Cette année comme souvent depuis quelques temps les applications de feedback était très bien représentées lors de la conférence Unleash à Londres.

Les applications de feedback : une réponse à un besoin désormais vital

Le feedback est une des pierres angulaires de l’entreprise si ça n’est du management moderne. Dans un monde ou tout s’accélère l’entretien annuel ne remplit plus son office : si un collaborateur veut faire le point sur sa situation il veut le faire maintenant et pas dans 8 mois. Si quelque chose doit être amélioré dans son travail il veut le savoir maintenant et pas un dans mois. Et même en se plaçant du côté de l’entreprise l’écoute du terrain et la remontée des irritants doit se faire en temps quasi-réél : on n’a plus le temps d’attendre pour corriger ou améliorer ce qui peut l’être. Question de performance, de compétitivité et de durabilité.

Dans ce contexte les applications de feedback se sont multipliées ces dernières années car elles correspondent à un vrai besoin que n’adressaient pas à la l’époque les acteurs majeurs du SIRH. Au départ simples, elles ont eu tendance à beaucoup s’enrichir pour certaines au fil des années mais au final elles restent centrées sur la satisfaction d’un besoin bien défini : permettre à l’entreprise de capter le pouls du terrain et au management d’être en prise avec ses équipes en temps quasi réel par le biais d’un canal le plus souvent bidirectionnel.

Le marché des applications de feedback est désormais mur

Il y a de cela 2 ou 3 ans on trouvait les applications de feedback sans la « startup zone » des événements RH majeurs comme HRTech (aujourd’hui renommé Unleash). Aujourd’hui on les trouve dans la zone principale, à côté des éditeurs installés. Et le positionnement évolue d’ailleurs : Tandem, ancien gagnant du concours de startups d’HRTech est donc passé de l’autre côté de la barrière et se présente comme un outil de management de la performance.

A côté de ça les principales suites SIRH du marché ont bien sur fini par embarquer des fonctionnalités similaires. En effet l’histoire est bien connue et se répète souvent : les startups investissent un marché de niche sur un besoin émergent, le besoin devient mainstream, et les éditeurs majeurs les copient. Ce fut le cas pour les outils de feedback comme ça l’a été pour toute nouvelle tendance en RH comme ailleurs.

Ce qui m’a le plus surpris, par contre, ça a été de voir le nombre d’applications de feedback nouvelles dans la startup zone. Cela a éveillé en moi le même sentiment que lorsqu’en 2013 des gens venaient me trouver pour me présenter un produit nouveau dans le domaine des réseaux sociaux d’entreprise. Je ne pouvais m’empêcher de penser « des pure players en font depuis quasiment 10 ans, les « vieux » éditeurs ont désormais des offres mures qui tiennent la route, le marché est en pleine consolidation et il risque d’y avoir des morts, et vous vous arrivez aujourd’hui avec un produit nouveau ? ».

Quelle place pour des applications standalone quand les suites majeures reprennent votre unique fonctionnalité ?

Au delà même des applications de feedback cela pose la question de l’avenir d’une solution sur un marché désormais mur où son unique fonctionnalité est reprise par des acteurs déjà en place dans les entreprises et où l’ont par ailleurs précédé d’autres jeunes pousses qui ont déjà pris l’espace qu’il y avait à prendre.

Nul doute que les Oracle, Workday and co vont tenir l’essentiel du marché en offrant cette fonctionalité à leur client dans le cadre de leur produit global. Dès lors pourquoi payer pour avoir ce qu’on nous propose sans supplément de prix dans une suite qu’on paie déjà ?

Parce qu’on aime les acteurs innovants ? Parce qu’un spécialiste mono-produit et mono-usage fera toujours mieux sur une fonctionalité donnée qu’un généraliste ? C’est ce que certains pensent. Mais eux ont déjà choisi un partenaire de la « première génération », un Tandem ou autre.

Pour arriver sur le marché aujourd’hui il faut quelque chose de vraiment innovant et disruptif et j’ai du mal de croire que les acteurs déjà en place n’aient déjà fait le tour du sujet.

Ajoutez à cela la volonté des entreprises de rationaliser autant que possible leur portefeuille applicatif SIRH, il va falloir être drôlement convaincant pour réussir à se faire accepter comme l’exception et, lorsqu’on y arrive, ne pas mourir du syndrome de l' »appli en plus » qui devient souvent l' »appli de trop » pour des utilisateurs en quête de simplicité et qui n’en peuvent plus de jongler entre différents outils.

Bref je m’attend à voir moins d’outils nouveaux sur ce créneau à la prochaine édition d’Unleash en octobre à Amsterdam. Mais sait-on jamais.

Crédit Photo : Bouton de feedback par TierneyMJ via Shutterstock