Manager l’attention : un challenge pour l’entreprise de demain

Cela faisait longtemps que j’avais prévu d’aborder le sujet et la présentation de Julien Le Nestour au dernier Enterprise 2.0 forum n’a fait que conforter mon intention.

Face à la déferlante d’information et au temps qu’il nous faut lui consacrer pour en prendre connaissance, la traiter, la générer, le temps est une variable clé. (D’ailleurs même ignorer l’information prend du temps…). Je reste pourtant persuadé que l’affirmation selon laquelle nous sommes arrivés à un stade où nous n’avons plus le temps est erronée. Nous n’avons pas un problème de manque de temps mais un problème de priorisation. L’enjeu n’est pas d’avoir moins d’information disponible mais une meilleure qualification de l’information qui nous est “poussée” (le reste étant accessible, trouvable en cas de besoin) et une hiérarchisation au sein de cette information pour traiter prioritairement ce qui le mérite et le reste ensuite.

Cette question de priorisation et de hiérarchisation se pose d’autant plus fortement dans le cadre d’une unification des contextes qui se traduit concrêtement par ce que l’on appelle la “home page unique personnalisée” ou “l’activity stream unique” qui est aujourd’hui une demande forte des utilisateurs et des entreprises et que les éditeurs de logiciels vont devoir inévitablement adresser dans les temps à venir. Dans le monde grand public on pu saisir la portée de l’enjeu avec Google Wave : un logiciel au potentiel énorme mais qui, méconnaissant ces enjeux, a rapidement été délaissé par ceux-là même qui étaient supposés en être les “power users”, ceux qui avaient besoin de centraliser un grand nombre de flux d’information et les traiter dans une interface unique. Coté professionnel c’est visiblement la direction que prend le futur de Lotus Notes pour ce que j’en ai vu à Lotusphere et gageons que le succès de cette approche novatrice et indispensable sera la prise en compte de ces contraintes. Dans le cas contraire…

Reste à identifier les critères objectifs de la priorisation. De manière simple, voire volontairement simplificatrice, on peut dire qu’elle se fait en fonction de la valeur dégagée par le temps passé à traiter. Par exemple passer une heure sur une demande d’un collègue qui a besoin d’aide sur une tâche critique sur un projet ou une activité critique pour l’entreprise a plus d’importance que passer une heure à lire des emails (ou autre) qui ne sont que des “pour information”.

La même logique s’applique lorsqu’il est question d’introduire un outil nouveau dans un contexte où, tout le monde l’admet, la mesure traditionnelle de ROI est plus que nébuleuse. Ainsi Julien nous expliquait que le RSA (Retour Sur Attention) permettait, chez Schlumberger, d’évaluer l’intérêt d’un nouvel outil en fonction de la “valeur” du temps de la personne, du nombre d’occurences des tâches concernées et de leur criticité (je simplifie) dans un cas d’usage précis. Cela permet non seulement de justifier facilement l’arrivée d’un outil nouveau lorsque son bénéfice comparé à l’existant est réel, mais également d’intégrer des notions d’ergonomie dans l’arbitrage a priori économique. En effet, par exemple, peut être l’outil le plus performant intègre-t-il une plateforme de blog, mais si l’interface est tellement rustre que le temps passé à l’utiliser et le comprendre n’est pas justifié par le bénéfice obtenu en retour, mieux faut prendre un outil moins prestigieux mais que tout le monde utilisera sans peine.

J’ajouterai qu’un dernier niveau de complexité s’offre à nous sur le sujet. Il ne s’agit pas uniquement d’arbitrages individuels mais d’une dynamique collective. Il y a la manière dont je priorise en fonction de mon bénéfice et de mes objectifs, et la manière dont l’émetteur d’une information priorise en fonction de ses propres objectifs. Ce qui peut être stratégique pour l’un peut être anecdotique pour l’autre. D’où l’importance d’ériger des règles de bonne conduite dans un premier temps (penser à l’autre lorsque qu’on le submerge d’information, se demander ce qui est vraiment nécessaire) et des mécanismes d’arbitrage dans un second temps (satisfaire les objectifs de l’autre au détriment des miens lorsque l’intérêt global de l’entreprise le justifie).

Autant de questions à adresser tant au niveau du déploiement des outils, de la conduite du changement et, en amont, pour les éditeurs de logiciels qui ne pourront plus longtemps fabriquer des goulots d’étranglement en laissant les utilisateurs faire avec. Ces goulots sont l’enjeu clé de la performance de l’entreprise et doivent être traités de manière systémique et cohérente par les outils, les pratiques, le managment, l’organisation.

A l’heure ou tout le monde parle de temps réel cela permet également d’en voir les limites et de bien penser ce que l’on met en place.

Je conclurai en reprenant ce constat lucide de Julien Le Nestour : l’attention est aujourd’hui la ressource clé de l’entreprise, elle est contrainte et limitée et il s’agit donc d’une ressource à optimiser prioritairement….peut être même avant le financier qui au final découle de l’utilisation faite de l’attention.

Et si on arrêtait une fois pour toutes de dire n’importe quoi sur Facebook et la productivité

Un jour on lit que Facebook améliore de 9% la productivité de ceux qui l’utilisent. Le lendemain on lit le contraire : -1,5%. Selon les vues et les intérêts de chacun, on pousse au libéralisme forcené quand à la liberté d’accès des salarié ou à l’interdiction pure et dure en passant par des solutions intermédiaires de placebo interne. Mon avis ne concerne bien entendu que moi mais je tiens tout de même à le partager : le meilleur usage à faire de ce type d’étude est….de les jeter à la poubelle et de faire la sourde oreille à toutes les conclusions qu’on en tire pour des motifs bien entendu désintéressés.

Tout d’abord j’aimerais savoir comment on mesure la productivité des utilisateurs de Facebook par rapport à ceux qui ne l’utilisent pas sur leur lieu de travail ? Cela sous entend deux choses : ceux qui attendent de rentrer chez eux pour s’en servir peuvent en tirer un bénéfice qui leur sert au travail. Et réciproquement. Et inversement. Ensuite je voudrais savoir comment on sait qui l’utilise quand ? Bien sur les DSI peuvent suivre qui fait quoi…mais il existe des versions très abouties sur iPhone ou Blackberry. Enfin j’aimerais savoir ce qu’on entend par productivité. Sur une chaine de montage je vois bien, dans des bureaux moins. D’accord on peut mesurer le résultat final obtenu par rapport aux ressources investies. Mais pour les indicateurs intermédiaires, vous me permettrez d’être sceptique. Et en admettant que le terme de productivité soit adéquat, il ne prend pas en compte un facteur déterminant dans l’entreprise moderne : l’accumulation de savoir à un instant t qui permet d’être plus productif à un instant t’. Contrairement à l’époque de M. Taylor, la productivité n’est donc plus une mesure instantanée et être un peu moins productif à un moment aide à l’être beaucoup plus à un autre moment. On peut considérer que Facebook, pour certaines professions, contribue à l’accumulation de savoir et d’expérience…mais nous y reviendrons plus tard.

Ensuite, et sans m’étendre sur la question, je voudrais juste faire remarquer que les chiffres ne disent que ce qu’on veut leur dire. Si vous avez un service qui pour une raison ou une autre est sous employé, les employés sont nécessairement peu productifs. Et c’est peut être pour cela qu’ils utilisent facebook au travail. Et pas l’inverse. On pourrait disserter ainsi longtemps sur le sens dans lequel il faut prendre certaines chaines de causalité.

Pour finir, deux cas sont à envisager : Facebook est un outil de travail…ou pas.

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Productivité, insaisissable objet de nos désirs

J’avais lancé il y a quelques temps une bouteille à la mer sur la question de la productivité, ce Saint Graal tant recherché mais finalement jamais trop atteint et au nom duquel, si mon impression est bonne, on fait tout et n’importe quoi de manière un peu brouillonne, parfois improductive, preuve s’il en est que si le discours est aisé la pratique semble pour le moins difficile.

Je peux dire que je n’ai pas été déçu par les nombreux commentaires qui me semblent globalement concordants. Ayant donc appris de vos retours, me voici en mesure de pratiquer une restitution sur le sujet.

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La perte de temps n’est pas une question d’outil

Il s’agit là d’unes des principales objections érigées à priori contre l’entrée de tout ce qui rentre dans la catégorie du “social software” dans l’entreprise : cela ferait perdre du temps aux collaborateurs. Mais pour répondre à cette question il s’agit de bien identifier, au delà des mots, l’inquiétude qu’elle recouvre.

Parce que le mode de fonctionnement proposé, lui, n’appelle que peu de discussion : dans le contexte actuel on est plus efficaces en réseau qu’en silo, point. Mais alors pourquoi tant d’inquiétudes ? En fait on ne met pas en doute l’efficacité des outils mais l’usage en qu’en feraient les collaborateurs, des attitudes déviantes qui feraient d’un outil de productivité un outil d’improductivité.

Deux cas sont à traiter : celui, large, de l’accès depuis l’entreprise à internet, et celui de la mise à disposition en interne d’outils similaires à ceux qu’on trouve sur le net.

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Un bon manager se juge à l’usage que ses équipes font du net

Discours en vogue dans les entreprises : les collaborateurs perdent du temps sur les réseaux sociaux, et même sur internet en général. Il faut donc verrouiller tous les accès.
Si en matière de réseaux sociaux je pense que tout dépend de l’outil et de l’usage, et par conséquent je conseille de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, je trouve cette attitude plus que regrettable pour ce qui concerne internet en général.

Quels sont donc les motifs invoqués ?

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Quand l’entreprise gagnerait à se repencher sur la théorie des contraintes

C’est amusant comme l’histoire semble se répéter en permanence, comme on laisse se reposer aujourd’hui des problèmes qu’on avait pourtant résolu hier.

Parce que la question de la productivité, du temps passé, du ROI dans l’entreprise 2.0 ou dans une organisation orientée service me rappelle une question qui s’est déjà posée et a été globalement solutionnée dans l’industrie et qui revient de manière encore plus aigue dans l’économie des services et de la connaissance.

Il s’agit ni plus ni moins que d’une énième application de la théorie des contraintes.

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Essayez vous d’optimiser votre temps de réponse ? Ou juste de maximiser le temps de travail ?

Le temps est un élément clé de la performance, ça on le sait depuis longtemps. Le monde de l’industrie l’a compris depuis longtemps, qui a inventé les flux tendus et le just in time. Mais qu’en est il des activités non industrielles ?

Bien sur tout le monde me dira que le temps est la priorité. D’ailleurs tout est fait pour que le collaborateur n’en perde pas, du temps. Pas le droit de souffler, de lever la tête, de réflechir deux minutes ou, pire, de donner un coup de main à un collègue en quête de bonnes informations. Et tout est fait pour être sur que sur les 35h de travail hebdomadaires pas une minute ne soit gachée. D’ailleurs on donne du travail pour 50h histoire d’être certain que le collaborateur ne musardera pas en route.

Mais est-ce vraiment la bonne solution ? [Read more...]

Mais où trouvent ils le temps de participer ?

Je faisais référence dans un dernier billet à “Here Comes Everybody”, de Clay Shirky.

Une grande question qui concerne tout ce qui passe hors de l’organisation est souvent “mais comment trouvent ils le temps de faire tout cela”. J’ai la réponse pour ce qui me concerne, mais je vous conseille d’écouter celle de Shirky.

Maintenant reste à reproduire le même raisonnement pour l’entreprise.

Savoir gérer son temps

C’est la grande préoccupation des cadres: comment réussir à faire mille choses à la fois en les faisant bien et sans pour autant sacrifier sa vie privée.
Si cela ressemble fort à la quadrature du cercle et si chaque cas est unique il y a tout de même quelques fondamentaux à prendre en compte.
Car ne nous y trompons pas, à l’heure où la nouvelle génération (et même l’ancienne) est demandeuse de plus d’équilibre entre le professionnel et le personnel, où, conjoncture oblige, la pression a rarement été aussi forte, la question de la gestion personnelle du temps est un enjeu capital tant pour le salarié que pour l’entreprise.
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