Transformation digitale rime souvent avec expérience client et les chantiers prioritaires partent souvent du coté du marketing et de la relation client. Quoi de plus normal : il s’agit de la partie la plus visible des choses, celle qui montre qu’on fait quelque chose. Sachant que le but d’une entreprise est de créer et conserver des clients, c’est aussi un domaine où le ROI est certainement le moins dur à démontrer ou en tout où son explication est la moins alambiquée. Et puis reconnaissons le, il est plus facile de s’enthousiasmer sur des initiatives qui en mettent pleins les yeux que sur des sujets tout aussi importants mais beaucoup plus rébarbatifs de prime abord.

C’est le sujet de ce billet. Une partie de la transformation digitale beaucoup moins connue du grand public mais qui est aussi au moins stratégique et rémunératrice que les initiatives orientées client et que nous allons étudier au travers d’un récent rapport de chez PWC , intitulé : Industry 4.0 : Building the digital enterprise.

Bienvenue dans la 4e révolution industrielle

D’abord qu’entendons nous par Industrie 4.0 ? C’est la 4e révolution industrielle. La 3e (Industry 3.0) ayant principalement concerné l’automatisation, la 4e concerne, elle, la digitalisation des actifs physiques de bout en bout et l’intégration dans des écosystèmes faits de partenaires au sein d’une chaîne de valeur. Si cela vous fait penser à ce qu’on appelle par ailleurs l’économie des plateformes cela n’a rien d’un hasard.

Donc selon PWC voici ce qu’implique cette 4e révolution industrielle :

1°) Digitalisation et intégration des chaînes de valeur horizontales et verticales. Verticalement cela concerne en interne tous les process de production, l’objectif étant bien sur de rendre toutes les données accessibles en temps réel pour optimiser. Horizontalement cela concerne l’intégration avec fournisseurs, clients et tous les acteurs clés de la chaîne de valeur.

2°) Digitalisation de l’offre de produit et de service. Cela peut être l’extension de produits existants (ajouts de capteurs pour capter la data) ou la création de produits nouveaux totalement digitalisés.

Création de valeur dans l'industrie 4.0

3°) Business models digitaux. Le plus souvent ces modèles génèrent des revenus additionnels en offrant au client l’accès à des plateformes intégrées, ou des services de data.

Source : PWC
Source : PWC

 

L’industrie 4.0 : plus qu’un buzzword

En matière de digital l’expérience amène à apprendre à se méfier du dernier buzzword à la mode. Qu’en est il ici ?

Le rapport montre qu’après avoir été un mot à la mode en 2013, les investissements sont arrivés et l’action a succédé à la parole. Les objectifs en termes de portfolio produit et de chaîne de valeur digitalisée à 5 ans sont ambitieux et la raison en est simple. Les entreprises les plus avancées arrivent à la fois à diminuer leurs coûts et augmenter leurs revenus et ne sont donc plus obligées de choisir entre les deux comme dans d’autres types de projets digitaux.

Autre bénéfice constaté : la capacité à tisser un lien fort avec le client final. N’oublions pas qu’à l’ère de la donnée perdre le lien avec le client final c’est non seulement perdre une source d’intelligence mais en plus se la voir confisquée par d’anciens partenaires qui deviennent quasiment des compétiteurs. Ce qui pouvait être sans importance avant n’est plus acceptable aujourd’hui d’où cet empressement de nombreux acteurs B2B à utiliser l’approche plateforme pour « toucher » le client final ou partager la data avec ceux qui le font.

Source PCW
Source PWC

Les données sont bien évidemment au cœur de l’industrie 4.0. Souvenez vous de la célèbre phrase du patron de GE, Jeff Immelt : « vous allez vous coucher comme une entreprise industrielle et vous réveiller comme une entreprise de logiciel et d’analytics » qui résume parfaitement la situation. Si les leaders commencent à très bien exploiter les données dans le décisionnel un autre challenge est plus difficile à relever : à partir du moment où on partage les données dans un écosystème se pose la question de la confiance. Une confiance à deux niveaux : dans le partenaire (que va-t-il en faire) et dans la technologie (est elle sécurisée).

Mais sans surprise le vrai challenge n’est pas technologique mais humain et culturel. La technologie existe, la culture et les compétences nécessaires à comprendre à quoi elle sert et comment la mettre en œuvre sont plus rares. Mais le potentiel est tentant et les entreprises vont investir de plus en plus : plus de 100 milliards de dollars par an jusque 2020 a minima avec une attente de retour sur investissement en deux ans ou moins.

ROI de l'industrie 4.0

Comment devenir une « industrie 4.0 » ?

L’étude propose ensuite une roadmap vers l’industrie 4.0, beaucoup plus traditionnelle que ne l’est le sujet.

1°) Etablir sa stratégie. Cela peut sembler évident mais encore faut le rappeler. Etablir des priorités à 5 ans est une chose mais beaucoup s’arrêtent là sans se préoccuper de l’alignement avec la stratégie globale ni du fait que ce sont aux dirigeants d’incarner cette orientation nouvelle personnellement.

2°) Démarrer par des pilotes. L’essentiel est de commencer à travailler transversalement et d’accepter que certains pilotes puissent échouer. On peut accélérer par des partenariats externes. Voici une liste concrète d’initiatives à envisager

Pilotes Industrie 4.0
Source PWC

3°) Définir les capacités requises. Bien sur d’un point de vue partenaires et technologie mais le plus gros challenge reste le recrutement des talents nécessaires.

4°) Devenir un virtuose du data analytics. Notamment en allant le plus vite possible dans l’implémentation de la data dans le décisionnel.

5°) Devenir une entreprise digitale. Tout le monde, du haut en bas de l’entreprise, doit penser et agir comme un digital native. Mais est-ce réaliste ?

6°) Construire un écosystème de partenaires. Personne ne peut construire une offre complète seul donc il va falloir partager données et savoirs avec d’autres entreprises. Cette révolution culturelle n’est sûrement pas la plus simple à mettre en marche.

En conclusion je pense que c’est une étude à lire absolument dans le mesure où elle éclaire sur un sujet encore largement méconnu du grand public et même des entreprises qui foncent têtes baissées dans le marketing sans se soucier des opérations. Si la partie « implémentation » reste très traditionnelle – mais y a-t-il moyen de faire autrement – le reste apporte un éclairage très clair sur cette face cachée de l’entreprise digitale. Une face très prometteuse en termes de ROI.

On appréciera aussi le double niveau de lecture avec un « executive summary » qui permet une bonne compréhension globale sur sujet puis des chapitres où chaque point est traité très en détail de manière claire et chiffrée.

Bonne lecture.