Avec des tests de recrutement 1.0 vous avez…des managers 1.0

Résumé : le manager de demain devra acquérir un ensemble de savoir-faire et savoir-être adaptés à un monde numérique, en ligne, où l’information se traite en flux sur différents canaux. C’est la rareté de ces compétences qui, d’ailleurs, est un frein réel à l’engagement d’un processus de transformation des modes de travail aujourd’hui. Mais alors même que les entreprises peinent à prendre la mesure du problème et entreprendre les actions de formation nécessaires auprès de leur salariés actuels le fond du problème reste passé sous silence. En effet, dans le même temps, nombre de tests de recrutement, notamment appliqués aux managers, continuent à valider l’existence de compétences dans des mises en situation ayant lieu dans un contexte qui n’existe plus dans l’entreprise d’aujourd’hui.

L’autre jour je discutais de tests de recrutement avec quelques amis dont l’un allait justement passer par un “Assessment Center” en vue d’aller occuper un poste à responsabilité dans une grande entreprise. Cela n’a pas été sans me rappeler quelques souvenir de l’époque où j’œuvrais dans le conseil en RH et avais du me frotter plus d’une fois à l’exercice. Non dans le rôle de l’évalué mais des évaluateurs.

On passait donc en revue des différents exercices qui peuvent être proposés à un candidat dans ce type de situation et discutait du fait que si le scenario mis en place n’était pas adapté précisément au poste et à l’entreprise et les méthodologies choisies et appliquées avec rigueur, la méthode pouvait montrer ses limites.

Au nombre de ces tests un grand classique : le test dit “de la corbeille”. C’est une mise en situation lors de laquelle une personne doit remplacer au pied levé son supérieur malade, ou prendre une fonction dans un contexte inconnu. Un rapide brief sur l’entreprise “fictive”, son histoire, son marché, une présentation synthétique de quelques collègues clé….et une grosse corbeille de papier à trier. Ce sont des mémos, des rapports, des courriers émanant des collègues en question et le candidat doit en prendre connaissance et proposer un plan d’action. L’objectif d’un tel test est de valider la capacité d’une personne à comprendre rapidement un environnement, assimiler l’information, prioriser les choses, déléguer… le tous sous pression et avec une contrainte de temps. L’exercice est souvent éprouvant physiquement et nerveusement pour la personne et je me souviens avoir été surpris, à l’époque, par le nombre de personnes qui “explosaient” dès cette étape.

Réponse de l’ami en question : “Et tu crois vraiment que la personne qui va s’en sortir avec succès sera compétente pour le travail en question”. Moi : “Ben…sur l’ensemble des tests, s’ils sont bien conçus et menés rigoureusement pourquoi pas…”. Lui : “Sur ce que tu m’en dis c’est le meilleur moyen de valider des compétences qui ne sont pas suffisantes et vont créer de l’immobilisme dans les organisations à une époque où il faut vraiment se réinventer”.

En fait il avait totalement raison. [Read more...]

Comment le mythe du manager superman fait stagner l’entreprise

Résumé: tout le monde a conscience de la nécessaire et inéluctable évolution du rôle de manager. Mais de l’idée aux actes la route est longue. Il se trouve que la représentation mentale du manager construite à l’école et présente dans l’esprit de tous dans l’entreprise alliée à une culture du contrôle visuel amène à privilégier l’activité visible à l’action de fond. En entretenant le mythe de l’homme d’action (immédiate) plutôt que de l’homme de systèmes et en confondant recul et inaction, on continue à insuffler dans nos organisations le germe de la stagnation.

On fera ce qu’on voudra, certaines images ont la vie dure et restent profondément ancrées dans les esprits. Au nombre de celles-ci, le manager superman qui par son action sauve le monde (ou en tout cas l’entreprise). Bien sur, cette image se double d’un grand nombre d’autres choses en toile de fond : quelqu’un qui agit, quelqu’un qui fait, quelqu’un qui est débordé.

Bien sur je ne crois pas qu’il existe un manager convaincu par cette image, bien au contraire. Ils ont plutôt tendance à dire qu’ils n’en peuvent plus, qu’ils ont la tête sous l’eau. Aussi bizarre que cela puisse sembler, il me semble par contre que cette image existe encore beaucoup chez les jeunes, les étudiants notamment. Mais c’est relativement normal dans la mesure où ils n’ont pas encore été trop confrontés à la réalité des organisations, ont une vision idéalisée de ce que peut être leur futur professionnel et sont encore mal à l’aise au niveau entre la distinction entre l’omnipotence nécessaire à l’atteinte des résultats et le leadership.

Remarquons aussi que cela va à l’encontre de tous les constats qui peuvent être faits aujourd’hui sur l’avenir du rôle de manager. Quelqu’un qui est davantage dans le leadership et la facilitation, qui fonctionne davantage par subsidiarité, bref l’antithèse du micro-management encore très présent dans les esprits.

Et alors ?

Que penseriez vous d’un candidat qui dise “je compte mettre mes équipes en capacité d’être auto-suffisantes pour faire leur travail quotidien pour n’intervenir que si un problème nécessite que j’intervienne en tant que hiérarchique, que décisionnaire ou que personne qui peut faire passer une information à un niveau plus haut. Comme cela j’aurai non seulement davantage de temps pour venir en support à ceux qui en ont vraiment besoin mais en plus je pourrai prendre de la hauteur et penser à comment maintenir ou améliorer le niveau de performance dans le temps. Ce faisant non seulement j’améliore les compétences et l’employabilité de chacun mais, en plus m’inscrit dans une logique d’amélioration permanente de l’organisation et de sa performance” ?

Séduisant  à l’heure de l’entreprise 2.0 et du social business non ?

J’en parlais avec quelqu’un dernièrement qui me disait : “c’est en effet un avenir qu’on ne pourra éviter. Par contre personne de donnera un job à quelqu’un qui a un tel discours car on comprendra “payez moi cher pour en faire le moins possible”". D’ailleurs dans l’open space ce manager qui éviterait d’être débordé pour prendre de la hauteur passerait pour un fainéant car il n’aurait pas l’air de courir dans tous les sens. De toute manière qui va dire “je veux être de moins en moins indispensable dans le quotidien afin d’avoir les moyens d’inscrire mon action dans la performance durable”. On paie les gens pour être indispensables sinon pourquoi les recruter. Le serpent se mord une fois encore la queue.

En fait, avons nous conclu, nous ne savons pas faire la différence entre “faire” et “agir”. On veut des gens qui agissent, soit, mais on veut voir cette action de visu ce qui se traduit par une propension de la part de la personne observée à rendre son action visible. Une activité visible de suite plutôt que résultats visibles demain ?

En fait nous avons une sorte d’image mentale et l’habitude du contrôle visuel qui nous font confondre

• Business et busy-ness

• Agir et faire

• Leadership et inaction

Et nous font considérer que :

• Supporter n’est pas manager

• Le leadership ne produit rien

Dit autrement, le manager de demain, celui-là même que toute entreprise veut voire émerger n’est ni acceptable dans l’openspace d’aujourd’hui et ne passera certainement pas le cap de l’entretien d’embauche quand bien même il est désiré par la direction.

C’est toute une réprésenation mentale du rôle de manager qui est à reconstruire car elle influe inconsciemment les choix des uns et les comportements des autres quand bien même ils seraient convaincus qu’autre chose est nécessaire voire mandatés pour le mettre en place.

En attendant on insuffle au quotidien dans l’organisation tout ce qui est nécessaire à sa stagnation.

A l’heure du “servant leadership” il va falloir comprendre une fois pour tous que Superman avec ses collants bleus et sa cape rouge est juste inadapté et ringard.

 

 

33 choses à savoir sur ceux qui font vivre vos espaces sociaux en ligne

J’ai beaucoup traité le sujet du community management ces derniers temps, et cela pour une raison simple : il règne une telle confusion sur un sujet supposé si stratégique que le risque d’aller droit dans le mur, de jeter le bébé avec l’eau du bain ou de passer à coté de son sujet faute de “guidelines” précises est plus que réel. A force de retourner le sujet dans tous les sens il me semble voire émerger certains axes forts.

• Ca n’est pas parce qu’il y a des médias sociaux et la nécessité d’y réaliser des choses avec des groupes de personnes que la personne en charge de la chose est nécessairement un community manager.

• Ca n’est pas parce qu’il y a échange entre des individus en utilisant les médias sociaux qu’on à affaire à des communautés. Ni à des réseaux sociaux d’ailleurs.

• La stratégie “médias sociaux” d’une entreprise se pilote à différents échelons, souvent incarnés par autant de personnes qui ont des rôles, des responsabilités et des objectifs différents dont il importe d’assurer la compatibilité.

Voici donc quelques choses à savoir sur chacun de ces acteurs… [Read more...]

Certains managers sont ils des saboteurs professionnels ?

On pourrait se le demander. Des représentants de la CIA qui intervenaient à l’Enterprise 2.0 conference ont ressorti un vieux document de l’armée US datant de 1944 sur le thème : comment saboter une organisation de l’intérieur.

1°) Insistez pour que tout se fasse à travers des “canaux”. Ne permettez pas qu’on les court-circuite pour accélerer la prise de décision.

2°) Faites des discours. Parlez autant que possible et aussi longuement que possible. Illustrez vos “points” par des anecdotes et votre expérience personnelle. Ne jamais hésiter à faire des commentaires “patriotes” appropriés.

3°) Si possible créez des commissions pour tout, afin “d’approfondir et prendre en considération”. Faites les commissions les plus grandes possibles (jamais moins de 5 personnes).

4°) Soulevez des questions non pertinentes aussi fréquemment que possible.

5°) Chicaner sur le moindre terme dans la communication, les comptes rendus de réunion.

6°) Revenir sur ce qui a été décidé lors de la dernière réunion et en remettre la caractère opportun sur la table

7°) Soyez un avocat du “faites attention”, “soyez raisonnables” et enjoignez à vos collègues d’en faire de même et d’éviter de se se hâter car cela pourrait les mettre dans l’embarras par la suite.

8°) Inquiétez vous du caractère convenable de chaque décision, demandez si telle ou telle action envisagée correspond bien aux règles du groupe ou pourrait entrer en conflit avec les principes des “échelons supérieurs”.

Il est vrai qu’en agissant ainsi on peut largement perturber le fonctionnement d’une organisation de l’intérieur;

Trêve d’humour, qu’en pensez vous ? Ca ne vous rappelle rien ?

Peut on manager ce qui ne peut l’être

Si l’entreprise 2.0 est fondée sur un modèle d’intéractions spontanées entre les individus et d’autonomie, il peut paraitre fort paradoxal d’essayer de manager tout cela puisqu’à priori l’essence même du modèle est la liberté laissée à chaque individu. De là à se demander s’il faut ou non chercher à manager l’in-managable…il y a de fortes chances que l’on s’enferme dans des discussions stériles.

A priori, effectivement, “manager le social-computing” ou “manager l’entreprise 2.0″ semblent bel est bien être deux superbes exemples d‘oxymore.

En y regardant de plus près il me semble juste que tout est question de “granularité” du management et, par conséquent, de l’objet du contrôle ainsi effectué.

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Pourquoi les managers peinent à convaincre

managementJe vous conseille la lecture de cet excellent article des échos en date du 11 janvier dernier.

On en revient toujours à la même question…. mais c’est quoi un manager ? Et d’ailleurs on peut se demander s’il ne faut pas s’intéresser à la représentation qu’on en a plutôt qu’on contenu même de la fonction.

Pendant longtemps on a lié l’activité de management avec la position hiérarchique. Cela était possible dans un contexte où manager c’était commander et ou le degré d’autonomie des collaborateurs était faible. Aujourd’hui on se rend le plus souvent compte que commander n’est pas manager, que le management est davantage un art qu’une science exacte, et qu’assimiler management à la simple mise en oeuvre d’un pouvoir hiérarchique est un non sens.

Pendant longtemps le sens d’une carrière a été de monter grâce son expertise, ses résultats… de fait on avait de plus en plus de monde en dessous de soi au fil du temps et on devait donc les manager. Très souvent lorsqu’on vous dit “moi demain je veux manager” que faut il entendre ? Que la personne veut s’occuper d’une équipe, l’animer, la faire réussir ? Très rarement. Il faut comprendre “je veux un meilleur statut”. Et si le statut demande de s’occuper d’une équipe et bien tant pis…on s’en occupera. C’est la logique qui a notamment amené des experts à des postes de management parce qu’on a voulu récompenser la qualité de leur travail. Cadeau empoisonné car ils se retrouvent dans une position pour laquelle ils n’ont peut être pas les compétences et où les qualités qui leur ont valu la promotion n’ont plus à s’exprimer. Et dans un contexte qu’on ne maitrise pas on a tendance à devenir directif et tout vouloir contrôler ce qui est le meilleur moyen d’aller à l’inverse des résultats escomptés. [Read more...]