Un petit coup d’oeil à mes prédictions 2009 me rappelle que je n’étais pas si loin de la vérité il y a un an même si ça a un peu tardé. Je site le point d’inflexion entre 2008 et 2009 à l’enterprise 2.0 Conference de Boston avec une accélération au moment de son alter ego à San Francisco puis l’Enterprise 2.0 Summit de Francfort. Ce qui me fait dire en passant que, si certains se demandent quelle est l’utilité des conférences dans un monde où échanger en permanence n’a jamais été aussi facile, c’est peut être justement de marquer et formaliser l’inflexion des tendances.
Ceci dit, voici comment je vois les choses pour l’année à venir. Et mon petit doigts me dit que les dates clé risquent d’être les même. Je vais envisager la chose selon trois niveaux : le concept, l’implémentation et les outils. Et dans cet ordre précis parce que si l’implémentation découle de la vision qu’on a de la chose, mon petit doigt me dit que les entreprises vont avoir tendance à choisir des outils en fonction de la stratégie d’implémentation décidée et non adapter leur projet aux contraintes liées à la conception des dits outils.
Le concept : l’entreprise 2.0 comme une nouvelle couche de l’entreprise
Avant de se demander comment faire, il importe d’avoir une idée claire de ce qu’on fait. Et le moins qu’on puisse dire est que la fin de l’année 2009 a été riche en enseignements, en réflexions. S’agit il de faire utiliser coute que coute de nouveaux outils ? Ou de (sur)connecter les individus sur le fondement d’une philosophie qui veut que leur nature profonde les amène naturellement à développer des sentiments communautaires et changer leurs pratiques et comportement de travail. Visiblement l’un comme l’autre ont fait long feu.
Moins idéaliste mais plus pragmatique, l’entreprise 2.0 apparait de plus en plus comme un outil de productivité. Dans un monde “1.0″ la productivité individuelle et collective passait par une spécialisation et une individualisation des tâches, des process stricts et la lutte contre les écarts. La valeur est ici dans la procédure et sa conception. Dans un monde “2.0″ caractérisé par un usage intensif de l’information et du savoir, la valeur n’est plus uniquement dans la procédure mais dans l’information et ceux qui la détiennent. Faire son travail, produire les livrables et résultats attendus demandent donc l’accès à des ressources “hors procédure”. Pour cela il faut à la fois des outils et des modes de fonctionnements qui ne se substituent pas nécessairement à l’existant mais viennent le compléter.
L’entreprise 2.0 est un ensemble d’outils et pratiques destinées à augmenter le périmètre du capital humain et informationnel accessible et utilisable afin d’exécuter les process et workflows quotiens et délivrer les résultats attendus dans les délais impartis. Elle ne se construit pas hors ou à la place des process business mais autour d’eux.
Cela demande encore à être affiné mais la tendance est là. L’entreprise a pour vocation de produire et c’est une dimension structurante qu’il s’agit de conserver. L’entreprise 2.0 n’est donc qu’une couche supplémentaire permettant de maximiser l’utilisation de ressources encore mal ou sous exploitées. C’est une couche de pratiques et d’outils nouveaux qui permettent à chacun d’accéder et mobiliser ce et ceux qui lui sont nécessaires pour remplir ses objectifs. Où l’on reparle de la notion de système et d’Organisation Orientée Service ou de Wirearchy.
La question centrale devient dès lors l’articulation entre l’existant et la nouveauté. Mais c’est l’objet du point suivant. En attendant, pour ceux qui se sont intéressés au récent “schisme” de l’entreprise 2.0, c’est à mon avis la victoire du modèle Druckerien face aux modèles Technicistes et Prolératiens.
Je terminerai en disant que 2010 sera peut être une des dernières années où l’on parlera d’entreprise 2.0. Partant du principe que ce n’est qu’une couche supplémentaire permettant à l’entreprise d’exécuter sa fonction première, que c’est l’articulation avec l’existant qui prime, c’est bel et bien d’entreprise que nous parlons, et d’un ajustement aux impératifs liés à un contexte nouveau. L’entreprise 2.0 ne vaut rien en dehors de l’entreprise tout court et la penser hors de ce tout n’amènera à rien de concret.
Autre conséquence : la rupture définitive avec le monde du web dont les logiques et le vocable sont à l’opposé des besoins des entreprises. Le web continuera a inspirer les outils d’entreprise. Mais pour le reste le web 2.0 et l’entreprise 2.0 sont bel et bien deux mondes distincts qui vont suivre chacun leur voie. Deux mondes qui s’inspirent mais ne copient pas.
[Read more...]
If you don't read french, 


