Comme promis la semaine dernière voici mon premier article sur les bonnes approches digitales à adopter en 2018

Il est d’usage, quand on parle de l’ère digitale, de parler des années 2010 à ce jour. Avant on a eu le web, le web 2.0 ou web social puis à la fin des années 2000 est arrivé le mot digital qu’on aurait pu utiliser depuis le début.

Puisqu’il fallait bien trouver un moyen de justifier la chose et faire passer le message qu’il s’agissait d’une rupture (et bien oui…il y a des gens qui ont du business à faire là dessus) on a trouvé plein de justifications, certaines très pertinentes d’autres pas.

Nouveaux mots, vieux problèmes

– avant on parlait de la technologie, maintenant on parle de l’usage. Ca permet aussi à certains d’expliquer pourquoi on utilise digital au lieu de numérique, ce dernier terme étant soit-disant réservé à une approche orientée outils. Mais le focus sur l’usage n’était il pas déjà la manière dont on vendait la « révolution » web 2.0 ?

– parce que cela concerne aussi bien l’interne que l’externe. Avant on eu le web 2.0 pour les communicants et l’entreprise 2.0 pour l’interne, puis le web social et le social business…  Et ça se tient.

Alors bien sur du milieu des années 90 à aujourd’hui la technologie et les usages ont radicalement évolué et des sujets nouveaux ont emergé dont on avait même pas seulement idée en 2000, comme la data, l’internet mobile, la réalité virtuelle ou les robots. En 2000 les comportements consommateurs n’étaient assurément pas les mêmes qu’aujourd’hui.  En 2000 les collaborateurs commençaient à peine à se rendre compte que ce que l’entreprise leur offrait comme outils, services et process n’était pas à la hauteur de ce qu’ils pouvaient avoir chez eux.

Pour autant j’ai quand même l’impression que nombre de sujets nouveaux ne sont souvent que des sujets anciens habilement rebrandés pour regagner l’attention du client (quand on est fournisseur) ou de sa direction (quand on est en interne).

Si on prend la data…on a toujours fait du big data. C’est la notion de big qui change avec le temps. En 1995 on parlait en Mo, en 2000 en Go, et aujourd’hui on explore allégrement le To. Mais on a toujours fait aussi big que la technologie de l’époque le permettait. Et sur les questions de traitement et de gouvernance se reposent beaucoup de vieilles questions auxquelles ont été confrontés les pionniers de la Business Intelligence. Ce qui a changé est le volume, la facilité de prendre en compte de la donnée non structurée et le fait que le sujet sorte d’un pôle expert pour devenir un sujet métier pour tout le monde.

Prenez une autre promesse comme la collaboration ou l’intelligence collective. Les réseaux sociaux d’entreprise n’ont pas plus révolutionné la collaboration et le partage que le bon vieux groupware et les outils de partage documentaire. Pourquoi ? Le vrai enjeu derrière la collaboration n’est pas technologique mais managérial et culturel et on s’est toujours refusé à prendre le sujet sous cet angle en attendant que la technologie ne résolve tout par miracle (ce qui n’est jamais arrivé).

La technologie compte moins que le contexte dans lequel on l’utilise

Aujourd’hui la technologie est là, performante, souvent abordable, omniprésente. Elle n’est plus le sujet car elle n’est plus le facteur bloquant. Ce qui compte est son utilisation qui est favorisée ou non par un contexte.

Et la data, dans le marketing ou le e-commerce, nous fait nous reposer la question du silotage et de l’ownership des données dans l’entreprise qui n’est que la conséquence du silotage organisationnel depuis lequel on essaie de lutter depuis 30 ans au moins. On a toujours attendu que la technologie désilotte l’entreprise car le faire par l’organisation et le management était trop compliqué et/ou sensible. Donc rien n’a changé et le sujet revient de manière récurrente.

Pas besoin de parler de la collaboration, je l’ai fait plus haut.

La question des robots et des assistants personnels pose moins une question d’IA que de process. Une IA (ou un bon moteur de règles qu’on fait souvent passer pour une IA) apporte de la vitesse et de la scalabilité à un process, reste à savoir quel est ce process (qu’on parle d’un service apporté au client ou au collaborateur). Si votre bon vieux process est inapproprié ou dysfonctionnel, le digitaliser va surtout vous aider à produire de la m…. plus vite et à plus grande échelle qu’avant. Donc il faut remettre tous les process clé à plat. Le sujet revient régulièrement, est régulièrement évacué car tabou.

De manière générale le digital devient plus un mode de fonctionnement, une vision de l’organisation et du fonctionnement d’une entreprise autour d’un certain nombre de principes clé dont la simplification. La transformation digitale d’une entreprise c’est donc entre autres faire du lean sans le savoir. Et ceux que l’approche rebutait hier ne sont pas plus avancés aujourd’hui car ce sont les mêmes raisons qui les empêchent de prendre leur transformation digitale par le bon bout.

Avancer dans le digital c’est prendre des décisions et les mettre en œuvre

Avancer dans le digital c’est d’abord prendre des décisions et faire preuve de courage dans leur mise en œuvre car si des sujets ne cessent d’être enterrés et revenir c’est d’abord qu’ils sont importants et ensuite qu’on a jamais su ou voulu les traiter. La technologie tout le monde l’a, ce qui change d’une entreprise à l’autre est que certaines ont pris des décisions pour résoudre leurs vrais problèmes (ou une partie d’entre eux) et que les autres ont inlassablement caché la poussière sous le tapis en attendant de la technologie vienne régler un problème qui était avant tout humain. Ce qui n’est jamais arrivé et n’arrivera jamais.

Conclusion : le digital est un sujet métier et organisationnel avant tout et le prendre sous l’angle outil uniquement empêche de créer le contexte de son succès.

Ce sera l’objet de mon post de la semaine prochaine.