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Culture | Bloc-Notes de Bertrand Duperrin - Part 2

L’Etat de l’Art du Community Management : l’édition 2011 est disponible

Résumé : Pour la deuxième année consécutive le “Community Roundtable” publie son rapport sur l’Etat de l’Art du Community Management. Un document indispensable issu des réflexions et analyses des meilleurs experts et praticiens de la question. L’édition de cette année montre à la fois un véritable progrès dans la maturité, une vision stratégique enrichie et une foule de conseil très opérationnels issus de l’expérience des professionnels les plus aguerris.

 

L’an dernier je vous disais que la bible du community management était disponible. Cette année il nous revient dans une seconde édition beaucoup plus mure comme le souligne son sous titre : “de l’exploration à l’exécution”.

Un document indispensable car il est architecturé sur trois axes :

- un modèle de maturité qui aide l’organisation à se positionner sur les différentes étapes de son cheminement en fonction d’un grand nombre de paramètres

- une vision stratégique de la finalité du community management et de son articulation avec le “business réél”

- des best practices très opérationnelles pour passer de l’intention à l’action.

Par rapport au rapport de l’an dernier et, plus encore, par rapport à beaucoup de choses qu’on peut entendre et lire çà et là, on voit clairement une vision plus mure, opérationnelle, business, notamment au travers de 3 piliers (Process, management,  technology) et de la necessité d’appliquer le Community Management à un contexte opérationnel précis.

Car il devient de plus en plus indiscutable que la vision selon laquelle il ne s’agit que de faire converser les gens dans des communautés a vécu : on est dans l’articulation de leviers et de tactiques spécifiques pour atteindre un objectif précis dans un contexte donné. L’arrivée de la dimension process dans le dispositif est donc tout sauf anecdotique et on voit bien que le modèle communautaire n’existe pas mais est fait d’un grand nombre de sous modèles appliqués et spécifiques.

In fine il apparait clairement qu’on est dans un contexte de transformation des business models, chose encore peu évidente pour beaucoup qui préfèrent (pour se rassurer ou rassurer ?) penser à un monde conversationnel idéalisé et déconnecté de l’opérationnel.

Ce qui n’empêche pas les auteurs de reconnaitre que certains domaines restent encore mal définis, à explorer. Par exemple celui de savoir si le community manager pilote les communautés, les anime, ou pilote le dispositif. Une question de wording source d’encore beaucoup de confusion. On pourra aussi se demander si le social business ne repose que sur des logiques de community management ou si ça n’est qu’une partie d’une transformation plus large. Une discussion à forte connotation culturelle tant ce qu’on met derrière le mot communauté diffère selon les pays.

Justement, certains feront remarquer que le rapport, de par ses auteurs et beaucoup de ses références est très “Nord-américanisé” alors qu’on sait que le concept de communauté et la manière dont on le ressent n’a rien à voir de part et d’autre de l’Atlantique. Alors que pour certains il fait partie de la vie quotidienne, de la culture et des valeurs d’un pays, il est totalement absent chez les autres. Comme me le rappelait un confrère dernièrement, aux Etats-Unis on considère rapidement que les personnes vivant dans le même quartier, le même lotissement forment une communauté qui, d’ailleurs, s’auto-organise souvent en ce sens dans une logique d’aide mutuelle alors qu’ailleurs le voisin est…une personne qui vit à coté et avec qui de bons rapports sont des rapports inexistants. Mais le document prend sait prendre assez de hauteur pour ne pas souffrir de ce biais culturel et donner les outils à chacun pour avancer dans son contexte.

 

A lire et télécharger ici.

Entreprise 2.0, changement, culture : changer ou faire avec ?

Résumé: Derrière la notion de culture il y a mille et une choses, plus ou moins objectives, réelles ou pas, pour expliquer avec une plus ou moins bonne foi les problématique de changement et de management. L’entreprise 2.0 y est confrontée, naturellement, même si le problème ne lui est pas spécifique. Un seul constat : c’est un réel problème qui peut être selon les cas contrebalancé ou non par la culture d’entreprise. Quant aux solutions pour faire bouger les choses elles sont diverses mais toujours imparfaites et jamais universelles. Par contre il importe de distinguer l’impact de la culture sur le comportement qui peut être contrebalancé dans le temps par des mesures incitatives et ce qui relève de l’identitaire que l’individu cherchera à protéger contre tout.

Lors du dernier Enterprise 2.0 Summit je suis intervenu sur la question des frontières culturelles et de leur impact sur l’entreprise 2.0 et le processus de transformation.Ce billet est l’occasion de faire le point sur les échanges qui ont eu lieu et sur quelques autres réflexions par ailleurs.

Déjà, commençons par reconnaitre que le sujet est vieux comme le monde et n’a pas attendu l’entreprise 2.0 pour exister. C’est un serpent de mer qui ressort dès qu’on essaie d’implémenter quelque chose de nouveau dans d’un périmètre humain, géographique, culturel, linguistique connu. Et qui est donc remis régulièrement à la mode.

• Un double problème d’importation vu d’Europe.

La question, en Europe, est qu’avant même de le diffuser à travers les frontières intra-européennes, il faut déjà importer un concept nord américain. Plus facile dans certains pays que dans d’autres et, cela, pour deux raisons. La première est que le concept même tout autant que beaucoup de stratégies de changement mises en place historiquement repose sur des valeurs très locales comme, par exemple, la pensée positive, dont on ne peut pas dire qu’il s’agit de quelque chose de très partagé en Europe. Ensuite vient, dans certains pas, une réaction systématique par rapport à ce qui vient de là bas. Le “c’est un truc américain, ça marchera pas ici”. Ce qui cache différentes causes. La première relève du réflexe protectionniste, la seconde d’un manque de confiance en soi (“on n’y arrivera pas”). Remarquez que ça peut s’appliquer quel que soit l’origine du changement. Sur le second point et comme je le disais ici on commence à voir les choses changer et, avec le temps, les entreprises européennes se rendre compte qu’elles y arrivent ce qui a un intéressant effet d’entrainement.

C’est donc un concept à “européaniser” dans son wording, ses ressorts…avant même de penser à le diffuser.

• Un problème qui n’est pas qu’Européen.

Il n’y a pas qu’ici que la question se pose. En fait elle se pose dès qu’un concept doit être adopté et partagé par des personnes qui ont une identité (culture, langue etc..) différentes. Alors c’est vrai qu’on y plus vite confronté ici qu’ailleurs mais on peut rencontrer ce problème, parfois, à l’intérieur même d’un pays. Et lorsqu’on va sortir du prisme americano-européen pour penser un peu à l’Asie ça sera surement encore plus difficile.

• Un faux problème [Read more...]

Retour sur l’Enterprise 2.0 Summit

Comme vous le savez certainement, j’étais à Francfort la semaine dernière pour assister à l’Enterprise 2.0 Summit. Comme l’année dernière j’ai trouvé édition très dense et de grande qualité. Beaucoup de choses ont déjà été écrites depuis jeudi et la couverture live sur twitter a été consistante, donc je vais essayer d’être bref et d’aller à l’essentiel.

1°) Tout commence avec un bon format

On peut avoir les cas les plus intéressants, tout dépend de la manière dont on les expose. Le format qui laisse l’orateur présenter son projet, les moyens et les résultats en 20 minutes pour ensuite le livre aux questions de l’audience rend la chose très opérationnelle. Depuis le temps qu’on parle d’Entreprise 2.0 je pense que l’ère des discours “inspirationnels” sur le thème “croyez ou mourrez”, “ayez la foi” est passé et qu’il faut non seulement du concret, des faits, des chiffres et la possibilité de questionner l’orateur afin de soulever les points qui intéressent l’auditoire, éviter les présentations de type “appartement témoin” et les feu d’artifices sans substance. Et lorsque la salle est remplie de praticiens cela donne une vraie valeur, autre chose que lorsque les convaincus prêchent les convaincus.

A coté de cela certaines sessions étaient dédiées à la partie plus “stratégique” et experte du sujet mais là encore pas de monologue. Chaque keynote se terminait par une table ronde et une discussion avec la salle. Ce qui évite, là encore, que les spécialistes s’envoient des fleurs sans penser à ceux qui les écoutent et ont de vrais projets à conduire.

2°) L’Europe décomplexée aurait elle trouvée sa voie ?

On a coutume de considérer les entreprises européennes plus précautionneuses au moment de démarrer leurs projets et plus timides à l’heure d’en parler. On peut considérer que la roue tourne et qu’entre Océ, Renault, BMW, Deutsche Telecom, BASF et les autres j’ai vu le plus  beau rassemblement de cas de ces dernières années. On a surtout pu visiter les entrailles et les mécanismes de chacun en évitant le syndrome de la présentation après laquelle on se dit “oh c’est impréssionnant ce qu’ils ont fait, mais en fait on ne sait pas comment ni pour quels résultats”. Dans ma session sur la gestion des différences culturelles sur laquelle je reviendrai dans un autre billet, Lee Bryant a fait remarquer qu’il était temps que les entreprise européennes oublient le réflexe du “ça marche aux US donc ça marchera pas chez nous” pour faire de nos différences un levier. Je pense qu’on est en train d’y arriver quand je vois la manière dont les cas ont été présentés : technique, argumentée, expliquant à la chaque fois le pourquoi, le comment. . Bref, plus rationnel qu’inspirationnel, mais cela montre également la manière dont les projets ont été conçus avec un focus sur le sens et la valeur pour l’entreprise et le collaborateur que sur l’”engagement” et la passion pour la nouveauté et le networking.

J’ajouterai également un bon point sur la présence française et francophone, tant au niveau de la présence sur scène que dans la salle. Je n’ai jamais autant entendu parler français dans une conférence à l’étranger ni vu autant d’orateurs français sur scène. Ajoutons à cela que le cas présenté par Renault a connu un énorme succès et on peut se dire qu’on est sur la bonne voie.

Toujours dans la discussion qui a suivi ma session, Lee Bryant disait qu’il fallait cesser d’être sur la défensive  systématique face à des concepts “importés”. C’est ce qui est en train de se passer je pense. J’ai vu des entreprises heureuses d’avoir du rencontrer leurs pairs européens et repartir en se disant “finalement on est sur la bonne voie, et on est loin d’être en retard comme on le pensait”.

3°) Plus de business process, le community management rentre dans le rang.

Conformation de ce que j’avais écrit en rentrant de Boston mais à une échelle supérieure. Si, là bas, on avait émis l’idée que le sujet devrait être abordé, et si quelques voix discordantes s’étaient tout de même élevé pour faire remarquer que ce serait dévoyer le concept, autre son de cloche à Francfort. Pas une présentation de cas où il n’a été dit qu’il fallait lier de près le projet aux fameux business process, pas une voie discordante et l’atelier que j’ai animé sur le sujet a d’ailleurs été rempli en moins d’une minute à telle point qu’on a refusé du monde. Est-ce dire que le “community management” est enterré ?

Pas du tout. Tout le monde en a parlé également mais comme un moyen d’un dispositif global, ni plus ni moins. Par contre une chose est sure : ça n’est pas la préoccupation première des participants qui s’intéressaient davantage à l’architecture du projet, à ses mécanismes, à la manière dont produire des bénéfices concrêts et mesurables. Je ne me souviens d’ailleurs pas avoir entendu une question sur le sujet et une seule session lui était dédiée, animée par Anthony Poncier. D’ailleurs, traduisant l’état d’esprit général, Bjorn Negelmann, l’organisateur de la conférence, disait sur Twitter que les participants à la conférence ne voyaient pas la chose comme une compétence essentielle.

A mon avis les deux questions sont essentielles et doivent s’articuler. Simplement il y a eu un focus historique sur le community management qui fait qu’on a pris du retard dans l’autre domaine d’une part, et qu’il faut partir de ce que le collaborateur connait pour l’emmener vers des logiques nouvelles d’autres.

Je reviendrai sur mon atelier dans un autre billet mais vous pouvez déjà vous référer à cet ancien billet pour poser le problème et celui de Samuel Driessen qui y a assisté et livre une courte synthèse. [Read more...]

10 bonnes raisons d’aller à l’enterprise 2.0 Summit de Francfort (26-28 oct)

Comme l’an dernier l’Enterprise 2.0 Summit se tiendra à Francfort du 26 au 28 octobre prochain. Il s’agit d’une conférence en deux temps : un jour dédié à des workshops ciblés, puis deux jours d’interventions sur des sujets très pratiques. Plutôt que vous faire longuement l’article, voici à mon avis 10 bonnes raisons de venir nous y rejoindre.

1°) A cause du format : chaque intervention dure 20 minutes suivie de 20 minutes d’intéractions avec la salle. Autrement dit, pas de longues diatribes pour vendre du rêve et des appartements témoins mais des choses très opérationnelles qui s’adressent à ceux qui conduisent le changement dans leur propre entreprise et veulent apprendre de leurs pairs mais également échanger de manière directe avec eux.

2°) Parce que ça n’est pas loin : quelques heures de TGV, une heure d’avion pour avoir un tel plateau cela relève du miracle. Bien sur il y aura Santa Clara quelques semaines plus tard puis Boston en juin mais c’est beaucoup plus loin…et plus cher.

3°) Justement à cause du plateau : vous y retrouverez beaucoup des experts étrangers et français que vous pouvez lire à longueur d’année et pourrez parler avec eux “en vrai”. Sans compter les nombreux praticiens qui viendront partager les expériences d’entreprises européennes de premier plan.

4°) A cause de la communauté française : j’entend souvent “oui mais dans ces conférences il n’y a jamais de français et on ne parle que d’entreprises étrangères qui n’ont pas notre culture”. Pas moins d’une demi douzaine de français “on stage” et la présence, comme cas d’entreprise, de la Société Générale et de Renault. Sans compter nos amis belges qui viennent gonfler le contingent francophone…

5°) Justement, à cause des différences de culture : c’est un sujet auquel nous, européens, somme beaucoup plus sensibles et sensibilisés que nos voisins d’outre Atlantique et qui est toujours au coeur du “Summit”. De plus j’animerai la table ronde sur le sujet. Cette conférence est un moment unique pour aborder la conduite du changement dans un contexte interculturel avec des français, espagnols, allemands, italiens, anglais…

6°) A cause de l’ambiance : j’avais beaucoup aimé la conférence de l’an dernier pour cette raison. Aucune distance entre conférenciers et participants, l’occasion d’échange passionnants et de vraies rencontres.

7°) Parce que la conférence n’est pas squattée par les éditeurs : ce sont des entreprises qui racontent leurs expériences et non des éditeurs de logiciels qui vendent leur produit au travers d’un cas client bien préparé et aseptisé.

8°) A cause du programme et des sujets abordés :

Les défis auxquels doit faire face l’entreprise 2.0

  • Managing the Change towards Enterprise 2.0
  • Overcoming Cultural Boundaries towards Enterprise 2.0
  • Driving & Rewarding the Adoption 2.0
  • Managing the Complexity of Enterprise 2.0
  • Leading & Steering an Enterprise 2.0
  • Driving Transformation & Business Innovation
  • Managing the Participation for Enterprise 2.0
  • Defining the Social Business Strategy

Sur les pratiques de l’entreprise 2.0

  • Enhancing the Information Flow
  • Improving Internal Communications
  • Fostering Knowledge Sharing
  • Facilitating the Information Exchange
  • Regaining Business Flexibility
  • Strengthening Collaboration
  • Enforcing Business Innovation
  • Improving Talent & Skill Management

Et puisqu’il me reste deux raisons…

9°) Apprendre de Luis Suarez comment il fait pour ne quasiment plus utiliser l’email au travail.

10°) Aller tous prendre une bière ensemble et faire connaissance “dans la vraie vie”.

Alors, partants ? Pour s’inscrire c’est ici.

Vers la fin de l’oralité en entreprise ?

Résumé : certains ont un mode de communication plus oral, d’autres plus écrit. De la même manière il y a des cultures d’entreprise plus ou moins latines. Avant même de parler de changer les modes de travail, force est de reconnaitre que les outils qui les supportent ne sont pas adaptés à toute une frange de la population pour des raisons de mode de fonctionnement personnels, voire à des zones entières du globe pour des raisons culturelles, pour qui le passage de l’oral à l’écrit est très difficile. L’entreprise 2.0 est elle condamnée de fait ? L’évolution se fera-t-elle au détriment de certains qui seront laissés au bord de la route ? Non parce que les outils vont dans le bon sens et s’”oralisent”. Mais l’évolution des outils sera-t-elle assez rapide pour se faire avant que certains ne se découragent ?

Etes vous oral ou écrit ? Et votre entreprise ? Nous avons tous nos préférences à titre personnel, certaines entreprises ont une culture forte d’écrit ou d’oral (certains dirons d’informalité ou de formalisme) et un travail efficace dépend déjà du fait que l’on trouver un mode opératoire commun entre collaborateurs ayant à travailler ensemble et qu’on soit à peu près cohérent avec la culture d’entreprise.

C’est tout sauf trivial. Prenez deux personnes qui ont une vraie envie de travailler ensemble, qui entretiennent d’excellents rapports humains, si l’un est dans l’oralité et l’autre dans l’écrit cela risque de poser d’incroyables problèmes au quotidien. Ou imaginez un manager de haut niveau qui rejoint une nouvelle entreprise, s’il est très oral dans une entreprise hyper formelle ou à l’inverse très formaliste dans une entreprise à la culture orale forte c’est loin d’être gagné d’avance.

Et tout cela n’est pas neutre dans la capacité d’une entreprise à changer ses modes de travail, à embrasser l’ère des réseaux sociaux. Ce qui vu sous un autre angle pourrait également se traduire par “l’entreprise 2.0 va-t-elle tuer les cultures d’entreprises orales” ?

Traditionnellement l’entreprise favorise l’écrit. Plus fiable, plus “engageant”, l’écrit reste alors que la parole n’engage que celui qui l’entend, plus “traçable”, plus à même de constituer une preuve le jour où on cherche ce qui n’a pas fonctionné. Il n’en reste pas moins qu’il y a des entreprises où l’on préfère se parler plutôt qu’écrire, où l’on privilégie le contact humain direct. Le DRH d’une grande entreprise de ce type avait, sur ce point, qualifié leur culture d’entreprise de “latine” lors d’une de nos discussions. Il en va de même chez les individus, à chacun son mode de fonctionnement de prédilection.

Le fait est que l’écrit est le mode d’expression par essence des outils et modes de fonctionnement dits “2.0″. Ce qui est facilement explicable : [Read more...]

Du fun au travail ou du fun dans le travail ?

Résumé : si le coté ludique et fun des médias sociaux est souvent mis en avant il faut reconnaitre que les entreprises, si elles désirent toutes avoir des salariés heureux, ne sont pas prêtes à payer dès lors qu’il leur semble comprendre qu’il s’agit de faire en sorte que les salariés s’amusent au travail. Qu’on considère qu’il s’agisse d’une forme de schizophrénie regrettable ou d’une culture d’un autre siècle le fait est là. Le “fun” ne saurait donc être l’argument majeur mais une conséquence heureuse d’un projet plus global et surtout…être gratuit. Les médias sociaux utilisés dans un contexte de travail offrent une possibilité que très peu de dispositifs ont pu proposer par le passé : plus que créer des espaces et des moments ludiques dans l’entreprise ils permettent de l’incorporer dans le travail quotidien, en faisant à la fois une conséquence et un levier mais en s’inscrivant dans une logique d’amélioration de la performance qui intéresse…et rassure.

Au nombre des sujets qui m’inspirent souvent des sentiments contradictoires dans le contexte entreprise 2.0, il y a celui du fun au travail. Je garde l’anglicisme “fun” faute de mieux, on ne parle pas de bonheur, ni de joie…peut être qu’amusement pourrait faire l’affaire…

Il est une certitude partagée par tous, employés, managers, observateurs : des employés qui prennent du plaisir à ce qu’ils font sont des employés plus efficaces…et cela se ressent de plus sur l’ambiance de travail. Et une des manières pour arriver à cela est, d’une certaine mesure, de rendre le travail amusant, distrayant. Pareillement,  une bonne ambiance dans l’entreprise est également quelque chose de valorisé intuitivement. Notez bien toutefois la différence entre les deux : dans un cas c’est la nature même du travail et la manière dont on le fait qui est en cause, dans le second c’est plus une ambiance globale : on peut avoir un travail que l’on déteste mais apprécier le contexte dans lequel on le fait (quoique cela ne dure jamais éternellement).

Une des propositions de valeur de l’entreprise 2.0 est justement ce fameux “fun”, certains allant jusqu’à dire que dans un tel système, l’intranet ressemble à une véritable fête qui réunit tous les salariés. En même temps que je souscris totalement à ce principe, j’ai beaucoup de mal avec.

- Pour l’avoir vécu et le vivre, oui cela implique une relation différente des autres et même s’il s’agit d’un outil de travail je préfère me connecter le matin à mon réseau social et ses espaces de travail que lancer mon client mail. Ca reste de la communication mais qualitativement cela n’a rien à voir (en plus du fait que ce soit plus efficace également).

- Aucune entreprise ne refusera le fait de rendre ses salariés heureux.

- Il y a un nombre important (et je pense majoritaire) d’entreprises où la notion même de plaisir ou d’amusement ne peut se conjuguer avec le travail. Cela signifie qu’on perd du temps et qu’on serait plus productif sans s’amuser ou qu’on a pas assez de travail. Et où de toute manière ça n’est pas l’image que les collaborateurs veulent renvoyer à leur management (il ne faut pas croire que le manager est toujours le tue la joie, il partage souvent une grande partie du patrimoine génétique de ses subalternes). On peut trouver cela dommage ou stupide, se dire que ça va changer, la question est qu’aujourd’hui c’est compliqué.

- La plupart des entreprises sont prêtes, si elles en ont les moyens, à investir pour rendre le collaborateur heureux. Aucune pour qu’ils s’amusent au travail. Je ne dis pas qu’il n’y a pas des gens qui comprennent, mais si on arrive avec ce seul argument devant un comité de direction il y a peu de chances pour que budget passe…

- A la limite même si coté “efficacité” du projet entreprise 2.0 peut séduire, certaines peuvent tout de même se braquer sur le coté ludique…pour une simple question d’image ou d’estime de soi. Il s’agit donc d’un élément positif à manier avec une certaine précaution.

Alors comment faire ? [Read more...]

Enterprise 2.0 conference : un agenda stratégique pour 2010-2011

Avant de revenir plus en détail sur un grand nombre de points traités lors de la conférence et que j’avais mentionné dans mon premier billet sur le sujet je voulais tout d’abord faire le point sur les deux seconds jours de conférence.

Comme je le disais dans mon premier billet donc, je trouvais que la conférence ronronnait un peu. La bonne diffusion des “best practices”, notamment grâce au travail de l’adoption council multipliait le nombre de succès tout en les uniformisant, ce qui finalement n’est pas un mal. On ne peut trouver dommage que la réussite devienne de plus en plus la norme et de moins en moins l’exception. Rien de fantastique à se mettre sous la dent coté cas au niveau du “spectaculaire” mais des choses très intéressantes au niveau qualitatif.

J’avais décidé de me focaliser sur les sessions orientées “mesure et valeur” avec, pour résultat, une impression relativement mitigée. Beaucoup de choses intéressantes mais l’impression d’un certain flottement : l’approche majoritairement “over the flow”, basée sur l’adoption nécessite un certain temps pour produire des résultats concrêts au niveau opérationnel alors, qu’à mon sens, une approche davantage “in the flow / business process” bien que plus technique permet peut être d’arriver à des choses mesurables un peu plus rapidement.

Tout cela pour en arriver à ce qui est, selon moi, l’enseignement capital de cette édition 2010 et pour lequel il aura fallu attendre le dernier jour et la toute dernière session où il était question de rassembler les points que les participants auraient aimé voir traités ou approfondis davantage lors de cette édition. La liste se passe de commentaire :

- Intégration dans les business process

- Métriques

- Approche multiculturelle (ou prise en compte des spécificités locales dans un déploiement)

Il s’agit à mon sens de l’ensemble des points souvent laissés dans l’ombre depuis l’origine pour des raisons diverses mais qui ne peuvent être laissés de coté si on veut, d’une part, monter qu’il s’agit là d’un réel apport au fonctionnement de l’entreprise plutôt qu’un “nice to have” et, d’autre part, s’adresser à des entreprise plus méfiantes et rationnelles une fois qu’on avait fait le tour des “convaincues” qui ne demandaient que quelques éléments de vision pour se lancer.

Vous remarquerez que ce sont des points que j’ai longuement traités depuis près d’un an et, c’est là ce qu’il faut tirer de mon propos, il m’est apparu tout au long de cette année que le fait qu’on les évoque conjointement est tout sauf un hasard.

- l’entreprise crée de la valeur par ses business process donc les négliger amène la certitude de ne pas impacter la valeur. Dommage. Cela ne veut pas dire pour autant que tous ces process sont performants, voire utiles, et qu’un petit nettoyage n’est pas nécessaire. Quoi qu’il en soit c’est un domaine à adresser prioritairement.

- lorsqu’on tente d’améliorer un business process on n’a aucun problème de choix d’indicateur ni de suivi puisqu’il s’agit des indicateurs du process traité. Ceci dit, là encore, on peut aussi se dire que de nouveaux indicateurs de performance ou de pilotage pourraient être pertinents et que certains de ceux aujourd’hui utilisés sont pour le moins contre productifs.

- les entreprises multinationales d’origine nord américaine se rendent compte qu’il n’est pas facile de répliquer le modèle de déploiement dans tous les pays, à commencer par l’Europe et essaient donc de localiser leurs pratiques. De plus, regroupant des entreprises du monde entier, l’adoption council qui a pour vocation de favoriser les échanges et la construction d’un corpus de best practices sur le sujet sans limitation de zone géographie a tiré le signal d’alarme sur le sujet. Vu de ma perspective plus Européenne et spécifiquement française, la question culturelle est indissociable de celle des business process. Lorsqu’on fait face à une culture plus sceptique, moins ouverte au changement et peu favorable à la participation et à l’exposition des collaborateurs dans de tels programmes, le meilleur moyen d’amener l’entreprise et le collaborateur vers la nouveauté est de les prendre par le plus petit dénominateur commun, rassurant, moins ‘humainement sensible’, la seule chose qui rassemble ceux qui sont dans l’entreprise pour “faire leur boulot et c’est tout” : le business process.

En somme, tout cela revient à apporter aux stratégies d’”adoption”, concept que j’ai toujours trouvé trop limitatif, trop centré sur l’affect et pas assez sur le “delivery”, les dimensions de sens et d’alignement indispensables à une transformation réussie.

Avec ces trois points nous tenons donc les axes de travail pour l’année à venir et de quoi élaborer une stratégie d’entreprise désormais complète. C’est également un signal fort pour ceux qui, à la veille de démarrer un projet, ne le voient que sous l’angle de l’informel déconnecté du travail quotidien.

Beaucoup de grain à moudre  pour les semaines et mois à venir. Beaucoup de promesses pour les entreprises également.

Retour sur l’Enterprise 2.0 Forum : L’entreprise 2.0 et la fin du social washing

Capture d’écran 2010-01-23 à 00.12.50Je voudrais prendre quelques minutes pour faire un rapide retour sur le premier Enterprise 2.0 Forum parisien qui s’est déroulé les 17 et 18 mars derniers. Quelques mots sur le contexte tout d’abord.

J’étais à la recherche d’un événement vraiment professionnel sur le sujet à Paris. Qu’entend-je par “professionnel” ? Je ne supporte plus les présentations de 40 minutes où l’on vend un appartement témoin et où la conclusion est “c’est super ce qu’ils font mais je ne vois pas comment faire la même chose chez moi” et où on a la vague impression que plutôt qu’apporter des solutions à nos problèmes on nous vend un bout de rêve nappé d’un gros morceau de logiciel. Bref, le participant moyen repart avec des étoiles pleins les yeux mais se rend compte au moment du réveil que ça ne l’aide guère à avancer dans ses projets. Je ne parle même pas des événements où nous nous retrouvons entre experts, gourous, praticiens convaincus et échangeons sur nos certitudes avant de se rendre compte que ceux que nous sommes supposés aider n’étaient pas dans la salle.

C’est avec cette idée en tête que j’avais assisté à l’Enterprise 2.0 Summit de Franfort et avais été frappé par deux choses. Le format qui valorise l’échange au détriment des discours unilatéraux (échange avec le présentateur mais également entre les participants) et le fait que les sponsors, s’ils pouvaient être présents autour de l’événement et de la salle de conférence, n’avaient pas droit de cité sur scène pour vendre leur produit. L’idée est donc venue de reproduire ce schéma à Paris avec, pour la première édition, une ambition modeste eu égard au faible temps dont nous dispositions : montrer que c’était possible dans un format local et majoritairement en français, apporter non pas des discours mais une forte plus-value aux participants. Je pense que nous avons réussi et je peux déjà vous assurer que nous rééditerons l’expérience l’an prochain, forts de ce premier succès qui nous permettra de penser un peu plus grand (et surtout d’avoir non plus 2 mais 12 mois devant nous pour nous préparer).

Dernier point avant de rentrer dans le vif du sujet. On juge généralement ce type d’événement au regard de la qualité des interventions. La format que nous avons choisi ne s’en satisfait pas car il repose sur la participation active des participants (ce qui impose d’ailleurs de garder une taille “humaine” pour favoriser les échanges).  Et si j’ai eu un grand nombre d’échos positifs on le doit tout autant à la qualité du public qui posait les bonnes questions. Quand une salle n’est peuplée que de personnes qui doivent faire avancer ces projets en entreprise, le débat atteint de suite un niveau supérieur.rnrnAprès la forme, le fonds. Mes conclusions en quelques points. [Read more...]

Pourquoi le “prediction market” ne fait pas recette en France (voire ailleurs…)

Lorsqu’on vous parle d’entreprise 2.0 vous pensez blogs, wikis, réseaux sociaux etc…. Et si je vous parle de “prediction market” vous allez surement me regarder avec des yeux ébahis. Et pourtant dès que vous lisez un livre sur le sujet provenant de l’autre coté de l’Atlantique, dès que vous discutez avec des spécialistes locaux ils ne manquent pas d’inclure ce type d’outil dans le spectre des outils 2.0.

Pour savoir de quoi il s’agit je vous renvoie à la définition wikipedia pour commencer.

Il ne s’agit ni plus ni moins que de donner des jetons “virtuels” aux participants et leur demander de les “placer” sur des paris du genre “quel type de produit aura le plus de succès chez nos clients l’an prochain”, “quelle sera la part du budget IT des clients affecté aux réseaux sociaux etc…”. Cela peut se passer avec les salariés voire avec le grand public. Et visiblement c’est utilisé avec succès dans un certain nombre d’entreprises là bas.

L’expérience prouve que les résultats obtenus sont au moins aussi pertinents qu’avec des études plus longues et couteuses.

La question qu’on peut dès lors se poser est : pourquoi est-ce totalement méconnu chez nous ?

L’idée qui me vient spontanément à l’esprit est, une fois encore, que culturellement parlant cela ne passe pas.

D’abord la notion même de pari, un peu ludique, et connotée “jeu d’argent”, risque fort de mal passer dans des environnements où plaisir, fun et travail ne vont pas ensemble et où à partir du moment où quelque chose a l’air ludique ça ne peut être professionnelle sérieux.

En plus vous imaginer un collaborateur parier contre le succès d’un produit ? La capacité à délivrer un projet en temps et heures ? Coté pile ce sont effectivement les hommes de terrain qui sont souvent les mieux placés pour deviner à l’avance ce qui peut marcher ou pas. Coté face : cela revient à dire qu’on ne croit pas à ce que des gens hauts placé ont décidé et franchement cela n’est pas sérieux.

Vous me direz que pourtant le “crowdsourcing” intéresse nos entreprises. Oui. Mais discuter c’est bien, parier comme dans un casino ça l’est moins.

Et puis une discussion cela donne des ressentis. Le prediction market donne des chiffres et les chiffres c’est sérieux, on ne va pas laisser le quidam les impacter.

Vous voyez d’autres raisons ? Peut être même connaissez vous des entreprises Gauloises qui ont recours à ce type de pratiques et qui seraient passées sous mon radar. Peut être connaissez vous des pays hors US où cela fonctionne ?

L’entreprise 2.0 est elle possible sans pensée positive ?

Autant commencer par asséner une vérité qui n’est en rien une nouveauté et ne surprendra personne. Nous sommes tous différents, avec nos cultures, nos valeurs, nos attentes et si on peut avoir un semblant d’uniformité au niveau local, la diversité de notre monde nous revient en pleine figure dès lors que, et c’est le cas de plus en plus de personne, on évolue dans un monde globalisé.

De la même manière une idée, une tendance, un concept véhiculent également une partie de la culture de ceux qui l’ont créé. Que l’on parle de choses aussi diverses que le jazz, la gastronomie, la démocratie, le basketball….ils ont traversé les frontières emprunts des valeurs de leurs créateurs et ont, avec le temps, réussi à s’implanter en se teintant de couleur locale, en se laissant revisiter par les locaux pour devenir acceptable au regard de leur identité.

Une des caractéristiques de l’entreprise 2.0 est d’être fortement empreinte de pensée positive, quelque chose qui nous est relativement étranger et dont, même si on essaie de nous sensibiliser  l’occasion pendant nos études, on ne prend la mesure qu’en aller se frotter à des cultures différentes, notamment nord-américaine.

Sans rentrer dans les détails disons qu’une culture qui promeut certaines valeurs, où l’on pense toujours qu’on pourra améliorer les choses demain, que partant de là tout doit être vu comme une opportunité, où le travail et la réussite professionnelle sont vus comme des moyens de s’épanouir personnellement porte en elle certains gênes qui ne sont pas neutres. Cela génère notamment une capacité à explorer la nouveauté, à s’engager avec les autres, qui devient intéressante lorsqu’on explore n’importe champ inconnu, et plus encore par rapport aux sujets qui sont les notres.

Je vous renvoie à cet article qui exprime la chose plus clairement et dont je cite toutefois un extrait :

Successful people act as though they have accomplished or are enjoying something. Soon it becomes a reality. Successful people often find themselves in situations where risk and uncertainty is hanging over them and if they were to take on a negative mindset then failure would rear its ugly head. Instead high achievers embrace risk and uncertainty in difficult situations and keep a positive outlook. Nine times out of 10 usually end up with the results that they had in mind all along.

Positive attitude is extremely important, as it encourages individuals to approach each day, and each problem, with a bright outlook. In a team environment, a positive attitude encourages a team to work together with individual styles and personalities. Positive attitude is not only about choosing to have a good outlook through good times and bad, but also about learning to love what you do. I have observed that outstanding business people are successful because they deeply love their work.

Quant à wikipedia, on y apprend que :

Pour le Positive Psychology Center, les vertus et forces morales mises en avant sont : amour et travail, courage, compassion, résilience, créativité, curiosité, integrité, connaissance de soi, modération, contrôle de soi, sagesse/

Les valeurs collectives et idéaux sociaux sont : justice, responsibilité, civisme, parentalité, soutien, éthique professionnelle, leadership, esprit d’équipe au travail, projet et tolérance..

Je ne peux m’empêcher de penser que non seulement les logiques comportementales portées par l’entreprise 2.0 se retrouvent ici dans une certaine mesure mais, surtout, que tout ce qui touche au déploiement, à l’adoption diront certains, repose souvent et essentiellement sur ce type de ressort.

Je ne peux pas, non plus, m’empêcher de constater que, pour dire les choses abruptement, et bien chez nous ça n’est pas l’inverse mais presque. Pas mieux, pas pire, mais différent. Stricte séparation entre vie personnelle et professionnelle, le travail vu comme une contrainte et pas une source d’épanouissement, une grande méfiance par rapport à l’entreprise et toute tentative d’”avaler” l’individu et de trop l’enfermer dans le groupe… Je force un peu le trait mais on en est pas loin…

Une fois ce constat fait, quelles conclusion en tirer ?

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