Warning: strlen() expects parameter 1 to be string, array given in /homez.65/duperrin/www/wp-content/plugins/simply-exclude/simplyexclude.php on line 1449
Changement | Bloc-Notes de Bertrand Duperrin - Part 2

Passage à l’entreprise 2.0 : changer les comportements n’est ni fiable ni suffisant

Résumé : le passage du modèle d’entreprise traditionnel au modèle 2.0 ou “social” repose sur une évolution des comportements. Cette évolution nécessite, le plus souvent, des actions à l’égard des individus afin de les convaincre de suivre le chemin en question. Mais est-ce suffisant et, surtout, durable ? Il semble bien que non. Le comportement est conditionné par des éléments extérieurs qui s’imposent à la personne dans le cadre du travail. Toute action ne visant qu’à convaincre de changer de comportement sans approche systémique est donc vouée à l’échec à moyen terme. Les solutions en vogue sur le web social où les contraintes systémiques pesant sur l’individu sont moins fortes que dans l’entreprise ne peuvent donc être viables en entreprise.

On a coutume de répéter que pour réussir sa démarche entreprise 2.0 (ou Social Business…je m’y perd maintenant), il faut convaincre les collaborateurs. C’est une chose certaine quoique sujette à question qui on est d’un scepticisme forcené. Vu le nombre de choses qu’un salarié peut faire et de comportements qu’il peut adopter sans être convaincu, voire en étant conscient que ce qu’il n’est fait n’est pas approprié, on peut se poser bien des questions. Quoi qu’il en soit il est communément admis que, dans le cas qui nous concerne, le changement passe par le changement des comportements qui, lui, passe par la conviction. Évangéliser, montrer, démontrer, inciter chaque jour.

Si cette approche est inévitable je ne pense pas qu’elle soit ni suffisante ni pérenne. En effet, là ou beaucoup prêchent l’adoption par la conviction, je suis plutôt partisan du trio simplification, sens, alignement.

Sens et alignement parce que cela rend la chose non seulement plus évidente mais ne contraint pas le collaborateur à se battre contre le système. Simplification parce que je n’ai jamais vu quelqu’un refuser quelque chose qui lui simplifie le travail…pourvu, là encore, que les deux conditions précédentes soient réunies car si “plus simple” implique d’aller à contre courant et faire face à la désapprobation de ses collègues, voire de ses supérieurs, on en revient vite à des choses moins risquées.

Ce qui précède montre une chose : lorsqu’on convainc les personnes de changer leurs comportements, le centre de gravité de l’entreprise les ramène toujours, un jour ou l’autre, à revenir en arrière. Pourquoi ? Parce que les comportements qu’ils abandonnent sont la résultante de leur adaptation à un système. Un système qui définit leurs objectifs, leurs modalités d’évaluation, les conditions de progression de leur carrière voire prescrit des comportements induits par l’habitude et la culture d’entreprise. Et bien sur le modèle managérial.

Souvenez vous de ce que j’écrivais ici sur les personnes qui à elles seules peuvent, sans en avoir conscience, réduire à néant tous les gains générés par les autres. On est à peu près dans le même cas : la personne en question, parce qu’elle est située à un point stratégique (de par son expertise ou son autorité le plus souvent), bloque le “flux de travail” de par le non-changement de son comportement. Et par quoi lui est dicté ce comportement ? Par le système ou la structure de l’entreprise.

C’est pour cela que, dans le billet en question, je parlais d’actions ciblées pour remédier à cela.. Ciblées sur la personne car c’est son changement qui est au cœur du problème mais non pas en utilisant la personne comme levier (la convaincre voire l’exhorter à changer) mais en utilisant des leviers qui vont impacter le système autour d’elle.

Combien de personnes a-t-on vu s’engager enjouées et convaincues dans le changement puis baisser les bras désabusées ? Elles avaient fait l’effort de changer mais leur environnement ne changeant pas elles se sont épuisées. On dit parfois que petit à petit, chacun change sous l’influence du voisin et que cela rend le changement durable. C’est, je pense une demi-vérité. Lorsque cela se produit c’est que la masse a fini par faire bouger le système à travers une prise de conscience de ceux qui le pilotent. Mais si ceux-là ne réagissent pas on sait ce qu’il en advient sur le long terme.

Les actions visant à faire changer un individu ou un groupe en les convaincant de l’utilité de nouveaux comportements sont un catalyseur de la réussite d’un projet. Mais hors d’une vraie démarche systémique leurs effets sont rarement durables. Toute démarche ne reposant que sur la conviction et l’évangélisation a donc des limites même si elle représente a priori une solution de facilité. A la différence de ce qui se passe sur les outils sociaux sur le web : les contraintes  des collaborateurs y sont moins fortes et il leur est plus facile de sortir d’eux mêmes de ‘leur’ système.

Retour sur l’Enterprise 2.0 Summit

Comme vous le savez certainement, j’étais à Francfort la semaine dernière pour assister à l’Enterprise 2.0 Summit. Comme l’année dernière j’ai trouvé édition très dense et de grande qualité. Beaucoup de choses ont déjà été écrites depuis jeudi et la couverture live sur twitter a été consistante, donc je vais essayer d’être bref et d’aller à l’essentiel.

1°) Tout commence avec un bon format

On peut avoir les cas les plus intéressants, tout dépend de la manière dont on les expose. Le format qui laisse l’orateur présenter son projet, les moyens et les résultats en 20 minutes pour ensuite le livre aux questions de l’audience rend la chose très opérationnelle. Depuis le temps qu’on parle d’Entreprise 2.0 je pense que l’ère des discours “inspirationnels” sur le thème “croyez ou mourrez”, “ayez la foi” est passé et qu’il faut non seulement du concret, des faits, des chiffres et la possibilité de questionner l’orateur afin de soulever les points qui intéressent l’auditoire, éviter les présentations de type “appartement témoin” et les feu d’artifices sans substance. Et lorsque la salle est remplie de praticiens cela donne une vraie valeur, autre chose que lorsque les convaincus prêchent les convaincus.

A coté de cela certaines sessions étaient dédiées à la partie plus “stratégique” et experte du sujet mais là encore pas de monologue. Chaque keynote se terminait par une table ronde et une discussion avec la salle. Ce qui évite, là encore, que les spécialistes s’envoient des fleurs sans penser à ceux qui les écoutent et ont de vrais projets à conduire.

2°) L’Europe décomplexée aurait elle trouvée sa voie ?

On a coutume de considérer les entreprises européennes plus précautionneuses au moment de démarrer leurs projets et plus timides à l’heure d’en parler. On peut considérer que la roue tourne et qu’entre Océ, Renault, BMW, Deutsche Telecom, BASF et les autres j’ai vu le plus  beau rassemblement de cas de ces dernières années. On a surtout pu visiter les entrailles et les mécanismes de chacun en évitant le syndrome de la présentation après laquelle on se dit “oh c’est impréssionnant ce qu’ils ont fait, mais en fait on ne sait pas comment ni pour quels résultats”. Dans ma session sur la gestion des différences culturelles sur laquelle je reviendrai dans un autre billet, Lee Bryant a fait remarquer qu’il était temps que les entreprise européennes oublient le réflexe du “ça marche aux US donc ça marchera pas chez nous” pour faire de nos différences un levier. Je pense qu’on est en train d’y arriver quand je vois la manière dont les cas ont été présentés : technique, argumentée, expliquant à la chaque fois le pourquoi, le comment. . Bref, plus rationnel qu’inspirationnel, mais cela montre également la manière dont les projets ont été conçus avec un focus sur le sens et la valeur pour l’entreprise et le collaborateur que sur l’”engagement” et la passion pour la nouveauté et le networking.

J’ajouterai également un bon point sur la présence française et francophone, tant au niveau de la présence sur scène que dans la salle. Je n’ai jamais autant entendu parler français dans une conférence à l’étranger ni vu autant d’orateurs français sur scène. Ajoutons à cela que le cas présenté par Renault a connu un énorme succès et on peut se dire qu’on est sur la bonne voie.

Toujours dans la discussion qui a suivi ma session, Lee Bryant disait qu’il fallait cesser d’être sur la défensive  systématique face à des concepts “importés”. C’est ce qui est en train de se passer je pense. J’ai vu des entreprises heureuses d’avoir du rencontrer leurs pairs européens et repartir en se disant “finalement on est sur la bonne voie, et on est loin d’être en retard comme on le pensait”.

3°) Plus de business process, le community management rentre dans le rang.

Conformation de ce que j’avais écrit en rentrant de Boston mais à une échelle supérieure. Si, là bas, on avait émis l’idée que le sujet devrait être abordé, et si quelques voix discordantes s’étaient tout de même élevé pour faire remarquer que ce serait dévoyer le concept, autre son de cloche à Francfort. Pas une présentation de cas où il n’a été dit qu’il fallait lier de près le projet aux fameux business process, pas une voie discordante et l’atelier que j’ai animé sur le sujet a d’ailleurs été rempli en moins d’une minute à telle point qu’on a refusé du monde. Est-ce dire que le “community management” est enterré ?

Pas du tout. Tout le monde en a parlé également mais comme un moyen d’un dispositif global, ni plus ni moins. Par contre une chose est sure : ça n’est pas la préoccupation première des participants qui s’intéressaient davantage à l’architecture du projet, à ses mécanismes, à la manière dont produire des bénéfices concrêts et mesurables. Je ne me souviens d’ailleurs pas avoir entendu une question sur le sujet et une seule session lui était dédiée, animée par Anthony Poncier. D’ailleurs, traduisant l’état d’esprit général, Bjorn Negelmann, l’organisateur de la conférence, disait sur Twitter que les participants à la conférence ne voyaient pas la chose comme une compétence essentielle.

A mon avis les deux questions sont essentielles et doivent s’articuler. Simplement il y a eu un focus historique sur le community management qui fait qu’on a pris du retard dans l’autre domaine d’une part, et qu’il faut partir de ce que le collaborateur connait pour l’emmener vers des logiques nouvelles d’autres.

Je reviendrai sur mon atelier dans un autre billet mais vous pouvez déjà vous référer à cet ancien billet pour poser le problème et celui de Samuel Driessen qui y a assisté et livre une courte synthèse. [Read more...]

10 bonnes raisons d’aller à l’enterprise 2.0 Summit de Francfort (26-28 oct)

Comme l’an dernier l’Enterprise 2.0 Summit se tiendra à Francfort du 26 au 28 octobre prochain. Il s’agit d’une conférence en deux temps : un jour dédié à des workshops ciblés, puis deux jours d’interventions sur des sujets très pratiques. Plutôt que vous faire longuement l’article, voici à mon avis 10 bonnes raisons de venir nous y rejoindre.

1°) A cause du format : chaque intervention dure 20 minutes suivie de 20 minutes d’intéractions avec la salle. Autrement dit, pas de longues diatribes pour vendre du rêve et des appartements témoins mais des choses très opérationnelles qui s’adressent à ceux qui conduisent le changement dans leur propre entreprise et veulent apprendre de leurs pairs mais également échanger de manière directe avec eux.

2°) Parce que ça n’est pas loin : quelques heures de TGV, une heure d’avion pour avoir un tel plateau cela relève du miracle. Bien sur il y aura Santa Clara quelques semaines plus tard puis Boston en juin mais c’est beaucoup plus loin…et plus cher.

3°) Justement à cause du plateau : vous y retrouverez beaucoup des experts étrangers et français que vous pouvez lire à longueur d’année et pourrez parler avec eux “en vrai”. Sans compter les nombreux praticiens qui viendront partager les expériences d’entreprises européennes de premier plan.

4°) A cause de la communauté française : j’entend souvent “oui mais dans ces conférences il n’y a jamais de français et on ne parle que d’entreprises étrangères qui n’ont pas notre culture”. Pas moins d’une demi douzaine de français “on stage” et la présence, comme cas d’entreprise, de la Société Générale et de Renault. Sans compter nos amis belges qui viennent gonfler le contingent francophone…

5°) Justement, à cause des différences de culture : c’est un sujet auquel nous, européens, somme beaucoup plus sensibles et sensibilisés que nos voisins d’outre Atlantique et qui est toujours au coeur du “Summit”. De plus j’animerai la table ronde sur le sujet. Cette conférence est un moment unique pour aborder la conduite du changement dans un contexte interculturel avec des français, espagnols, allemands, italiens, anglais…

6°) A cause de l’ambiance : j’avais beaucoup aimé la conférence de l’an dernier pour cette raison. Aucune distance entre conférenciers et participants, l’occasion d’échange passionnants et de vraies rencontres.

7°) Parce que la conférence n’est pas squattée par les éditeurs : ce sont des entreprises qui racontent leurs expériences et non des éditeurs de logiciels qui vendent leur produit au travers d’un cas client bien préparé et aseptisé.

8°) A cause du programme et des sujets abordés :

Les défis auxquels doit faire face l’entreprise 2.0

  • Managing the Change towards Enterprise 2.0
  • Overcoming Cultural Boundaries towards Enterprise 2.0
  • Driving & Rewarding the Adoption 2.0
  • Managing the Complexity of Enterprise 2.0
  • Leading & Steering an Enterprise 2.0
  • Driving Transformation & Business Innovation
  • Managing the Participation for Enterprise 2.0
  • Defining the Social Business Strategy

Sur les pratiques de l’entreprise 2.0

  • Enhancing the Information Flow
  • Improving Internal Communications
  • Fostering Knowledge Sharing
  • Facilitating the Information Exchange
  • Regaining Business Flexibility
  • Strengthening Collaboration
  • Enforcing Business Innovation
  • Improving Talent & Skill Management

Et puisqu’il me reste deux raisons…

9°) Apprendre de Luis Suarez comment il fait pour ne quasiment plus utiliser l’email au travail.

10°) Aller tous prendre une bière ensemble et faire connaissance “dans la vraie vie”.

Alors, partants ? Pour s’inscrire c’est ici.

Du fun au travail ou du fun dans le travail ?

Résumé : si le coté ludique et fun des médias sociaux est souvent mis en avant il faut reconnaitre que les entreprises, si elles désirent toutes avoir des salariés heureux, ne sont pas prêtes à payer dès lors qu’il leur semble comprendre qu’il s’agit de faire en sorte que les salariés s’amusent au travail. Qu’on considère qu’il s’agisse d’une forme de schizophrénie regrettable ou d’une culture d’un autre siècle le fait est là. Le “fun” ne saurait donc être l’argument majeur mais une conséquence heureuse d’un projet plus global et surtout…être gratuit. Les médias sociaux utilisés dans un contexte de travail offrent une possibilité que très peu de dispositifs ont pu proposer par le passé : plus que créer des espaces et des moments ludiques dans l’entreprise ils permettent de l’incorporer dans le travail quotidien, en faisant à la fois une conséquence et un levier mais en s’inscrivant dans une logique d’amélioration de la performance qui intéresse…et rassure.

Au nombre des sujets qui m’inspirent souvent des sentiments contradictoires dans le contexte entreprise 2.0, il y a celui du fun au travail. Je garde l’anglicisme “fun” faute de mieux, on ne parle pas de bonheur, ni de joie…peut être qu’amusement pourrait faire l’affaire…

Il est une certitude partagée par tous, employés, managers, observateurs : des employés qui prennent du plaisir à ce qu’ils font sont des employés plus efficaces…et cela se ressent de plus sur l’ambiance de travail. Et une des manières pour arriver à cela est, d’une certaine mesure, de rendre le travail amusant, distrayant. Pareillement,  une bonne ambiance dans l’entreprise est également quelque chose de valorisé intuitivement. Notez bien toutefois la différence entre les deux : dans un cas c’est la nature même du travail et la manière dont on le fait qui est en cause, dans le second c’est plus une ambiance globale : on peut avoir un travail que l’on déteste mais apprécier le contexte dans lequel on le fait (quoique cela ne dure jamais éternellement).

Une des propositions de valeur de l’entreprise 2.0 est justement ce fameux “fun”, certains allant jusqu’à dire que dans un tel système, l’intranet ressemble à une véritable fête qui réunit tous les salariés. En même temps que je souscris totalement à ce principe, j’ai beaucoup de mal avec.

- Pour l’avoir vécu et le vivre, oui cela implique une relation différente des autres et même s’il s’agit d’un outil de travail je préfère me connecter le matin à mon réseau social et ses espaces de travail que lancer mon client mail. Ca reste de la communication mais qualitativement cela n’a rien à voir (en plus du fait que ce soit plus efficace également).

- Aucune entreprise ne refusera le fait de rendre ses salariés heureux.

- Il y a un nombre important (et je pense majoritaire) d’entreprises où la notion même de plaisir ou d’amusement ne peut se conjuguer avec le travail. Cela signifie qu’on perd du temps et qu’on serait plus productif sans s’amuser ou qu’on a pas assez de travail. Et où de toute manière ça n’est pas l’image que les collaborateurs veulent renvoyer à leur management (il ne faut pas croire que le manager est toujours le tue la joie, il partage souvent une grande partie du patrimoine génétique de ses subalternes). On peut trouver cela dommage ou stupide, se dire que ça va changer, la question est qu’aujourd’hui c’est compliqué.

- La plupart des entreprises sont prêtes, si elles en ont les moyens, à investir pour rendre le collaborateur heureux. Aucune pour qu’ils s’amusent au travail. Je ne dis pas qu’il n’y a pas des gens qui comprennent, mais si on arrive avec ce seul argument devant un comité de direction il y a peu de chances pour que budget passe…

- A la limite même si coté “efficacité” du projet entreprise 2.0 peut séduire, certaines peuvent tout de même se braquer sur le coté ludique…pour une simple question d’image ou d’estime de soi. Il s’agit donc d’un élément positif à manier avec une certaine précaution.

Alors comment faire ? [Read more...]

Quand on veut prendre le collaborateur par la main il faut se souvenir qu’il n’en a que deux !

Peu importe que l’on prenne la chose sous l’angle du changement humain ou de l’adoption de nouveaux outils, partant du principe que le collaborateur ne se jette que rarement dans la nouveauté à corps perdu et les yeux fermés (et ce d’autant plus qu’on est dans un contexte professionnel), tout le monde comprend qu’il s’agit de prendre l’utilisateur par la main et de l’accompagner. Par contre la mise en œuvre de stratégies allant dans ce sens montre que fort souvent on ne sait pas où trouver la main que l’on veut prendre ou qu’on s’imagine, à tort, savoir où la trouver.

Concrètement cela signifie que loin du mythe du “multitasking permanent”, les collaborateurs se concentrent sur deux grands axes auxquels va l’essentiel de leur attention. Ca n’est pas une question de mauvaise volonté mais ils ne peuvent en faire plus de manière sérieuse et concentrée. Tout autre sujet est vu comme périphérique, non essentiel et les oblige soit à le traiter superficiellement soit à abandonner quelque chose d’important pour quelques temps avant d’y revenir ultérieurement et rattraper leur retard sur le sujet. Rien de spécialement agréable pour eux donc.

Au quotidien le collaborateur a une main dans son client email et l’autre dans les activités structurées et structurantes (appelons ça process, worklow etc…). L’un est son principal moyen de communication, le seul qui même mal utilisé le relie à tout le monde. L’autre ce qui est sa raison d’être dans l’entreprise, ce sur quoi il est évalué, ce qu’il est obligé de faire et bien faire avant de penser à quoi que ce soit d’autre.

On peut en tirer quelques premières conclusions en termes de conduite du changement. Puisque pour saisir une main il faut la prendre où elle se trouve, il est impossible de faire quoi que ce soit sans prendre en compte et la question de l’email dans le quotidien ou celle du lien entre la nouveauté et les tâches structurées. Tout autre angle d’attaque n’a aucune prise sur eux et est voué à l’échec. Il faudra ensuite être pédagogue et expliquer comment, avant tout, enlever leur main de là où elle est pour la mettre ailleurs ne les empêchera pas de faire ce qu’ils faisaient avant, ne les pénalisera pas dans quelque chose d’essentiel.

Tout autre démarche reviendrait à dire à un conducteur “ôtes donc tes mains de ton volant” sans lui expliquer qu’avant même de lui apporter quelque chose de neuf qu’il ne pouvait faire auparavant cela lui permettra a minima de diriger son véhicule aussi bien qu’avec son volant.

Cela n’est pas non plus sans impact technologique, que ce soit au niveau des entreprises qui implémentent voire conçoivent leur propre outil “2.0″ que ce soit au niveau des éditeurs qui proposent des solutions aux dites entreprises. Il y a un nombre incroyable d’acteurs sur le marché et, malgré que ce dernier soit en phase de consolidation, il semble en arriver chaque jour de nouveaux. Et chacun de proposer un angle d’attaque par rapport à tel ou tel type d’activité pour attirer l’utilisateur dans ses bras. La vérité est qu’il n’existe que deux angles valables et pas un de plus. Le reste n’est que discours marketing et si le verbiage peut être séduisant la confrontation à la réalité du monde de travail donne souvent un verdict sans appel.

Aucune solution ne peut s’implanter durablement à grande échelle dans l’entreprise si elle ne prend pas en compte un des points suivants (voire les deux) :

- intégration poussée avec le client mail. Cela peut se faire de différentes manières, de la plus simple (alertes, notifications) à la plus aboutie (widget dans le client, services partagés…).

- intégration avec les outils traitant les activités structurées (CRM, ERP, BPM etc…voire outils de GED). Interactions et conversations naissent souvent de la difficulté de résoudre une problématique business, et devinez où naissent ces problématiques pour le collaborateur lambda ?

On peut tenir une multitude de discours aux collaborateurs, leur proposer toute une kyrielle d’outils. La vérité est simplissime : qui refuse de s’attaquer et prendre en compte ces deux points d’entrée stratégiques parle un langage que le collaborateur ne comprend pas, lui pose des problèmes sans apporter de solution.

Entreprise 2.0 : l’adoption est une affaire de confort

Les temps changent. Après avoir passé des années à évoquer le “quoi” et le “pourquoi”, le petit monde de l’entreprise 2.0 s’intéresse désormais beaucoup au “comment”, ce qui est plutôt une bonne chose. On parle donc beaucoup des “stratégies d’adoption”, un terme avec lequel je ne suis pas spécialement à l’aise, mais que nous allons garder ici faute de mieux.

L’enjeu est à la fois simple et complexe. Il s’agit d’intégrer de nouvelles manières de collaborer au quotidien, de les positionner et les articuler par rapport à l’existant, tout en prenant en considération la dimension “outils” qui va avec. On sait en général d’où on part (quoique faire un état de lieux permet d’éviter les biais dus à la fausse représentation qu’on peut avoir de la manière dont sa propre entreprise fonctionne), avec une bonne méthodologie et des personnes avisées on peut sans trop de problème déterminer où l’on va. Reste donc le chemin qui n’est pas la plus mince affaire de l’histoire.

On peut être tenté d’amener directement le collaborateur du point A au point B en lui “vendant” la démarche dans un joli paquet cadeau. On a la preuve que cela ne fonctionne que rarement et on fustige donc son attitude défensive face au changement. C’est, à mon avis, un raccourcis trop facile car il part du principe qu’on passe d’une situation A à une situation B comme en basculant un interrupteur alors qu’il s’agit d’un chemin à parcourir, un chemin sur lequel nous ne sommes pas tous égaux.

Lorsque nous parlons de point de départ nous ne parlons pas seulement des pratiques en entreprise où, même là, l’uniformité est loin d’être acquise mais où un certain nivellement (parfois par le bas) existe, mais également de pratiques personnelles. Et ce d’autant plus qu’une partie de la problématique est liée aux médias sociaux dont on dit que tout le monde les utilise dans sa vie privée et dont on sait, par contre, qu’ils sont le premier exemple notable d’arrivée dans l’entreprise d’outils issus du monde grand public.

On sait bien que ça n’est pas parce que quelqu’un utilise tel outil de telle manière pour son usage personnel qu’il en fera de même si le même outil était mis à disposition sur son poste de travail. Mais on sait également que le collaborateur ne développera pas dans l’entreprise des pratiques qu’il n’a pas dans sa vie privée (sur ce point en tout cas). Il importe doncde savoir où il en est sur ce point afin d’aller plus avant. Utilisent ils telle ou telle plateforme ? Quel est leur niveau d’activité ? Tout cela compte même si au final on sait qu’il faudra travailler à professionnaliser ces pratiques. Une situation à appréhender d’ailleurs au niveau collectif car c’est d’usages communs que nous parlons. Si 2% de l’entreprise est utilisatrice assidue et que 98% n’a jamais voulu ouvrir de compte Facebook, quand bien même les 2% seraient une opportunité, les 98% sont bel et bien le facteur limitant. Encourager les uns ne sera d’aucune utilisé si on ne fait pas progresser les autres.

Pour faire progresser cette seconde population on peut attendre que les autres les entrainent. Cela risque de prendre du temps, les leaders risquent de vite s’essouffler. C’est donc une bonne piste mais il importe de faciliter un peu les choses. Et pour aider le collaborateur il faut aller plus loin que sa seule connaissance des outils et sa maitrise de comportements nouveaux : il faut penser à son confort !

[Read more...]

De quoi le collaborateur a-t-il besoin pour devenir “2.0″ ?

L’un des paradoxes de l’entreprise 2.0 est que lorsque les entreprises arrivent à maitriser leur peur de l’inconnu et se lancent, elles ne sont pas systématiquement suivies de leurs employés alors même qu’elles apportent une réponse souvent demandée à leurs problèmes et des solutions supposées leur faciliter le quotidien.

Tout le monde comprend désormais que le collaborateur a besoin de plus qu’un outil et d’une campagne de communication pour adopter des pratiques nouvelles quand bien même elles lui seraient bénéfiques. Même le “faites en ce que vous voulez, on vous fait confiance” ne fonctionne pas.

Petite checklist des attentes des collaborateurs.

• Quels outcomes ?  Que dois-je “produire” personnellement sur ces outils, et qu’attend on des groupes/communautés dont je fais partie ?

• Quelle est la limite de ma responsabilité ? Jusqu’où suis-je autonome, à partir d’où dois-je m’abstenir ou demander une quelconque validation.

• Est-ce que je suis payé pour ça ? Est-ce que mon manager (ou toute personne qui me paie sur son budget) ne va pas considérer cela comme du temps perdu ? Va-t-on donc me reprocher ma participation ou me féliciter ?

• Quelle est mon exposition ? Comment la contrôler ? Quel type d’information dois-je partager ? Factuel ou opinions qui engagent ? Puis-je déterminer mon propre curseur ? Qui à accès à quoi ? Quel usage peut en être fait ?

• Montrez moi d’abord, montrez l’exemple avant que je suive.

• Avant de me demander de faire des choses nouvelles, montrez moi comment tout cela peut s’appliquer à ce que je fais aujourd’hui et le rend plus simple, pratique pour moi.

• N’éparpillez pas mon attention. J’ai déjà beaucoup à faire, ne me distrayez pas avec des informations et sujets nouveaux sans intérêt, sans valeur ajoutée par rapport à mes objectifs et tâches quotidiens.

• Ne rompez pas mon “workflow personnel”. Je n’ai pas le temps de jongler entre 3 applications aggréger les informations, les forwarder, les copier/coller. Sinon je vais me concentrer sur l’outil qui sera peut être le moins efficaces mais qui me permet de faire un peut tout sans en changer, même si ça le fait mal (l’email ?).

• N’ajoutez rien, enlevez. A chaque problème nouveau correspond une “couche” de solutions (outils, pratiques, règles)  nouvelles qui s’empilent depuis 50 ans et finissent par me ralentir et en deviennent même contradictoire les unes avec les autres. Au lieu d’ajouter une couche nouvelle, enlevez celles qui sont déjà de vrais poids, n’ont pas de sens et ne servent à rien.

• Ne m’embarquez pas dans une expérimentation de plus. Je ne suis pas un cobaye et le temps que j’investis me pénalise souvent dans mon “vrai” travail, voire nuit à mon image. Je suis prêt à apprendre, à explorer, à condition d’être sur qu’on ne va pas laisser tomber au bout de 6 mois et  que ça va m’aider dans mon quotidien.

• Comment sera utilisée et réutilisée l’information que je partage. Cela m’aidera à savoir ce que je dois partager.

• Apprenez moi, montrez moi comment articuler les dimensions informelles/non structurées et formelles/structurées de mon travail ! Et j’espère que les outils le prennent en compte, je n’ai pas envie de jouer le connecteur humain.

• Apprenez moi à faire rentrer tout cela de manière douce et inconsciente dans mon quotidien. Comment en faire une routine simple, scriptée, rassurante, compréhensible que je suivrai sans même y penser.

Vous pilotez ou vous expérimentez ?

Quand une entreprise fait ses premiers pas dans quelque chose de nouveau elle avance avec précautions et c’est logique. Même si on a une idée précise de ce qu’on va faire, il faut le tester sur une petite échelle afin de valider certains concepts, confronter le plan à la réalité. Je ne parle même pas de l’hypothèse où on essaie quelque chose sans trop savoir à quoi cela sert ni s’il y aura un bénéfice au bout.

Le principe s’applique à un nombre infini de choses et l’entreprise 2.0 ne fait pas exception à la règle. C’est sur ce sujet que vont porter plus spécifiquement mes réflexions même si on peut sans grand risque le généraliser à de nombreux autre domaines.

Je ne vais pas pas refaire la discussion qui a déjà eu lieu sur le sujet à la fin de l’été dernier et qui revenait à se demander si ces phases préalables, quel que soit le nom qu’on leur donne, avait du sens. En effet qui dit périmètre restreint sur un sujet ou la masse critique est souvent clé dit, par définition, possible manque de pertinence.

Concrètement la question qui se pose est de savoir :

1°) Ce qu’on fait

2°) Comment on l’appelle et le présente.

Et nous allons voir que c’est loin d’être neutre.

[Read more...]

L’entreprise 2.0 est elle possible sans pensée positive ?

Autant commencer par asséner une vérité qui n’est en rien une nouveauté et ne surprendra personne. Nous sommes tous différents, avec nos cultures, nos valeurs, nos attentes et si on peut avoir un semblant d’uniformité au niveau local, la diversité de notre monde nous revient en pleine figure dès lors que, et c’est le cas de plus en plus de personne, on évolue dans un monde globalisé.

De la même manière une idée, une tendance, un concept véhiculent également une partie de la culture de ceux qui l’ont créé. Que l’on parle de choses aussi diverses que le jazz, la gastronomie, la démocratie, le basketball….ils ont traversé les frontières emprunts des valeurs de leurs créateurs et ont, avec le temps, réussi à s’implanter en se teintant de couleur locale, en se laissant revisiter par les locaux pour devenir acceptable au regard de leur identité.

Une des caractéristiques de l’entreprise 2.0 est d’être fortement empreinte de pensée positive, quelque chose qui nous est relativement étranger et dont, même si on essaie de nous sensibiliser  l’occasion pendant nos études, on ne prend la mesure qu’en aller se frotter à des cultures différentes, notamment nord-américaine.

Sans rentrer dans les détails disons qu’une culture qui promeut certaines valeurs, où l’on pense toujours qu’on pourra améliorer les choses demain, que partant de là tout doit être vu comme une opportunité, où le travail et la réussite professionnelle sont vus comme des moyens de s’épanouir personnellement porte en elle certains gênes qui ne sont pas neutres. Cela génère notamment une capacité à explorer la nouveauté, à s’engager avec les autres, qui devient intéressante lorsqu’on explore n’importe champ inconnu, et plus encore par rapport aux sujets qui sont les notres.

Je vous renvoie à cet article qui exprime la chose plus clairement et dont je cite toutefois un extrait :

Successful people act as though they have accomplished or are enjoying something. Soon it becomes a reality. Successful people often find themselves in situations where risk and uncertainty is hanging over them and if they were to take on a negative mindset then failure would rear its ugly head. Instead high achievers embrace risk and uncertainty in difficult situations and keep a positive outlook. Nine times out of 10 usually end up with the results that they had in mind all along.

Positive attitude is extremely important, as it encourages individuals to approach each day, and each problem, with a bright outlook. In a team environment, a positive attitude encourages a team to work together with individual styles and personalities. Positive attitude is not only about choosing to have a good outlook through good times and bad, but also about learning to love what you do. I have observed that outstanding business people are successful because they deeply love their work.

Quant à wikipedia, on y apprend que :

Pour le Positive Psychology Center, les vertus et forces morales mises en avant sont : amour et travail, courage, compassion, résilience, créativité, curiosité, integrité, connaissance de soi, modération, contrôle de soi, sagesse/

Les valeurs collectives et idéaux sociaux sont : justice, responsibilité, civisme, parentalité, soutien, éthique professionnelle, leadership, esprit d’équipe au travail, projet et tolérance..

Je ne peux m’empêcher de penser que non seulement les logiques comportementales portées par l’entreprise 2.0 se retrouvent ici dans une certaine mesure mais, surtout, que tout ce qui touche au déploiement, à l’adoption diront certains, repose souvent et essentiellement sur ce type de ressort.

Je ne peux pas, non plus, m’empêcher de constater que, pour dire les choses abruptement, et bien chez nous ça n’est pas l’inverse mais presque. Pas mieux, pas pire, mais différent. Stricte séparation entre vie personnelle et professionnelle, le travail vu comme une contrainte et pas une source d’épanouissement, une grande méfiance par rapport à l’entreprise et toute tentative d’”avaler” l’individu et de trop l’enfermer dans le groupe… Je force un peu le trait mais on en est pas loin…

Une fois ce constat fait, quelles conclusion en tirer ?

[Read more...]

Nouveau rapport sur l’état de l’entreprise 2.0

Cécile Demailly a eu la gentillesse de me faire parvenir il y a quelques jours le rapport qu’elle a réalisé sur l’état des lieux en matière d’entreprise 2.0 et que vous pouvez vous procurer ici. Il repose sur les réponses de membres d’une cinquantaine de grandes organisations, souvent internationales, et le fait que 48% des répondants soient français donne une représentation à mon avis fort intéressante du double contexte “entreprise globale / culture locale” qui rend la matière unique et peu adaptée aux généralisations.

Je ne vais pas rentrer dans les détails et les conclusions afin de préserver intact l’intérêt du document, mais voici tout de même quelques réflexions en passant.

- les chiffres me semblent correspondre à la réalité, ce qui est déjà un bon départ.

- le rapport évoque des sujets sur lesquels tout le monde n’est pas forcément à l’aise. Je pense notamment au ROI, au leadership aléatoire, à l’écart qui peut exister entre les attentes des entreprises et ce qu’attendent vraiment les collaborateurs. Et les conclusions sont saines, pas de biais douteux ici.

- Des axes d’analyses parfois nouveaux mais toujours intéressants : contexte B2B ou B2C par exemple…

- C’est plutôt en phase avec la manière dont je vois les choses, notamment du coté salarié. J’ai quelques articles en cours sur le sujet mais effectivement, en tout cas dans notre contexte local, l’autonomie, même offerte, ne se diffuse pas par les bons sentiments…au contraire, ses bénéficiaires mêmes demandent définition, encadrement et sens.

- Une intéressante analyse des phases maturité avec, là encore, un focus intéressant (et que je trouve trop rare) sur le collaborateur, sur le “quel sens ça a, quels sont mes enjeux, mes besoins” plutôt que le “mais comment leur faire adopter ce machin”. Ce qui nous rappelle une fois encore que faire le bonheur des gens malgré eux ou réaliser nos rêves à travers les autres n’est ni efficace ni même souhaitable.

Ensuite il y a quelques points sur lesquels j’aimerai bien creuser l’analyse. Je dois voir l’auteur dans quelques jours…cela sera l’occasion rêvée.

Bonne lecture !