Comment les “quick wins” peuvent induire en erreur

Résumé : la plupart des projets visant à changer les modes de travail ou introduire de nouveaux outils commence par une phase où l’on va rechercher des “quick wins’, démonstration à périmètre restreint et investissement quasi nul que la promesse est tenable.  Bien qu’il s’agisse d’une attente logique et sage, il faut bien se méfier de donner trop d’importance à ces quick wins ou à leur absence. Le contexte spécifique de l’expérimentation fait que rien ne permet d’extrapoler à l’ensemble de l’organisation, lorsqu’il ne s’agira plus d’un projet “sous surveillance” avec ce que cela implique pour ses participants. Se donner des objectifs en termes de compréhension de la nouveauté plutôt que démonstration de la promesse est plus enrichissant et moins trompeur.

 

C’est le passage obligé de tout projet digne de ce nom : le “quick win’. Autrement dit le fait d’arriver rapidement à un résultat tangible, même modeste, afin de prouver que le choix est bon, la promesse tenable et qu’on peut passer à la vitesse supérieure. Le “quick win” est bien sur recherché dès les premiers temps du déploiement mais également souvent en mode pilote pour savoir si on va plus loin où si on arrête.

A priori c’est une démarche saine et nécessaire : pourquoi investir dans un projet d’envergure sans trop savoir s’il est en mesure de tenir sa promesse. Mais la pratique n’est pas sans dangers.

Tout d’abord parce que le “quick win” doit souvent avoir lieu sur un périmètre restreint, ce qui ne facilite pas les choses sur des dispositifs ayant besoin d’une masse critique. Pour pallier à ce problème, on choisit les “bons” participants à l’expérimentation. Ce qui pose deux problèmes. Le premier est que si on choisit vraiment les “bons” on biaise le projet car on ne démontre pas que le salarié lambda peut rentrer dans la démarche. Le second est que souvent l’entreprise est incapable de trouver les bons et prend “ceux qui devraient” et “ceux dont on aimerait qu’ils..” mais jamais “ceux qui s’intéressent et aimeraient participer à”.

Ensuite parce que le “quick win” doit s’obtenir “avec les moyens actuels”, entendons sans conduite du changement ou toute autre forme d’effort. Ce qui n’est pas sans entrainer des situations ubuesques. “Nous avons conscience de l’importance de la conduite du changement dans un tel projet mais ne mettrons ce dispositif en place qu’en cas de succès du quick win”. Pas gagné…

Vient ensuite le contexte. On a affaire à des personnes qui savent qu’elles sont observées, qu’on attend quelque chose d’elles. Et bien, devinez quoi, le plus souvent si l’objectif est clair et qu’elles sont bient “brieffées”, elles produiront le fameux quick win en moins de temps qu’il ne faut pour ne le dire. C’est ce qu’on appelle l‘effet Hawthorne. Mais lorsque, suite à ce fameux quick win, on décidera de passer à la vitesse supérieure, la banalisation de l’expérience fera que ces mêmes personnes se désinvestiront aussi vite.

Ajoutons que rien n’est plus facile que de “coacher” les participants de manière tellement serrée que le scénario rêvé se réalisera comme par enchantement. Faciliter les choses est bien en termes d’exemplarité (tout le monde croit que c’est “vraiment” arrivé) mais ne prouve ni n’apprend rien à personne.

Ce sont autant de raisons qui montrent que :

- l’absence de quick win ne veut pas dire que l’idée était mauvaise

- l’existence d’un quick win montre simplement que les choses étaient possibles avec des personnes données, dans un contexte précis. En aucun cas qu’il est possible d’extrapoler à l’ensemble de l’entreprise.

Faut il, dès lors, abandonner le quick win ? En aucun cas car il est bon de tester, de valider certaines choses avant de se lancer. Par contre il est dangereux d’en faire la condition sine qua non de la poursuite ou de l’arrêt du projet. Il faut davantage le prendre comme une phase 0 où l’on apprend et dont on tire toutes les conclusions en connaissance du contexte dans lequel elle a eu lieu. Dans ce sens des objectifs en termes d’apprentissage de l’organisation face à une nouveauté mal connue sont plus pertinents que des objectifs liés à la démonstration d’une promesse beaucoup trop tributaire de son contexte.

 

Effet Hawthorne, productivité du social computing et double budget

Un titre bien indigeste et difficilement compréhensible pour matérialiser le lien que j’ai vu s’établir entre trois faits totalement indépendants dont je me suis dit un beau matin qu’ils avaient quelque chose à voir les uns avec les autres.

De quoi parlons nous ?

• Effet Hawthorne : fruit d’une “expérience” d’Elton Mayo dans une usine située à…Hawthorne, et concernant la productivité. Mayo a pris un groupe d’employés et a amélioré leurs conditions de travail (plus de pauses, moins de monotonie…) et la productivité à augmenté. Puis on a lentement laissé se dégrader ces conditions jusqu’à revenir à la situation originalle (voire pire). Et logiquement la productivité a …augmenté. Conclusion : dès lors qu’un groupe a l’impression que l’on s’occupe de lui, qu’il est pris en compte (ici ils participaient à une expérience), il s’investit d’autant plus dans son travail.

• Productivité du social computing : grand sujet de réflexion chez les “penseurs” de l’entreprise 2.0 et d’inquiétude chez le manager X. Concept dans lequel on trouve pele-mêle l’idée selon laquelle le social computing dès lors qu’il demande ne serait-ce que 5 minutes par jour est un frein à la productivité, qu’il s’agit (pour d’autres) d’un enjeu stratégique donc qu’il faut lui allouer du temps, que de toute manière il s’agit d’une réalité qui aura de toute manière lieu sous le radar donc qu’il vaut mieux officialiser pour en tirer les plus grands bénéfices…et j’en passe. Un clin d’oeil également à la vidéo de Louis Schweitzer…car communiquer différemment c’est également prendre un peu plus de temps pour le faire afin d’être plus ouvert sur son environnement et émettre davantage de signaux qualitatifs.

• Le double budget : idée avancée par Peter Drucker (Management Challenges for the 21st Century) selon laquelle l’entreprise devant à la fois gagner de l’argent aujourd’hui et préparer l’avenir elle doit non pas opérer sur un budget unique mais sur deux budgets distincts, l’un représentant 20% du montant global et étant intouchable, incompressible quelle que soit la situation de l’entreprise et concernant l’innovation. Celà part de l’idée que seule l’innovation prépare les gains de demain, et que l’innovation porte ses fruits sur la durée. Il ne faut donc pas que l’on supprime ce budget en disant “cela n’a pas amené grand chose cette année”.

Vous commencez à voir où je veux en venir ?

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