Freemium et logiciel d’entreprise : sachez frustrer la bonne personne

Le modèle dit “freemium” que l’on connait bien sur le web tend désormais à toucher de plus en plus le logiciel d’entreprise. De quoi s’agit il ? De donner un produit gratuitement avec des fonctionalités de bases, suffisantes pour une utilisation minimale, tout en ayant une version premium, plus riche, payante sur laquelle on espère faire basculer le plus grand nombre d’utilisateurs.

Le secret de la transformation : donner envie à l’utilisateur, lui faire ressentir qu’il pourrait faire encore plus, encore mieux, en sortant sa carte de crédit. Il s’agit d’ailleurs plus d’un modèle marketing que d’un modèle économique, qui repose sur la frustration. Comme le dit un excellent ami à moi, expert dans le domaine, cela revient à “laisser dépasser un bout de la culotte pour donner à l’autre des idées qu’il n’avait pas forcément au départ”.

Ce modèle, disai-je, tend à arriver dans le monde du logiciel d’entreprise avec la même logique : permettre de démarrer gratuitement avec des usages simples en pariant que, découvrant l’immensité du champ des possibles, l’entreprise va passer sur une version payante permettant d’accueillir plus d’utilisateurs, d’utiliser de nouvelles fonctionnalités dont l’intérêt n’émerge qu’avec le temps etc…

Retranscrire un modèle c’est bien…mais reste à savoir le traduire.

Un réflexe facile est d’appliquer le modèle stricto sensu ce qui revient à frustrer l’utilisateur qui va en vouloir plus etc… Mais une différence fondamentale existe : lorsque je suis sur LinkedIn ou Viadeo, que je veux aller plus loin avec un produit, que je veux bénéficier de fonctionnalités rendant l’utilisation plus simple, plus efficace, je pèse le pour et le contre et si le prix demandé me semble justifié au regard du bénéfice que je vais en tirer, je sors ma carte bancaire et je paie. Mais dans l’entreprise ?

Laisser à chaque utilisateur la possibilité de s’”upgrader” lui-même ? Impensable et pas sérieux. Non seulement je ne vois pas un collaborateur payer pour ce qui est au final quelque chose qui relève de l’entreprise, mais, de plus, je ne pense pas que l’entreprise tolère de des disparités existent dans les fonctionnalités disponibles qui soient dues au bon vouloir des collaborateurs et non au sien selon la tradition qu’il faille que chaque niveau hiérarchique ait un peu plus de droits que le niveau du dessous.

Se dire que les utilisateurs vont demander à l’entreprise de sauter le pas ? Mauvaise idée car on va repousser la frustration du collaborateur vers l’administrateur, le premier ne sachant pas qui est responsable de la limitation, entre l’entreprise et l’éditeur. Et d’ailleurs ça n’est pas son problème. De plus, même assailli de demandes, ce n’est pas dit que le responsable de l’outil puisse y changer quelque chose car ça n’est pas toujours lui qui a le pouvoir financier. Et je le vois mal aller expliquer “on utilise un produit gratuit et on ne veut pas sortir 10 euros par utilisateurs pour une version payante”.

Conclusion : la logique de la frustration fonctionne lorsqu’elle touche la personne qui a le pouvoir de décider et d’engager un budget ou, au pire, quelqu’un qui lui reporte directement et peut la décider avec des arguments fonctionnels tangibles.

Et si on décide de frustrer un décideur, encore faut il que les limitations soit appropriées. On pensera davantage scalabilité, nombre de licences, possibilité de s’interconnecter avec les outils existants que sur des choses qui facilitent la vie de l’utilisateur mais dont ces personnes ne voient pas l’intérêt car leur utilisation de l’outil est différente. A l’inverse, frustrer l’utilisateur en lui montrant tout ce qu’il pourrait faire mais lui est impossible aujourd’hui est inutile voire contre-productif. Il faudrait même qu’il ne soit même pas conscient de ces limites. Ce dernier risque fort de mettre l’outil en quarantaine et tout le monde sera perdant sur tous les plans.

Lorsqu’on applique le modèle freemium à du logiciel d’entreprise il importe donc de se demander qui on désire frustrer et d’en déduire les limitations à apporter quant à l’offre payante et surtout ne pas retranscrire le modèle qui vise à pénaliser l’utilisateur final qui n’a pas le pouvoir de s’engager dans une logique payante.

Vers des business models d’un nouveau genre : l’exemple de Danone Supporting Life

Une chose est certaine, le monde de l’après crise sera différent de celui d’avant. Cela peut sembler évident mais si l’on y regarde bien beaucoup de redémarrages se sont conclus par le passé par la reconstruction quasiment à l’identique de ce qui avait été détruit. Il semble que cette fois ci des enseignements aient été tirés et l’entreprise et par la société civile.

• La croissance n’est pas une spirale sans fin. Et ce d’autant moins qu’on la veut intense.

• Quiconque crée de la valeur pour lui en en détruisant ailleurs finit par en subir le retour de bâton.

• L’entreprise est un élément d’un écosystème (clients, fournisseurs, employés…). Si une partie de l’écosystème périclite il en ira de même pour l’entreprise car toute destruction de valeur à sa périphérie détruit d’autant ses marchés potentiels.

• Il est plus sain de croitre en développant de nouveaux marchés que de chercher des leviers de croissance purement financier pour compenser le caractère fini des marchés existants.

• L’individu à la fois employé, client, et membre du corps social entend désormais jouer son rôle de juge de la prise en compte de ces enseignements.

Tout cela est digne d’intérêt dans la mesure où les modes de management et de travail seront forcément impactés par ces données sociétales, de la même manière que réussir dans ce contexte nouveau implique aussi d’adopter des pratiques internes appropriées, cohérentes. Ce qui nous rappelle une fois de plus que la crise actuelle n’est peut être pas si économique qu’elle en a l’air.

Tout cela amène à prédire l’avènement de business models d’un genre nouveau, dans la droite lignée du Smart Growth Manifesto d’Umair Haque. Une question qu’on peut logiquement se poser est de savoir quand cela va arriver et quelle forme cela peut prendre. Un premier exemple nous viens de France avec “Danone Supporting Life”.

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Entreprise 2.0 : mes prédictions pour 2009

Franchement je me demandais si j’allais sacrifier au rituel des prédictions annuelles. Finalement je replonge car celles de l’an dernier se sont avérées plutot réussies (j’avais dit que les entreprises “leaders” allaient commencer à comprendre que le succès ne passerait que par une refonte des processus de travail, les outils 2.0 étant des outils de travail ou étant inutiles) et parce que l’amie Susan l’a demandé gentiment.

Ceci dit je vais diviser mes prédictions en deux parties. Tout “thoughtleader” qui se respecte a parfois un peu trop tendance à confondre ce qu’il trouve souhaitable et ce qui peut se passer de manière réaliste. Je vais donc aborder successivement mes prédictions en tant quel telles d’abord puis glisser quelques vœux pieux.

C’est parti !

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Vu, lu, entendu cette semaine #3

Un “vu, lu, entendu” qui a failli ne pas voir le jour en raison de la difficulté que j’ai eu à trouver un accès wifi convenable en vacances. Comme quoi ça n’a pas été la semaine du wifi en ce qui me concerne. Pas grand chose donc à dire cette semaine : peu de veille, peu de temps…on se revoit pour quelque chose de plus consistant la semaine prochaine. En attendant ne soyez pas surpris par l’afflux soudain de notes sur ce blog, je profite de mes vacances pour publier un certain nombre de billets écrits depuis quelques semaines et que je garde en “stock” pour mes périodes offline.

• Vu

LeWeb08 bien sur ! Je n’ai pas eu le temps de revenir sur ma note sur le sujet et de détailler les quelques points que j’ai retenu. Ayant été déconnecté pendant quelques jours je n’ai pu suivre toute l’affaire mais mon twitter m’a dit que ça avait remué dans les chaumières. Plus sérieusement, une fois dit ce qui devait être dit sur ce qui aurait pu aller mieux et fait le point sur ce que j’y avais trouvé au regard des attentes qui étaient les miennes, j’ai pas mal phosphoré sur le sujet (14h de vol ça aide) pour arriver à la conclusion qu’il y a beaucoup à tirer de ce qui s’est passé, de manière désirée ou non. En préparation donc une note sur le thème “j’en retiens peu mais j’y ai beaucoup appris”, ce qui finalement a peut être davantage de valeur. Si au delà du web, LeWeb est une réflexion sur la société, ses évolutions et ses enjeux, la conférence a été l’exemple même de la difficulté d’adresser les problématiques qu’elle traite. Et lorsque les dysfonctionnements (qui se devaient d’être relevés histoire d’être également crédible lorsqu’on relève le positif) sont oubliés il y a vraiment matière à des réflexions de fond qui porteront plus loin qu’une frustrante panne de Wifi. A suivre donc. Finalement cette conférence m’inspire beaucoup a posteriori.

• Lu

Dans ma série “je revisite Goldratt”, Un an pour sauver l’entreprise que j’avais besoin de redécouvrir quelques années après l’avoir lu pour la première fois. Avec une redécouverte de problématiques que j’avais zappé à l’époque : comment passer de la vente de technologie à la vente de valeur ajoutée, et le renversement de flux de production poussés en flux tirés. A mettre en perspective avec le petit monde de l’entreprise 2.0, coté client comme coté soft.

Une intéressante étude de PriceWaterhouseCoopers dont je me suis fait l’écho ici. Le réseau comme support de nouveaux business models vous y croyez vous ? Moi oui.

• Entendu

Rien de spécial cette semaine dont le point d’orgue a été LeWeb et dont j’ai mentionné les interventions qui m’avaient le plus séduit dans la note mentionnée plus haut.

Les enjeux des directions générales : des business models qui s’appuient sur les réseaux

Quelles sont vraiment les préoccupations des directions générales ? Quelle est leur compréhension des enjeux actuels ? Tout le monde parle de la nécessité de faire évoluer l’entreprise pour évoluer dans le contexte qui est celui de ce siècle mais encore faut il que l’information soit arrivée en haut lieu et qu’une prise de conscience ait lieu si on veut qu’à un moment où à un autre ça commence à lentement redescendre. Et même s’il faudra du temps, beaucoup de temps pour faire évoluer les choses, plus vite la prise de conscience arrivera mieux ce sera.

Pour ce qui est du présent cela permet également de valider la perception que nous pouvons avoir du changement en cours et la réalité dans la tête des décideurs.

Heureusement le travail nous a été prémaché par PriceWaterhouseCoopers qui nous délivre son 11e “CEO Survey”, une édition intitulée : “Compete and Collaborate : What is Success in a Connected World”.

Tout un programme. [Read more...]

Quatre enterrements et un mariage 2.0

C’est le grand sujet du moment. Je vous la fais en vrac : crise, web, réseaux sociaux, peur, changement, licenciements,business model, 2.0, productivité, financement, entreprise 2.0. Vous prenez tous ces mots, vous les liez dans une phrase que vous terminez par “qu’est ce qui va se passer, comment s’en sortir, est-ce que tout va s’effondrer ?”.

Pour un fois je vais faire court en vous annonçant la version 2.0 d’un film à succès. Il suffit juste d’inverser les éléments du titre : 4 enterrements et un mariage.

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De l’intérêt d’assister au “Web08″


La nouvelle édition de la conférence organisée par Loïc Le Meur se tiendra à Paris les 9 et 10 décembre prochains. Et plus que jamais c’est l’endroit où il faudra être en cette fin d’année 2008.

Pourquoi ?

Parce que, après avoir toujours trouvé autre chose à faire les autres années j’ai décidé de m’y rendre. Un peu léger comme raison ? Je l’avoue. Par contre les raisons pour lesquelles je m’y rend risquent de ne pas laisser indifférents.

• Parce que ce sera l’occasion de prendre la température du marché. Enfin plus que la température du marché, de mesuré le degré de maturité de ses acteurs. Je m’explique. Par manque de temps et d’intérêt j’ai toujours eu pour principe de ne pas trop m’attarder sur les évènements orientés B2C (non qu’ils n’aient pas d’intérêt mais parce que ça n’est pas, et de loin, mon centre d’intérêt principal). Cette fois-ci, en dehors du fait que les acteurs du monde B2B seront relativement présents, il importera d’être attentifs aux discours, de voir dans quelle mesure le nécessaire virage vers la création de valeur aura été compris et appréhendé. Fini les discours angéliques : il y a les services et les business models qui permettent de gagner de l’argent et ceux qui font joli. Bref il y a ceux qui créent de la valeur et pour lesquels on sera prêt à payer et les autres. Une page est en train de se tourner et le Web08 sera une des premières occasions de savoir qui lit le livre dans le bon sens.

• Une forte dimension sociétale. Ca a toujours été la marque de fabrique des conférences de Loïc mais cette année il a mis dans le mille. Sans le faire exprès, soit, à moins d’avoir été devin, mais le timing est parfait. J’avais déjà prévu de traiter le sujet dans une note prochaine mais voici un avant gout de ma réflexion. Le thème de la conférence est “Love”. Loin de mes histoires de ROI je le concède, mais bizarrement une valeur qui comptera dans les temps qui viennent. Lorsque les individus, le entreprises, perdent confiance dans un modèle économique mais qu’il faut malgré tout s’en sortir le “lien” est la valeur refuge. Souder les équipes, créer une proximité avec ses clients : quand la logique et le rationel déraillent il ne reste plus que des choses quelque peu irrationnelles mais Ô combien motrices pour essayer de recoller les morceaux qui peuvent encore l’être. Bref, dans un monde en quête de repères, de nouvelles valeurs, quelque chose d’aussi dépassé et suranné que l’affection ou le lien qu’on peut développer pour son entreprise, son prochain, ses clients, un produit, que sais-je peut être le ciment qui préservera ce qui reste à sauver, voire celui sur lequel on pourra reconstruire quelque chose. Utopique ? Enlevez l’envie et vous vous rendrez compte qu’il reste plus grande raison de se lever le matin.

Prendre la tempéture de cette industrie, voire comment certains business models vont (ou non) muter tout en s’interrogeant sur l’impact que certaines valeurs profondément humaines peuvent avoir de manière directe ou indirecte sur les ressorts de la création de valeur, voici donc deux angles pour appréhender cette conférence qui, pour ces raisons, tombe à point nommé.

Quelque chose me dit que cette année le business prendra le pas sur le buzz et les effets d’annonce. Tant mieux, cela remettra les choses à leur place et permettra aux vrais projets de se dégager. Un dernier détail : la startup competition sera tout de même l’occasion de montrer aux sceptiques qu’il reste des vrais projets et des gens pour les suivre. C’est d’ailleurs ce qu me réjouis le plus en cette période, comparée à celle qu’on a pu connaitre en 2001 : il y a toujours de l’envie donc de la vie. Ca ne sera pas facile mais c’est souvent dans les périodes difficiles que naissent les plus belles pépites car elles apprennent le pragmatisme avant même d’avoir eu le temps de se voir trop belles.

Au fait. Qui de vous y va ?
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Le web 2.0 est mort ? Quand le “business” reprend ses droits sur le “buzzyness”

Ca ne vous a certainement pas échappé, cet émoi qui a traversé la blogosphère mais également les très respectables médias institutionnels. Le web 2.0 est mort ! Tout n’est pas parti de ce billet de Michael Arrington mais vu qu’il dispose d’un plus gros porte voix que les autres il a eu son petit effet. Un peu plus de retenue chez Ouriel qui garde les yeux suffisamment ouverts pour faire la différence entre un phénomène de fond et les guirlandes forcément plus éphèmères qu’on lui a accroché histoire de faire joli. Hervé Kabla et ceux qui ont commenté sa note y voient, plus encore, des raisons d’y croire.

Je ne vois pas ce qu’il y a d’exceptionnel à affirmer que lorsque l’économie traverse une mauvaise passe les plus fragiles risquent d’y laisser des plumes. Et par conséquent les entreprises positionnées sur des marchés émergents, ce qui est le cas des entreprises estampillées “web 2.0″…mais pas seulement. Pour le coté “madame Irma” on a déjà vu plus clairvoyant ou en tout cas plus visionnaire, étant donné qu’il est plus facile de sonner le tocsin lorsque l’incendie est déclaré que de le prévenir alors qu’on sait depuis plus d’un an que les pyromanes étaient à l’oeuvre. Et ceux qui poussaient le 2.0 à tour de bras, essayant de trouver un coté 2.0 forcément fantastique à tout et n’import quoi quitte à susciter des vocation d’entrepreneurs oubliant le “business model” au profit de “buzzyness models” peuvent légitimement s’interroger sur la pertinence de leurs analyses passées. Ils ont eux-même tué “leur” web 2.0 en en faisant un immonde fourre-tout dans lequel on fini par mettre tout et surtout n’importe quoi. Quoi qu’il en soit, comme le suggèrent Ouriel, ou encore Olivier Ezratty dans ce commentaire chez Hervé, une fois l’écran de fumée dissipé il y a des choses qui vont rester. Ce choses sont les seules qui permettent de créer de la valeur, construire des business models “réels” et par conséquent j’y vois surtout une phase d’assainissement salutaire. Je terminerai en parlant de feu le web 1.0. Même si quelques bébés ont pu être jetés avec l’eau du bain je remarque que les entreprises créées avant 2001 qui adressaient un besoin réel des internautes, donc qui délivraient un “plus” valorisable, ont passé la crise et sont encore là. Est on revenus au minitel depuis ? Non, on est d’ailleurs allé plus loin.

Bref, je classerai volontiers l’article d’Arrigton dans la catégorie du “qui vit par le bruit ne survit qu’en faisant d’avantage de bruit”.

Bon, et l’entreprise 2.0 dans tout cela ?

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