Retour sur l’Enterprise 2.0 Summit

Comme vous le savez certainement, j’étais à Francfort la semaine dernière pour assister à l’Enterprise 2.0 Summit. Comme l’année dernière j’ai trouvé édition très dense et de grande qualité. Beaucoup de choses ont déjà été écrites depuis jeudi et la couverture live sur twitter a été consistante, donc je vais essayer d’être bref et d’aller à l’essentiel.

1°) Tout commence avec un bon format

On peut avoir les cas les plus intéressants, tout dépend de la manière dont on les expose. Le format qui laisse l’orateur présenter son projet, les moyens et les résultats en 20 minutes pour ensuite le livre aux questions de l’audience rend la chose très opérationnelle. Depuis le temps qu’on parle d’Entreprise 2.0 je pense que l’ère des discours “inspirationnels” sur le thème “croyez ou mourrez”, “ayez la foi” est passé et qu’il faut non seulement du concret, des faits, des chiffres et la possibilité de questionner l’orateur afin de soulever les points qui intéressent l’auditoire, éviter les présentations de type “appartement témoin” et les feu d’artifices sans substance. Et lorsque la salle est remplie de praticiens cela donne une vraie valeur, autre chose que lorsque les convaincus prêchent les convaincus.

A coté de cela certaines sessions étaient dédiées à la partie plus “stratégique” et experte du sujet mais là encore pas de monologue. Chaque keynote se terminait par une table ronde et une discussion avec la salle. Ce qui évite, là encore, que les spécialistes s’envoient des fleurs sans penser à ceux qui les écoutent et ont de vrais projets à conduire.

2°) L’Europe décomplexée aurait elle trouvée sa voie ?

On a coutume de considérer les entreprises européennes plus précautionneuses au moment de démarrer leurs projets et plus timides à l’heure d’en parler. On peut considérer que la roue tourne et qu’entre Océ, Renault, BMW, Deutsche Telecom, BASF et les autres j’ai vu le plus  beau rassemblement de cas de ces dernières années. On a surtout pu visiter les entrailles et les mécanismes de chacun en évitant le syndrome de la présentation après laquelle on se dit “oh c’est impréssionnant ce qu’ils ont fait, mais en fait on ne sait pas comment ni pour quels résultats”. Dans ma session sur la gestion des différences culturelles sur laquelle je reviendrai dans un autre billet, Lee Bryant a fait remarquer qu’il était temps que les entreprise européennes oublient le réflexe du “ça marche aux US donc ça marchera pas chez nous” pour faire de nos différences un levier. Je pense qu’on est en train d’y arriver quand je vois la manière dont les cas ont été présentés : technique, argumentée, expliquant à la chaque fois le pourquoi, le comment. . Bref, plus rationnel qu’inspirationnel, mais cela montre également la manière dont les projets ont été conçus avec un focus sur le sens et la valeur pour l’entreprise et le collaborateur que sur l’”engagement” et la passion pour la nouveauté et le networking.

J’ajouterai également un bon point sur la présence française et francophone, tant au niveau de la présence sur scène que dans la salle. Je n’ai jamais autant entendu parler français dans une conférence à l’étranger ni vu autant d’orateurs français sur scène. Ajoutons à cela que le cas présenté par Renault a connu un énorme succès et on peut se dire qu’on est sur la bonne voie.

Toujours dans la discussion qui a suivi ma session, Lee Bryant disait qu’il fallait cesser d’être sur la défensive  systématique face à des concepts “importés”. C’est ce qui est en train de se passer je pense. J’ai vu des entreprises heureuses d’avoir du rencontrer leurs pairs européens et repartir en se disant “finalement on est sur la bonne voie, et on est loin d’être en retard comme on le pensait”.

3°) Plus de business process, le community management rentre dans le rang.

Conformation de ce que j’avais écrit en rentrant de Boston mais à une échelle supérieure. Si, là bas, on avait émis l’idée que le sujet devrait être abordé, et si quelques voix discordantes s’étaient tout de même élevé pour faire remarquer que ce serait dévoyer le concept, autre son de cloche à Francfort. Pas une présentation de cas où il n’a été dit qu’il fallait lier de près le projet aux fameux business process, pas une voie discordante et l’atelier que j’ai animé sur le sujet a d’ailleurs été rempli en moins d’une minute à telle point qu’on a refusé du monde. Est-ce dire que le “community management” est enterré ?

Pas du tout. Tout le monde en a parlé également mais comme un moyen d’un dispositif global, ni plus ni moins. Par contre une chose est sure : ça n’est pas la préoccupation première des participants qui s’intéressaient davantage à l’architecture du projet, à ses mécanismes, à la manière dont produire des bénéfices concrêts et mesurables. Je ne me souviens d’ailleurs pas avoir entendu une question sur le sujet et une seule session lui était dédiée, animée par Anthony Poncier. D’ailleurs, traduisant l’état d’esprit général, Bjorn Negelmann, l’organisateur de la conférence, disait sur Twitter que les participants à la conférence ne voyaient pas la chose comme une compétence essentielle.

A mon avis les deux questions sont essentielles et doivent s’articuler. Simplement il y a eu un focus historique sur le community management qui fait qu’on a pris du retard dans l’autre domaine d’une part, et qu’il faut partir de ce que le collaborateur connait pour l’emmener vers des logiques nouvelles d’autres.

Je reviendrai sur mon atelier dans un autre billet mais vous pouvez déjà vous référer à cet ancien billet pour poser le problème et celui de Samuel Driessen qui y a assisté et livre une courte synthèse. [Read more...]

Entreprise 2.0 et ROI : il faut passer du “si” au “comment”

Résumé : quand bien même la notion de ROI dans son acception traditionnelle semble bien mal adaptée à la logique Entreprise 2.0 il est impossible de passer sous silence la question des bénéfices tangibles auxquels on est en droit de s’attendre. Il y a dans ce contexte un biais important qui empêche d’anticiper la valeur potentiellement générée : on évalue l’apport de la technologie a contexte constant alors même qu’elle ne produit ses effets que si la manière dont on travaille, collabore, s’organise s’adapte. Peu de chances donc d’avoir une réflexion solide sur la question si on continue à se focaliser sur l’existence même du ROI sans penser conjointement la manière dont il peut se réaliser.

L’avantage avec la question du ROI de l’entreprise 2.0 est que le sujet est à la fois indispensable et insoluble dans changement de paradigme de pensée…donc qu’il donne matière à beaucoup d’échanges et que cela risque de continuer tant qu’on ne se décide pas à parler le même langage.

Tout d’abord j’utilise le terme ROI car il permet à tous se savoir de quoi on parle alors que je pense que la notion d’”amélioration mesurable” serait plus appropriée. Précision utile pour clarifier les choses.

Je vais poursuivre par une métaphore : si de manière logique et rationnelle il apparait qu’un moteur est la bonne solution pour faire avancer une voiture et que, malgré le fait que votre voiture en ait un, qu’il tourne, et que vous accélerez votre véhicule n’avance pas d’un centimètre, c’est que soit vous avez oublié de passer une vitesse soit le moteur n’est pas relié à l’arbre de transmission. Au lieu d’essayer de réparer le moteur voire le jeter aux orties, c’est donc au niveau de la transmission qu’il faut chercher le mal.

Parlons ensuite du ROA ou retour sur actifs. Le chiffre est connu mais John Hagel nous le rappelle encore récemment : il est tombé à 25% de son niveau de 1965 alors que la productivité du collaborateur s’est, elle, envolée. Conclusion : ça n’est pas le collaborateur qui ne pédale pas assez vite et à qui il faut mettre encore plus de pression, c’est l’entreprise qui peine à transformer ses efforts en valeur…et c’est face à leurs propres responsabilités que l’organisation et le management se retrouvent.

Parlons ensuite de nouvelles manières de faire et des outils qui les rendent possible. Tout le monde, à moins d’être d’une mauvaise foi exécrable, comprend que si un collaborateur a accès plus facilement à des ressources, des expertises, d’une manière suffisamment fluide pour ne pas perdre de temps, il résoud mieux les problèmes, plus vite, prend de meilleurs décisions, et accomplit son travail mieux et plus vite. Ou mais voilà…on peine à systématiser ce bénéfice donc on reste sur les solutions actuelles. On en revient à notre cycliste : peut importe qu’il pédale plus vite ou mieux tant que la chaine est cassée.

La vraie question du ROI n’est donc pas de savoir s’il existe mais de savoir comment on va transformer le potentiel en réalité. Et là ça n’est pas une affaire de médias sociaux ni même de comportements (même si ça va jouer à un moment ou un autre) mais de “tuyauterie”.

J’en reviens à ce que je disais il y a longtemps sur les cartes de stratégie, au sujet des actifs intangibles (car c’est bien le sujet ici)

• La création de valeur est indirecte : les actifs intangibles ne créent par eux même que que rarement de la valeur. Ils en créent via un mécanisme de cause à effet au travers des processus de l’entreprise.

• La valeur est contextuelle : la valeur d’un actif intangible dépend de son alignement avec la stratégie.

• La valeur est potentielle : si les processus internes ne s’appuient pas sur ces actifs pour créer de la valeur, alors celle-ci reste potentielle et ne peut être réalisée.

• Les actifs sont couplés : la valeur de ces actifs ne se réalise que lorsqu’ils sont couplés à d’autres actifs.

Petit schéma à l’appui :

Il est donc, en pure logique, impossible de démontrer des bénéfices, et donc encore moins de les mesurer, si on ne s’est pas posé la question de l’alignement, du couplage, de l’articulation et de la création de processus qui s’appuient effectivement dessus.

Il importe d’oublier le vieux réflexe qui repose sur le fait que les outils ont une valeur endogène : celle des outils dont nous parlons est exogène et ne se réalise qu’au travers de leur  bonne utilisation par les collaborateurs dans le cadre de processus métier adaptés.

Tour cela pour dire qu’on risque de tourner encore longtemps en rond dans le doute et l’inefficacité si on se focalise sur la question de savoir “si” en occultant celle de savoir “comment”. De même lorsqu’on est convaincu, qu’on passe sur le “si” et qu’on se lance, on aura du mal de démontrer quoi que ce soit de tangible à l’heure de la revue budgétaire de l’année suivante si on a oublié de penser au “comment” qui permet de transformer un potentiel en bénéfices tangibles.

Comme le dit justement mon vieil ami Luis Suarez, il faut apprendre non pas à travailler plus dur mais mieux. Laissez moi ajouter : pourvu qu’on évite de pédaler mieux mais dans le vide.

Médias sociaux et difficulté d’appréhender un bénéfice par ricochet

Pour convaincre les collaborateurs de faire leurs premiers pas sur des outils dits “2.0″ en entreprise il est impératif de leur montrer des bénéfices personnels rapides. Cela s’avère plus ou moins facile selon les outils.

Prenons les profils par exemple. Quel est mon intérêt de remplir un profil “riche” dans lequel je vais donner un maximum d’informations (d’ordre professionnel bien) sur moi et de savoir que plus je serai “socialement actif” par ailleurs plus ce profil s’affinera en fonction de mes lectures, de mes participations, des “tags” utilisée etc… ? L’intérêt est d’aider celui qui a besoin de moi à me trouver. Coté bénéfice direct on a vu mieux. Bien sur si les autres font pareil je vais pouvoir trouver mes “sauveurs” plus facilement et ça c’est un vrai plus. Mais la logique qui va me faire remplir mon profil en espérant que cela finisse par donner aux autres l’envie de le faire est assez lointaine pour que je n’en saisisse pas du tout l’intérêt immédiatement. Et puis n’oubliez pas que, comme tout le monde, je n’ai pas le temps. Donc ça attendra.

A l’heure où le microblogging d’entreprise devient un sujet à la mode se pose également la question du bénéfice “rapide et direct” à démontrer aux utilisateurs. Un des bénéfices est “donner de la visibilité sur ce que je fais pour éviter de répondre sans cesse aux mêmes questions”. D’accord…on aide les autres mais on se dit que le bénéfice par ricochet est tout de même moins nébuleux. Mais on peut aller un pas plus loin…

Dans une équipe, il arrive souvent que les autres prennent des décisions qui nous engagent. Ils sur-estiment notre disponibilité, décident d’une action sans savoir si elle est en cohérence ou non avec ce que l’on fait etc… et à la fin on doit s’expliquer, s’exécuter de mauvaise grâce ou rattrapper les pots cassés. Bien utilisé avec des scénarios d’usage adaptés au travail en équipe, le micro-blogging aide non seulement les autres à prendre de meilleures décisions…mais nous évite de subir l’impact de décisions prises en méconnaissance du contexte.

Le fait que la notion de partage d’information dans un contexte de “social media” produise un bénéfice pour l’auteur qui soit en général non pas direct mais par ricochet vous inspire t’il quelque chose de spécial pour l’implication des collaborateurs ? Est-ce une spécificité que l’on a trop méconnu ou dont l’impact a été sous-estimé ?

Retour sur l’Enterprise 2.0 Forum : L’entreprise 2.0 et la fin du social washing

Capture d’écran 2010-01-23 à 00.12.50Je voudrais prendre quelques minutes pour faire un rapide retour sur le premier Enterprise 2.0 Forum parisien qui s’est déroulé les 17 et 18 mars derniers. Quelques mots sur le contexte tout d’abord.

J’étais à la recherche d’un événement vraiment professionnel sur le sujet à Paris. Qu’entend-je par “professionnel” ? Je ne supporte plus les présentations de 40 minutes où l’on vend un appartement témoin et où la conclusion est “c’est super ce qu’ils font mais je ne vois pas comment faire la même chose chez moi” et où on a la vague impression que plutôt qu’apporter des solutions à nos problèmes on nous vend un bout de rêve nappé d’un gros morceau de logiciel. Bref, le participant moyen repart avec des étoiles pleins les yeux mais se rend compte au moment du réveil que ça ne l’aide guère à avancer dans ses projets. Je ne parle même pas des événements où nous nous retrouvons entre experts, gourous, praticiens convaincus et échangeons sur nos certitudes avant de se rendre compte que ceux que nous sommes supposés aider n’étaient pas dans la salle.

C’est avec cette idée en tête que j’avais assisté à l’Enterprise 2.0 Summit de Franfort et avais été frappé par deux choses. Le format qui valorise l’échange au détriment des discours unilatéraux (échange avec le présentateur mais également entre les participants) et le fait que les sponsors, s’ils pouvaient être présents autour de l’événement et de la salle de conférence, n’avaient pas droit de cité sur scène pour vendre leur produit. L’idée est donc venue de reproduire ce schéma à Paris avec, pour la première édition, une ambition modeste eu égard au faible temps dont nous dispositions : montrer que c’était possible dans un format local et majoritairement en français, apporter non pas des discours mais une forte plus-value aux participants. Je pense que nous avons réussi et je peux déjà vous assurer que nous rééditerons l’expérience l’an prochain, forts de ce premier succès qui nous permettra de penser un peu plus grand (et surtout d’avoir non plus 2 mais 12 mois devant nous pour nous préparer).

Dernier point avant de rentrer dans le vif du sujet. On juge généralement ce type d’événement au regard de la qualité des interventions. La format que nous avons choisi ne s’en satisfait pas car il repose sur la participation active des participants (ce qui impose d’ailleurs de garder une taille “humaine” pour favoriser les échanges).  Et si j’ai eu un grand nombre d’échos positifs on le doit tout autant à la qualité du public qui posait les bonnes questions. Quand une salle n’est peuplée que de personnes qui doivent faire avancer ces projets en entreprise, le débat atteint de suite un niveau supérieur.rnrnAprès la forme, le fonds. Mes conclusions en quelques points. [Read more...]

Quelle est la place des communautés dans la collaboration ?

La transformation d’une entreprise cloisonnée et collaborant sur de petits perimétres à une entreprise fonctionnant sur les principes d’une collaboration de masse reposant sur des principes de réseaux et de communautés s’avère relativement moins aisé que prévu pour ne pas dire parfois très difficile.

Mais peut on dire que le terme transformation soit approprié ?

Tout d’abord parce qu’il existe différents niveaux et périmètres de collaboration qui ne s’excluent pas les uns les autres mais se complètent. L’entreprise 2.0, ne tue pas le groupe et le “groupware” mais apporte une dimension supplémentaire qui permet de s’affranchir des limites connues et adresser des problématiques jusque là inaccessibles. Ensuite, et c’est une conséquence du point précédent, parce que la logique du collaborateur et d’avoir un chemin qui lui permet de passer d’une logique à l’autre sans renier ce qu’il a toujours fait jusqu’à présent et continue à garder du sens.

Une communauté se forme sur un sujet et se peuple de conversations sur ce sujet. Le moteur des individus qui y participent est de partager, apprendre, trouver des solutions, faire émerger des idées qui ne seront pas forcément immédiatement applicables, des réponses à des problèmes qui ne se sont pas encore posés. A la différence des structures traditionnelles de l’entreprise, ces communautés n’ont pas d’objectif et de but identifiés à atteindre pour une date précise. Elles se définissent plus comme des mécanismes et des tâches de fond que par un “livrable” identifié.  Parallèlement les employés collaborent également dans des structures formelles et nul doute que leur participation à ces communautés améliore leur capacité à apporter des réponses adéquates dans la collaboration au quotidien.

Si l’on fait un parallèle avec le web, 10% des collaborateurs sont naturellement à l’aise pour faire vivre ces communautés. Les 90% restant ne s’y rendront que pour y trouver des réponses à des problèmes qui se sont posés dans leur périmètre quotidien et n’ont pu être solutionnées dans ce même périmètre.

Ceci loin d’être anecdotique car c’est est une preuve de plus qu’une démarche entreprise 2.0 ne se construit pas autour des seules dynamiques communautaires mais n’a de sens que dans un cadre global prenant en compte les différents contextes de collaboration auxquels sont confrontés les employés.

• Au niveau de la démarche qui doit ne doit pas se focaliser sur la seule dimension “sociale” mais sur la mise en cohérence des différents contextes et, surtout, les expliquer aux collaborateurs et les aider à se positionner dans chaque.

• Au niveau des outils qui doivent permettre aux individus et à l’information de circuler de manière fluide à travers ces contextes, sans rupture de flux ou de dynamique.

• Au niveau de l’intensité des usages que l’on entend développer et faire adopter aux collaborateurs. Chaque contexte a ses propres usages “sociaux” plus ou moins développés ou ambitieux, ce n’est pas tout ou rien.

J’ajouterai que, culturellement parlant, certaines entreprises sont très mal à l’aise avec les concepts de communautés et de conversations mais qu’une première étape clairement positionnée “efficacité d’équipe” et tâches quotidiennes peut être un premier pas permettant de s’enhardir par la suite.

A titre d’exemple, on entend souvent “mes collaborateurs sont là pour travailler et pas pour avoir des conversations dans des communautés”, ce qui revient au “je ne suis pas là pour m’occuper d’un social club” qu’avait utilisé Andrew McAfee pour illustrer les problèmes de compréhension du mot “social”.  Pour ceux là du “social orienté quotidien/tâche/projet” aurait beaucoup de sens, rassurerait et pourrait servir à démontrer des premiers bénéfices même avec des ambitions réduites en termes de transformation des comportements.

Entreprise exemplaire en la matière, Booz Allen Hamilton a commencé par la dimension sociale et communautaire. Et lors de la dernière “Virtual Enterprise 2.0 conference” ils ont présenté leu futur de leur roadmap : passer aux projets structurés, aux travail d’équipe et au lien avec la dimension gestion de contenu. Soyons certains que pour d’autres entreprises c’est ce dernier point qui servira de point d’entrée. Il y a peu je participais à une table ronde sur le sujet où une grande entreprise disait clairement que sa préoccupation était de construire depuis l’existant et s’appuyer dessus.

Bref il ne faut pas croire que la communauté est une fin en soi. C’est une composante d’un dispositif global qu’il convient de traiter comme tel et non comme comme une exception au fonctionnement de l’entreprise. Par extension, attention à ne pas succomber au mythe du community management qui n’est, là encore, qu’une partie de la problématique managériale globale de l’entreprise : une fois encore, sans articulation entre ces différents rôles le community management risque ne pas pas apporter grand chose.

On aura l’occasion de détailler ce schéma plus tard.

collab

Networking et collaboration : L’entreprise terre de confiance ou de méfiance ?

Je disais pas plus tard qu’il y a quelques jours qu’il me semblait évident que pour beaucoup certaines activités et comportements devaient rester du domaine de la vie privée et que par conséquent le “social networking” et tout ce qui va avec ne faisait pas partie des choses qu’ils désiraient naturellement “importer” dans l’entreprise. Et je tempérais mon propos en disant que, bien sur, des facteurs générationnels et de culture locale étaient également à prendre en compte. Mais pour avoir partagé il y a peu avec des gens d’un peu partout, le fossé qui sépare certains pays d’Europe des Anglo-saxons est bien réel.

Le hasard a voulu que je tombe sur cet article depuis. Et qu’apprend-t-on chez Microsoft qui est l’origine de cette étude ?

L’enquête révèle aussi que les Français sont attachés à préserver une frontière entre leur vie personnelle et leur vie professionnelle : avec 86% des personnes interrogées, les Français sont aussi de loin les plus nombreux à se soucier de différentier leur profil en ligne personnel de leur profil professionnel, 61% le font même systématiquement.

Vous pouvez d’ailleurs télécharger le pdf de l’étude ici (en anglais).

Dans l’étude on apprend, ce qui peut sembler paradoxal, que les français sont ceux qui pensent le moins que leurs activités en ligne affecteront leur vie professionnelle. Et pourquoi ?

France is the outlier. French respondents reported being less concerned than other groups, and study findings suggest two key reasons for this. First, the data suggests that the French do not rely as heavily on online information to make either social or professional judgments about others. Second, data shows that the French are considerably more proactive in monitoring and managing their reputations and have, therefore, less to be concerned about.

En gros nous faisons tellement attention à ce qui peut exister comme information sur nous que nous sommes surs (à tort ou à raison) de ne rien laisser qui puisse nous être préjudiciable. (En passant l’étude concerne les Etats-Unis, le Royaume Uni, l’Allemagne et la France…j’aurai aimé y voir des pays tels que l’Italie ou l’Espagne…)

Deux conclusions s’imposent :

• Séparation stricte entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Question : cela concerne-t-il seulement les informations ou les comportements associés à chacune ?

• On fait très attention à ce que rien ne filtre sur nous qui puisse permettre de nous juger. Question : ce comportement qui s’applique à la vie privée passe-t-il les portes de l’entreprise ?

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Etes vous “on demand” ? Ou “quand on pourra” ? L’entreprise 2.0 coté Client.

Qu’apporte le “social software” ? Rien par lui-même (l’outil n’est pas un outil de traitement, c’est que que les utilisateurs font grâce l’outil qui compte), mais par contre il permet de gagner en facilité donc, a priori, en performance et en productivité sur nombre de tâches quotidiennes a condition qu’on comprenne le besoin de s’organiser et de travailler quelque peu différemment (et sans pour autant remettre en cause les fondamentaux du travail et de l’organisation, simplement en jouant sur certaines modalités).

Il arrive souvent qu’un manager de terrain ne voit pas directement le bénéfice concret. Pour cela il faut souvent savoir prendre distance et recul par rapport à l’opérationnel, chose qui demande souvent un temps qu’on ne laisse guère aux hommes de terrain. Conséquence : le top management “voit” alors que l’homme de terrain s’interroge sans voir clairement le besoin auquel tout cela répond et à quoi sert de “socialiser” une partie de l’activité, rendre commune, publique, une partie de l’information. Et chacun sait ce que vaut une solution qui ne correspond à aucun problème existant (ou plutôt dont on a conscience de l’existence).

Une approche qui fonctionne parfois est de proposer à la personne en question de se mettre à la place du client. Je précise bien qu’un client peut être un client “externe” ou un client interne. Le rôle de son équipe est de satisfaire ou contribuer à satisfaire une demande du dit client et son rôle de manager est de contribuer à ce que cela se passe en temps et en heures sans être le plus souvent directement en rapport avec le dit client. D’ailleurs dans de nombreux cas le manager et le client ne finissent par se parler que lorsque les choses vont mal… Il est d’autant plus facile de se mettre à la place du client qu’on est souvent soi-même client. Client de prestataires externes mais également client de services internes (se rendre compte qu’on a les mêmes pratiques que celle qu’on reproche aux autres est parfois un grand pas vers le progrès).

NB : Ce billet s’adresse surtout aux gens du secteur des services. Aussi bizarre que cela puisse paraitre, l’industrie a depuis longtemps avancé sur l’élaboration de réponses aux enjeux dont nous allons parler plus bas.

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Vous voulez que vos collaborateurs intéragissent plus ? Utilisez leur égoisme

Dans la masse des projets estampillés 2.0, j’en remarque de deux sortes : les uns plus orientés réseaux sociaux, les autres concernant davantage le fait de porter “sur le cloud” des applications de bureau classiques. Les deux ne répondent pas aux mêmes besoins et chacun a ses obstacles. Dans un cas il s’agit de changer la manière dont les collaborateurs travaillent, de l’autre on ne fait que leur demander d’utiliser un navigateur au lieu de leur logiciel habituel, ce qui me fait dire que c’est plutôt Office 2.0 qu’entreprise 2.0. Si surmonter les réticences des DSI est dans les deux cas un chantier qui n’est pas négligeable, l’Office 2.0 est moins sensible coté adoption puisqu’il ne remet pas en cause les comportements de chacun : on continue à écrire des documents, à remplir des feuilles de calcul, mais dans une autre interface (attention, je ne dis pas que ça se fait tout seul non plus). J’ajouterai aussi que utiliser des outils tels que Google Docs permet de faire un pas de géant dans la collaboration (ou plutot la co-construction ou co-realisation) de documents. Toutes les personnes que je connais qui ont travaillé sur les deux types de projet m’ont tenu le même discours “Office 2.0 c’est quand même plus simple (ou moins compliqué) qu’Entreprise 2.0. Et pourtant il y a une dimension collaborative même si elle est moins poussée”. Il est important de bien réfléchir à ce que cela veut dire.

Qui accepterait de rendre public tout ce qu’il écrit sur son traitement texte ? Personne. Par contre commencer un travail seul et inviter des collaborateurs au fur et à mesure parce qu’on a besoin qu’une personne rédige une partie sur son sujet d’excellence, qu’un autre relise et enrichisse et parce que ça permet au chef de voir ce qui se passe sans avoir à lui faire un rapport tous les jours, cela a du sens. On fait seul et on élargit le périmètre du capital humain, social et connaissance “utilisé” au fur et à mesure qu’on est bloqué, qu’on est face à ses propres limites ou qu’on se rend compte que seul on ne finira jamais dans les temps. Je pense que l’entreprise 2.0 a à apprendre de ce coté là, notamment pour ce qui est de l’adoption. Le moteur du collaborateur est le “moi, mes objectifs, mes tâches, mes problèmes” et pour le faire rentrer dans la logique qui l’amènera à se mettre au service des autres, il faut qu’il voit d’abord comment la dite logique va le servir lui. Et de la même manière qu’il se résoud à “inviter” du monde sur son google doc, il initiera ces fameuses conversations si chères à la culture 2.0

C’est la confirmation que pour 99% des collaborateurs,les choses ne sont pas “sociales” par nature mais par besoin. Que tout part d’une tache (personnelle), de limitations (personnelles) rencontrée et du besoin de rendre tout cela collectif pour s’en sortir. Une telle logique peut amener à un partage assez systématique non parce qu’on a dans l’idée de partager mais parce qu’on se rend compte que c’est nécessaire. A l’inverse, le partage systématique qui ne serait pas le résultat de ce cheminement va à l’encontre de la nature des gens et, encore plus que d’être contre nature, tend à provoquer une certaine appréhension.

Que faut il en conclure ?

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Comment naissent et meurent les bonnes idées d’intranet 2.0

Ca se passe de commentaire. En tout cas une bonne manière de comprendre pourquoi les vieux réflexes empêchent (parfois) de transformer une bonne idée en un projet réussi.

Vu sur Entreprise globale.

Web 2.0 et entreprise 2.0 sur BFM

Pour ceux qui l’auraient raté, voici le podcast de l’émission consacrée au sujet jeudi dernier. Le débat commence aux alentours de la 14e minute…
NB : j’ai retiré le player de cette note car l’autostart est plutôt pénible pour ceux qui lisent tranquiles au bureau… Vous pouvez donc aller directement sur le site BFM (lien ci-dessous)

A voir aussi sur le site de BFM.