Et si les collaborateurs appréciaient un monde fermé et contraint ?

Une grande tendance de ces dernières années, et qui dure depuis assez longtemps pour qu’on puisse dire qu’il s’agit de plus que d’une mode, est le passage d’un monde fermé et contraint à un monde ouvert et flexible.

Cela se traduit à de nombreux niveaux, avec des vocabulaires différents, dans et hors de l’entreprise.

- de systèmes informatiques propriétaires et fermés à des systèmes ouverts, libres.

- d’un modèle de communication, d’échange, d’écoute où ceux qui parlent, ceux qui doivent être écoutés et ceux qui écoutent sont déterminés d’avance.

- d’un modèle de travail rigide et structuré à un modèle adhoc

- d’un mode de management top-down, directif, sur le modèle “command & control” vers un modèle davantage axé sur le support de l’autre, la facilitation.

Il s’agirait, à ce qu’on entend, d’une demande profonde, correspondant aux valeurs de notre temps. 40 ans après qu’il eut été “interdit d’interdire”, il devient donc interdit d’imposer.

Il y a deux raisons de passer d’un modèle à l’autre. L’une est quasi philosophique ou politique, la seconde est plus rationnelle et tient aux limites et au potentiel de chaque modèle. Mais le fait est que l’entreprise est davantage sensible à l’une et lui tenir l’autre message peut même s’avérer contreproductif d’une part, et qu’un peu de recul amène également à se demander si le choix d’un modèle ouvert est, pour l’individu, une aspiration nouvelle ou un choix par défaut.

Quiconque a expérimenté le passage de l’un à l’autre modèle dans le monde de l’entreprise se rend bien compte que la chose est plus compliquée qu’il n’y parait et que soit la demande est surestimée, soit le passage à l’acte inquiète. Il inquiète l’entreprise, on le sait, qui a peur de lâcher le modèle vertical “command & control”, mais il inquiète également le collaborateur qui ne vit pas si bien cette nouvelle autonomie.

Cela confirme une chose : s’il est demandeur de flexibilité et d’autonomie, le collaborateur demande également un minimum de structure, de sens, un fil d’Ariane auquel se raccrocher. Bref, s’il veut avoir davantage de latitude sur le “comment”, il aime être rassuré, qu’on lui dise le “quoi” et le “quand”. On a beaucoup parlé business process à la fin de l’Enterprise 2.0 Conference de Boston et les deux sujets ne sont pas éloignés : c’est la connexion et l’articulation de la couche informelle avec les activités structurées qui donne sens et alignement, qui constitue ce fil d’Ariane.

N’est il pas paradoxal, finalement, que pour se libérer d’une contrainte on finisse par s’y raccrocher ? Non, si on regarde les choses sous un angle différent. L’individu, l’internaute, le collaborateur, sont ils épris à ce point d’ouverture, de liberté ? Ou au contraire cherchent ils malgré tout le confort rassurant de systèmes ou méthodes fermées leur laissant finalement peu d’autonomie ?

Avec un peu de recul si on enlève les intégristes d’une option ou de l’autre, ceux qui recherchent à tout prix à s’affranchir de toute contrainte ou autorité et ceux qui, à l’inverse, préfèrent rester dans un système où ils ne maitrisent rien et évitent ainsi d’être amenés à prendre des responsabilités, l’individu moyen semble n’avoir rien à faire de ce questionnement. Il ne cherche ni ouverture ni enfermement, il cherche des choses qui fonctionnent.

- des systèmes informatiques ‘ouverts’ par lassitude d’être enfermés dans des systèmes qui ne fonctionnent plus ou mal

- des modes de travail ‘ouverts’ car le modèle rigide les empêche d’atteindre les objectifs qu’on leur assigne.

En somme, et quoi qu’on en dise,  les collaborateurs ne remettent pas en cause les approches fermées et contraintes dans la mesure où elles fonctionnent, les rassurent, et donnent les résultats attendus. C’est lorsqu’elles ne donnent plus ces résultats que les questions se posent.

D’ailleurs on en parle peu mais il y énormément de modes de fonctionnement contraints et fermés qui ne sont pas le moins remis en cause car ils fonctionnement parfaitement et permettent à leurs acteurs d’atteindre leurs objectifs sans avoir à accomplir des miracles en permanence pour s’en sortir.

L’autonomie et la liberté de choix dans le monde du travail ne sont pas tant une quête que des paliatifs aux dysfonctionnements de l’existant. Cela revient peut être à peu près au même in fine, mais pas totalement.

Lorsqu’on essaie de construire des systèmes “ouverts” dans l’entreprise, et notamment en matière d’organisation et de management, il faut avoir conscience que :

- l’individu n’adhérera que si cela remplace / complète  un système fermé qui dysfonctionne. Si l’actuel fonctionne, l’adhésion sera faible

- l’individu a besoin d’un cadre, même dans l’autonomie. Quand prendre son autonomie, pour quoi faire, dans quelles limites, et quand revenir au mode “normal”. Où l’on revient à la nécessité d’un système de contraintes graduées en lieu et place du manichéen “process rigide vs informel hors controle”.

L’”open” ne serait il donc que rarement une aspiration en soit mais la réponse à un problème ? Reste à savoir lequel et bien expliquer le lien entre le problème et la solution sous peine de ne jamais la voir adopter.

Au final on se retrouve face à un étrange paradoxe : le rejet de systèmes rigides qui empêchent de bien fonctionner et l’inquiétude dès que le système qui les remplace manque d’éléments de structure et d’une ligne directrice forte qui donne du sens et rassure.

Des entreprises et des Hommes : la performance selon Antoine Riboud

Une réflexion pas si éloignée que ça de mes thématiques habituelles car on y parle finalement d’optimisation de la performance sous contrainte des ressources. Des ressources humaines notamment.

Tout le monde le sait et l’a compris, tout du moins je l’espère, le but d’une entreprise est de gagner de l’argent pour dégager de la valeur pour ses actionnaires, actionnaires dont on oublie souvent que sans eux l’entreprise n’existerait tout simplement pas.

Avec le temps on a transformé la nécessité de dégager du profit en nécessité de le maximiser. Une vision qui, il ne faut pas l’oublier non plus, nous a permis de connaitre à la fois la croissance la plus forte et la plus longue il y a quelques temps de cela. Mais il s’avère que la mécanique tend à se gripper de plus en plus fréquemment avec les conséquences que l’on sait et qu’on peut désormais observer dans notre quotidien.

Cela se traduit au sein même de l’entreprise par la volonté de faire toujours plus et de maintenir des rythmes de croissance incompatibles avec la logique la plus élémentaire. Une logique qui devient à terme contre productive lorsqu’elle conduit à adpter une demi-stratégie et promettre une performance linéaire là où celle des ressources, et notamment humaines, finit par plafonner ce qui entraine des “crises” internes cycliques.

En externe cela amène à une période où pour la première la croissance crée de la pauvreté, cette même pauvreté mettant en péril la croissance de demain en détruisant les marchés actuels et empèchant l’émergence de marchés futurs.

En un mot, nous avons la preuve que pour continuer à s’enrichir demain il convient de ne pas demander l’impossible aujourd’hui. Plus prosaïquement, disons qu’on ne coure pas le marathon en enchainant des sprints et que l’objectif c’est bel et le bien le marathon et non les 100 premiers mètres. La situation actuelle nous prouve d’ailleurs, quand bien même cela nous dérangerait, que la logique du “après moi les mouches” a vécu.

L’évènement dernièrement co-organisé par Danone et HEC sur le social business m’a amené à aller rechercher dans ma bibliothèque une collection de discours et interview d’Antoine Riboud (Antoine Riboud : Un patron dans la cité), fondateur du groupe Danone, dont je pense qu’au même titre que “Le but” (mais pour d’autres raisons) et “La Fin du management” mériterait d’être lu par tout manager voire collaborateur désireux de ne pas rester enfermé dans ses certitudes à l’heure où il convient de réinventer beaucoup de choses. [Read more...]

Ce que le management a à apprendre de la lutte entre Boeing et Airbus

Souvenez vous c’était il y a une éternité ce qui a notre époque signifie moins de dix ans. Airbus réfléchissait à concurrencer Boeing sur le marché des très gros porteurs et se penchait sur ce qui allait devenir l’A380. Du coté de Seattle on n’envisageait pas de remplacer le mythique 747 et on travaillait à un transporteur de taille plus modeste qui allait devenir le 787.

Pourquoi deux approches aussi différentes ? Il s’agissait en fait de deux visions radicalement opposées du marché du transport aérien.

Pour Airbus il allait falloir rationaliser les coûts et plus globalement l’organisation du transport. La vision était donc qu’il allait falloir acheminer tout le monde vers des Hubs d’où les passagers partiraient vers leur destination finale, possiblement via un autre Hub. Ce qui revient à dire “Pour aller de Marseille à Miami je fais Marseille-Paris, là on me regroupe avec pleins de gens qui vont aux USA, on fait Paris-New York et de New York je prend un vol pour Miami”. Il faut donc que le vol Paris-New York se fasse sur un appareil le plus gros possible afin de rationaliser l’utilisation des créneaux de décollage, l’utilisation de l’infrastructure aéroportuaire, et faire en sorte que le cout par passager soit le plus faible possible.

La logique de Boeing était tout à fait à l’opposé. Partant du principe que l’accumulation des vols et des correspondances engendrait un manque de flexibilité, prenait beaucoup de temps, donc que l’avenir était aux vols de point à point. Ce qui signifie “Pour aller de Marseille à New York je prend un…Marseille-New York”. Ce qui suppose des appareils plus petits qui sont plus facilement remplissables et permettent d’ouvrir des lignes sur des destinations a plus faible demande.

Qui a eu raison au final ?

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Flexibilité vs. Précarité

manifestationsJe ne me suis pas encore exprimé sur le CPE car le sujet est beaucoup plus vaste que ne le suggèrent les slogans hurlés au fil mes manifestations. Il y a du bon, du mauvais…on en reparlera.

Plus que le CPE en lui-même c’est sur le decalage entre notre pays (ou une partie de celui-ci) et certaines réalités contemporaines qui m’inquiètent. J’ai d’ailleurs commencé à en parler sur envie d’entreprendre.

Une autre partie du débat qui m’intéresse est “flexibilité Vs. précarité”. Car je trouve qu’en jouant sur les mots on fait croire beaucoup de choses et qu’on instaure des blocages dans un pays qui a dejà plus que son quota en la matière.

Selon moi:

En gros la flexibilité c’est bien car ça me permet de bouger, d’évoluer, de saisir les opportunités voire de planter mon patron en 30s. si on me propose mieux ailleurs). Ca profite à l’entreprise comme aux salariés.
La précarité c’est…la fléxibilité dans une économie qui ne crée pas d’emploi. Ca pénaliserait les salariés.

Ce qui transformerait le débat sur le CPE en un débat sur “comment faire en sorte que nos entreprises créent des emploi”.

En effet dans un pays en situation de plein emploi, le CPE passerait inaperçu. Plus qu’une discussion sur la législation du travail, ne faudrait il pas alors porter le débat sur notre contexte économique national.

Vous en pensez quoi vous?

Voir aussi ici chez Jacques Froissant.

A propos du malaise des stagiaires

Je suivais (de loin) depuis quelques temps les diverses réactions contre la stagiairite puis le mouvement qui s’est déclenché ces jours derniers. Les réactions sont multiples finalement j’estime (car ayant longtemps compté au nombre des stagiaires professionnels”) pouvoir également donner mon avis sur la question. [Read more...]

Des Rh en quête de flexibilité (2): l’externalisation a la côte

Si les entreprises françaises se montrent encore peu hardies en la matière, de plus en plus de gros groupes, anglo-saxons notamment, externalisent certaines fonctions RH. L’occasion de faire des économies, de se libérer du temps et d’améliorer leur efficacité. A condition de bien préparer ce virage.
(source APEC)
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Des RH en quête de flexibilité

Flexibilité…un mot qui semble faire peur à beaucoup (tout comme libéralisme) mais avec lequel nous devons et devrons tous composer. Selon PricewaterhouseCoopers qui vient de réaliser une étude sur le sujet, 80% des grandes entreprises estiment mal exploiter le potentiel de leurs ressources humaines et sont demandeuses de plus de fléxibilté.

Decryptage…
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