Le social business forum de Milan à 200€ pendant 10 jours

Un petit mot en passant pour vous signaler le prochain Social Business Forum qui se tiendra à Milan les 4 et 5 juin prochains. Comme d’habitude le plateau réuni est d’excellente qualité avec quelques “usual suspects” comme Luis Suarez, Mark Tamis, Sameer Patel, Rawn Shah et moi même ainsi que de nombreux cas (coté français on notera Pernod et Alcatel Lucent). J’ajouterai également la présence d’Oscar Berg qu’on ne voit pas assez souvent à mon gout ainsi que de John Hagel qu’il me tardait de voir en Europe depuis de longues années. (Liste provisoire des conférenciers ici)

Si je vous fais part de l’événement aujourd’hui c’est pour une bonne raison : pendant 10 jours le prix de l’inscription pour les participants est fixé à 200€ avant de retrouver  un niveau plus en phase avec les tarifs habituels de ce genre d’événement.

Donc si le sujet vous intéresse et que votre seule préoccupation était budgétaire, dépêchez vous car la promotion “early bird” ne va pas durer longtemps.

Les réseaux sociaux d’entreprise : 101 réponses à vos questions


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Prix: EUR 12,90 EUR
Neuf à partir de: EUR 12,25 En stock
Date de sortie January 19, 2012.

Un livre sur les réseaux sociaux d’entreprise ? Quand on m’en a parlé la première fois ma première réaction a été de me dire “encore un truc à l’usage de ceux qui vont se rassurer en se convaincant que c’est la technologie qui va régler leurs problèmes humains et organisationnels.”. Au fait, écrit par qui ? Anthony Poncier ? En plus un vrai ami et un confrère que j’estime vraiment…mais que diable a-t-il été faire dans cette galère ?

C’est donc avec un certain scepticisme que je me lance dans la lecture de l’ouvrage vu le titre et quelques espoirs vu l’auteur.

Le format est d’emblée plaisant. 101 questions, très pratiques, de l’ordre de celles qu’on nous pose des centaines de fois chaque semaine sur des projets de ce type. Et pour chacune, une réponse concise en 2 ou pages maximum. Pas de blabla, de mise en perspective stratosphérique mais simplement des questions de simple bon sens que se posent les personnes concernées par ce sujet en entreprise et qui partent souvent avec une connaissance assez limitée du sujet.

En plus le style est agréable. Direct, sans circonvolutions. On s’imaginerait presque en entretien avec Anthony, écoutant ses réponses sur un mode très conversationnel.

Bref, si vous désirez avoir des réponses très pratiques relatives à votre problématique de réseau social, vous serez certainement comblés par ce livre.

Mais ça n’est pas tout. Bien sur on y parle de manière brève et concise des outils en question, de leur origine, leur utilité, mais sans trop s’apesentir sur le sujet. Ce qui est important est ce que l’auteur ne dit pas tout en distilant son message. En cette période post-Oscars, Anthony se mue en Jean Dujardin du social business et arrive à nous faire passer un message sans en parler.

En effet, tout en adressant les question qui entourent les outils et leur déploiement, il fait passer, l’air de rien, un message très important. L’adoption, le bon fonctionnement et le bon usage de ces outils nous renvoit un peu à des questions de gestion projet, beaucoup à des questions de gouvernance qui ne sont pas spécifiques à l’outil mais plutôt à la manière dont on conçoit les rapports entre les uns et les autres dans l’entreprise, la confiance et quelques autres points du même ordre. Et tout en centrant son discours sur le réseau social d’entreprise, le live nous distille un autre message : le RSE ne sera jamais que le reflet de l’entreprise et son adoption dépend d’un changement de vision et d’attitude à une échelle plus large.

Une manière on ne peut plus pédagogique de partir d’un sujet dont on sait qu’il n’est qu’une partie d’un sujet beaucoup plus global pour amener le lecteur à se poser les bonnes questions tout en restant centré sur la question qu’il se pose (ou que son entreprise lui pose) et au sujet desquelles il a besoin d’éléments de réponse.

Autre point positif, Anthony ne nous abreuve pas avec une liste de cas et d’exemples dont on connait tous les limites et qui finissent par égarer le lecteur. Trois interviews cloturent l’ouvrage. Ce qui correspond d’ailleurs à un parti pris que le lecteur appréciera : plutôt que d’énoncer une vérité dont on sait tous qu’elle n’est que relative, que tout dépend des cas, du contexte humain, culturel, il pose la problématique de fonds liée à chaque question, donne des principes visant à guider la réflexion, le tout enrichi de son expérience personnelle et de son propre regard. Pas un catalogue de certitudes et de bonnes pratiques mais un ensemble d’éléments qui vont aider le lecteur à cadrer et forger sa propre pensée. Et ça c’est vraiment appréciable.

Pour conclure je dirai que c’est un excellent ouvrage pour quiconque commence à défricher le terrain, ne veut pas trop s’éloigner de sa problématique de base pour l’instant mais est preneur d’éléments lui permettent de penser un peu plus large et anticiper les enjeux futurs auxquels il sera confronté. Un “must have” qui trouvera sa place sur le bureau de tout chef de projet.

 

 

Une organisation ni People ou customer Centric mais capacitante

Résumé: l’entreprise de demain sera t-elle “people centric”, “customer centric” ? Cette notion de centricité est une évolution majeure dans le rôle que l’entreprise accorde aux individus. Mais il est facile d’en rester au stade des bonnes intentions. Écouter, laisser une place, être attentif… et ensuite ? Pour que cette nouvelle posture ait des effets concrets il faut davantage qu’une nouvelle vision de la place et des rapports entre les uns et les autres. Il faut mettre l’individu, salarié ou client, en capacité d’agir, de faire preuve d’initiative, dans le cadre de ce nouveau contexte. Ce qui implique des changements beaucoup plus importants et profonds que la seule posture.

On ne cesse de répéter que l’organisation doit devenir “people centric”. Autrement dit qu’elle doit remettre ses collaborateurs au centre. Pour d’autre elle doit avant être “customer centric” en mettant le client au centre de ses préoccupations. Alors, l’entreprise doit elle devenir l’un, l’autre, les deux ? Rien de tout cela à mon avis.

Il est facile d’utiliser des concepts à la mode, pleins de bonnes intentions mais dont on ne sait pas trop ce qu’ils veulent dire concrètement, d’un point de vue purement opérationnel.

Être “quelque-chose centric” veut il dire qu’on prête une attention spéciale à ce quelque chose ? Qu’on se met à l’écoute ? Tout cela est bien beau mais on a la preuve tous les jours qu’écouter ne signifie pas toujours prendre en compte et agir. Cela veut il dire qu’au lieu d’être un simple utilisateur on va se voir doter d’un joli profil qui nous permettra d’exister sur l’intranet ?

Bref tout cela donne une vague impression de bons sentiments, d’un monde ou l’on se regarde, s’écoute parfois et où chacun dit à l’autre “oui tu existes pour moi”. Et alors ? Au final qu’est ce que cela change dans les faits ?

Si les entreprises se posent ce genre de question c’est parce qu’elles ont des préoccupations qui se situent au niveau de la création de valeur et de l’efficacité opérationnelle. Et l’heure n’est pas loin où elles se rendront compte que donner la parole, écouter, permettre à chacun salarié et client, d’avoir une existence digitale au sein de son écosystème n’aura pas apporté grand chose. Au delà de l’attention et de la conversation il y a la capacité d’agir.

Pour le client qui, dans des logiques de services est de moins en moins un acteur passif mais un co-constructeur de ce qu’il reçoit. Pour le collaborateur qui doit être capable de prendre une décision immédiate, régler un problème sans plus pouvoir se permettre de faire suivre en attendant que d’ici une quinzaine de jours, une fois que tout le monde se sera renvoyé la balle quelqu’un lui donne une réponse…alors que client aura fait ses valises depuis belle lurette.

Alors derrière l’idée de “centricity” qui peut laisser croire que l’écoute et les bons sentiments suffiront sans autre type de remise en cause, il importe de réaliser que l’organisation de demain sera surtout “capacitante”. “Enabling” ou “empowering” comme on dirait de manière un peu plus vendeuse dans d’autres langues (quoique je trouve “enabling” plus juste et moins sur-vendu). Car jouer sur la relation et l’échange ne change rien si personne n’est en mesure d’agir en fonction. Et là on parle de dispositifs alliant de nouveaux processus, un modèle managérial adapté, une culture adéquate et, in fine, les outils qui le permettent. Quelque chose de beaucoup plus engageant car mettre les individus en capacité d’agir est une remise en cause beaucoup plus profonde de l’existant que la fameuse centricity qui peut rester à l’état de noble sentiment sans qu’on aille au bout des choses. Car sans action l’écoute et l’attention ne valent finalement pas grand chose.

Etre people ou customer centric est une idée, une posture. Devenir une organisation capacitante est le seul moyen que l’idée soit vraiment bénéfique à l’entreprise.

Conduite du changement : une fausse bonne idée ?

Résumé : la conduite du changement est désormais le pilier d’entreprises en adaptation permanente. Mais cette notion qui induit que le mouvement est l’exception, un mal nécessaire, et la stabilité la norme ne correspond plus à la réalité et entraine des réflexes inappropriés et la propagation d’idées fausses. Lorsque le changement devient la norme il s’agit avant tout de travailler sur l’agilité et faire de la résilience individuelle et collective un mode de vie.

C’est désormais quelque chose de bien compris : le changement se gère, s’accompagne. Les entreprises ont bien compris que l’édiction d’une nouvelle règle, la mise en place de nouveaux modes opératoires, la mise en ouvre d’un nouvel outil ne se suffisaient pas à elles-mêmes. Elles ont un nombre considérable d’impacts directs ou indirects sur le collaborateur, amènent un lot incalculable de questions et d’inquiétudes qui nécessitent explications et réponses.

La conduite du changement devient donc le point central de toute démarche d’évolution ou de transformation des organisations, fut elle d’ampleur ou très modeste. Une chose dont on ne peut que se féliciter, le collaborateur ayant été pendant longtemps le grand oublié des grands chantiers de l’entreprise, la variable négligeable, donc négligée, qui allait forcément suivre et acquiescer sans poser de question, sans se poser de questions, simplement parce qu’on en avait décidé ainsi pour lui.

Mais est-ce une si bonne nouvelle ? Aussi paradoxal que cela puisse sembler, le simple fait de penser à l’idée qu’il faille conduire le changement n’est il pas pour l’entreprise et l’individu une erreur qui introduit dans les têtes les germes d’un immobilisme, d’une sclérose qu’on essaie de combattre chaque jour…en conduisant le changement. Bref, la conduite du changement ou plus précisément l’idée qui se cache derrière, n’est elle pas le point de départ d’un cercle vicieux ?

En effet, si on considère les présupposés qui vont avec une telle notion, il s’avère qu’il existe une situation figée, stable A, une situation figée, stable B, et qu’il s’agit de gérer le mouvement, l’instabilité que représente la route entre les deux. Instabilité, mouvement, imprévisibilité sont donc l’exception, la stabilité la règle. Et cela s’ancre durablement dans les têtes.

Mais est-ce que cela ressemble, même de loin, à la réalité du monde, du marché, de l’entreprise ? A mon humble avis c’est même tout le contraire. La mouvement, l’aléa, la reconfiguration permanente de l’organisation et du travail ne sont plus, qu’on le veuille ou non, l’exception mais la règle. En maintenant l’idée qu’il s’agit d’une situation provisoire, un mal nécessaire, on induit des réflexes qui s’avèrent nocifs à long terme.

Dans un monde qui change et accélère en permanence le collaborateur enchaine sans cesse les plans de conduite du changement. Quelque chose de tout à fait acceptable si on considère que c’est une situation normale. Mais vu qu’on part du principe qu’il s’agit d’une situation anormale le collaborateur à l’impression d’enchainer les transitions périlleuses, se réfugie sur les rares ilots de stabilité qu’il trouve et au final se retrouve dans une situation de peur et de tension permanente autrement plus élevée que s’il avait en tête que le mouvement est la norme. Et l’effort est à chaque fois plus important que si on était dans une logique de petits pas d’ajustement permanents. Au lieu de quoi on emmène les collaborateurs dans de longues marches.

Dès lors n’est-ce pas la notion de changement qu’il s’agit d’éliminer pour tout ce qu’elle induit de contre productif et lui préférer un travail sur l’agilité et la résilience individuelle et collective ?

Jack Welch disait à juste titre “”Lorsque la vitesse d’évolution du marché dépasse celle de l’organisation, la fin est proche !” . On y arrive.

Le social customer est il un monstre ?

Résumé : le web social et l’émergence du social customer ont fait naitre la promesse d’une relation plus qualitative et productive entre entreprises et clients. Dans les faits on se rend compte que l’empowerment du client en ligne peut mener à une déresponsabilisation qui nuit au coté constructif d’une telle démarche. Est-ce pour l’entreprise le prix à payer pour tirer le meilleur de clients positifs ou le jour va t-il venir où l’entreprise devra dire “stop” car le bénéfice n’est pas à la hauteur de l’investissement et des efforts consentis ?

En devenant “social” le web a donné la parole à tous et, d’une certaine manière, rendu à chacun la part de pouvoir qui lui appartient. Le consommateur, l’électeur, le fan, le simple badaud pouvaient en effet prendre  la parole, rejoindre ou créer la conversation. Pour le plus grand bénéfice de tous : l’internaute allait être écouté, pris en compte et mieux satisfait. Pour les entreprises et les institutions en tout genre cela allait permettre, par le dialogue, de resserrer les liens, d’écouter pour mieux prendre en compte mais également expliquer, justifier.. Bref, la conversation allait apporter à tous ses acteurs des bénéfices incommensurables, une réelle valeur ajoutée découlant d’une relation gagnant-gagnant rendue possible par l’exploitation de l’intelligence et de la sagesse collective.

Cela s’est avéré payant. La démonstration de la nécessité d’être en prise avec son environnement, d’écouter et d’apprendre pour s’améliorer pour finalement générer plus de valeur à la fois pour soi et pour les autres a été faite à maintes reprises. Même bénéfice pour le client devenu partie prenante, qui participe de manière active ou passive à la conception de ce qu’il consommera demain et se voit offrir un service plus proche et réactif au quotidien.

Nous vivons donc dans un monde parfait ou tout le monde s’entend bien, est positif, pense à l’autre et où tout le monde gagne ensemble.

En est on vraiment certain ?

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L’entreprise sans manager n’est pas l’entreprise sans management

Résumé  : on parle beaucoup d’exemples d’entreprises sans manager, louées pour leur agilité et leur efficacité. Un modèle qui intéresse par sa nature nouvelle tout autant qu’il fait peur aux personnes plus conventionnelles et attire les sarcasmes de ceux qui savent bien qu’une entreprise ne peut vivre sans managers. C’est là que se situe la confusion : entreprise sans manager ne veut pas dire entreprise sans management. Une grande partie du rôle du manager dans l’économie d’aujourd’hui est plus efficacement assurée de manière distribuée que centralisée. Reste le besoin en leadership, un leadership qui s’exprime d’autant mieux qu’il n’est plus brouillé par la réunion du leadership et de l’autorité hiérarchique dans les mêmes mains.

Lorsque qu’on regarde l’entreprise sous l’angle de l’efficacité opérationnelle on voit bien que la clé du succès de certaines n’est pas l’utilisation de technologies dernier cri pour communiquer et collaborer mais la mise en place de certains principes organisationnels et managériaux. Des principes qui, quoi qu’on en dise, peuvent fonctionner dans des entreprises de taille largement supérieure.

Ce qui peut inquiéter ou faire peur lorsqu’on les présente est qu’on leur leur colle rapidement l’étiquette d’”entreprises sans managers”. Un peu dans l’idée de ce que développait Gary Hamel en disant “d‘abord, commencez par virer tous les managers“. Comment peut on faire fonctionner une entreprise sans managers ? Assez facilement si on évite le raccourci simplificateur qui voudrait qu’une entreprise sans manager soit une entreprise sans management. Dans les faits c’est tout le contraire : il s’agit d’entreprises beaucoup managées que les autres.

Commençons par évacuer une objection facile : une entreprise a besoin d’être dirigée. Des Semco, des Morning Star, des Groupe Hervé sont des entreprises dirigées et plutôt bien. On sait qui est le chef, qui fixe la ligne directrice. Par contre diriger et manager ne sont pas une seule et même chose. Le dirigeant fixe un cadre global, une stratégie et alloue les moyens. Le manager fait en sorte que cela donne des résultats. Son rôle est de faire réussir les autres.

On le voit bien, d’ailleurs, dans toutes les réflexions sur l’avenir du middle management. Le nouveau middle manager sera davantage un connecteur et un assembleur de compétences. Il mettra en lien ceux qui ont quelque chose à faire et ceux qui détiennent l’expertise, le savoir, l’expérience qui l’aideront à le faire le mieux possible, à résoudre des problèmes, gérer des exceptions. Une fonction qui peut largement être désintermédiarisée à condition que chacun comprenne qu’il est concerné par la réussite de l’autre et qu’il existe une dimension de réseautage et de communauté forte non pas (ou pas seulement) au niveau des outils de communication mais dans les principes managériaux et organisationnels de l’entreprise.

Dans de tels systèmes, très responsabilisants pour les collaborateurs, le management n’a pas disparu mais a été distribué. Ce qui amène à une situation paradoxale : il est infiniment plus présent que dans une organisation où il est incarné par quelques uns. [Read more...]

Adopter l’entreprise 2.0 ou adopter son propre futur ?

Résumé : on dit souvent que le chemin importe plus que la destination et le petit monde de l’entreprise 2.0 et du social business s’en rend compte au quotidien. Que de critiques et de déceptions ces derniers mois. Et pour une bonne raison : l’entreprise s’est vue proposer une destination et a du construire le chemin qui y mène, sans trop avoir le droit de se demander si c’était “sa” destination, si elle était faite sur mesure pour elle. Ajoutons à cela que chacun a sa propre description de la destination en question, ce qui fait que plus personne ne s’y retrouve. Et si l’entreprise ne devait pas, tout simplement, se borner à réinventer “son” futur, indépendamment de celui qui  a été contruit, packagé et standardisé pour elle ? Si on arrive au même endroit au moins on saura pourquoi et cela aura levé toutes les questions liées au changement et à l’”adoption”. Si on tombe un peu a coté on saura au moins pourquoi on y est, parce que c’était l’endroit qui avait du sens pour une entreprise donnée, non pas pour n’importe quelle entreprise.  L’entreprise 2.0 n’est pas une destination en soi. Si elle n’est pas la destination elle peut aider à choisir le chemin. A préférer une route à une autre, un style de conduite à un autre voire un véhicule à un autre. Pourvu que ce choix soit fait en cohérence avec ce qui va conditionner le futur de l’entreprise, pas en fonction d’un dogme ou de la croyance en un courant de pensée. L’entreprise 2.0 est une utopie à laquelle chaque entreprise doit donner sa propre réalité opérationnelle.

 

Vais-je vous surprendre en vous disant qu’il y a un certain nombre d’insatisfactions autour du concept d’entreprise 2.0. Elles ont plusieurs causes. Les premières objectives, les secondes subjectives.

Des causes objectives d’abord. Ca ne prend pas aussi vite que prévu, non seulement en termes de nombres d’entreprises qui se lancent mais également en termes de foisonnement au sein de celles qui sautent le pas. En plus beaucoup restent sur leur faim en termes de résultats. Non que des bénéfices substantiels n’aient pas été au rendez vous mais c’est le caractère aléatoire de leur réalisation qui interroge. J’ai déjà (et vais encore) continuer à traiter ce point dans de nombreux billets donc je ne vais pas m’éterniser plus que cela sur le sujet. Absence de dimension structurelle, accent mis sur le learning “hors flux de travail” et rien sur l’organisation du travail directement productif, outils de mesure inadaptés etc… expliquent cela pour partie.

Des causes subjectives ensuite. Au départ l’entreprise 2.0 n’est qu’un constat : certaines entreprises arrivent à faire certaines choses en utilisant des outils d’un nouveau type (voir la première puis la seconde définition d’Andrew McAfee). Le pourquoi et le comment sont hors du champ de la définition, ce qui est logique car les travaux de McAfee portent davantage sur la “technology enabled organization”. L’outil rend des choses possibles. Point. A chacun de trouver son pourquoi, son comment, sa voie. Ensuite avec le temps et avec la réflexion collective les choses ont évolué :

- une entreprise qui arrive à fonctionner “autrement” sans les outils est elle une entreprise 2.0 ? Non au regard de la définition mais comme on le reconnaitra vite : c’est le résultat qui compte, l’esprit, l’outil n’étant que la balle qui permet de jouer au jeu. Alors si on arrive à jouer mieux même sans les outils…où est le problème. Premier point de divergence possible.

- par rapport au premier point que j’évoquais, l’entreprise 2.0 est elle forcément “learning et hors flux”, “productive et dans le flux”, l’un ou l’autre ? Les deux ?

- ensuite vient l’impact de la “culture 2.0″ inspirée du web du même nom. Communautaire, égalitaire, responsable, respectueuse de l’autre, solidaire, ouverte…. L’entreprise 2.0 doit elle y ressembler ? Doit elle nécessairement allier démocratie interne, mieux être à la performance ou peut elle se contenter d’améliorer l’opérationnel ? Oui ? Non ? La culture est elle une norme à installer ou une simple condition à la performance.

Voici déjà au moins trois variables qui, se cumulant, donnent autant de visage à ce que peut être l’entreprise 2.0. Avec ou sans technologie. Productive, apprenante ou les deux. Adoptant la culture et les valeurs d’un monde “plat” et connecté…ou non.

Nulle surprise, chacun ayant sa propre compréhension et faisant son propre mélange, qu’à la fin personne ne reconnaisse son bébé, idéal ou idéalisé.

Deux conclusions s’imposent donc avant d’aller plus loin :

• la vision originelle de l’entreprise 2.0 qui était plus un constat de la possibilité d’une “tech enabled organization” s’est rapidement transformée en un débat sur la nécessité de faire évoluer les organisations, débat dans lequel la technologie a sa place mais pas une place de premier rang.

• je disais il y a quelques mois sur twitter : “désolé pour ceux qui pensaient que le “2.0″ ou le “social” pensaient être la réponse à tous les maux. Ils nous ont juste montré que le mal était beaucoup plus profond qu’escompté”. Ce qui se confirme : à vouloir aller tout droit vers la solution, ou sa version minimale la plus compréhensible de tous (une entreprise où les gens échangent dans des communautés en utilisant un réseau social) l’entreprise a souvent échoué à prendre de tous les leviers qu’elle devait actionner pour y parvenir.

En se focalisant sur une destination mal située et définie on en a donc oublié le chemin pour y parvenir. L’entreprise 2.0 est davantage un constat éventuel une fois arrivé au bout du chemin qu’un objectif, que le chemin lui-même. Parlons donc maintenant du chemin.

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Le système compte plus que les individus

Résumé : “avec, par et pour les individus”, tel semble être le credo des projets de transformation à la mode “sociale”. Pour des résultats, reconnaissons le, aléatoires, montrant parfois des choses au coup par coup mais sans tendance systématique et pérenne. Le syndrome web a encore frappé en oubliant que le salarié n’est pas un “individu” comme les autres, n’est même pas celui qu’il est chez lui : c’est un élément d’un système plus vaste et complexe, qui l’impacte plus qu’il n’est impacté par lui. Ajoutez à cela que c’est le dit “système” qui permet de transformer le potentiel en valeur réelle et vous comprenez que le levier “individu”, assez efficace pour amener quelques passionnés à faire partie de communautés hors du flux de travail ne permet en rien d’affecter le quotidien des individus ni la dimension “productive” de l’entreprise. Rien ne se passera ni ne perdurera sans une remise à plat profonde de la “systémique” de l’entreprise. Mais comme personne ne veut s’y risquer on tiendra les mêmes discours dans 10 ans pour parler de l’entreprise 5.0.

 

Nous avons déjà évoqué l’intérêt de rendre les nouvelles formes d’organisation structurelles, c’est à dire les ancrer dans le quotidien des salariés pour leur donner du sens, ne pas les rendre dépendants des personnes et des effets modes et, tout simplement, ne pas introduire de schyzophrenie comportementale dans le quotidien. On retrouve dans cette problématique deux piliers essentiels de la vie et des transformations de l’entreprise. Jusqu’à présent il s’avère que les démarches dites “Social Business” ou “Entreprise 2.0″ se sont concentrées sur les individus : accompagnement, “aide à l’adoption”, exhortations en tout genre quitte à verser davantage dans le passionnel et le religieux que dans la logique. Après tout, comme on dit “it’s about people”. Tout n’arrivera que par eux et pour eux (quoi ce que ce second point puisse être discuté comme on va le voir plus bas). Et le système ? Le monde des experts et autres gourous commence à peine à en parler du bout des lèvres tandis que l’entreprise, elle, voit clairement l’intérêt mais ne semble pas prête à se mouiller trop ou trop vite.

Et si, pourtant, le levier “système” était beaucoup plus important que le levier humain ?

Qu’entends-je par “système”. C’est un tout composé d’éléments aussi divers que les processus, le modèle de prise de décision, les fiches de postes et modalités d’évaluation et de récompense, les objectifs, la culture d’entreprise…(liste non exhaustive…merci de mentionner les facteurs qui vous semblent également en faire partie). Quel est son impact ? D’aucuns diront qu’il bride l’initiative et l’agilité, qu’il est un facteur de lourdeur, qu’il empêche l’épanouissement, qu’il pèse négativement sur les salariés etc. Je n’irai pas jusque là. Un système peut être bon ou mauvais…suivant là où le curseur est mis sur chaque facteur il peut provoquer tout ou son contraire.

Pour définir son impact et son intérêt en quelques mots, le système détermine la manière dont une personne réagira face à une situation donnée. Prendra-t-elle une décision ou remontera-t-elle le problème à quelqu’un d’autre ? Si oui la décision ira-t-telle plutôt dans un sens ou dans un autre. Pourra-t-elle être innovante ou uniquement piochée dans un catalogue d’actions prédéterminées ? Va-t-elle apporter de l’aide à un collègue car elle à les compétences requises voire a eu une expérience similaire ou le laisser se débrouiller parce que ça n’est pas son problème ? Va-t-elle partager quoi que ce soit avec les autres car cela peut les aider ou se dire que non seulement ça n’est pas son boulot mais, en plus, que ça lui donne une position de supériorité ?

Bien sur le système peut être plus ou moins rigide, ou flexible. Pratiquement parlant on a créé des systèmes extrêmement rigides lorsqu’on a voulu répêter la logique industrielle dans le tertiaire. Désormais on se rend compte que plus de flexibilité est indispensable…sans que le système évolue proportionnellement au besoin.

Alors, bien sur, on peut avoir des comportements à la marge du système. Plus restrictifs ou, au contraire, moins respectueux. Mais de manière générale le comportement d’une personne dans l’entreprise sera largement déterminée par le système. Peu importe qu’elle ait envie de faire autrement ou non. Elle trainera un peu les pieds, le fera peut être moyennement et sans conviction mais au final elle le suivra.

En effet, comment peut on expliquer que :

• alors qu’une très large majorité admet que “la manière dont on travaille n’est plus efficace”, une très faible proportion profite des portes ouvertes pour faire autrement (mise en place d’n réseau social ou autre) si le système, lui, n’est pas changé.

• des personnes hautement connectées et “réseauteuses” dans leur vie privée redeviennent, d’une manière qui leur semble évidente et logique, des personnes isolées, essayant de ne pas sortir du lot, dès lors qu’elles passent la porte du bureau. [Read more...]

Les nouveaux modes d’organisation peuvent-ils être mis à l’échelle

Résumé : Les innovations managériales que l’on peut voir dans les structures de taille moyenne peuvent elles fonctionner dans un grand groupe ? La question mérite d’être posée et a priori on s’attend à une réponse négative. Si l’on étudie de près quelques cas en vogue il apparait qu’il ne faut surtout pas répliquer le modèle à grande échelle mais au contraire, reconstruire la grande entreprise sur des principes d’entités plus petites et réactives. La tentative de trouver des structures de pilotage adaptées à des entités plus grandes ayant, justement, entrainé les dysfonctionnements que l’on voit aujourd’hui. Le seul dispositif susceptible de fonctionner à grande échelle est celui de la communauté…qui connait souvent l’échec car trop souvent instrumentalisé. Reste, enfin, que les deux approches ne sont pas incompatibles, au contraire. Un modèle pour l’opérationnel, l’exécution à petit périmètre et un autre pour les échanges de connaissance à grande échelle. L’enjeu résident alors davantage dans l’articulation.

Dans un billet précédent j’évoquais la question de savoir si certains modes d’organisation mises en place dans des structures de taille moyenne et qui ressemblent fort, de par leur nature et leurs résultats, à ce qu’on voudrait voir émerger plus généralement ailleurs, pouvaient fonctionner dans des structures plus importantes. Il est en effet légitime de se demander si ce qui fonctionne pour quelques milliers de personne est pertinent pour plusieurs dizaines de milliers.

1°) Inutile de mettre les logiques de coordination/exécution à l’échelle

Une partie de la réponse vient de Ricardo Semler. Chez Semco on garde toute toute unité opérationnelle sous un seul de 140/150 employés. Au delà elle est scindée en deux. Après un certain temps d’adaptation il s’avère que deux unités de 150 personnes sont plus efficaces qu’une de 300. Ce qui nous rapproche bizarrement du nombre de Dunbar.

Son de cloche identique chez Morning Star où l’on pense que le modèle peut s’appliquer dans des structures beaucoup plus grandes. La raison ? Ca n’est pas parce qu’une entreprise est plus grande que la taille de ses unités opérationnelles doit le devenir. Par conséquent on peut avoir un grand nombre d’unités très autonomes et agiles et avoir le niveau de coopération suffisant entre elles : parfois fort, parfois très faible, selon les cas.

Hérésie au regard des économies d’échelles ? Pas nécessairement. Comme le disait Hamel dans son article sur Morning Star, le management est la fonction la moins efficace de l’entreprise. Agrandir les équipes permet, peut être de mutualiser des ressources (encore que ça soit possible également avec des plus petites) mais fait perdre en efficacité et qualité managériale. Ce qui nous amène à poser la question à l’envers.

Si les structures pyramidales fortement hiérarchisées ont vu le jour, c’est justement pour adresser beaucoup plus d’employés avec seulement un peu plus de managers, par “cascadage”. Le système a vite montré ses limites, incitant chacun à ne rien faire sans l’aval de son supérieur ce qui in fine paralyse le management et ralentit le système. Un manager, dépité, me disait il y a peu : “manager ? moi ? dès que j’ai fini d’autoriser le remplacement de la lumière des toilettes et la réparation – pourtant gratuite – de la machine à café, je vais voir si j’ai le temps de m’occuper des projets en cours”. Ce qui n’est pas sans rappeler la désormais célèbre anecdote de Ben Verwayyen, PDG d’Alcatel Lucent. Il fallait recruter une assistante en Pologne. Chaque responsable disait “ok mais je fais valider par mon chef”. De fil en aiguille ce sont 16 managers puis dirigeants qui fait suivre le mail à leur supérieur jusque qu’à ce que cela arrive à l’étage final, la 17e personne, Verwayyen lui-même. Et l’a fait rentrer dans une colère noire, envoyant un email à tous ses salariés pour dire “je ne veux plus voir de choses pareilles, prenez vos responsabilités”.

Que faudrait il pour que le système fonctionne à nouveau. Proximité, confiance, sentiment d’appartenance renforcé, cohésion autour de valeurs et d’objectifs communs…ce qui nous ramène au besoin d’équipes plus resserrées. Ce qui n’est pas antinomique avec la problématique des silos. On peut à la fois avec des équipes resserrées et perméables, organiser l’échange de pratiques à grande échelle (voir § suivant). Il y a en effet une différence entre les logiques d’exécution et les les logiques d’échange qui s’opèrent dans des contextes différents.

Au final, la question n’est donc pas de savoir si des systèmes à la Semco peuvent fonctionner dans de plus grandes entreprises mais plutôt de constater que c’est plutôt les grandes structures qui devraient resserrer leurs unités.

2°) Les dispositifs d’échanges se mettent théoriquement à l’échelle sans problème

On a abordé la question des dispositifs orientés décision/exécution. Mais quid des échanges de pratiques à plus grande échelle, de la dimension “organisation apprenante” et “knowledge management”.

C’est a priori le rôle des communautés dont on sait qu’elles se mettent très bien à l’échelle et fonctionnent dans de grandes entités, voire au niveau global. Enfin en théorie. Le sujet a déjà été abordé ici mais on peut en redire quelques mots. La communauté fonctionne très bien…sauf lorsque qu’il y a une volonté d’instrumentalisation par l’entreprise. Conséquence concrète : on voit des communautés vivant de la seule volonté des salariés bien fonctionner, de manière officielle ou dans le dos de l’entreprise. Par contre dès lors que l’entreprise désire mettre en place des communautés ciblées les choses se compliquent pour une raison : c’est vu comme un surcroit de travail hors mission et fiche de poste, un travail qui va mécaniquement bénéficier à certains…et surement pas aux participants. C’est souvent le cas des communautés visant à “crowdsourcer” des idées pour un projet appartenant au final à une unité ou équipe dédiée qui fera travailler la communauté pour son seul bénéfice sans rien en retour pour elle. Ce qui est, il vrai, très éloigné du “tout le monde donne et tout le monde en tire parti” originel.

On peut remédier à la situation par une réflexion sur l’évolution de l’équation travail=salaire en contribution=revenu. Mais on en est très loin. En attendant le grand malentendu entre entreprise et communautés interne va durer.

3°) Un problème d’articulation plutôt que d’échelle

On se rend bien compte que la logique de mise à l’échelle recouvre deux réalité distinctes : l’opérationnel et l’échange. L’entreprise qui produit et l’entreprise qui apprend. Et que chaque logique requière un dispositif adapté, à une échelle différente.

• Production (coordination/prise de décision / exécution) : périmètre restreint, liens forts, intensité des intéractions, majoritairement synchrones, faible latence

• Apprendre (échanges de pratiques / capitalisation) : périmètre large, liens faibles, interactions plus lâches, très asynchrone, forte latence

Là où l’entreprise s’est fourvoyée ces dernières années est qu’elle cru tout régler par les problèmes d’échange et d’apprentissage, ce qui s’est traduit par un “on ne change rien et on ajoute des communautés”. Or la communauté ne sert que peu à la coordination, au travail, à l’exécution quotidienne. Ca n’est pas un concept adapté à l’exécution au quotidien même si in fine il peut participer à son enrichissement. C’est un investissement sur le savoir à long terme, pas un moyen d’améliorer la partie vraiment productive du travail quotidien.

Ce qui importe est donc de superposer, intégrer, les deux logiques : l’une fonctionnant à haute vitesse, de manière intense, pour le quotidien et l’autre en tâche de fonds, plus lentement, pour le long terme. Or, comme on l’a vu, ce que les entreprises appellent “entreprise 2.0″ ou “social business” n’a souvent visé qu’à adresser une seule de ses dimensions en omettant l’essentiel : l’efficacité opérationnelle. Même si la communauté fonctionne, le simple fait que rien ne change au niveau de l’exécution crée un goulot qui annule tous les effets de la soit-disant entreprise apprenante qui aura peut être beaucoup appris mais sera toujours aussi peu à l’aise au moment de mettre en Å“uvre.

La question la plus pertinente n’était donc pas de questionner la mise à l’échelle mais, plutôt, d’adresser des problématiques ciblées, très opérationnelles, à déployer équipe par équipe, unité par unité.

Vu d’une manière plus concrète, favoriser les transferts de pratiques entre usines ou business units est essentiel en termes d’agilité et time to market. Mais si on ne change pas la manière dont cela est mis en Å“uvre, dont des décisions très opérationnelles sont prises et exécutées au jour le jour, on aura fait que la moitié du travail…et cette moitié peinera à créer une quelconque valeur en raison du goulot qui subsistera en aval.

Pour ceux que le sujet intéresse, vous pouvez également aller voir le concept de “podularité” illustré par quelques exemples chez Dachis Group.

PS : terminons par une question : est-ce que les cas en question mériteraient une étiquette ’2.0″ ou “social business”. Une question qui mérite d’être posée car on est loin de la logique d’adoption des outils…mais cela ne passionnera que les puristes. Pour l’entreprise tant que ça cesse d’être nébuleux et que l’impact quotidien est plus clair…elle s’en moque totalement

L’email n’est pas mauvais que pour la productivité

Résumé : l’email facteur de lourdeur organisationnelle et de déperdition d’information on connait et des entreprises comme ATOS ont décidé de prendre le problème à bras le corps…avec des recettes dont on jugera de l’efficacité avec le temps. Autre facette du problème, plus souvent passée sous silence, l’impact de l’email sur le bien être au travail et les risques qu’il engendre sur la santé des salariés. C’est la raison qui a poussé Volkswagen a couper l’usage du Blackberry le week end. Un même coupable désigné mais deux approches radicalement opposées et possiblement contradictoires d’un point de vue culturel. Mais au final un même constat : l’outil n’est qu’un bouc émissaire qui cache de vrais problèmes de comportements et pratiques individuelles.

La guerre à l’email continue sur tous les fronts. Après ATOS qui veut banir son utilisation en interne c’est Volkswagen qui décide desactiver les blackberry le week end. Une défaite de plus pour l’email, un pas de plus pour les outils alternatifs ? Pas du tout car si l’ennemi est le même, les raisons n’ont rien à voir et s’attaquent à deux problèmes diamétralement opposées au travers d’approches dont la philosophie est radicalement différente.

Chez ATOS la question de l’email est davantage vue sous l’angle de la productivité interne. D’ailleurs l’email, comme je le relevais, n’est pas vraiment le problème : la cause profonde touche aux pratiques de management de l’information. Une analyse reprise de manière un peu plus crue mais ô combien lucide par Mark Fidelman.

Volkswagen est a l’opposé de cette approche productiviste et s’intéresse à un sujet qui est loin d’être neutre dans nos organisations contemporaines : le bien être au travail et l’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle. Il est bon, selon Volkswagen, d’avoir du temps pour soi, de pouvoir souffler et de ne pas être 7j/7, 24h/24 sous la pression des autres. Après tout s’il y a des jours “off” c’est bien pour une raison. Et chez VW il n’est pas question de remplacer l’email par autre chose. On coupe. C’est tout.

On voit bien que les deux entreprises, quoi qu’ayant des démarches complémentaires ne s’attaquent pas du tout au même problème. On pourrait juger utile de faire les deux ou, à l’inverse, de se dire que le remplacement de l’email par des outils collaboratifs “sociaux” va dans le sens d’une plus grande connectivité qui impliquerait un besoin de disponibilité quasi permanente.

Il y a également clairement une dimension culturelle derrière ce débat. Si l’approche ATOS a suscité beaucoup d’intérêt de par le monde (et même si, on l’a vu, elle a ses limites et est largement critiquable), celle de VW a entrainé des réactions plus contrastées. “Mais comment peut on ne pas être joignable en permanence”, “Ca n’est pas une manière de faire du business en 2012 !”. On voit bien là le fossé qui parfois sépare des pays très soucieux de la protection des salariés comme l’Allemagne d’une vision plus Nord-Américaine de la place du travail dans la vie.

Au final, comment gérer ce besoin d’être disponible en cas de besoin sans se laisser envahir ? [Read more...]