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économie-du-savoir | Bloc-Notes de Bertrand Duperrin - Part 2

Entreprise 2.0 et hypocrisie de la mesure

On a coutume de dire qu’on ne manage que ce qu’on peut mesurer. On peut également ajouter que l’entreprise n’entreprend que si elle peut piloter. Ce qui revient à dire que l’entreprise n’entreprend rien dont elle ne puisse mesurer le résultat. Peut être une lapalissade mais cela va mieux en le rappelant. S’agissant de médias sociaux, combien de projets laissés en salle d’attente faute d’impact mesurable. “Vous comprenez…connecter les individus, partager l’information et tout ça c’est fort sympatique….mais on a du mal de vraiment démontrer l’impact”.

Laissez moi donc ajouter aux deux adages sus-mentionnés un troisième de mon cru : il n’est pas de choses plus difficile à mesure que celle qu’on ne veut surtout pas mesurer.

Souvenons nous d’abord qu’un projet social software se mesure à trois niveaux : utilisation de l’outil, alignement des contenus avec les besoins et utilisation de ces informations et de ces nouvelles manières d’intéragir pour créer de la performance organisationnelle.

Je ne vais pas m’étendre sur un sujet déjà largement traité dans le billet lié plus haut, mais si un projet “social software” tel qu’il soit ne se traduit pas par un changement au niveau de certaines métriques opérationnelles claires et simples, c’est soit qu’on se sert mal de l’outil soit on l’a implémenté sans se poser la question de sa pertinence par rapport au contexte, sans se préoccuper du sens ou de l’alignement.

Qu’on se le dise une fois pour toute : tout est mesurable. Parfois de manière simple et immédiatement quantifiable, parfois de manière plus complexe lorsqu’il s’agit  de quantifier des éléments qualitatifs. Il n’empêche qu’il existe toute une panoplie d’outils, d’enquêtes internes pour mesurer le ressenti des salariés par rapport à telle ou telle chose et qu’il ne tient qu’à l’entreprise de les mettre en œuvre. C’est comme cela qu’on apprend si les collaborateurs trouvent la connaissance plus accessible, si le fait d’accéder plus facilement aux autres les aide à faire mieux, si le sentiment d’appartenance se renforce, si les échanges finissent par rendre le discours de l’entreprise plus clair à saisir… Pour toutes les autres choses il existe des indicateurs simples et direct.

Sachant cela on doit pouvoir se dire qu’en fonction du projet, on peut mesurer l’impact du projet social software soit par quelques indicateurs opérationnels soit (ou parfois en complément) via des enquêtes / sondages (typiquement pour tout ce qui touche au ressenti, ce qui peut être du domaine de la com’  ou des RH) et donc que la question est close. Il n’en est malheureusement rien. Pas en raison du caractère non-mesurable des choses mais en raison du refus de mesurer.

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Atelier : comment conduire vos projets 2.0 (jeudi 8 octobre)

ICC'09

Comme chaque année à la même époque, le salon ICC se tiendra cette semaine à la Grande Arche de la Défense. Il regroupe conférences et ateliers experts sur le thème de la collaboration, de l’efficacité collective, et plus largement de la performance dans l’économie de la connaissance. Des sujets on ne peut plus d’actualité.

Dans ce cadre, les équipes de Nexmodernity animent un atelier sur le pilotage de projets 2.0, atelier auquel ils ont eu l’amabilité de m’inviter afin de le co-animer à leurs cotés.

Je vous invite donc à vous y inscrire afin de nous rejoindre. C’est gratuit. En plus un coup d’oeil à la liste des ateliers et des plénières vous donnera sans doute de nombreuses raisons de vous joindre à nous.

A jeudi donc !

Votre savoir vous aide plus que votre productivité

J’ai toujours eu un sentiment ambivalent par rapport à la productivité. D’un coté, faire plus ou plus vite a ressources ou temps égaux m’a toujours semblé être un progrès non négligeable. Maintenant, avec du recul, force est de se rendre compte que la productivité n’a cessé d’augmenter depuis des dizaines d’années, qu’à la moindre difficulté la première réaction est de l’augmenter encore davantage, sans que ces gains visibles, tangibles, mesurés, ne me donnent l’impression d’avoir amélioré quoi que ce soit au final quant à la situation financière des entreprises. Ceci ajouté qu’à l’heure où l’on dépend de plus en plus non de machines ou d’individus supposés répéter indéfinement et de plus en plus rapidement les mêmes taches mais d’hommes traitant de l’information et résolvant des problèmes, il semble qu’il nous faille admettre que courir le 100m en zéro secondes devienne un objectif inaccessible.

A une époque, l’idée m’avait effleuré qu’il s’agissait peut être de repenser la notion de productivité non plus comme une notion mécanique mais comme une notion humaine, et non plus comme quelque chose qui s’améliore  au niveau individuel où les limites me semblaient quasiment atteintes mais au niveau collectif.

J’avais abandonné le sujet jusqu’à ce que cet article le rappelle à mon bon souvenir. Je me permet d’en reprendre une courbe fort parlante.

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Malgré une amélioration continue de la productivité, le ROA s’est effondré de manière continue sur la même période. Reste à savoir pourquoi.

Selon l’article il cela provient d’une totale déconnexion entre l’environnement actuel des entreprises et leur infrastructure. Jusqu’à présent le entreprises misaient sur l’augmentation de leur taille pour créer toujours plus de valeur. Aujourd’hui, dans une économie sans cesses plus connectée, la valeur ne se crée plus par l’augmentation de la taille mais par la multiplication des flux d’information. La différence entre les entreprises les plus performantes et les moins performantes se trouve dans la participation des unes à des dynamiques de flux de connaissances, en interne comme en externe, dynamiques dont le social software sert de catalyseur, là où les autres se concentrent sur la productivité “traditionnelle” qui, elle, ne bénéficie au final qu’au client et n’aide pas l’entreprise à créer davantage de valeur.

En somme, il conviendrait de ne plus seulement chercher à rendre l’efficacité “scalable” mais d’en faire de même avec l’apprentissage.

Le fossé entre le potentiel de l’entreprise et le bénéfice qu’elles en tireront est donc voué à sans cesse augmenter à moins que les entreprises ne se décident à tirer le meilleur de l’”infrastructure digitale” supportant les flux de connaissance, à participer activement à ces flux de connaissance, en interne comme en externe avec d’autres entreprises et en mettant en place une politique d’innovation volontariste.

L’amélioration de la performance passera donc désormais par l’adoption d’une logique d’échange et d’innovation au sein d’écosystèmes qui seule permettra d’améliorer significativement les choses. Elle permettra à chacun, via un processus de résolution de problème créatif qui nécessite de pouvoir librement se connecter à ses pairs, en interne comme en externe, d’améliorer continuellement sa propre performance. Et, contrairement au siècle précédent ou tout étaient insufflé par le haut, ces dynamiques nouvelles seront impulsées par les individus.

Tout cela nous ramène à un sujet que nous connaissons bien…le seul moyen d’améliorer de manière pérenne et réelle la performance de l’entreprise est de l’aider à tirer le meilleur de son capital informationnel et de son infrastructure informatique. Sinon le fossé entre l’investissement et les résultats obtenus ne fera que s’accroitre.

A savoir pour commencer l’année…

J’avais déjà publié cette vidéo l’an dernier. Elle nous revient relookée et avec une nouvelle bande son (même si j’amais bien l’ancienne aussi). Rien de neuf donc mais des choses à avoir en tête alors qu’une nouvelle année commence.  Maintenant une fois qu’on sait ça reste à savoir ce qu’on en fait.

Bonne année à tous !

Vers une nécessaire évolution des référentiels de compétence

Florence Meichel nous pointe un fort intéressant document sur ce que doit être le référentiel de compétences de l’étudiant du XXIe siècle.

Sur que le sujet ne manquera pas d’intéresser mes amies les Geemiks.

Je ne peux m’empêcher de me poser une autre question. Sachant que les étudiants deviennent un jour des professionnels et sachant que l’apprentissage permanent est central dans la performance des collaborateurs dans une économie de la connaissance, ce référentiel n’est il pas tout bonnement un référentiel de compétences pour tout collaborateur ?

Au delà de cette question se pose bien sur celle du temps dédié à l’acquisition de connaissance dans l’entreprise. Essentiel pour l’individu, important pour la performance de l’entreprise qui le ressent d’ailleurs comme tel mais préfèrerait que cela se passe hors des heures de travail. Vous n’êtes pas un bon professionnel si vous ne vous tenez pas informé. Mais si vous vous tenez informé sur votre lieu de travail vous n’êtes qu’un dilettante.

Ce qui me fait d’ailleurs penser qu’il ne suffit pas de valider que votre collaborateur ou que vos étudiants aient ou développent ces compétences, il faut leur donner la possibilité de les mettre en œuvre au travail ou à l’école.

Cela vous inspire ?

Un bon manager se juge à l’usage que ses équipes font du net

Discours en vogue dans les entreprises : les collaborateurs perdent du temps sur les réseaux sociaux, et même sur internet en général. Il faut donc verrouiller tous les accès.
Si en matière de réseaux sociaux je pense que tout dépend de l’outil et de l’usage, et par conséquent je conseille de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, je trouve cette attitude plus que regrettable pour ce qui concerne internet en général.

Quels sont donc les motifs invoqués ?

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Le jour ou les salariés trouveront des réponses au lieu de devoir les attendre

Je viens de tomber sur des chiffres très intéressants qui montrent que les salariés français utilisent finalement peu internet. Alors que dans les pays qui en font un usage plus intensif, l’outil est  “”à l’origine d’une part notable de la hausse des gains de productivité dans l’économie depuis le milieu des années quatre-vingt-dix“.

Je suis largement d’accord avec l’analyse qui en est faite : que ce soit pendant les études comme dans l’entreprise, on nous apprend à attendre sagement que la solution tombe d’en haut plutôt que la trouver par nous même. Posture haute du sachant face à élèves certainement pas dotés de capacité de jugement ? En tout cas c’est vrai que l’école ne nous apprend pas à devenir des salariés efficaces.

Résultat on réplique le modèle dans l’entreprise. Comme c’est écrit fort justement ici, la notion de résolution de problème et la reconnaissance (dans les faits, pas dans les discours) de la valeur de capacité de jugement de l’individu sont totalement absents des modèles managériaux.

Ca n’est pas que l’école ou l’entreprise qui doivent faire des progrès, c’est les deux en même temps. Ou alors il sera de plus en plus difficile de faire face aux enjeux auxquels chacun est confronté au quotidien.

Deux solutions simples pour commencer : apprendre aux étudiants à se construire leur propre supply chain d’information et trouver ce qui est pertinent pour eux (c’est possible…et certains le font déjà fort bien). Et pour les managers, même lorsque vous avez la réponse, essayez de les faire deviner en mode déductif. Un peu de temps est nécessaire au début, mais afin de vous en faire gagner beaucoup plus par la suite.

Quelle est la valeur du savoir, de l’expertise ?

C’est une des questions à la mode. Fini le temps béni ou on évaluait les individus en fonction du nombre de pièces fabriquées. Aujourd’hui le “capital connaissance” est capital, on évalue non pas une production certaine, planifiée, planifiable, mais une capacité à faire face et à proposer et mettre en œuvre des solutions devant tout type de problème.

Bref l’expertise a une valeur réelle mais lorsqu’il faut la quantifier en espèces sonnantes et trébuchantes on a souvent plus de mal. Comme j’ai déjà pu l’écrire par ailleurs au niveau de la valeur des actifs intangible et du ROI de l’entreprise 2.0 dont je maintiens qu’ils se mesurent à l’aune des process (formels et bien tangibles ceux-là) qu’ils supportent, à la valeur générée créée par les problèmes résolus. Ce qui montre bien, en passant, que le temps est le critère le plus inadapté qui soit pour mesurer le travail d’un collaborateur.

Pas de longue analyse aujourd’hui, juste deux petites histoires afin de bien vous faire saisir la chose et vous permettre, pourquoi pas, de briller au bureau ou dans les diners en ville.

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Externalise t’on vraiment ce qui doit l’être ?

Certaines de mes réflexions m’amènent à prévoir une lente mais inexorable externalisation de l’humain dans l’entreprise.

D’abord avec des modes d’organisation et des systèmes permettant à une entreprise de se recentrer sur le marché et se focaliser sur le besoin à satisfaire. Identifiant les tendances et besoins clé elle peut se concentrer sur l’élaboration d’une stratégie de réponse. Le reste, de l’innovation à la réalisation peut être totalement outsourcé, nous l’avons déjà vu, auprès du grand public et de structures de compétences externalisées, très spécialisées et de taille réduite leur donnant une grande réactivité (qui peuvent aller de la PME à l’entreprise unipersonnelle). Ce mode d’organisation donnant d’ailleurs davantage de satisfaction aux partenaires que si ils étaient salariés au sein de l’entreprise donneuse d’ordre. La performance de la grande entreprise dépendra donc pour l’essentiel de sa capacité à trouver la bonne réponse et organiser la chaine de compétences (plutôt que la chaine de valeur) pour produire la réponse en question.

J’ajouterai que des outils et des modes d’organisation inadéquats ayant pour conséquence des couts d’accès élevés à cette denrée précieuse qu’est l’information interne, la loi de Coase peut fort bien s’appliquer dans le sens inverse dès lors que l’expertise extérieure coûte moins cher à identifier et à mobiliser que l’expertise interne.

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Quand l’entreprise gagnerait à se repencher sur la théorie des contraintes

C’est amusant comme l’histoire semble se répéter en permanence, comme on laisse se reposer aujourd’hui des problèmes qu’on avait pourtant résolu hier.

Parce que la question de la productivité, du temps passé, du ROI dans l’entreprise 2.0 ou dans une organisation orientée service me rappelle une question qui s’est déjà posée et a été globalement solutionnée dans l’industrie et qui revient de manière encore plus aigue dans l’économie des services et de la connaissance.

Il s’agit ni plus ni moins que d’une énième application de la théorie des contraintes.

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