Ce que j’ai retenu de LeWeb08 : et si LeWeb avait été comme Le Web ?

Dans ma dernière note sur le sujet je titrais “ce que je n’ai pas retenu”, un titre en forme de boutade puisque je revenais tout de même sur trois interventions qui collaient à mes préoccupations. Un peu égoiste je le conçois, mais il est normal de voir midi à sa porte, après tout on est là quand même pour le boulot. Mais avec un peu de recul on peut dire que l’événement aura eu pour mérite d’amener à réfléchir sur des notions pas si évidentes que cela.

• Le pouvoir d’organiser sans organisation

Cela tombe bien, j’étais en train d’achever la lecture de Here Comes Everybody: The Power of Organizing Without Organizations de Clay Shirky. Etrange paradoxe : le web est devenu le royaume de l’auto-organisation, reposant sur des dynamiques qui n’auraient pas été si éloignées du thème de la conférence, à savoir “Love”. Et patatras, c’est l’organisation d’une conférence sur le web (enfin…de plus en plus sociétale que web et j’aime bien) ayant un thème porteur d’implication et de tolérance qui déraille et se fait tirer dessus à boulets rouges.

Cela m’avait inspiré deux réflexions volontairement provocatrice. La première était de dire qu’il aurait été cohérent d’organiser la conférence en suivant les valeurs de ce qu’elle traite, c’est à dire en se reposant sur la puissance et la sagesse des foules. La seconde est que si Loïc avait procédé ainsi la situation aurait certainement été pire.

Je n’ai pas eu à creuser le sujet trop longtemps, les grands esprits doivent se rencontrer car Loïc twittait au même moment qu’il envisageait de recourir à la force communautaire pour élaborer le prochain programme. Tant qu’à faire les choses de cette manière je me permettrai même de lui suggérer de d’abord demander des idées de thématiques (publiées sur les blogs des participants), d’en sortir quelques unes qui tiennent la route et ensuite de faire voter pour un programme en fonction. Tant qu’à pousser la logique au bout…

Ma seconde pensée donc était que je ne sais pas si cela nous aurait aidé outre mesure. Ca n’est pas parce qu’on vote qu’on fait collectivement le meilleur choix. Ajoutons à cela que la grande masse des votants ne participera certainement pas l’événement ce qui pourrait créer un décalage for intéressant…sauf pour l’organisateur. Cela aurait quand même eu l’avantage de faire taire certaines critiques vu qu’on a toujours du mal d’être négatif à propos de nos propres choix. Mais je rejoins Shirky pour dire qu’une entreprise ne peut fonctionner sur ce modèle sous peine de s’effondrer. Or, à mon sens, vu l’excellence visée et les moyens mis en place il faut quelqu’un pour assumer. Les habitués reconnaitront là mon discours sur la hiérarchie en mode 2.0 : ça n’est pas parce qu’on travaille en réseau qu’il n’y a pas quelqu’un qui doit décider, sachant que si le succès a souvent beaucoup de parents l’échec est bien souvent orphelin. Or quand des sommes non négligeables sont en jeu…

Car il a été bien utile le père Loïc. Imaginez que nous ayons choisi les conférenciers, le fournisseur d’accès internet et le traiteur (tant qu’à faire…). Rien ne prouve une seule seconde que la prestation aurait été à la hauteur. Mais qui aurait été là pour assumer, faire face, et tenter de corriger ? Soyons clair, il fait froid, on meurt de froid et le wifi déconne, il n’y a pas de raison de ne pas le dire, ce sont des faits. Ni de ne pas s’en plaindre car c’est objectivement dérangeant. Ensuite c’est comme les avions qui ont du retard, il faut savoir tourner la page et ne pas en faire une affaire d’état non plus, ça arrive. De plus cela donne d’autant plus de crédibilité aux remarques positives. Mais ça n’est pas LLM qui installait le Wifi ni Géraldine qui était en cuisine non ? Simplement leur job était d’assumer les erreurs des autres. Et quitte a assumer autant assumer ses propres choix non ?

Tout cela pour dire que nous avons eu la preuve par l’absurde, en live, que le modèle de “non organisation” qui permet des choses fantastiques sur le web doit être “drivé” un minimum dès lors qu’il y a un objectif défini et des enjeux et qu’on est dans le cadre d’une structure organisée et non pas spontanée. Non pas parce que c’est plus ou moins efficace mais parce que passé un certain niveau d’exigence l’organisation demande un responsable, fut il non coupable. LeWeb n’aurait donc pu être le web et finalement le participant le plus efficace de la conférence n’était autre que monsieur Murphy. Maintenant le challenge de trouver le juste milieu entre implication des participants et maitrise de l’événement pour l’an prochain est un challenge intéressant.

• Internet un enjeu majeur ?

Parce qu’à force d’appliquer la régle qui veut que tout dysfonctionnement ait un responsable, si possible le proche possible de soi et clairement identifiable on a oublié quelque chose de beaucoup plus inquiétant. Nous avons connu quelques soucis d’internet soit. Mais à se demander pourquoi ça ne fonctionnait pas, on a oublié de se demander pourquoi il a fallu faire installer une connexion pour l’occasion. Je rappelle que le 104 vient à peine de réouvrir, c’est un endroit flambant neuf destiné à accueillir conférences et expositions et il n’a visiblement pas semblé utile aux pouvoirs publics, ici incarnés par la mairie de Paris, d’installer une telle infrastructure dans l’endroit, à demeure. On peut réellement être préoccupé par le fait qu’un tel équipement ne soit pas inclus sans qu’il y ait la moindre discussion à avoir dans le cahier des charges qui préside à la réfection d’un tel endroit, voire se demander si le message que tiennent pourtant les élus est bien compris de ceux qui sont en charge des affaires quotidiennes.

J’aurais bien terminé en vous racontant comment comment je verrais le contenu d’une conférence mi techno mi sociétale aujourd’hui. Mais parce que les conseilleurs ne sont pas payeurs et parce que je me suis promis de ne plus faire de notes de plus de mille mots je vais m’arrêter là.

Vu, lu, entendu cette semaine #3

Un “vu, lu, entendu” qui a failli ne pas voir le jour en raison de la difficulté que j’ai eu à trouver un accès wifi convenable en vacances. Comme quoi ça n’a pas été la semaine du wifi en ce qui me concerne. Pas grand chose donc à dire cette semaine : peu de veille, peu de temps…on se revoit pour quelque chose de plus consistant la semaine prochaine. En attendant ne soyez pas surpris par l’afflux soudain de notes sur ce blog, je profite de mes vacances pour publier un certain nombre de billets écrits depuis quelques semaines et que je garde en “stock” pour mes périodes offline.

• Vu

LeWeb08 bien sur ! Je n’ai pas eu le temps de revenir sur ma note sur le sujet et de détailler les quelques points que j’ai retenu. Ayant été déconnecté pendant quelques jours je n’ai pu suivre toute l’affaire mais mon twitter m’a dit que ça avait remué dans les chaumières. Plus sérieusement, une fois dit ce qui devait être dit sur ce qui aurait pu aller mieux et fait le point sur ce que j’y avais trouvé au regard des attentes qui étaient les miennes, j’ai pas mal phosphoré sur le sujet (14h de vol ça aide) pour arriver à la conclusion qu’il y a beaucoup à tirer de ce qui s’est passé, de manière désirée ou non. En préparation donc une note sur le thème “j’en retiens peu mais j’y ai beaucoup appris”, ce qui finalement a peut être davantage de valeur. Si au delà du web, LeWeb est une réflexion sur la société, ses évolutions et ses enjeux, la conférence a été l’exemple même de la difficulté d’adresser les problématiques qu’elle traite. Et lorsque les dysfonctionnements (qui se devaient d’être relevés histoire d’être également crédible lorsqu’on relève le positif) sont oubliés il y a vraiment matière à des réflexions de fond qui porteront plus loin qu’une frustrante panne de Wifi. A suivre donc. Finalement cette conférence m’inspire beaucoup a posteriori.

• Lu

Dans ma série “je revisite Goldratt”, Un an pour sauver l’entreprise que j’avais besoin de redécouvrir quelques années après l’avoir lu pour la première fois. Avec une redécouverte de problématiques que j’avais zappé à l’époque : comment passer de la vente de technologie à la vente de valeur ajoutée, et le renversement de flux de production poussés en flux tirés. A mettre en perspective avec le petit monde de l’entreprise 2.0, coté client comme coté soft.

Une intéressante étude de PriceWaterhouseCoopers dont je me suis fait l’écho ici. Le réseau comme support de nouveaux business models vous y croyez vous ? Moi oui.

• Entendu

Rien de spécial cette semaine dont le point d’orgue a été LeWeb et dont j’ai mentionné les interventions qui m’avaient le plus séduit dans la note mentionnée plus haut.

Le peu que j’ai retenu de “LeWeb08″

Deux jours sans rien écrire alors même que je suis “blogueur” officiel d’une conférence cela peut surprendre. Mais ne vous en faites pas, je trouve enfin quelques secondes pour vous faire un petit compte rendu de l’évènement…qui sera sans doute suivi par quelques retours plus approfondis sur les quelques choses que j’ai pu trouver  “inspirantes”. Si d’ici là j’arrive à en trouver.

Les raisons de mon silence pendant deux jours sont simples. Je suis incapable d’écrire, produire voire m’intéresser à quoi que que soit lorsque je suis transi de froid et ai les doigts engourdis, lorsque mon estomac crie famine, lorsque je n’ai aucune connexion internet valable pour communiquer et lorsque l’intérêt de ce que je vois confine au néant absolu. Manque de chance, tous ces ingrédients ont été réunis l’espace de 48h. Donc voilà pour le coté “moins”. Inutile de s’appesantir dessus, certains l’ont fait avec plus ou moins d’objectivité même s’il faut reconnaitre que si l’on se borne à constater les faits bruts on ne peut gère trouver de chose à redire. Après on peut toujours discuter la forme. Toujours est il qu’on saura pour l’avenir ce qu’il en coûte de parler d’amour dans un ancien funérarium.

NB : j’étais invité à la conférence. On pourrait penser qu’en tant que tel je n’ai déjà pas à me plaindre mais on peut également penser que pour être crédible il faut aussi savoir dire ce qui ne nous plait pas, même à regret. C’est la seconde option que j’ai choisi car j’aurais vraiment préféré avoir matière à être beaucoup plus positif sur ces deux journées finalement insipides sauf en matière de networking et de contacts “off conference”, où on a atteint un niveau rare en France.

Bon, revenons en à nos moutons, la conférence en elle même. Un plateau de choix, un thème “love” tellement loin des sentiers battus qu’il rendait tout possible et permettait un vrai appel d’air en des temps où les occasions de voir les choses sous un angle réjouissant ne sont pas forcément légion pour tout le monde. Dans une note annonçant la conférence je voyais à minima les bases d’une réflexion sur la remobilisation des écosystèmes d’entreprise, collaborateurs, clients, sur une manière de  repenser les mécanismes de création de valeur dans une logique de pérennité de la performance humaine et financière, d’envisager les intéractions sans cesse plus fortes entre l’entreprise et son environnement, l’organisation structurée et l’humain irrationnel, avec en toile de fond ce catalyseur de transformation sociologique qu’est le web.

Alors bien sur j’ai recherché principalement dans la conférence ce qui était en phase avec mes attentes et mon propre prisme. Et voici ce que j’ai trouvé et détaillerai dans un  futur que j’espère proche.

• Itey Talgam tout d’abord. A l’heure où l’on parle de transformer les organisations et de les rendre plus people-centric, on évoque souvent la nécessité d’un modèle d’engagement davantage fondé sur la volonté, l’attraction, le rapprochement, le sens, que sur la hiérarchie pure et dure. Ce qui ne veut pas dire pour autant que tout repose sur l’affectif et la bonne volonté. C’est le message que j’ai retenu de l’intervention de ce chef d’orchestre et qui peut expliquer nombre de dynamiques d’entreprise. Ca n’est pas parce qu’on ne recherche pas la contrainte que le signal provoquant l’implication ne doit pas répondre à des attentes en termes de sens, de directives, de cadrage… On en reparlera plus tard mais en attendant vous pouvez regarder son intervention, réflechir à la nécessité qu’un minimum de bottom up est nécessaire pour avoir un people-centrism harmonieux, et vous demander ce qui sépare aujourd’hui un orchestre de jazz d’un orchestre symphonique, si l’un est préférable à l’autre où si nous devons rechercher un modèle d’organisation qui permet à un orchestre symphonique de faire un boeuf lorsque l’urgence le demande.

• Le leadership selon Weinberger. Quelque part son propos est simple, voire évident. Lorsque peu ont accès à l’information le pouvoir se construit autours de la détention de celle-ci. A partir du moment où l’information est diffusée et accessible à tous, il faut construire de nouvelles formes de pouvoir distribuées. Un sujet passionnant tout autant que l’intervenant. Je reviendrai donc sur le sujet ultérieurement. En attendant on peut d’ores et déjà commencer à refléchir sur la transformaton du leadership dans le contexte d’un passage du offline au online, d’un monde vertical vers un monde connecté, d’un monde où l’information est rare à un monde où elle est largement accessible. On peut également se dire qu’il existe encore un fossé énorme entre la réalité “dans la vie” et celle de l’entreprise en ce qui concerne l’abondance d’information et son libre accès. Vous remarquerez enfin que Weinberger parle de leadership là où je parlais de pouvoir. Je pense en effet que les notions sont totalement différentes et que contrôle et autorité d’une part et leadership d’autre part ne se confondent pas.

•..et c’est tout, en tout cas selon mes propres attentes. Le “live blogging” dans une conférence est difficile car vu que tout est couvert et disponible en temps réel il n’y a guère de valeur ajoutée à “raconter” les choses en live. En général j’essaie de trouver une ligne directrice, un message, une “lumière” qui s’est allumée pendant l’évènement et me fait dire qu’après je ne verrai plus certaines choses de la même manière qu’avant, que je dois “revisiter” certains concepts en fonction… Mais là pour être honnête…rien. Manque de sens, de cohérence, de consistance ? Je n’en sais rien mais reste dubitatif. Peut être que ça viendra à tête reposée mais j’ai surtout l’impression d’avoir assisté à une énumération de lieux communs et de redites d’informations déjà lues et relues par ailleurs.