On parle beaucoup de Digital RH mais le concept reste encore très mal défini. Au mieux un immense fourre-tout dans le quel on met tous les sujets qu’on aimerait que la technologie règle sans que l’humain ne se « mouille » trop, au pire une vision très orientée infrastructure qui finit par un « j’ai mis mon SIRH dans le cloud ».

C’était d’ailleurs ce qui m’avait un peu chagriné lors de l’édition Parisienne de HRTech World à l’automne dernier : de nouvelles pratiques RH demandent bien sur de nouveaux outils et de nouveaux environnements mais au delà du « on a fait le première étape, on est passé dans le cloud »,  j’avais bien du mal de voir quelles étaient la vision et l’ambition qui étaient derrière tout cela.

Changement de décor lors de la « Spring Edition » Londonienne de HRTech World en mars dernier. Le discours revient sur la stratégie RH et en essayant de trouver le dénominateur commun à toutes les interventions on a de quoi donner un minimum de sens au « Digital RH ». Le Digital RH n’est ni plus ni moins que le fait de rendre les RH utiles.

L’efficacité des RH profite surtout aux RH

Parce qu’elles ne l’étaient pas jusqu’à présent ? En fait j’en reviens à un point de vue que j’ai maintes fois développé sur ce blog (et pas uniquement pour la fonction RH d’ailleurs) et qui fait d’ailleurs mouche à chaque fois que je l’évoque lors d’une conférence : comme beaucoup de services, fonctions et process internes, les RH ont optimisé leur propre efficacité, à leur propre service, en perdant souvent de vue leur client interne qui est le collaborateur. Au final cela fonctionne très bien d’un point de vue interne mais ne rend pas le service escompté au client final.

Alors même si le terme n’a pas été utilisé in extenso, l’orientation client est donc à la base d’une approche digital RH. (Voir à ce sujet mon interview d’Anne Boucher ). Et le propre d’une approche client c’est de résoudre les problèmes du client en question plutôt que lui demander de résoudre les votres (où l’on revient à la question de concevoir des process pour ceux qu’ils servent ou pour ceux qui les exécutent). D’où le fait de penser les RH en termes d’utilité.

Les process RH doivent être utiles aux collaborateurs.

Qui dit RH utiles dit management utile et le keynote de Simon Sinek sur le leadership a parfaitement donné le ton à ces deux jours. Qu’est ce que le leadership ? Qu’est ce qu’un leader ? C’est une personne qui crée une zone de sécurité pour ses équipes, pour qu’elles travaillent sereinement, osent, innovent sans avoir en permanence peur de recevoir un coup de poignard dans le dos. Un bon leader c’est celui qui va prendre les coups pour ses équipes. C’est en créant une telle zone de sécurité qu’un leader est utile à ses équipes et à l’entreprise.

Tout à fait à l’opposé de ce qu’on voit trop souvent dans des entreprises où l’on confond management et leadership et où l’objectif est de monter suffisamment haut pour que d’autres prennent les coups à sa place.

On retrouve cette utilité des RH dans les propos de Josh Bersin et ses 7 conseils pour une approche digitale du travail. Avoir des outils RH simples, évaluer le collaborateur en temps réel et en permanence pour lui permettre de s’améliorer en temps réel et en permanence, permettre de se former en continu et à la demande… autant de pratiques qui peuvent sembler pesantes pour l’entreprise mais qui servent le seul objectif qui vaille : être utiles au collaborateur pour faire son travail et se développer.

Avant d’être un choc technologique, le digital RH est donc avant tout une nouvelle approche reposant sur l’utilité, ce qui sous entend orientation client et  simplification.  Simplification qui semble bien être une constante de la transformation digitale.

Les RH en mode design thinking

La révolution digitale des RH partira donc de la manière dont on conçoit la fonction et dont on conçoit ses services et processus. Là encore rien de neuf mais une évidence : les RH ne pourront éviter ce mouvement de consumérisation qui touche toutes les fonctions internes. Cela n’est pas pour rien que le design thinking connait un succès grandissant dans les entreprises et va bien finir par prendre la direction des ressources humaines d’assaut là où ça n’est pas encore fait.

Si beaucoup se demandent à quoi servent et vont servir les RH dans une entreprise consumérisée et ubérisée peut être que pour trouver la réponse il faut commencer par poser la bonne question : qui les RH servent-elles ? La réponse administrée tout au long des différentes keynotes et études de cas qui ont jalonné ces deux jours me semble relativement claire et marque une rupture notable avec ce que j’avais entendu à Paris en octobre : on passe d’une culture RH centrée…sur les RH à une culture RH centrée sur les employés. Et ça n’est pas un mal.

En attendant, vous pouvez déjà bloquer les 25 et 26 octobre 2016 dans votre agenda pour HRTech World Congress Paris.

Crédit Photo : Useful by TungCheung via Shutterstock