Entreprise 2.0 : qui trop lit son dictionnaire en oublie son relevé bancaire

Résumé : l’Enterprise 2.0 Conference qui vient de s’achever à Santa Clara laisse comme une impression bizarre pour qui a suivi les choses de loin. Alors qu’on pouvait s’attendre, maturité croissante aidant, à une vraie avancée sur les modes de création de valeur, on se retrouve avec une querelle de chapelles entre les tenants de l’entreprise 2.0 et ceux du “social business”. Ce qui remet sur la table le débat sur ce que l’entreprise 2.0 est, n’est pas, ses limites…au risque de désespérer l’entreprise qui, elle, voit que ses problèmes ne changent pas et aimerait enfin qu’on lui explique comment on va améliorer la chose au lieu de se voir proposer de rejoindre le rêve des uns et des autres. In fine, un débat qui dit beaucoup plus de choses par ce qu’il ne dit pas que ce qu’il dit : la question des modes de création de valeur et le ROI y sont largement absents.

J’ai suivi de loin et notamment par Twitter la dernière Enterprise 2.0 Conference qui se tenait la semaine dernière à Santa Clara. En général, j’arrive à sentir à l’avance les tendances et les sujets qui arriveront sur le devant de la scène mais là j’avoue ne rien avoir vu venir de ce qui s’est passé. J’aurais parié sur un prolongement de ce qui s’est dit à Francfort alors que le débat s’est placé sur deux fronts (en tout cas pour ce que j’ai pu ressentir de loin, sachant qu’il y peut y avoir un décalage entre ce qui se dit et ce que les participants en retiennent pour le partager).

• Un focus toujours aussi fort sur les communautés (à tel point que je croyais que c’était la “Community Management Conference”). On reparlera du sujet mais, à mon avis, si c’est un élément important du dispositif il n’est pas le seul et est largement sur-traité par rapport au reste. On ne peut prétendre avoir une vision de l’entreprise, de l’organisation, du “business” (en référence au courant émergent du “social business) en n’adressant qu’un type de dynamique qui par définition repose sur la bonne volonté des uns et des autres, hors du flux de travail, et dont l’impact final sur la performance de l’organisation quoique potentiellement impressionnant n’en n’est pas moins caractérisé par son caractère aléatoire.

• Le débat sur les concepts d’”entreprise 2.0″ et de “social business”. L’un est il mort et remplacé par l’autre, sont ils complémentaires, une tendance hérétique est elle en train de prendre le pouvoir contre l’église de Saint McAfee ?

J’ai été stupéfait par l’ampleur qu’à pu prendre le second point qui a semblé occulter le reste. Je m’étais promis de ne pas y participer faute d’avoir grand chose à ajouter mais finalement je me suis rendu compte qu’il était important non par son contenu…mais par ce qui en est absent. En passant, c’est l’occasion pour ceux qui se demandent ce qu’est l’entreprise 2.0 de se faire leur propre idée… [Read more...]

Enterprise 2.0 par Andrew McAfee

Enterprise 2.0 - McAfeeLe très attendu “Enterprise 2.0” d’Andrew McAfee est sorti il y a quelques semaines. Il y avait beaucoup d’attentes à l’égard de l’ouvrage du père de l’entreprise 2.0, ouvrage dont la publication avait été repoussée en cours d’année, ce qui n’a fait qu’ajouter à l’impatience ambiante. Maintenant que le livre est disponible il est temps de répondre  aux questions traditionnelles : le résultat est il à la hauteur des attentes, quel est son apport, à quel public s’adresse-t-il et…faut il l’acheter.

1°) Un cheminement qui trouve son issue au bon moment

Si “Enterprise 2.0″ n’est pas le premier livre à aborder le sujet, il est certainement le premier dont on attend qu’il soit un ouvrage de référence, ce qui suppose une certaine maturité. Une maturité qui est au rendez vous et est à mon avis la résultante d’un double cheminement.

Un cheminement propre au phénomène entreprise 2.0 tout d’abord. Même si on en parle depuis des années et que la ligne directrice est connue, on commence seulement à avoir le recul et les retours d’expérience nécessaires à la démystification de la chose et à la prise en compte des vraies questions que l’angélisme des premiers temps pouvait amener à négliger.

Le cheminement de l’auteur lui-même ensuite. McAfee explique clairement comment avant d’être le père spirituel de l’entreprise 2.0 il a d’abord été un sceptique qui s’est penché sur la question pour démontrer sa vacuité. Et comment l’objectivité l’ont amené à réviser ses préjugés. Une partie de l’ouvrage pas si anecdotique qui permet de mettre les choses en perspective et les ramener sur un terrain dépassionné.

2°) Le bon ton…

Quand on est expert reconnu dans un domaine et qu’on écrit un livre il y a deux choix, qui sont tout aussi valables l’un que l’autre. Faire un livre très technique s’adressant à ceux qui ont un certain niveau et veulent aller plus loin encore ou faire quelque chose de très pédagogique susceptible d’amener n’importe qui à comprendre les fondamentaux, les enjeux, se poser les bonnes questions et concevoir son projet. C’est la seconde voie qu’à choisi McAfee. Les habitués de son blog verront la différence : si le blog est l’endroit où les experts se rencontrent et discutent, où l’on est forcément plus technique car on discute et explore des sujets “chauds”, le livre se doit d’être lisible par tous. Et McAfee a brillamment réussi le (difficile) exercice qui consiste de passer du blog au livre.

Le livre est très pédagogique et accessible. J’ajouterai d’ailleurs que pour ceux qui ont un peu plus de mal avec la langue anglaise il est beaucoup plus accessible que nombre d’ouvrages spécialisés écrits dans la langue de Shakespear.

Nul besoin d’être un expert pour se lancer dans la lecture de l’ouvrage que l’on lira relativement facilement et rapidement tant il est fluide et accessible.

3°)..pour raconter de belles histoires…

Je disais donc qu’on pouvait concevoir un livre de manière analytique ou didactique. Choisissant la seconde voie, McAfee privilégie l’éducation par l’exemple et, plus que des cas, nous propose de belles histoires. Au lieu d’énoncer les avantages de l’entreprise 2.0 et de les illustrer par quelques cas bien choisi, il part quelques cas qu’il défriche peu à peu, en parallèle, qui permettent d’appréhender pas à pas l’ensemble des enjeux. Des cas suffisamment différents pour que chacun s’y retrouve, pour embrasser l’ensemble des enjeux et des difficultés.

Mention très bien sur la dimension pédagogique donc.

Cela a également un autre coté positif : McAfee ne part pas de la solution pour trouver les problèmes mais part du problème pour montrer comment la réponse se construit. Il le dit lui-même : aucune des entreprises n’a eu pour objectif de départ de “faire du 2.0″ ou implémenter des médias sociaux mais de résoudre une vraie problématique opérationnelle. Eurent elles pris la question par le mauvais bout qu’elles auraient certainement échoué.

4°) … aux bonnes personnes…

Le style et l’organisation du livre le rendront donc accessible à tous les managers ou décideurs devant faire face à ce type de problématique, aux étudiants désireux de s’approprier une notion encore trop peu traitée par les enseignants.

Cela veut il dire pour autant que ceux qui sont un peu plus avancés n’y trouveront rien ? Loin de là. Déjà parce que chacun ayant sa propre approche, cela permet de réévaluer ses propres options. Ensuite parce que cela formalise de manière construite des choses souvent éparses dans nos réflexions. Enfin parce que la manière dont les choses sont présentées permet aussi de construire des argumentaires et une manière de présenter les choses qui soit acceptable par nos entreprises traditionnelles.

Car c’est un des points positifs qui découlent du reste : quand on aborde de tels sujets on peut se positionner en intégriste du changement ou en faciliateur de transition. C’est ce parti pris qu’à choisi McAfee. Les jusqu’au-boutistes seront peut être déçus mais c’est en dépassionnant le débat qu’on aidera nos augustes institutions à avancer, pas en les agressant.

5°)…sans se voiler la face

Ce que j’ai apprécié dans le livre de McAfee est son objectivité et le fait qu’il n’élude aucun sujet, même ceux qui parfois font moins plaisir, entendez ceux qui nous disent que c’est difficile, que ça ne fonctionnera pas partout, voire qu’il s’agit d’une solution qui n’est pas inéluctable pour les entreprises.

Quelques points que j’ai donc noté avec intérêt

- des cas très diversifiés qui montrent une multitude de scenaris différents prouvant qu’on ne parle pas d’un modèle unique

- un traitement objectif et argumenté des objections, notamment sur la securité.

- le traitement de la distinction “in the flow / over the flow” pas assez présent dans les discussions sur le sujet et dont l’incompréhension est à mon avis la cause de nombreux échecs

- la prise en compte de la dimension managériale et culturelle.

- une intéressante analyse des raisons pour lesquelles l’adoption de l’entreprise 2.0 n’est en aucun cas inéluctable pour les entreprises : malgré un potentiel évident l’entreprise peut décider de “passer à coté”.

- pas de plaidoyer passionné mais la présentation objective d’une gamme d’outils et pratiques qui complètent idéalement l’existant.