Télétravail et équipes virtuelles : attention à ne pas pousser le bouchon trop loin

L’application des bonnes idées c’est un peu comme la tension ou le cholestérol : peu est dangereux, trop peut être nuisible. Le cas du télétravail et de son corolaire, les équipes virtuelles est en ce sens éloquent.

Le télétravail est, tout au moins en partie, la réponse à nombre de maux. Tout d’abord à la nécessité de pouvoir travailler de partout (et pas uniquement de chez soi). Ensuite à une préoccupation qui veut que l’on fasse la chasse aux transports inutiles. Qu’ils soient à la charge  de l’entreprise (déplacements professionnels) ou du collaborateur (moins de stress), un bon discours qui touche à la fois le porte monnaie (dépenses) et la bonne conscience (protection de l’environnement) fait de l’informatique (forcément verte) et de ses outils de travail à distance un remède à la fois économique et sociétal aux maux de ce monde. Et il y a de quoi y foncer tête baissée.

Oui mais voilà, l’équipe virtuelle, conséquence évidente du télétravail, n’est pas la panacée. Croyez moi, d’ailleurs, il n’y a pas d’équipe virtuelles. Il n’y a que des équipes réelles qui travaillent à distance, le reste n’est que de la littérature. Les outils informatiques permettent à des équipes de s’affranchir de barrières liées au temps, à l’espace, au caractère autonome de l’emploi du temps de chaque membre. Mais encore faut il qu’il y ait équipe. Et une équipe ça peut travailler à distance mais ça se crée et ça s’entretient par des vraies rencontres. La qualité et l’efficacité du travail collaboratif distant sont directement proportionnels à la fréquence et la qualité des moments de rencontres “réels”.

Les outils de travail à distance sont un palliatif à l’impossibilité de travailler ensemble, au même moment, au même endroit. Les outils sociaux ont pour valeur ajoutée de donner davantage de qualité à la relation à distance ce qui minimise, sans les supprimer, les inconvénients de l’éloignement. Mais le travail d’une équipe et le besoin de cohésion propre à l’entreprise ne peuvent se satisfaire d’une relation 100% à distance qui s’avère contre productive sur le long terme. Il semblerait d’ailleurs que des entreprises qui avaient fait le choix du tout virtuel commencent à faire machine arrière. A l’inverse, un exemple de réussite nous viens (une fois encore) de chez Cisco mais à y regarder de plus près, le télétravail n’est appliqué que 2 jours par semaine. Peut être qu’une dose plus élevée entrainerait des effets de bord.

Il est des choses qui ne se font, des problèmes qui ne se résolvent que par un vrai contact. Il en est d’autres qui ne peuvent naitre sans qu’il y ait eu une discussion, un échange de regards, une poignée de main au préalable. C’est vrai dans une certaine mesure sur le web, ça l’est encore plus dans l’entreprise.

Faire de l’entreprise le seul et unique lieu de travail possible est totalement contre productif tant économique qu’humainement. On doit pouvoir travailler de partout pour faire face à toutes les contraintes de la vie professionnelle voire de la vie privée. Et cela sans même compter l’impact environnemental. Mais croire qu’on obtiendra le même résultat avec des gens qui ne se voient que rarement voire n’ont jamais été présentés “réellement” est illusoire. La vérité est entre les deux et relève d’une réflexion qui ne se peut se faire à la légère sans se laisser aveugler par la mode du moment. “Laver vert” c’est bien, lessiver le capital humain et la cohésion ça l’est moins.

Il est aujourd’hui possible de faire fonctionner des équipes à distance. Mais pour cela encore faut il avoir des équipes.

Un réseau est toujours social mais jamais virtuel

Vous l’avez surement remarqué, tout devient social ou virtuel. Voire les deux en même temps. A tel point que des mots pourtant porteurs de sens se trouvent relégués au rang d’un simple buzzword dont l’impact peut même être négatif.

Social tout d’abord. On sait ce qu’est un réseau depuis des lustres, mais le réseau de ce début de siècle se doit d’être social. Un minimum de recul aurait pu nous amener à réaliser qu’un réseau est obligatoirement social, et ce quelle que soit la langue qu’on emploie. J’ai en effet rarement vu de réseaux composés d’une seule personne. Par contre l’adjectif est davantage porteur de sens lorsqu’on l’applique à des choses dont on veut faire comprendre qu’elles ne s’utilisent plus seul mais en synergie avec les autres utilisateurs : logiciel, intranet… Mais à force de tout qualifier de social, l’expression perd de sa force là où elle devrait amener les acteurs à s’interroger sur la nature nouvelle d’une chose. Avec un bémol lié à la langue : le “social” anglo-saxon n’a pas la même connotation que le “social” français et je ne doute pas que dans les premiers temps le terme de logiciel ou d’intranet social n’ait pas amené certains DRH à se mettre sur la défensive avant même de savoir de quoi il s’agissait.

Mais le terme dont l’emploi inapproprié est source de nombreuses erreurs dans le fonctionnement même des projets d’entreprise est le terme “virtuel”.

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