“Engagement” des collaborateurs par les réseaux sociaux : un mirage ?

Résumé : la mode est à l’”engagement” du collaborateur et les dynamiques de réseau social sont, une fois de plus, vues comme la solution du moment. Le problème est en fait plus profond : entre l’aspect cosmétique (le réseau pour éviter de se pencher sur les vrais problèmes), les réflexes culturels de défiance face à l’entreprise et des personnalités qui peuvent être plus ou moins extraverties, le réseau social n’est pas une baguette magique. Il importe de se focaliser sur les attentes des collaborateurs (notamment en termes de RH), trouver une manière de s’adresser à une population qui a une vision rationnelle de ses rapports professionnels et ne pas croire que l’activité d’un réseau social est le seul baromètre de l’engagement des salariés, ni une manière de tous les toucher.

Le concept d’”engagement” du collaborateur est central dans nombre de réflexions et d’argumentaires sur l’entreprise 2.0 ou l’arrivée des réseaux sociaux en entreprise. La raison est simple à comprendre : des collaborateurs plus engagés sont plus impliqués (mais d’ailleurs n’est-ce pas la bonne traduction française du terme anglais ?), moins enclins à quitter l’entreprise, on plus envie de se dépasser et donner pour la réussite de l’entreprise et de leurs collègues, Forcément, tout ce qui rapproche l’entreprise du collaborateur et crée du lien entre les collaborateurs est bon à prendre…d’où l’irruption des médias et réseaux sociaux dans le discours.

Vraiment ?

Je sens encore venir le coup de la baguette magique. “Engagez [impliquez ? Fidélisez ?] vos collaborateurs en leur donnant un réseau social”. Bien sur. Ils n’ont aucune visibilité sur leur carrière, ont été embauchés à bac+5 avec un salaire bac+3, s’ennuient dans ce qu’ils font, savent qu’ils seront peut être augmentés de 0,01% quant tout ira mieux (pour qui ? parce que pour l’actionnaire ça va pas si mal), on leur demande d’en faire toujours car c’est la crise…et qu’il y a des gens qui attendent pour prendre leur place, on leur coupe les accès à une grande partie de l’internet sur leur lieu de travail, on les a recruté pour leur capacité à proposer, à innover, à être moteurs pour leur expliquer que la première chose à faire était de rentrer dans le moule sans faire de vagues, ils ont peur que l’entreprise ne les aide pas pas à maintenir leur employabilité dans un monde qui change vite…..et un Facebook-like va faire leur bonheur. Qu’en les laissant se souder entre eux ils vont oublier le reste ? Que ça va les empêcher de mal dormir en rentrant chez eux parce qu’ils ont peur pour demain…et se demandent même comment joindre les deux bouts à la fin du mois. Que la mise en réseau va leur apporter un sucroit de motivation ?

Franchement, vous y croyez ? Est ce que vous pensez une seule seconde qu’un réseau social va changer quoi que ce soit ? [Read more...]

Vous cherchez la solution à une problématique business ? Ne démarrez pas un plan media sociaux…

Résumé : malgré une nette amélioration de la maturité générale sur le sujet, on continue à trop entendre des démarches incantatoires du genre ‘si vous n’utilisez pas les médias sociaux vous allez mourir”. Non seulement le caractère systématique du discours appliqué à tous les sujets agace les décideurs et nuit à sa crédibilité mais, en plus, il les induit en erreur. Se dire que les médias sociaux sont le seul moyen d’arriver à quelque chose amène à construire des stratégies centrées sur l’utilisation de l’outil au lieu de construire des stratégies pour résoudre une problématique. Jamais un outil ne contribuera à exécuter un plan qui n’existe pas.

Clairvoyant comme à son habitude, Luis Suarez disait il y a quelques temps “Ne commencez pas par les outils, ils ne sont pas votre destination finale“. Je suis certain que contrairement à il y a encore deux ans tout le monde finit par intégrer et comprendre ce point de vue et que même du coté des éditeurs on admet, même si c’est parfois contre nature pour des personnes qui vivent de la vente de licence, que le produit n’est qu’une partie d’une démarche de changement plus globale.

Oui mais…

Le petit monde des convaincus des médias sociaux pêche encore par trop de prosélytisme. La question n’est pas tant la justesse du discours que son caractère systématique et manichéen. Prenez une problématique métier quelle qu’elle soit, il suffit qu’elle devienne un peu à la mode pour qu’on ait droit au “Si vous n’utilisez pas les médias sociaux pour…….votre entreprise risque de…..”. A décliner à l’envi : “Si vous n’utilisez les médias sociaux pour innover, impliquer vos collaborateurs, partager, communiquer avec vos clients…. , votre entreprise risque de mourir, de devenir obsolète, de perdre ses clients…..”. Vous allez voir que demain il faudra utiliser les media sociaux pour repeindre le hall d’accueil.

Un discours qui pose des problèmes en termes de crédibilité….et qui est d’une certaine manière tromper car en partie faux.

Un problème de crédibilité d’abord.  Les décideurs entendent ce type de discours depuis quelques années, décliné sur tous les sujets possibles et imaginables et leur caractère systématique tend à agacer et affecter leur crédibilité. A chaque problème on leur dira qu’il faut utiliser les médias sociaux pour le résoudre…il ne faut donc pas s’étonner qu’ils n’y prêtent plus attention car non seulement ils s’attendent à ce qu’on le leur dise mais en plus cela transforme de plus le monde le petit monde des médias sociaux en secte qui ne prêche que pour sa paroisse en permanence.

Rappelons nous notre jeunesse. Et les discours des parents essayant de nous faire manger des choses que nous apprécions peu. “Tu dois manger ça pour grandir / ne pas être malade / être bon à l’école / ne pas être fatigué”. A chaque fois qu’on se sentait un peu malade ou faible on devinait la réponse avant même d’avoir fait état de notre problème. Et, logiquement, ça nous agaçait ou nous faisait sourire, mais ne nous amenait jamais à consommer l’aliment détesté.

Mais il y a pire : le discours est faux. Disons le crument : Dire que si une entreprise n’utilise pas les médias sociaux pour innover, impliquer ou je ne sais quoi il lui arrivera les pires choses est une escroquerie intellectuelle. Vous avez un problème d’innovation, d’implication de vos collaborateurs, installez donc une plateforme adéquate et attendez… Vous risquez d’attendre longtemps avant que quoi que ce soit ne se passe. [Read more...]

Vous pilotez ou vous expérimentez ?

Quand une entreprise fait ses premiers pas dans quelque chose de nouveau elle avance avec précautions et c’est logique. Même si on a une idée précise de ce qu’on va faire, il faut le tester sur une petite échelle afin de valider certains concepts, confronter le plan à la réalité. Je ne parle même pas de l’hypothèse où on essaie quelque chose sans trop savoir à quoi cela sert ni s’il y aura un bénéfice au bout.

Le principe s’applique à un nombre infini de choses et l’entreprise 2.0 ne fait pas exception à la règle. C’est sur ce sujet que vont porter plus spécifiquement mes réflexions même si on peut sans grand risque le généraliser à de nombreux autre domaines.

Je ne vais pas pas refaire la discussion qui a déjà eu lieu sur le sujet à la fin de l’été dernier et qui revenait à se demander si ces phases préalables, quel que soit le nom qu’on leur donne, avait du sens. En effet qui dit périmètre restreint sur un sujet ou la masse critique est souvent clé dit, par définition, possible manque de pertinence.

Concrètement la question qui se pose est de savoir :

1°) Ce qu’on fait

2°) Comment on l’appelle et le présente.

Et nous allons voir que c’est loin d’être neutre.

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Le web 2.0 est mort ? Quand le “business” reprend ses droits sur le “buzzyness”

Ca ne vous a certainement pas échappé, cet émoi qui a traversé la blogosphère mais également les très respectables médias institutionnels. Le web 2.0 est mort ! Tout n’est pas parti de ce billet de Michael Arrington mais vu qu’il dispose d’un plus gros porte voix que les autres il a eu son petit effet. Un peu plus de retenue chez Ouriel qui garde les yeux suffisamment ouverts pour faire la différence entre un phénomène de fond et les guirlandes forcément plus éphèmères qu’on lui a accroché histoire de faire joli. Hervé Kabla et ceux qui ont commenté sa note y voient, plus encore, des raisons d’y croire.

Je ne vois pas ce qu’il y a d’exceptionnel à affirmer que lorsque l’économie traverse une mauvaise passe les plus fragiles risquent d’y laisser des plumes. Et par conséquent les entreprises positionnées sur des marchés émergents, ce qui est le cas des entreprises estampillées “web 2.0″…mais pas seulement. Pour le coté “madame Irma” on a déjà vu plus clairvoyant ou en tout cas plus visionnaire, étant donné qu’il est plus facile de sonner le tocsin lorsque l’incendie est déclaré que de le prévenir alors qu’on sait depuis plus d’un an que les pyromanes étaient à l’oeuvre. Et ceux qui poussaient le 2.0 à tour de bras, essayant de trouver un coté 2.0 forcément fantastique à tout et n’import quoi quitte à susciter des vocation d’entrepreneurs oubliant le “business model” au profit de “buzzyness models” peuvent légitimement s’interroger sur la pertinence de leurs analyses passées. Ils ont eux-même tué “leur” web 2.0 en en faisant un immonde fourre-tout dans lequel on fini par mettre tout et surtout n’importe quoi. Quoi qu’il en soit, comme le suggèrent Ouriel, ou encore Olivier Ezratty dans ce commentaire chez Hervé, une fois l’écran de fumée dissipé il y a des choses qui vont rester. Ce choses sont les seules qui permettent de créer de la valeur, construire des business models “réels” et par conséquent j’y vois surtout une phase d’assainissement salutaire. Je terminerai en parlant de feu le web 1.0. Même si quelques bébés ont pu être jetés avec l’eau du bain je remarque que les entreprises créées avant 2001 qui adressaient un besoin réel des internautes, donc qui délivraient un “plus” valorisable, ont passé la crise et sont encore là. Est on revenus au minitel depuis ? Non, on est d’ailleurs allé plus loin.

Bref, je classerai volontiers l’article d’Arrigton dans la catégorie du “qui vit par le bruit ne survit qu’en faisant d’avantage de bruit”.

Bon, et l’entreprise 2.0 dans tout cela ?

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Demain tous DRH ?

Tous DRH : Les Responsabilités Ressources Humaines des cadres et dirigeants, c’est le titre de ce qui est supposé être le livre de chevet de nombre d’étudiants un peu intéressés par les ressources humaines. Pour être honnête, à l’époque, j’ai préféré en retenir le message que le contenu.

Ceci étant dit je pense que le sujet est plus que jamais d’actualité. Nombre d’analyses montrent les bienfaits RH des modes de fonctionnement supportés par le “social software” : plus de lien (et de liant d’ailleurs), d’implication, un sentiment d’appartenance etc…

Mais comme nous avons pu le constater à maintes reprises, il s’agit d’effets collatéraux qui sont la conséquence non de la présence des outils mais de leur utilisation. Et l’utilisation est déterminée par l’utilité des outils en question dans le cadre des tâches quotidiennes. La manière dont on travaille étant largement déterminée par le management local, c’est grâce à la décision de ce dernier de travailler légèrement différemment et d’utiliser les outils adéquats que la volonté de la DRH d’influer sur les points précédemment cités sera suivie d’effets.

Alors tous DRH ? Non, ce serait un peu réducteur. Mais le middle management a pour la première fois la possibilité de prendre le contrôle du véhicule qui permet d’amener ces effets bénéfiques, domaine sur lequel il était jusqu’à présent attendu sans en avoir vraiment les moyens. Car une fois utilisés comme outils de travail (mais à cette seule condition) ces outils peuvent devenir plus que des outils. En fonctionnant comme des communautés par exemple…Retenir, motiver, impliquer et utiliser au mieux les talents ne se fait pas sur du vent mais via une manière de travailler qui le permet. Cela tombe bien, les outils rendant cette manière de travailler possible sont désormais disponibles.

Vous pouvez également aller jeter un oeil ici.

Le Web 2.0 au bureau: pour des employés passionnés

Via Moovement.

Créer une mémoire d’entreprise c’est raconter de belles histoires

Je crois à l’importance des “conversations” pour capter le savoir informel de l’entreprise, les best practices, tous ces éléments qui font partie du patrimoine des individus et qui ne peuvent être captés et restitués qu’en stimulant la mémoire de l’individu, en fonction du principe selon lequel la forme la plus accessible de connaissance est la conversation.

D’où l’intérêt de mettre en place les outils qui permettent ces discussions ouvertes et leur stimulation a une grande échelle, ainsi que leur capitalisation.

C’est d’ailleurs le plus souvent sous l’angle des best practices et de ce qui sert immédiatement à supporter la fonction business que j’envisage ce transfert. Je pense qu’il n’y a pas grand chose à ajouter sur ce point précis à tout ce que j’ai déjà pu dire par ailleurs.

Mais cette note de Scott Monty m’a fait penser à une autre dimension qui donnerait toute sa dimension à la notion de mémoire d’entreprise, allant au delà du management du savoir pour intégrer la dimension de la culture d’entreprise. [Read more...]

Participation sur les communautés en ligne : peut on faire mieux que la loi naturelle ?

On commence (ou recommence) à s’intéresser au niveau de participation sur les communautés virtuelles. A quelques choses près il semble que la règle des 1% qui tirent la machine, 9% qui suivent et 90% qui regardent ou ne font rien se vérifie universellement. Ce qui amène à se poser diverses questions.

Fidèle à mon habitude je me contenterai de me focaliser sur les communautés internes.

1°) Quel serait le taux idéal ?

100% de participants bien sur. Ce qui reviendrait qu’un projet qui n’atteindrait pas ce chiffre (ou presque) serait innéfficace. Ou plutôt à faire preuve d’une mauvaise foi évidente. Regardons donc le taux de participation dans une réunion, dans une assemblée, voire dans une équipe projet : atteint on, objectivement, le 100% de participation active ? Non bien sur. J’aurais tendance à dire que ces plateformes ne font que renvoyer l’image de la réalité, voire en la rendant un peu plus crue. On met ainsi en évidence des problématiques beaucoup plus globales qui concernent l’implication : l’outil est le reflet d’une réalité et pas sa cause. A méditer… [Read more...]

Trilogie des besoins dans l’entreprise 2.0

Pour qu’un quelconque projet fonctionne dans une entreprise, on peut basiquement définir certaines conditions de réussite. Elles ne sont peut être toujours pas les seules mais si celles-ci ne sont pas satisfaites on peut, à coup sur, s’attendre à ce que le résultat ne soit pas à la hauteur des attentes. Je vais traiter ici plus spécifiquement des projets visant à donner aux individus les moyens d’être plus efficaces.

Il faut tout d’abord que le projet découle d’un besoin de l’entreprise. Cette précision peut sembler futile mais l’oublier amène à certaines déconvenues. Ajoutons qu’il faut également que ce besoin soit identifié comme tel par les collaborateurs. Je m’explique. Le fait qu’il s’agisse d’une nécessité “supérieure” est un des élément qui permet de donner du sens au changement et de porter le message en interne. Je ne dis pas que cela suffit mais il est plus facile de légitimer lorsque le message vient d’en haut que lorsqu’un manager s’efforce de le porter à son niveau alors que la direction, qui pourtant l’a voulu, semble s’en désintéresser totalement. Cela évite également le syndrome de la “lubie du patron”. C’est un phénomène souvent rencontré dans les organisations où on part souvent dans toutes les directions en raison de la forte réactivité à la nouveauté d’un ou plusieurs dirigeants mais où on ne mène quasiment rien au bout, un nouveau projet faisant oublier le précédent. A force plus personne ne s’implique car on sait dès le départ que le projet n’ira pas à son terme. Une preuve également, s’il en est, que l’esprit parfois aventureux de nos digital natives devra également être cadré afin qu’un fort potentiel de flexibilité ne se transforme en chaos absolu. [Read more...]

Manager par le sens

270813757301_aa240_sclzzzzzzz_.jpgProblématique clé du management aujourd’hui : le sens. Les individus ont perdu la notion du sens de ce qu’ils font. C’est la cause principale du manque d’implication, de motivation, du faible attachement aux entreprises…

Donner du sens, mais pourquoi ? Comment ?

C’est tout le thème de :
Manager par le sens : Les clés de l’implication au travail, de David Autissier. C’est bien le troisième ouvrage de l’individu que je recommande et je ne peux qu’adhérer encore une fois à sa clairvoyance et son sens des réalités.

Plus qu’un plaidoyer en faveur du sensemaking, c’est un constat de la réalité de nos entreprises. Comme à son habitude, Autissier argumenye par des verbatims, des situation réelles, concrêtes, qui nous rappellent tous des choses que nous vivons, avons vécu. Et il en démontre le caractère dangereux avant de proposer des solutions. J’apprécie beaucoup le caractère concrêt de ses exemples et le réalisme des ses constats et suggestions, totalement à l’opposé du discours langue de bois qui est souvent de règle.