Dès qu’on parle transformation digitale avec des gens au profil métier des différents freins auxquels ils font face, vous pouvez être sûrs qu’une réponse arrive invariablement : l’IT.

L’IT empêche les métiers d’aller vite, l’IT pose trop de contraintes alors qu’il faut être agiles, l’IT veut tout rationaliser alors qu’il faut essayer, voir ce qui fonctionne et post-rationaliser. Alors oui l’IT est le grand ennemi et le DSI l’incarnation du diable.

Le DSI n’est pas le diable et c’est vous construisez l’enfer

Une vision à laquelle je ne souscrit pas. En effet des fois ils pourraient être un peu plus rapides, agiles, accommodants. D’un autre côté c’est aussi à eux qu’on s’en prendra si un tour tout explose, qu’un problème majeur apparait ou qu’une faille est exploitée par le premier hacker venu.

Justement, parlons en des failles.

Le web version post 2005 c’est génial, depuis 2010 c’est le nirvana. Fini les intégrations complexes, les développements spécifiques à n’en plus finir pour faire communiquer deux applications entre elles : il y a les APIs.

Avant il fallait construire une ouverture de chaque côté puis créer un tuyau entre les deux. Aujourd’hui les prises existent, ce qu’on peut leur demander est documenté, il n’y a plus qu’à construire le tuyau. Parfois c’est quand même plus compliqué que prévu mais ça n’a rien à voir avec le monde d’avant.

Cela répond à un vrai problème : faire se parler deux applications qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre pour partager des données ou déclencher des actions. Autant de travail manuel en moins. Et maintenant que c’est devenu simple, on s’en est donné à cœur joie.

« Dis je peux plugger mon CRM sur ton fichier client ? » « Mais oui ».

« J’ai besoin de prendre des données du CRM pour les passer dans mon automation marketing ». « Pas de problème ».

« Dis je peux me brancher sur tes données emailing pour…. ». « Bien sur ».

Chacun a été prendre ce dont il avait besoin là où c’était disponible et c’est très bien car c’est exactement pour cela que ça a été conçu. Le problème c’est que que ça fait au coup par coup, selon l’opportunité, parfois même sous le radar.

Aujourd’hui, en théorie, tout le monde sait là où l’application qu’on a fait installer prend de la donnée et là où elle en renvoie.

La bombe de d’absence de gouvernance de la donnée

Très peu savent si une fois renvoyée « ailleurs », l’information ne peut pas repartir encore ailleurs car un « deal » similaire aurait été conclu. Et ainsi de suite.

De branchement en branchement personne n’a plus une vision claire de où va l’information et de qui en fait quoi. Et comme ça c’est fait au coup par coup sans gouvernance on est bien en mal de démêler tout cela.

Un jour en passant d’application en application l’information finira par se retrouver à un endroit de moindre sécurité sans que personne n’en ait conscience. Parce qu’une personne n’aura pas été assez vigilante c’est toute la chaine qui sera mise en danger, chose que personne ne peut identifier car chacun n’a une vue que de ce qu’il a fait chez lui. Avec la GDPR qui arrive on peut avoir des situations cocasses.

Pour avoir posé la question à quelques amis travaillant dans des entreprises réputées sérieuses sur le sujet, il est évident que tout le monde « espère » ne pas avoir fait de boulette mais qu’après des années de projets multiples où on branché et débranché, où les applications se sont ajoutées les unes aux autres, on commence a avoir du mal de savoir ce qui va où.

Un risque en cas de faille de sécurité à un endroit. Mais aussi un risque si soudainement on décide de débrancher une application sans savoir qu’en agissant ainsi on va avoir un jeu de dominos qui de fil en aiguille va empêcher le fonctionnement de 2,5 ou 10 autres applications.

Pour ceux qui sont déjà bien avancés dans le digital il y a urgence à essayer de clarifier tout ce qui a été fait. Un vrai challenge quand on pense aux projets menés « sous le radar » et au fait que souvent on n’a pas construit de cartographie globale au fur et à mesure.

Pour ceux qui ne font que se lancer dans le fantastique monde de la donnée, qu’ils aient dès le début cette préoccupation.

Mais il y a là un vrai sujet alors, au lieu de se tromper d’ennemi, au contraire, que métiers et IT collaborent pour éviter un drame futur.