La semaine dernière je voyais encore passer un article parlant des millenials ou de je ne sais quelle nouvelle génération qui allait transformer les codes de l’entreprise. Je me suis arrêté à la fin de l’extrait qui m’a suffit pour comprendre que je n’avais affaire qu’à la énième édition d’une running joke un peu éculée mais qui fait son chemin depuis au moins 12 ans, j’ai nommé la nouvelle génération qui va tout casser et qui ne casse rien jusqu’à l’arrivée de la génération suivante qui ne casse rien non plus.

Je ne reviendrai pas sur mes multiples billets sur le sujet mais aimerai juste mentionner quelques faits et chiffres histoire que tout le monde remette les pieds sur terre une fois pour toute.

Je vais commencer par une étude Manpower datant de 2016.

Les millenials aiment le travail et l’argent

On nous parle souvent d’une génération désenchantée par l’entreprise et les crises qu’ils ont davantage connu que les autres. Visiblement ils ne vont pas si mal que ça car 2/3 d’entre eux sont très positives par rapport à leur carrière.

Ce qui n’empêche pas une forme de réalisme : 60% d’entre peux pensent travailler jusqu’à au moins 65 ans, 27% jusqu’à plus de 70 ans. On ne sait trop si ça leur fait plaisir ou pas mais ils ont intégré la réalité du monde d’aujourd’hui et font avec. Pas les idéalistes progressistes qu’on nous décrit.

Quant y voir la génération qui rechigne au travail et ne veut pas s’y tuer…ils travaillent au moins aussi dur voir plus que les générations précédentes. 25% font plus de 50 heures par semaine.

Ils ont par contre une approche différente de leur carrière. Ils ont intégré qu’aucune entreprise ne pouvait leur faire une promesse de long terme donc ils ont abandonné la notion de carrière et pensent en « vagues ». Un investissement fort dans une entreprise, un long break pour voyager, se ressourcer, apprendre, avant de repartir sur un nouveau projet ailleurs et ainsi de suite.

Mais les millenials recherchent autre chose dans la vie que leurs ainés. Du sens, de la flexibilité, la possibilité de changer de monde, d’avoir un impact. Vous en êtes si surs ?

Matérialiste le millenial ? Non. Juste pragmatique.

Quand ils évaluent une opportunité de carrière la première priorité est l’argent (92%), la seconde la sécurité (87%), puis les vacances (86%). La possibilité de travailler avec des gens intéressants suit avec 80% et la flexibilité du travail 79%. Une preuve de plus qu’on a beau avoir une approche plus « rock n’roll » de la vie » il y a des réalités qui s’imposent à tous quand il faut payer le loyer et financer l’agrandissement de la famille. Ils sont pragmatiques, comme leurs prédécesseurs l’ont été avant eux. Et c’est une preuve de plus qu‘il ne faut pas confondre génération et étapes d’une vie.

Mais, effectivement ils ont une approche nouvelle de la notion de carrière et de poste. Entre 12 et 24 mois avant une promotion ou un changement, pas plus. Plus qu’un métier ils pensent « portfolio » et donc pluridisciplinarité. Mais si on leur offre un bon équilibre travail/vie privée ou une carrière bien tracée ils peuvent se montrer patients.

Bref je vous conseille la lecture des détails de l’étude mais comme je l’ai déjà montré, ils ne sont pas si différents des générations d’avant. Ce sont des X qui se sont adaptés à leur temps, comme les X étaient des baby boomers qui s’étaient adaptés au leur. Davantage une question de contexte que d’attentes intrinsèques ou d’aspirations profondes.

Continuons avec une étude de Comet Financial intelligence.

Celle ci est un peu plus à prendre avec des pincettes car contrairement à l’étude Manpower qui est globale, celle-ci ne concerne que les jeunes américains et comporte donc par définition un biais culturel.

Prêt à se séparer pour $37K ?

Elle montre tout d’abord que pour les millenials une bonne opportunité de carrière ne se refuse pas. Même si ça veut dire repousser un mariage, une naissance, déménager. 59% mettraient un terme à une relation si elle mettait leur carrière en danger. Pour une augmentation de $37K annuels ils mettraient un terme à une relation, il leur faut $64K pour décaler l’arrivée d’un enfant. Finalement pas si tapageur que ça : ça n’est pas comme s’ils étaient prêts à tout plaquer pour $5 000  de plus. Mais quand même ça veut dire quelque chose. N’ayant pas les chiffres pour les autres générations au même âge on manque d’éléments pour vraiment comprendre ce que cela veut dire. Il n’en reste pas moins que 40% d’entre eux préfèrent rester célibataires pour se concentrer sur leur carrière.

Là encore je vous suggère de rentrer dans les détails de l’étude. Le prisme amour vs argent est relativement nouveau, voire surprenant. Mais je ne suis pas certain qu’on puisse dire autre chose que « pour les millenials l’argent et la carrière comptent » car, une fois encore, on ne peut comparer avec les autres générations au même âge.

Ce qui différencie les X des millenials n’est pas ce qu’ils attendent mais peut-être la raison pour laquelle ils l’attendent

Quoi qu’il en soit, pour une génération fainéante, désintéressée par l’argent et avide de changer le monde et de donner un sens à leur vie ils ont un côté  matérialiste et carriériste qu’on aime à reprocher, par exemple, aux jeunes cadres des années 80. Mais en fait on a pas la réponse à la question qui aurait du sens : un même comportement peut avoir des causes différents. Amour des signes extérieurs de richesse pour les uns, instinct de survie pragmatique dans un monde dur et incertain pour les autres ? On ne le saura jamais et c’est dommage car c’est ce qui aurait donné du sens à tous ces chiffres.

Conclusion : faites vous une montagne des millenials si vous voulez. Mais pour moi le grand risque est surtout de les prendre pour ce qu’ils ne sont pas.

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