Suite à de nombreux commentaires positifs lus ici et là, j’ai récemment lu Socrate au pays des process de Julia de Funès.

Bien évidemment l’opposition proposée par le titre entre ce qui apparait souvent comme un objet froid, irrationnel, illogique et une réflexion empreinte de sagesse m’a attiré car il y a vraiment moyen d’avoir une vision décalée et ironique sur le sujet. Non que l’idée même du process soit critiquable mais que la manière dont cela est traduit dans les faits questionne souvent le bon sens commun.

Les caricatures de l’entreprise revisitées sous l’angle de la philosophie

En fait le titre est un peu réducteur car si le livre s’ouvre sur les process, ce sont tous les concepts à la mode de la culture et de la vie en entreprise qui sont traités les uns après les autres. On ira donc du process au big data en passant la deadline et le leardership. Si le livre est loin d’être exhaustif, l’auteur s’attaque donc à certains marqueurs forts du moment qui, reconnaissons le, sont autant de points au sujet desquels tout un chacun aime stigmatiser l’absurdité de la vie de l’entreprise.

On a donc un enchainement de parties très courtes, chacune traitant rapidement d’un sujet. Chacune peut se lire indépendamment des autres et l’ensemble se parcoure finalement très vite.

De la philosophie plus que de l’humour

On aurai pu s’attendre, vu le sujet et la nature parfois absurde de certains usages à une revue quelque peu ironique ou « poil a gratter » mais…non. L’auteur part d’une situation en entreprise souvent très réaliste et croustillante puis la décrypte sous l’ange purement philosophique en appelant à la rescousse les grands penseurs d’hier et d’aujourd’hui. C’est très intéressant mais il manque définitivement quelque chose. C’est comme écouter Raphaël Enthoven à la radio. Sur une brève chronique d’actu ça va, pour commenter chaque news du journal de 13h ça deviendrait indigeste (quoique pour l’avoir vu sur scène parler de collaboration et de coopération pendant 30 minutes c’était passionnant).

Bref la réflexion est pertinente et bien documentée, imparable dans ce qu’elle pointe et dénonce, mais il manque ce quelque chose qui aurait pu nous détendre ou nous arracher un sourire de temps en temps. Julia de Funès a été sérieuse jusqu’au bout, peut être top.

L’entreprise, une fiction qui confine parfois à l’absurde

Mais si on regarde le fonds des choses l’auteur appuie exactement là où ça fait mal et, à trop élever le propos, elle ne dit pas tout haut ce que tout le monde pensera tout bas en se reconnaissant dans les différentes scènes de la vie de l’entreprise qu’elle évoque : c’est n’importe quoi !

On a trop souvent l’impression de vivre une fiction : des règles que personne ne peut expliquer ou justifier car elles datent de temps immémoriaux, ces mêmes règles qui donnent l’impression que l’Entreprise (avec un E majuscule) est une entité hors du temps avec ses règles et ses codes que personne n’a fixé et qui s’imposent aux collaborateurs actuels qui ne sont que de passage et les subissent sans se poser la question. Celà alors que ces mêmes collaborateurs lorsqu’ils sont amenés à observer les choses de l’extérieur se disent « ça n’a aucune logique ».

Une fiction, soit, mais une fiction où chacun jour un rôle. Où l’on énonce à voix haute son titre et chuchote son patronyme. Où les longues  réunions  improductives ne sont que le thêatre où l’on voit qui peu faire perdre du temps à qui en présences inutiles, en demandes de comptes rendus et reformulations qui ne servent à rien vu que tout le monde a tout noté.

Une fiction où l’on joue avec le plus grand sérieux un rôle qu’on qualifie de comique quand on le regarde de l’extérieur sans se rendre compte qu’on se regarde soi même.

Julia de Funès met le doigt ou ça fait mal, avec recul, justesse, et culture. Tout plus peut on lui reprocher de ne pas appuyer assez fort.

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