Des stratégies social media coordonnées en 2016 ? Mais pourquoi 2016 ?

Gartner vient de sortir ses dernières prédictions sur les technologies à suivre avec toute une partie dédiée au “social software”. On y apprend des choses intéressantes et d’autres relativement étonnantes.

L’analyste distingue tout d’abord entre le “social networking”, “social collaboration”, “social publishing” et  “social feedback”. Pourquoi pas, après tout. Je trouve même que cela a beaucoup de sens d’un point de vue pédagogique. La frontière entre le réseau social stricto sensu, les outils qui peuvent être utilisés de manière “large” ou dans le périmètre restreint d’une communauté, et enfin, les “espaces sociaux” peu importe qu’on les appelle “groupes”, “communautés” ou je ne sais quoi d’autre est tellement floue que les entreprises s’y perdent totalement ce qui n’est pas sans amener une certaine confusion dans la manière dont elles conçoivent leurs initiatives. Utile donc pour comprendre comment chaque logique fonctionne.

Surprenant toutefois dans la mesure où j’ai du mal de concevoir l’un sans l’autre. Pour qu’un réseau social nous permettre d’aller au delà des liens forts il faut se reposer sur des données pour identifier des personnes à travers de l’organisation. Il est donc difficilement pensable d’avoir une stratégie exhaustive qui n’articulerait pas les deux. Allons même plus loin : en termes de produit il est clair qu’un produit qui propose l’un sans l’autre souffre de limites qui sont de plus en plus rédhibitoires. Aujourd’hui les entreprises bricolent pour pallier à ces limites mais plus le sujet deviendra stratégique moins elles accepteront les solutions incomplètes.

Typiquement, le “social network analysis” que Gartner fait rentrer dans le spectre du social networking gagnerait à s’appuyer non seulement sur les relations mais également sur les intéractions…ce qui nous ramène à la “social collaboration” et au “social publishing”.

Gartner estime également que d’ici 2016 les outils sociaux seront intégrés aux applications métier. J’ai déjà donné à quelques reprises mon avis sur la question et j’ai quelques autres articles en préparation sur le sujet : c’est, à mon sens, quelque chose d’indispensable. Maintenant parlons de l’horizon 2016. A mon avis il est clair qu’en plus de délivrer davantage de valeur en mettant, comme je le dis souvent “la solution à un clic du problème” (j’ajoute aussi qu’on perd 30% des utilisateurs à chaque clic supplémentaire) cela revêt également une certaine importance sur un autre plan : en donnant du sens aux activités “sociales” cette intégration favorise l’adoption des outils pour, dans un second temps, permettre aux collaborateurs de se rapprocher de logiques moins “process” et davantage “communautaires” qu’ils ont du mal d’appréhender aujourd’hui car n’ayant aucune raison “métier” de se rendre sur ces outils. Maintenant ma crainte réelle est qu’en attendant 2016 beaucoup s’essoufflent dans la logique du collaborateur middleware et baissent les bras.

Je me fais la même réflexion par rapport à la prédiction qui veut que les entreprises aient une stratégie “coordonnée” en 2016. Par là entendons entre le networking et le collaboratif, entre l’interne et l’externe. Là encore, c’est quelque chose qui résonne comme une évidence. Mais attention : avoir des stratégies outils coordonnées est une bonne chose, mais dans ce domaine il faudrait également coordonner les stratégies managériales. On pourra coordonner tous les outils, cela ne résoudra rien à l’incapacité des organisations à partager leurs ressources entre les services, à se servir d’un “social media” comme un canal pour exécuter un plan ou un process et non comme un media, à transformer la communication en service etc… J’ai bien peut qu’ici Gartner confonde la stratégie outil avec la stratégie tout court…la seconde ayant intérêt à précéder la première si on ne veut pas que les outils restent sur l’étagère. Il serait dangereux, qu’une fois de plus, les entreprises se disent “tout sera réglé par magie en 2016″. Rien ne se le sera si elles ne travaillent pas d’ici là sur la stratégie en question.

Dernier point : les “analytics”. Je parlais d’amener de l’intelligence dans le social software et de laisser le logiciel faire le travail de middleware aujourd’hui dévolu à l’utilsateur : on est complètement dans cette logique. De manière générale la seule valeur du social software aujourd’hui est de permettre aux collaborateurs d’adopter des pratiques nouvelles, plus efficaces. Mais soyons honnêtes : il ne délivre aucune autre valeur ajoutée que celle des utilisateurs qui repoussent leurs frontières en développant des synergies nouvelles. Cette étape permettra enfin aux solutions d’entreprise d’apporteur leur propre valeur ajoutée en plus de celle que génèrent les utilisateurs. Ce faisant ils seront davantage susceptibles de convaincre et séduire ces derniers, seront donc davantage utilisés, généreront davantage de valeur…créant ainsi un cercle vertueux.

Conclusion : des prédictions évidentes…même si je ne comprend pas la raison du 2016. Trop loin pour s’engager, assez près pour intéresser ? Et laisser le temps de faire d’autres prédictions entre temps ?

Avons nous besoin d’un Magic Quadrant Social CRM ?

Gartner vient de publier un nouveau Magic Quadrant dédié au Social CRM (que l’on peut se procurer chez Jive en donnant ses coordonnées). Je n’ai pas de commentaire particulier à faire sur le rapport à l’heure où j’écris ce billet et cela viendra en son temps si nécessaire. C’est l’idée même de l’existence de ce Quadrant qui m’inspire quelques réflexions.

A l’heure où les discours convergent pour reconnaitre que sans dire qu’on parle exactement de la même chose, les logiques Enterprise 2.0 et Social CRM doivent se penser solidairement et de manière cohérente car s’alimentant l’une l’autre, il peut sembler surprenant qu’un Magic Quadrant “Social CRM” vienne s’ajouter à celui déjà existant sur l’Enterprise Social Software.

Cela reflète en tout cas la réalité du marché : certaines solutions sont spécialisées “interne”, d’autres créent le lien avec l’externe et sans que l’on présume de la volonté des éditeurs de se spécialiser sur une niche il y a fort à parier que sous peu il sera impossible d’exister si on est pas présent sur les deux terrains. Mais en l’état actuel des choses il est vrai qu’à part quelques éditeurs (dont tous ne sont pas mentionnés dans le Quadrant) la photographie du présent donne à penser qu’il s’agit de deux marchés distincts. Après tout il s’agit d’une analyse du présent, pas d’une projection sur le futur du marché.

Retenons qu’en tant que “faiseur de marché”, Gartner vient de légitimer l’orientation stratégique prise par des acteurs du marché de l’Enterprise Social Software tels que Jive (mais mentionnons également blueKiwi) qui commencent à embrasser le coté “analytique” du CRM et lui ajoutent la dimension conversationnelle ainsi que celles d’acteurs plus “CRM” qui essaient d’acquérir la fibre “sociale”. D’ailleurs le fait que les deux leaders, Jive et Lithium soient si près du centre du quadrant montre bien que l’intégration des deux mondes est encore balbutiante et que nous ne sommes qu’au début d’un long chemin.

En tout cas la tendance est là : qu’il s’agisse du cas Sony présenté à Boston ou des discussions menées aussi bien à Boston qu’à Milan en juin dans les deux conférences majeures sur le sujet, la demande des participants (entreprises) de cesser de traiter chaque sujet individuellement mais, au contraire, de les aborder conjointement dans une logique construite et réfléchie pour apporter des réponses aux questions qui sont réellement les leurs a été, je pense, suffisamment audible pour que les acteurs de ces sujets y prêtent attention.

Là où cela me chagrine davantage c’est lorsque je me mets du coté du client. Ce dernier pense en termes de stratégie globale et le fait de distinguer les deux marchés peut l’amener à scinder sa réflexion et recréer des silos applicatifs là où au contraire il s’agit d’ouvrir des canaux et fludifier les intéractions entre les deux cotés de la membrane de l’entreprise. L’exercice, s’il est intellectuellement juste, revient à adopter le regard d’une certaine industrie et oublie finalement les besoins des clients de l’industrie en question.

Quelle lecture avoir dès lors lorsqu’on est une entreprise qui pense, et c’est bien là le fond du problème, au delà des concepts et des outils, à de nouveaux modes de création de valeur ? Superposer les deux Quadrants et éliminer les acteurs qui ont une offre mono marché ? Pourquoi pas.

Mais peut être les analystes peuvent ils aider en changeant également leur prisme. Bien sur leur rôle est d’aider au choix technologique, mais la technologie n’a aucun sens par elle-même hors d’une logique de valeur totalement absente des analyses en question. Peut être que proposer un Quadrant de “la création de valeur en ecosystème ouvert” proposerait une grille de lecture plus pertinente pour les entreprises. Certainement compliqué à concevoir et mettre en œuvre mais quand on se donne pour mission de faire et éclairer le marché il faut se mettre en phase avec les valeurs et les moteurs du marché en question.

A moins que finalement il ne s’agisse de que satisfaire les éditeurs…

Entreprise 2.0 : quand McKinsey, les Geeks et Madame Michu finissent par se retrouver

Une des difficultés rencontrées dans les premières années par des projets de type “entreprise 2.0″ et plus globalement par tout ce qui visait à remettre d’une manière ou d’une autre en adéquation la manière de travailler des collaborateurs avec les enjeux du moment était que les principaux intéressés allaient chacun dans leur direction sans trop prendre les autres en compte. Certains pensant que les autres allaient naturellement savoir où aller, d’autres se disant qu’on ne les écoutait pas.

Une époque en passe d’être révolue si j’en crois à la fois mes observations et ce qu’on peut lire entre les lignes du récent Hype 2008 de Gartner sur les “web and users interactions technologies“.

En effet, comme je disais en titre, McKinsey les Geeks et Madame Michu ont enfin décidé de se parler.

De quoi parle-t-on ?

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