Entreprise 2.0, changement, culture : changer ou faire avec ?

Résumé: Derrière la notion de culture il y a mille et une choses, plus ou moins objectives, réelles ou pas, pour expliquer avec une plus ou moins bonne foi les problématique de changement et de management. L’entreprise 2.0 y est confrontée, naturellement, même si le problème ne lui est pas spécifique. Un seul constat : c’est un réel problème qui peut être selon les cas contrebalancé ou non par la culture d’entreprise. Quant aux solutions pour faire bouger les choses elles sont diverses mais toujours imparfaites et jamais universelles. Par contre il importe de distinguer l’impact de la culture sur le comportement qui peut être contrebalancé dans le temps par des mesures incitatives et ce qui relève de l’identitaire que l’individu cherchera à protéger contre tout.

Lors du dernier Enterprise 2.0 Summit je suis intervenu sur la question des frontières culturelles et de leur impact sur l’entreprise 2.0 et le processus de transformation.Ce billet est l’occasion de faire le point sur les échanges qui ont eu lieu et sur quelques autres réflexions par ailleurs.

Déjà, commençons par reconnaitre que le sujet est vieux comme le monde et n’a pas attendu l’entreprise 2.0 pour exister. C’est un serpent de mer qui ressort dès qu’on essaie d’implémenter quelque chose de nouveau dans d’un périmètre humain, géographique, culturel, linguistique connu. Et qui est donc remis régulièrement à la mode.

• Un double problème d’importation vu d’Europe.

La question, en Europe, est qu’avant même de le diffuser à travers les frontières intra-européennes, il faut déjà importer un concept nord américain. Plus facile dans certains pays que dans d’autres et, cela, pour deux raisons. La première est que le concept même tout autant que beaucoup de stratégies de changement mises en place historiquement repose sur des valeurs très locales comme, par exemple, la pensée positive, dont on ne peut pas dire qu’il s’agit de quelque chose de très partagé en Europe. Ensuite vient, dans certains pas, une réaction systématique par rapport à ce qui vient de là bas. Le “c’est un truc américain, ça marchera pas ici”. Ce qui cache différentes causes. La première relève du réflexe protectionniste, la seconde d’un manque de confiance en soi (“on n’y arrivera pas”). Remarquez que ça peut s’appliquer quel que soit l’origine du changement. Sur le second point et comme je le disais ici on commence à voir les choses changer et, avec le temps, les entreprises européennes se rendre compte qu’elles y arrivent ce qui a un intéressant effet d’entrainement.

C’est donc un concept à “européaniser” dans son wording, ses ressorts…avant même de penser à le diffuser.

• Un problème qui n’est pas qu’Européen.

Il n’y a pas qu’ici que la question se pose. En fait elle se pose dès qu’un concept doit être adopté et partagé par des personnes qui ont une identité (culture, langue etc..) différentes. Alors c’est vrai qu’on y plus vite confronté ici qu’ailleurs mais on peut rencontrer ce problème, parfois, à l’intérieur même d’un pays. Et lorsqu’on va sortir du prisme americano-européen pour penser un peu à l’Asie ça sera surement encore plus difficile.

• Un faux problème [Read more...]

Vers la fin de l’oralité en entreprise ?

Résumé : certains ont un mode de communication plus oral, d’autres plus écrit. De la même manière il y a des cultures d’entreprise plus ou moins latines. Avant même de parler de changer les modes de travail, force est de reconnaitre que les outils qui les supportent ne sont pas adaptés à toute une frange de la population pour des raisons de mode de fonctionnement personnels, voire à des zones entières du globe pour des raisons culturelles, pour qui le passage de l’oral à l’écrit est très difficile. L’entreprise 2.0 est elle condamnée de fait ? L’évolution se fera-t-elle au détriment de certains qui seront laissés au bord de la route ? Non parce que les outils vont dans le bon sens et s’”oralisent”. Mais l’évolution des outils sera-t-elle assez rapide pour se faire avant que certains ne se découragent ?

Etes vous oral ou écrit ? Et votre entreprise ? Nous avons tous nos préférences à titre personnel, certaines entreprises ont une culture forte d’écrit ou d’oral (certains dirons d’informalité ou de formalisme) et un travail efficace dépend déjà du fait que l’on trouver un mode opératoire commun entre collaborateurs ayant à travailler ensemble et qu’on soit à peu près cohérent avec la culture d’entreprise.

C’est tout sauf trivial. Prenez deux personnes qui ont une vraie envie de travailler ensemble, qui entretiennent d’excellents rapports humains, si l’un est dans l’oralité et l’autre dans l’écrit cela risque de poser d’incroyables problèmes au quotidien. Ou imaginez un manager de haut niveau qui rejoint une nouvelle entreprise, s’il est très oral dans une entreprise hyper formelle ou à l’inverse très formaliste dans une entreprise à la culture orale forte c’est loin d’être gagné d’avance.

Et tout cela n’est pas neutre dans la capacité d’une entreprise à changer ses modes de travail, à embrasser l’ère des réseaux sociaux. Ce qui vu sous un autre angle pourrait également se traduire par “l’entreprise 2.0 va-t-elle tuer les cultures d’entreprises orales” ?

Traditionnellement l’entreprise favorise l’écrit. Plus fiable, plus “engageant”, l’écrit reste alors que la parole n’engage que celui qui l’entend, plus “traçable”, plus à même de constituer une preuve le jour où on cherche ce qui n’a pas fonctionné. Il n’en reste pas moins qu’il y a des entreprises où l’on préfère se parler plutôt qu’écrire, où l’on privilégie le contact humain direct. Le DRH d’une grande entreprise de ce type avait, sur ce point, qualifié leur culture d’entreprise de “latine” lors d’une de nos discussions. Il en va de même chez les individus, à chacun son mode de fonctionnement de prédilection.

Le fait est que l’écrit est le mode d’expression par essence des outils et modes de fonctionnement dits “2.0″. Ce qui est facilement explicable : [Read more...]

Les activités “in the flow” sont elles le remède aux freins culturels ?

L’importance de la dimension culturelle sur la réussite des projets “entreprise 2.0″ est désormais un fait reconnu par tous. Le sujet a été amplement débattu lors du dernier enterprise 2.0 summit de Francfort lors duquel j’ai participé à une table ronde sur le sujet. En dehors de ce moment précis de la conférence, ce fut un sujet qui a été présent dans de nombreuses discussions lors des pauses et des repas ce qui prouve qu’au delà du programme des interventions, c’est un sujet qui remonte naturellement à la surface.

Je me permettrai d’ailleurs un aparté sur le sujet. J’ai beaucoup appréciés que nos confrères d’outre-Atlantique commencent à vraiment s’interroger sur la question. S’il n’est pas rare de voir Dion Hinchcliffe participer à des événements en Europe et s’intéresser à nos “spécificités”, la présence de l’ami Gil Yehuda qui tenait “à voir de lui-même comment les choses se passaient en Europe et mieux comprendre notre contexte propre” (ce furent à peu près ses propres mots) était une excellente nouvelle. Sans compter tous ceux qui auraient aimé venir mais n’en ont pas eu la possibilité en raison de la proximité avec l’Enterprise 2.0 Conference de San Francisco. Bref, le fait que dans la foulée des échanges par blogs et twitts interposés, les deux rives de l’Atlantique commencent à davantage se mélanger, s’écouter et finalement l’idée émerge qu’il n’y a pas un modèle de déploiement unique qui, parce qu’il fonctionne dans la culture US se devrait de fonctionner chez nous aussi. Un projet international doit donc  prendre en compte toutes les spécificités locales. Il m’est avis que les échanges et les coopérations américano-européennes vont allez bon train en 2010…

Ceci nous a valu deux excellents billets de Gil (ici et ici) forts instructifs sur sa découverte du marché allemand et une réflexion poussée de Cecil Dijoux sur la spécificité française.

Pour revenir à la discussion qui a eu lieu sur le sujet, il nous a été évidemment facile de trouver de nombreux exemples où des questions culturelles avaient été de réels points de blocages. On parle ici de culture locale (pays voire région dans un pays), de culture d’entreprise ou même du problème de la langue qu’on évacue souvent d’un revers de la main (“Mais tous nos collaborateurs ont un excellent niveau d’anglais, pensez vous…”) et qui revient souvent comme un boomerang. J’ai également appris avec intérêt des gens de CSC qu’au delà de  l’”adoption” proprement dite, l’utilisation même des outils variait selon les pays et que sur une même plateforme, s’ils n’étaient pas moins actifs que les anglo-saxons, les allemands n’utilisaient pas forcément les mêmes outils et pas de la même manière.

Dans la série “la culture ça fait mal…” il n’était donc pas difficile de participer au concours de l’expérience la plus pénible. Mais au fur et à mesure que la conclusion approchait, il me semblait que quelque chose n’allait pas. Evidemment c’est un aspect primordial de toute projet…mais il y avait quand même de nombreux projets qui s’étaient bien passé. Certaines fois parce que la dimension culturelle avait été convenablement adressée, mais certaines fois également parce que la dite culture avait oublié de venir nous importuner. Et ça n’était pas forcément le fruit du hasard. [Read more...]

Entreprise 2.0 : quel est le chainon manquant ?

Un sujet central aujourd’hui est de savoir pourquoi l’entreprise 2.0 peine à délivrer son plein potentiel. Je parle bien de passer de la promesse au résultat car la question de la promesse ne se pose pas. De nombreux exemples, tels ceux de Cisco, montrent que c’est possible et que cela fonctionne. Et d’autres que les mêmes technologies mises au service des mêmes desseins ailleurs n’apportent pas les mêmes résultats. Ce qui tend à prouver que le facteur de réussite est dans le contexte.

Je suis en train de travailler sur quelque chose de plus approfondi sur le sujet, mais voici mes premières impressions. Ce qui me semble “manquer” le plus souvent c’est :

• La visualisation : les collaborateurs, voire les managers, ne “visualisent” pas ce qu’on attend d’eux, ils sont incapable de se projeter, de s’imaginer dans leur contexte futur. Ni en termes de comportements ni en termes d’utilisation des outils qui seront mis à leur disposition.

• L’écoute et la compréhension : aussi paradoxal que cela puisse sembler, alors qu’on parle bien de “centrage sur l’individu”, il semble bien qu’à aucun moment les collaborateurs ne puissent exprimer leur ressenti par rapport à l’existant, la manière dont ils comprennent le futur qu’on leur propose et les questionnements que cela leur inspire.

• Le premier pas : si tout le monde s’accorde sur les objectifs cibles et la manière de les atteindre, il semble souvent manquer le “premier pas” vers cette dernière ligne droite. Il s’agit de la démarche qui démarre non pas d’une situation de départ standard mais de la situation et du contexte propre à chaque entreprise, à chaque collaborateur. Non pas celle qui explique comment “un collaborateur x dans une entreprise y ” réussit sa transition mais celle qui explique comment un collaborateur particulier, dans le contexte particulier de son poste et de la culture de son entreprise y parvient.

Ce qui m’amène à la question finale : combien d’entreprises essaient :

1°) De comprendre exactement ce vers quoi elles veulent aller, ce qu’est l’état de l’art, ce qui se passe ailleurs.

2°) De s’approprier tout cela et d’essayer de le traduire dans leur contexte, voire fonction par fonction au lieu de copier ce qui se fait ailleurs voire se lancer sans idée du résultat final. Sans cela on lance l’entreprise 2.0 en la déconnectant de l’entreprise réelle, or ce qui importe c’est bel et bien l’entreprise, le 2.0 devant se fondre et s’intégrer dans le schéma global.

3°) De se livrer à un diagnostic réel de l’existant en leur sein, de déterminer les implications et les conséquences désirées et non désirées du changement afin de rendre les premières possibles et prévenir les secondes.

Dernièrement Harold Jarche me disait que le chainon manquant était le management. Quitte à être volontairement provoquant je dirai qu’il s’agit des hommes (paradoxal non ?)….mais l’un n’est que la conséquence de l’autre.

On en reparle prochainement…

L’entreprise 2.0 peut elle se développer hors de l’adhocratie ?

Le fait que de plus en plus de personnes s’accordent sur le fait que l’entreprise 2.0 concerne avant tout la manière dont on fait les choses, cela nous ramène aux questions liées à l’attitude voire à la culture d’entreprise.

Sujet difficile s’il en est, sur lequel nous ne sommes pas à une contradiction près. Il est prouvé que la culture est un facteur de performance et qu’il est donc essentiel de recruteur des personnes en phases avec votre culture. Donc une conséquence logique serait de dire “renforçons la et préservons la”.

Il est également prouvé qu’il est inutile de lancer un grand projet qui ne serait pas en phase avec la culture en place. Ce qui est a priori logique car cela reviendrait à demander à l’entreprise de faire le contraire de ce qu’elle est, aux individus d’agir selon des valeurs qui ne sont pas celles pour lesquelles on les a recruté.

Ce qui nous amène à la question centrale : que faire si notre culture est inadéquate en fonction des objectifs que l’on se fixe ? [Read more...]

Entreprise 2.0, Management 2.0, RH 2.0 et Culture 2.0 selon Jon Husband

Comme je l’ai écrit ici comme l’ont reconnu la plupart des participants à Webcom, l’intervention de Jon Husband a marqué les esprits (et visiblement il semble y avoir trouvé son compte également).

Suite à ma dernière note, il a également eu la gentillesse de me faire parvenir son jeu de slides et je profite de cette note pour vous en faire découvrir quelques unes.

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Créer une mémoire d’entreprise c’est raconter de belles histoires

Je crois à l’importance des “conversations” pour capter le savoir informel de l’entreprise, les best practices, tous ces éléments qui font partie du patrimoine des individus et qui ne peuvent être captés et restitués qu’en stimulant la mémoire de l’individu, en fonction du principe selon lequel la forme la plus accessible de connaissance est la conversation.

D’où l’intérêt de mettre en place les outils qui permettent ces discussions ouvertes et leur stimulation a une grande échelle, ainsi que leur capitalisation.

C’est d’ailleurs le plus souvent sous l’angle des best practices et de ce qui sert immédiatement à supporter la fonction business que j’envisage ce transfert. Je pense qu’il n’y a pas grand chose à ajouter sur ce point précis à tout ce que j’ai déjà pu dire par ailleurs.

Mais cette note de Scott Monty m’a fait penser à une autre dimension qui donnerait toute sa dimension à la notion de mémoire d’entreprise, allant au delà du management du savoir pour intégrer la dimension de la culture d’entreprise. [Read more...]

Comment Danone fait de sa culture un levier de performance

Je vous avais dit, il a quelques temps de cela, que j’étais invité à participer à un évènement chez Danone. Le point d’orgue en a bien sur été la final de leur business game “Trust“, mais en amont nous avons la possibilité de discuter avec les gens de la DRH qui nous ont expliqué le pourquoi du comment, et surtout toutes les implications d’une bonne prise en compte de la culture d’entreprise;

J’en profite pour remercier les gens de chez Danone : prendre le temps de discuter en toute transparence pendant plus d’une heure, au calme, avec 4 ou 5 blogueurs n’est pas chose aisée et je les remercie de l’avoir fait. Merci donc Christine Gas (Directrice Communication RG), Pierre Deheunynck (Senior VP développement des hommes et des organisation) et Muriel Pénicaud (DGRH) pour avoir aussi bien pris soin de nous…ainsi qu’Alix Lepeytre pour nous avoir servi de guide.

Je vais tenter d’être synthétique…avec 5 pages de notes ça ne va pas être chose simple. [Read more...]

La culture, élément de recrutement

Devant les questions suscitées par l’arrivée de la génération des digital natives et, notamment, quant à ce qui peut les séduire, on peut lire nombre d’inquiétudes injustifiées et, pire, certaines contre-verités.

“Ils ont leurs habitudes, leur mode de fonctionnement, et vivent avec certains outils, adoptons les mêmes pour les séduire”. Erreur ! L’outil ne fait pas le moine et je ne pense pas qu’on séduira cette génération avec ce seul argument. Ou alors on les perdra vite.

Ce qui compte n’est pas l’outil, mais la culture. Je m’explique : une certaine culture nécessite une certaine manière de travailler, une certaine forme d’organisation, qui a un moment donné se traduit par la mise en place d’outils adéquats. L’outil n’est que la preuve que l’alignement a été mené à son terme. Mettez des wikis, des blogs, de l’instant messaging, du logiciel social, rendez le tout accessible en mobilité et décloisonnez l’accès à l’information et aux individus sans changer le reste, ils ne viendront pas ou partiront vite. Ou pire…se démotiveront et nourriront un sentiment de déception. Proclamez que vous êtes ce que vous n’êtes pas, le vernis tombera vite car ce qui distingue le message marketing de la réalité c’est cet alignement. [Read more...]

Manager dans la complexité : Danone sensibilise ses futurs collaborateurs à ses valeurs via un jeu d’entreprise

Manager dans la complexité, c’est une des grandes tartes à la crème du moment. Cela ne signifie ni plus ni moins que les individus doivent aujourd’hui prendre en compte des facteurs sans cesse changeants au moment de décider. Toujours utile de le rappeler alors qu’on ne peut qu’être effrayé de voir que beaucoup font comme si de rien était et se rassurent en faisant comme tout restait aussi prédictible que par le passé, que restait binaire et programmable.

Reste que la complexité dépend également de la culture de l’entreprise, de ses valeurs. Il y a le strict nécessaire (les chiffres, le reporting), ce qui l’est également mais souvent considéré comme accessoire (le contexte, l’information non structurée) et la cerise sur le gateau : les valeurs d’entreprise dont le respect ne fait qu’ajouter à la complexité ambiante. Ajoutons également le fait de devoir prendre en compte des éléments extérieurs à l’entreprise. J’en parlerai dans un prochain billet mais je reste atterré par le peu de cas que beaucoup font de ce qui se passe hors de leurs murs : pas de veille, pas de détection des signaux faibles, pas de benchmark… On vit en se regardant entre nous et on devient victime du syndrôme NIH (Not Invented Here) ou MCID (My company is different), forme organisationnelle et managériale de la consanguinité.

Bref certaines entreprises sont culturellement plus attachées que d’autres à la prise en compte “des autres” dans les décisions de l’entreprise. Par “les autres” entendons les collaborateurs mais également ce qui touche à l’écosystème de l’entreprise, à la réalité sociale dans laquelle elle évolue. L’effet Riboud certainement.

Ce qui m’amène à vous parler de deux initiatives mises en œuvre chez Danone : le programme Danone Way Ahead et Trust by Danone. [Read more...]