Les outils connectent les gens. Mais à quoi ?

Résumé : l’entreprise de demain sera connecté et le collaborateur également. Sans cela point de salut : réussite, performance, compétitivité en dépendent. C’est pour cela qu’au travers de nombreuses initiatives les entreprises essaient, depuis plusieurs années, de connecter leurs salariés. Mais les connecter à quoi ? Entre eux ? A l’information ? Effectivement…mais à trop regarder de ce coté on a simplement oublié de les (re)connecter à leur travail. En oubliant leurs enjeux, leur raison d’être dans l’entreprise et délaissant l’exécution pour les logiques communautaires on a simplement amené beaucoup de projets social business ou entreprise 2.0 dans une impasse dont il faut sortir.

Dans un futur très proche, un facteur de compétitivité clé sera d’être connecté. Logique dans la mesure ou c’est un facteur de lien avec un environnement complexe dont il s’agit de sentir rapidement les évolutions pour agir de manière adéquate. Logique, encore, dans la mesure où si on ne peut tout savoir et savoir faire soi même il est portant de pouvoir rapidement identifier, mobiliser, utiliser, soit une information, un savoir, ou la personne qui la détient.

On parle donc beaucoup de l’avenir de l’entreprise connectée mais, derrière cela, se cache une autre réalité : celle du salarié connecté. Après tout il ne peut y avoir d’entreprise connectée sans salarié connecté. Un constat évident mais qui permet de regarder avec un regard nouveau les efforts déployés par certaines entreprises pour se connecter à l’externe tout en déconnectant leurs salariés. D’autres ont choisi au contraire de développer la “connectivité” au sein de l’entreprise. Pas toujours entre le salarié et le client mais au moins c’est un bon début. C’est un des besoins qui a souvent amené à des projets dits “entreprise 2.0″ ou “social business”. Il fallait connecter les salariés.

Oui mais les connecter à quoi ? Si vous vous demandez pourquoi nombre de projets entreprise 2.0 / social business peinent à convaincre, une des raisons tient dans la réponse à cette question.

- connecter les employés à l’information : oui. Cela s’est fait par de deux manières : le social bookmarking (assez marginal) et l’échange au sein de communautés qui est l’objectif principal de la plupart des projets.

- connecter les employés entre eux : c’est la dimension réseau social. Mais encore faut il que les personnes s’y rendent identifiables soit par leur contribution soit (et idéalement et) par l’enrichissement et la mise à jour de leur profit.

Et bien cela fonctionne très moyennement. Bien sur il y a des exceptions. Mais au final pas de quoi hurler au génie. Disons qu’après l’euphorie qui peut amener jusqu’à 80% de l’entreprise à s’inscrire sur l’outil de réseau social qui supporte le tout on peut rapidement arriver à quelques petits pour cent de contributeurs vraiment actifs. Pas énorme vu l’investissement, reconnaissons le. Une des raisons est évidente : considérer l’outil supportant ces dynamiques comme une bulle isolée du reste de l’intranet est déjà un début d’attitude suicidaire. La seconde raison est qu’on a oublié une chose : même “social addict” (ce qui est loin d’être prouvé), même désireux d’échanger et créer des connections avec ses pairs, le salarié n’est pas l’internaute, ni parfois la personne qu’il est lorsqu’il est chez lui dans la vie privée. [Read more...]

L’entreprise 2.0 entre “next big thing” et vieilles ficelles

Vous n’avez pas remarqué le calme qui a régné cet été sur le front de l’entreprise 2.0. D’accord, c’était les vacances, mais quand même. Comme un petit sentiment de vide, de “fin de quelque chose”. Comme la fin d’une fuite en avant.

Cela fait maintenant quatre ans que le phénomène frappe aux portes de l’entreprise et, les études les plus sérieuses le montrent,  pour quelques succès magistraux, il y en a beaucoup qui rament derrière. La réponse traditionnelle a toujours été la recherche du “next big thing”, le “truc” qui allait permettre de tout faire basculer. Le “truc” en question étant un nouvel outil, une nouvelle fonctionnalité. S’en est suivi une fuite en avant qui montre quelques signes d’essoufflement, comme si ça n’était pas une affaire de “next big thing”. Si l’on comparait l’entreprise 2.0 au tour de France il s’agirait peut être d’une étape de montagne mais la comparaison s’arrête là : dans le Tour il faut lacher ses compagnons de course, dans le cas qui nous intéresse il faut au contraire faire en sorte que l’entreprise suive le rythme des inventeurs et des visionnaires. Et force est de reconnaitre qu’en poursuivant l’échappée alors que les autres, ceux qu’on est supposés aider à monter, restaient en bas de la montagne et posaient le vélo dans les premiers metres de l’ascension, on a creusé un écart qui n’était pas forcément l’objectif désiré.

Si le Next Big thing ne fonctionne pas, la réponse serait elle une ” vieille ficelle” ? Par là, j’entend les méthodes traditionnelles employées pour faire changer les choses. Elles demandent du temps, du courage même, mais restent essentielles dans la mesure où l’on parle d’organisations humaines. Et le seul moyen de faire bouger les choses au niveau humain….est de travailler au niveau humain.

Sens, alignement, compréhension, appropriation….autant de mots et d’expressions qui sonnent old-school mais résument bien ce que les choses devraient être.

On entend beaucoup de personnes se plaindre qu’au delà des concepts, c’est aujourd’hui la mise en œuvre qu’il s’agit d’expliquer. Jakob Nielsen a récemment publié un rapport rapport (intéressant même s’il n’apporte rien que nous ne sachions déjà), qui dit quelque chose de très intéressant à qui sait lire entre les lignes. On y lit en effet que si la sensibilisation est aisée, la mise en œuvre est beaucoup plus ardue. Et lorsqu’on demande au entreprises “quelle est votre stratégie entreprise 2.0″…la pluspart répondent “revenez l’an prochain”.

Peut être y a t’il une étape oubliée entre la sensibilisation et l’exécution : fare en sorte que les entreprises et surtout les individus s’approprient le concept, construisent leur propre vision. Il semble que des pilotes fructueux ne soient pas suffisants pour avancer : il faut tirer des conséquences, chacun doit être capable de visualiser ce que tout cela signifie une fois appliqué à leur travail quotidien, de construire “son” entreprise 2.0 qui ne sera pas la même que celle du voisin. C’est une affaire de contexte, de culture, de secteur d’activité, de personnes. Comprendre, s’approprier, visualiser, concevoir, expliquer…c’est que qui sépare le pilote de l’exécution. Un bon projet n’est rien sans execution, mais l’exécution est risquée si les choses ne sont pas bien conçues en amont. Un pilote réussi n’est pas un projet : c’est une expérimentation qui aide à construire le projet. On ne ne peut concevoir que ce qu’on comprend, avec un résultat qu’on arrive à visualiser (et qu’on est prêt à accepter).

Quelle que soit la dimension technique du projet, il est impossible de passer outre le temps nécessaire au changement humain.

Donc je ne pense pas qu’aucun “next big thing” n’aide à une meilleure exécution, au contraire de vieilles ficelles trop souvent négligées.