Dans sa keynote d’ouverture lors du dernier HR Tech World de Londres, Ken Robinson nous a parlé de la créativité et de l’innovation en entreprise. Un sujet qui n’a plus rien de nouveau dès lors qu’on parle d’orientation client mais qui est souvent contre culturel quand on parle d’interne, de redesign d’organisation, de process et plus généralement d’orientation employé.

Pour Robinson, innovation et créativité nécessitent que les collaborateurs se réapproprient leur entreprise, leur métier. Se réapproprier ? Qu’est ce que cela signifie ? En quelque sorte livrer leur propre compréhension et interprétation de ce qu’est leur entreprise, ses valeurs, son monde de fonctionnement, de leur propre rôle, de la manière dont ils travaillent et contribuent à la réussite collective.

On ne crée pas avec une matière qu’on ne peut toucher et manipuler

On ne peut innover, proposer de nouvelles approches, manières de faire si on n’est pas en capacité de ressentir et travailler la matière première. J’oserai une comparaison avec certaines activités artistiques : si on ne sent pas à l’aise avec le toucher de la matière, si on a pas le droit de la manipuler, si on ne sent pas autorisé à la travailler pour livrer sa propre interprétation d’un sujet alors on n’innove pas.

S’approprier son entreprise et son métier c’est aussi se sentir concerné. Si l’avenir de l’un ou de l’autre ne nous concerne pas, si on a toujours eu l’impression de subir plutôt que de participer et être impliqué alors le futur ne nous concerne pas. Soit parce qu’on assume le rôle de victime, soit parce qu’on accepte d’être complice d’une triste fin, soit parce que dans sa tête on se projette déjà ailleurs. D’ailleurs beaucoup se projettent ailleurs car ils ont exercé leur capacité à innover pour leur propre compte mais savent qu’on ne les laissera jamais s’approprier le sujet…donc ils se projettent ailleurs, là où ils espèrent que leurs idées pourront prendre vie.

Mais dans beaucoup de cas le fait est qu’on considère que l’entreprise est une chose trop sérieuse pour être mise entre les mains des collaborateurs. Pour des choses anecdotiques oui, mais très rarement pour des sujets fondateurs et structurants. Savoir qui on est et ce qu’on fait c’est le rôle des dirigeants, savoir ce qu’est le métier des uns et des autres et comment ils le font  c’est le rôle des RH et des managers.

On invente plus souvent son futur avec ses clients que ses collaborateurs

Paradoxal car, à l’inverse, on a beaucoup de cas d’entreprises qui se sont réinventées avec leurs clients. L’exemple de Lego est peut être un des plus célèbres mais souvent les entreprises ont davantage tendance à inventer leur futur avec leurs clients qu’avec leurs collaborateurs. D’un coté cela est logique, mais il manque un pilier à la démarche si on attend ensuite un engagement total.

De manière générale, derrière l’idée de Futur du Travail se trouve l’idée de la consumérisation de l’entreprise. Cette consumérisation se retrouve dans les attentes et les comportements des collaborateurs en termes d’outils, services mais également en termes de modes opératoires. Ce qui signifie, entre autres, co-création et design thinking. Cela commence à faire son chemin en entreprise mais de manière un peu trop frileuse dès qu’on s’approche de sujets « sensibles ».

Derrière un sujet a priori nouveau, deux sujets bien connus depuis des lustres :

  • La confiance. Confiance de l’entreprise dans ses collaborateurs pour se réinventer. Confiance des collaborateurs dans l’entreprise pour oser proposer.
  • L’engagement sans lequel le futur de l’entreprise est le cadet des préoccupations des collaborateurs.

Sans cela même les meilleurs concepts et méthodologies ne donneront rien.

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