La mesure de la charge de travail sera-t-elle le problème du siècle ?

L’optimisation de la charge de travail a de tout temps été une préoccupation majeure de l’entreprise et plus encore des managers. Une charge trop importante par rapport à la capacité et c’est l’explosion programmée, une charge pas assez importante et c’est des ressources qui sont définitivement gâchées. Sans compter qu’il y a le travail planifié et le travail non planifié, celui qu’on confie à la dernière minute à qui peut pour faire face à un impondérable. Bref, dans tous les cas l’erreur d’ajustement finit par couter cher.

Dans une économie “industrielle” les choses sont plus ou moins facile à gérer. On connait la capacité de production d’une machine et l’impact des goulots sur les flux de production. Quant aux individus opérant des tâches manuelles standardisées dans un tel contexte on sait à peu près combien de temps il leur faut pour réaliser une chose précise à qualité constante. Quant aux impondérables, on sait jusqu’où pousser les machines et il est facile de savoir où elles en sont par rapport à leur charge optimale. Pour les individus, un simple coup d’oeil au stock d’en-cours devant eux donne une idée de la situation. Bref, dans un système de production ‘tangible’ il est aisé de savoir où on en est et quel est la marge de chaque agent soit par le biais d’indicateurs pertinents soit par un simple coup d’oeil dans dans atelier. Qui plus est, une simple observation suffit parfois pour avoir une idée de la situation.

Le passage à une économie de l’intangible rend les choses plus compliquées. D’abord parce que les choses sont de moins en moins linéaires et qu’il devient difficile de mettre en place un planning de production optimisé qui soit proche de la réalité. Les tâches deviennent des problèmes à résoudre, des solutions à trouver, et si on peut éventuellement déterminer des durées moyennes a postériori, le faire a priori, et plus encore de manière prévisionnelle relève du miracle. Et ce d’autant plus qu’en matière de “travail du savoir”, les notions de quantité et de qualité se mélangent à l’extrême. Voilà pour le prévisible (ou ce qui y ressemble). Pour ce qui est de l’imprévisible…comment savoir lorsqu’on affecte une tâche à quelqu’un qu’il aura le temps de l’effectuer avec le niveau de qualité requis dans les délais impartis ?

C’est ici une problématique qui touche à la fois à la performance productive et au management pur et dur. Une problématique dans laquelle nos outils moderne, s’ils sont une partie de la réponse, sont aussi la cause de problèmes nouveaux qui sont tout sauf négligeables. [Read more...]

Où l’on se rend compte du fossé entre management 2.0 et entreprise 2.0

J’avais quelque peu délaissé la thématique du management 2.0 qui avait été la ligne directrice de ce blog dès 2005 pour aborder celle, plus large, de l’entreprise 2.0 lors des deux dernières années. Quelque peu déçu que tout le monde se pique au jeu de faire rentrer des outils dans l’entreprise sans se poser le moins du monde la question du cadre de leur utilisation, question qui revient comme un boomerang à l’heure où on se rend compte qu’il ne suffit pas de petits ajustements périphériques pour donner une utilité aux outils mais une véritable refonte systémique pour qu’ils servent de catalyseur à un nouveau mode d’organisation.

Un rappel nous vient de Gary Hamel qui a publié dans l’édition de février de la Harvard Business Review un article intitulé “Moon shots for management” qui pose clairement les enjeux du management pour les années à venir.

A savoir :

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L’entreprise 2.0 et le mythe de la création de contenu

Le carburant du web 2.0 est le “user generated content” (ou UGC) et, logiquement, on se dit qu’il en ira de même en entreprise. Logique : lorsqu’on érige comme principe de connecter les individus à l’information et les individus entre eux via l’information, on comprend vite que l’existence d’une information publiée et partagée est le pivot des nouvelles formes d’intéractions que l’entreprise veut faire émerger.

Voilà pour le coté “expert”. Parce que coté entreprise ça n’est pas si simple. Je ne parle pas de créer et utiliser les contenus, je parle de la notion de contenu elle même.

On dit que les collaborateurs génèrent beaucoup de contenus. C’est vrai. Qu’ils en généreront de plus en plus. C’est également vrai. Qu’il faut les pousser à en générer encore plus. Pourquoi pas. Qu’il faut imaginer tous ces contenus ainsi créés pour comprendre l’impérieuse nécessité pour l’entreprise de basculer vers le cloud computing. Certainement. Mais…

Il en est des contenus comme des discussions : devant des choses ainsi présentées l’entreprise ne voit pas nécessairement son intérêt et le management peut même prendre peur, parfois à juste titre.

Une incompréhension, un malentendu qu’il s’agit de dissiper car sur le fond il n’y a rien à remettre en cause. Et ce sous deux aspects : celui de la formulation pure d’une part, et de l’organisation d’autre part.

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Le multitasking est il un mythe dangereux ?

Le “multitasking” est un des grands sujets de l’organisation du travail aujourd’hui. Il s’agit de la capacité présumée (et érigée en nécessité) pour les collaborateurs de faire plusieurs choses à la fois. Le phénomène du social media et la multiplicité des flux d’information auxquels sont exposés les collaborateurs ne fait que rendre de plus en plus centrale cette préoccupation.

J’ai bien peur que derrière la question du multitasking se cache une erreur fondamentale et dangereuse qui peut nous faire perdre de vue ce qui finalement compte vraiment.

Non, l’être humain ne peut être multitache. On ne peut faire qu’une seule chose à la fois et c’est ainsi encore pour un bon bout de temps même si je peux admettre que d’ici quelques siècles on aura peut être progressé dans ce domaine. Même la génération des digital natives dont on nous rabat les oreilles n’est pas plus multitache qu’une autre.

On confond trop souvent la capacité à “switcher” d’une activité à une autre avec celle d’être multitache. La nouvelle génération (mais un certain nombre d’anciens également) est capable de faire des aller et retours entre différentes tâches de manière très rapide, ce qu’on traduit à tort comme la capacité à être multitache. Ces personnes sont capables de transférer attention et énergie d’un sujet à un autre de manière très rapide, sans qu’ils soit pour autant vrai qu’ils les adressent conjointement. Le multitasking est donc plutot la capacité à switcher rapidement.

Quoique quand je parle de transférer l’attention il y a toutefois quelques limites et notamment celle qui fait que l’attention perd en intensité et que plus on est multitache plus le taux d’erreur dans les tâches accomplies est élevé. Pour vous en convaincre vous n’aurez qu’à lire cette excellente note trouvée grâce à un consultant aux mauvaises pensées.

Je vois d’ici les sourires en berne des chantres de la “productivité-comme-réponse-à-tous-les-maux-du-monde”. Et bien qu’ils se rassurent, car les effets sur l’entreprise seraient tout sauf positif. J’ai déjà mentionné le risque d’erreur accru. Mais il y a un autre aspect : l’incapacité à tenir les délais. Imaginez trois tâches A, B et C qui nécessiteraient 10 minutes chacunes (ou 10 heure ou 10 jours, peu importe).

Si elles sont effectuées à la suite, la première est finie à H+10, la seconde à H+20, la troisième à H+30.

Imaginez maintenant qu’elles soient effectuées de manière parcellaire, par tranche de 5 minutes. Ce qui nous donnerait peu ou prou cela :

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En somme, le multitasking peut être efficace si toutes les tâches doivent être terminées en même temps (mais alors quel intérêt). Par contre, quel que soit le nombre de tâches il ne permet pas de gagner de temps. J’ajouterai que je ne prend pas en compte le temps nécessaire à la reconcentration de l’individu entre deux tâches, qui nous amènerait à un retard général.

Ponctuellement cela peut servir à avancer une tâche (on pourrait faire A-B-B-A-C-C par exemple) mais en acceptant de mettre A très en retard. Et au final, de toute manière, il n’y a pas une minute de gagnée en global, plutôt du temps perdu.

Et voilà pourquoi je disais que se focaliser sur le multitasking risquait de nous faire perdre de vue l’essentiel.

L’individu est aujourd’hui arrosé, inondé de signaux et d’informations qui l’obligent à passer en multitache ce qui ne fait au final que réduire sa productivité alors même que les outils de communication sont supposés être faits pour l’améliorer. Ca n’est pas parce qu’un message est reçu qu’il est traité et les priorités des uns ne sont pas celles des autres. Mais visiblement ceux qui envoient les messages et ceux qui concoivent les outils qui les véhiculent n’ont pas l’air d’y penser.

Etant soumis à une multiplicité de flux qui conditionnent le contenu de son travail, il faut permettre au collaborateur de reprendre le leadership sur eux et de maitriser les canaux plutôt que d’être sous une cascade. J’aime d’ailleurs l’analogie qui consiste à dire qu’une douche multijet c’est agreable alors que se trouver sous une chute d’eau est plutôt douloureux…

La réponse à cette question a deux aspects.

• Le premier est comportemental : il faut savoir se couper des flux et se concentrer sur une tâche jusqu’à son terme, sans être dérangé.

• Le second est davantage technique : les outils mis à disposition des collaborateurs doivent leur permettre d’être les maitres et non les victimes des flux. Ils doivent pouvoir les prioriser, les mettre en attente, les détourner et faire en sorte que “si l’information est pertinente elle me parvienne…sinon elle attendra”. Bref les outils doivent leur permettre de construire leur supply chain d’information personnelle dont ils contrôleront contenu, débit et timing à partir d’une marketplace de l’information, d’une gare de routage. Et ce afin de prendre enfin en compte la réalité contenu du travail qui repose sur le traitement et l’exploitation de flux d’information qui sont la matière première du collaborateur. Une histoire de plomberie sans doute, et un enjeux crucial pour le social software et l’industrie du logiciel en général.

Les entreprises peuvent elles s’organiser comme des marchés ?

Qu’est ce qu’un marché ? Un endroit où une offre rencontre une demande.

L’entreprise aime le marché qui est le moyen le plus efficace de trouver des débouchés à ses produits et identifier ses fournisseurs. Il est un facteur de compétitivité par les débouchés qu’il offre  et d’optimisation des coûts par la mise en concurrence qu’il permet.

L’internet dit “social” est en quelque sorte un marché. Des contenus trouvent une audience, des idées des débouchées, des projets des réalisateurs, des personnes des partenaires, des questions des réponses… C’est grâce à ce marché que des événements aussi anecdotiques que des flashmobs ont pu avoir lieu, que des personnes ont pu connaitre des évolutions de carrière significatives, que des projets voire des entreprises sont nés. Cet espace immense, auto-organisé et dénué de barrière  l’entrée à rendu possible des choses qui n’auraient pas eu de sens dans un schéma classique de marché régulé et organisé, les couts de fonctionnement rendant économiquement irrationnels l’organisation de micro-marchés de niche. C’est parce qu’il ne connait pas de barrière physique ni économique que le net rend tout cela possible : le prix de l’intermédiation et de la transaction est quasi nul que ce soit financièrement ou en termes d’effort.

Il est un autre endroit qui regorge d’idées, de projets, de besoins, de compétences, d’envies, de questions et qui aurait tout à gagner à ce que les uns et les autres se rencontrent en son sein : l’entreprise.

L’expérience m’améne même à dire qu’il s’agit de l’endroit où il existe définitivement le plus de questions avec leurs réponses, et surtout de l’endroit où on est aboslument certain que jamais elles ne se rencontreront. L’entreprise est en général le lieu des opportunités manquées. Cela peut sembler surprenant au regard de ce qu’elle fait, mais quand on regarde ce qu’elle ne fait pas ou à grand peine et qui aurait du sens pour elle on peut avoir un certain vertige qui doit être à peu près proportionnel à la taille de l’entreprise concernée. Une des raisons à celà ? Des couts de transaction et d’intermédation élevés d’une part et le fait qu’on ne veuille se départir de cette intermédiation.

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Nos flux d’information ont besoin d’un plombier


Web 2.0 Expo Europe 2008

La surcharge informationnelle a trois causes principales : la première vient de la dispersion de l’information sur une grande quantité d’outils ce qui impose au collaborateur de naviguer en permanence en espérant afin d’être certain de ne pas passer à coté de quelque chose, la seconde vient du caractère subit du flux d’information qui tombe comme une cascade sur les épaules du collaborateur, en vrac, lui imposant un fastidieux travail de tri et de priorisation sans compter le temps nécessaire à la renconcentration après chaque interruption due au flot d’emails, et enfin un fossé enorme entre l’information reçue en fonction de ce qu’on veut vous dire et l’information subjectivement utile dont la recherche fait perdre des minutes précieuses.

Il m’arrive de rêver de voir arriver en entreprise ce qui est à notre disposition sur le net. Je m’explique : des millions de sources d’information (sites, blogs, micro-blogs,plateformes diversses) dont les contenus partent en quelque sorte dans la nature via fils RSS et autres APIs pour se retrouver dans un espèce de pot commun dont, via des recherches des des mots clés, des auteurs etc… j’extrais les flux qui m’intéressent moi et les consulte dans un outil unique, classés selon mes priorités du moment et le temps dont je dispose, de manière volontaire, en maitrisant ce que je consulte plutôt qu’en étant bombardé.

Pour illustrer cela j’utilise souvent la comparaison entre être sous une cascade et prendre une douche avec plusieurs petits jets massants. Au lieu de subir la violence d’un débit unique fort et non maitrisé je régle chaque jet à la puissance et dans la direction qui me convient et à la douleur succèdent confort et relaxation.

Cela nécessite bien sur d’ouvrir un peu les yeux et de se pencher sur la notion de flux d’information, de gouvernance, et raisonner en terme de market place et de supply chain d’information personnelle plutôt qu’en terme d’arrosage massif et inéfficace.

Pour ceux que la thématique intéresse je vous suggère d’avoir un oeil sur l’intervention de Stowe Boyd lors de la prochaine Web 2.0 expo et intitulée “Better Media Plumbing for the Social Web” afin de se familiariser avec ces nouvelles logiques et ces nouveaux enjeux et commencer sérieusement à se demander comment ces nouvelles manières de vivre l’information transformer la manière d’échanger au sein de l’entreprise dans les années à venir.

Il n’est pas en effet concevable qu’il existe deux mondes, celui du grand public et celui de l’entreprise, (composés par ailleurs des mêmes individus), avec deux conceptions totalement radicales opposées des flux d’information, séparés par un mur. Et il n’est pas plus imaginable que ceux qui sont d’un coté du mur oublient d’un seul coup ce qu’ils sont et la manière dont ils agissent quand ils passent de l’autre coté du mur pour rentrer chez eux le soir.

Par ailleurs si vous désirez assister à la web 2.0 expo, allez donc récupérer votre code de réduction ici.

Comment Danone fait de sa culture un levier de performance

Je vous avais dit, il a quelques temps de cela, que j’étais invité à participer à un évènement chez Danone. Le point d’orgue en a bien sur été la final de leur business game “Trust“, mais en amont nous avons la possibilité de discuter avec les gens de la DRH qui nous ont expliqué le pourquoi du comment, et surtout toutes les implications d’une bonne prise en compte de la culture d’entreprise;

J’en profite pour remercier les gens de chez Danone : prendre le temps de discuter en toute transparence pendant plus d’une heure, au calme, avec 4 ou 5 blogueurs n’est pas chose aisée et je les remercie de l’avoir fait. Merci donc Christine Gas (Directrice Communication RG), Pierre Deheunynck (Senior VP développement des hommes et des organisation) et Muriel Pénicaud (DGRH) pour avoir aussi bien pris soin de nous…ainsi qu’Alix Lepeytre pour nous avoir servi de guide.

Je vais tenter d’être synthétique…avec 5 pages de notes ça ne va pas être chose simple. [Read more...]