Le web 2.0 a-t-il tué les communautés ?

Résumé : les communautés sont le grand sujet à la mode dans les entreprises. Pourtant il n’a rien de neuf. La facilité avec lequel les communautés se forment et vivent spontanément sur internet ont amené les entreprises à se dire qu’elles pouvaient répliquer la chose avec leurs salariés et leurs clients…avec des succès relativement mitigés. L’illusion, savamment entretenue, selon laquelle l’outil crée la communauté alors qu’il ne crée que les conditions de son hébergement et les discours marketing selon lesquels tout doit être communautaire en ce début de siècle ont eu raison d’années de travail et de réflexion sur le sujet, amenant l’entreprise dans de nombreuses impasses. Il serait temps d’enfin appeler ces groupes ou espaces d’échanges par un autre nom et les gérer en tant que tels avant que la “folie du 2.0″ n’ait fini par transformer un concept noble en un buzzword décrédibilisé.

Quand on me demande “comment créer et animer des communautés dans et hors de mon entreprise” j’ai toujours envie de répondre une chose :

“Il y a les communautés qui existent et n’ont pas besoin de vous et celles qui n’existent pas et ne valent pas que vous gaspilliez votre énergie à les faire vivre”.

Bon c’est un peu réducteur et en plus c’est en partie faux.

• Une communauté nécessite un centre d’intérêt, un but commun, et la volonté d’intéragir ensemble. A priori il suffit d’identifier les “personnes qui” et leur donner les moyens d’exister et échanger en tant que communauté. Reconnaissons que parfois cela fonctionne (dès que les moyens, outils, permettant à la communauté d’exister et vivre en tant que telle sont disponibles, elle se trouve et se structure spontanément)…parfois non (la communauté existe dans l’esprit mais refuse de le faire dans les faits). C’est en général du à deux facteurs : le manque de confiance vis à vis de l’entreprise (ou voit même ces communautés vivre hors de l’organisation de l’entreprise et refuser de devenir institutionnelles) ou des problématiques managériales (donner à la communauté est-ce travailler ou est-ce du temps perdu voire de l’information volée ?).

• On peut créer des communautés ex-nihilo mais il faut d’abord sensibiliser pour que l’intérêt naisse, ensuite que l’envie de “faire ensemble” émerge, Alors seulement il sera tant d’outiller les choses. Là encore avant de créer et manager la communauté il faut surtout créer les conditions qui permettront sa naissance.

En fait une communauté, à mon avis, ne se crée ni ne se manage. Les conditions de sa réussite oui. Ensuite on peut la modérer, la piloter, la faciliter, mais on ne lui fera jamais faire ce qu’elle ne veut pas faire.

Vous allez me dire que tout cela est évident et vous aurez raison. Les communautés ne sont pas un sujet récent, loin de là. On a toujours su qu’elles étaient difficiles à mettre en place,  qu’il devait y avoir une barrière à l’entrée, qu’il fallait du temps pour que les choses se passent etc…Une tâche ardue mais dont les principes avaient été clairement mis à jour par Etienne Wenger. Les choses étaient donc claires. Il me semble toutefois, que depuis quelques années, la “chose communautaire’ est devenue on ne peu plus confuse et “confusante” pour les entreprises, choses qui m’a été confirmée par des personnes effectuant en ce moment des recherches dans ce domaine.

En un mot : avant on savait où on allait même si c’était compliqué. Aujourd’hui on ne sait même plus où on va. Conséquence : les entreprises se perdent en chemin, s’investissent, sont déçues. Une raison à cela : personne ne sait plus ce qu’est une communauté. [Read more...]

L’entreprise 2.0 n’est pas qu’une affaire de communautés

Depuis que le “social media” fait son apparition dans l’entreprise et que le concept d’entreprise 2.0 fait peu à peu son chemin, on ne parle que de communautés. En effet quelle meilleur type de plateforme pour faciliter les échanges au sein de communautés, concept qui n’a rien de nouveau mais auquel les nouveautés du moment donnent sinon une nouvelle jeunesse, tout au moins un nouveau dynamisme. Mais cette focalisation sur les communautés, parfois, complique les choses plus qu’elle ne résoud de problèmes.

Qu’elles soient d’échange, de pratiques, d’intérêt, de connaissance, le but des communautés est de favoriser l’échange d’information, de savoirs, entre leurs membres afin que chacun s’enrichisse des autres et qu’au final le gain pour chacun soit supérieur à ce qu’il donne. Bien évidemment cela revêt une importance capitale pour nombre d’entreprises. mais elles ont toutefois du mal à en mesurer la réelle valeur. En effet, la valorisation de l’intangible est un domaine dans lequel les financiers ont encore beaucoup de travail à faire, et l’entreprise ne facilite guère les choses en omettant de mettre les savoirs en phase avec l’action.

Opérationnellement parlant, l’entreprise, qui a déjà du mal à valoriser ses communautés et peine donc à déterminer le ROI de ce qui les rend plus efficace (charge qu’elles font peser sur leurs prestataires alors qu’elle est davantage de leur ressort), se prend souvent les pieds dans le tapis dans la sélection des communautés sur lesquelles son effort va porter. Parce qu’elle a du mal d’identifier les vraies communautés d’experts en son sein, et confond souvent ceux qu’elle aimerait faire échanger et ceux qui en éprouvent le besoin et l’envie. Et ensuite parce qu’en ayant en tête l’idée traditionnelle de la communauté, l’entreprise perd souvent de vue un autre type d’ensemble humain qui a besoin de ce type d’outil, qui n’est pas une communauté au sens traditionnel du terme mais qu’on essaie de faire rentrer malgré tout dans ce moule inadapté : ceux qui ont besoin de travailler ensemble pour réaliser quelque chose, de manière souvent informelle puisqu’il s’agit d’un recours lorsque les structures formelles ont montré leurs limites. J’en veux pour exemple ce qui a été fait chez General Electric ou l’accent a été mis sur “le besoin des collaborateurs d’exécuter un process”. Regardez également le commentaire que Chris Jonhson a laissé sur mon blog en anglais.

Ce genre de groupe, que j’appellerai d’ailleurs “groupe” ou “réseau“, ne répond pas à la même logique de constitution, d’animation, d’outillage qu’une communauté classique. Peu être plus “dérangeant” pour l’entreprise de prime abord puisqu’il faut prendre en compte la manière dont on travaille effectivement, l’adapter si nécessaire, admettre que les collaborateurs ont besoin de beaucoup de lattitude dans la manière dont ils s’organisent entre eux au quotidien…mais beaucoup plus rémunérateur puisqu’il est plus simple de mesurer l’impact de ces pratiques nouvelles sur les processus opérationnels donc de répondre à la traditionnelle question du ROI.

Qu’on vise à échanger des savoirs pour améliorer la connaissance de chacun ou de l’information utilitaire pour travailler, il s’agit de deux logiques parfois complémentaires mais relativement distinctes quant à la manière de les adresser. Appliquer à l’une les recettes de l’autre complique non seulement les choses mais risque de faire en sorte que l’entreprise passe à coté des bénéfices les plus évidents.

La confiance, pilier des pratiques en réseau

Preuve s’il en est que la confiance sera un levier de choix pour faire évoluer les modes d’organisation, et que la composante humaine prévaut plus que jamais sur les aspects techniques, cette présentation de Martin Roulleaux-Dugage.

L’occasion de se rappeler un ancien article...

Les commaunauté naissent elles par accident ou par intérêt ?

La communauté est au centre des préoccupations de tous ceux qui veulent améliorer leur organisation : parce qu’elle est un facteur de performance, parce qu’elle est un facteur d’intégration, parce qu’elle est un remède contre la violence du monde du travail, parce qu’elle permet d’optimiser l’utilisation faite du savoir et des réseaux informels. Et c’est tout sauf un caprice passager, des décideurs tels que Louis Schweitzer le reconnaissent volontiers.

On loue l’aspect communautaire du web 2.0 et on essaie de le reproduire au sein de l’entreprise, conscients de ce qu’il a pu apporter dans le grand public.

Tout le monde veut donc construire des communautés mais on se rend bien compte que l’import du concept au sein de l’entreprise est fort difficile. Parfois le ciment prend, parfois pas du tout, et cela sans aucune considération pour les efforts déployés.

Mais à vouloir créer des communautés ne se trompe-t-on pas de combat ? [Read more...]

Animer une communauté de pratiques

a898cb289a3e407e592b44dbe57ce348.jpgC’est le titre d’un petit “basique” paru chez INSEP et rédigé par Bernard Le Clech que ne ne peux que recommander à ceux qui s’intéressent au sujet. Comme toujours dans cette collection c’est très concis, concrêt, orienté opérationnel. Un autre intérêt de l’ouvrage est qu’il abord bien sur la communauté de pratiques sous l’angle managérial mais s’occupe également du “chainon manquant”. En effet dans une entreprise dispersée, les intéractions nécessaires au maintien du lien communautaire nécessitent l’existence d’outils adéquats. Où l’on voit l’intérêt d’adopter les outils du web social en entreprise, non pour être à la mode mais pour servir un projet d’entreprise qui donne du sens à ces outils dans le quotidien des utilisateurs.

NB : Je remercie Bernard qui m’a aimablement demandé de collaborer à l’ouvrage. J’ai donc “commis” 2 ou 3 pages afin d’illustrer certaines thématiques.

Animer une communauté de pratique, de Bernard Le Clech.

La captation de l’informel chez Enron

enronLe groupe américain a tenté il y a quelques années une expérience de “captation” des flux d’information des plus intéressants qui amène à se poser quelques questions.

Un peu d’histoire

En 2003 et suite aux évènements que l’on sait, le pouvoir fédéral US classe 20 000 emails internes de chez Enron dans le domaine public dans le cadre de ses investigations. (Je doute fort qu’il s’agisse de la notion de domaine publique telle que nous l’entendons en général, il doit plutôt s’agit d’une déprivatisation pour accès aux enquêteurs…si un pro du système judiciaire US passe par ici….). Dans le cadre du développement d’un produit, Trampoline Systems décide de se servir de cette masse d’information afin de mener des tests dans le cadre de la mise au point d’un système d’analyse des flux d’information et des relations interpersonnelles. C’est ce test qui est mis à disposition de tous ici. [Read more...]

Des communautés de pratiques auto gérées chez Schlumberger

schlumbergerIntéressant article du Wall Street Journal (via YGG) sur la mise en place de communautés chez Schlumberger ( 52 000 employés répartis sur 80 pays ) . Avec succès puisque près de 12 000 d’entre eux sont membres d’une des 23 communautés ( et 140 sous-groupes ! ) que compte l’entreprise.

Schlumberger va d’ailleurs très loin dans le concept puisque ces communautés sont véritablement auto-organisées et élisent leurs propres dirigeants.

Une question de management

La problématique de Schlumberger ne concernait en rien un quelconque déploiement d’outil de KM mais comment ammener les collaborateurs à partager leurs expertises et leurs expériences pour leur propre bénéfice, celui de l’entreprise…et celui des actionnaires.

Schlumberger ne vend que du service et peinait à faire s’impliquer davantage des spécialistes très à l’aise sur de sprojets individuels mais peu enclins à verser dans le collectif. La réaction de l’entreprise, après que toutes les techniques traditionnelles eussent été essayées en vain fut: “s’il est impossible de manager ces gens, laissons les se manager eux-même”.

Un autre objetcif est d’augmenter l’influence des professionnels de terrain sur les priorités du top management et de créer du lien entre plusieurs communautés. Dans les deux cas l’objectif serait semble t’il largement atteint. [Read more...]