’un jeune, et la maturité d’un moins jeune dans la conduite des affaires. Serait-ce la définition de l’intrapreneur que les entreprises érigent, par ailleurs, en modèle du salarié de demain ?

Ca n’est pas une affaire de générations mais une condition de survie professionnelle même s’il est sur que ceux qui n’ont connu que ce contexte n’ont pas à s’adapter.

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