Qui trop embrasse mal étreint : questionnements sur l’intéraction facile

Les logiques social media, qu’elles soient internes ou externes, reposent sur un certain nombre de principes connus, au nombre desquels on trouve la serendipité et la sagesse des foules (wisdom of crowd en anglais, cela fait plus sérieux…). Ces deux principes reposent pour une large partie sur l’émission de signaux sociaux qui permettent dans un cas de se laisser guider d’une information recherchée à une information inattendue et dans l’autre de recueillir en temps réel les gouts, avis, actions des membres d’une communauté ou d’un réseau donné pour prendre ses propres décisions.

Au début des médias sociaux, la donne était relativement simple : les blogueurs écrivaient sur ce qui leur plaisait et pilotaient (inconsciemment ou pas) l’un et l’autre. Puis est venu Twitter. Plus besoin d’essayer d’écrire quelque chose de consistant et donc d’investir le temps nécessaire : tout doit tenir en 140 caractères. Avantage : émettre un signal est plus simple, rapide. Inconvénient : c’est moins argumenté, voire pas argumenté du tout. Et le “retweet” qui permet de partager avec son réseau une information préalablement publiée par quelqu’un d’autre rend la chose encore plus facile. C’est le “one-click signal” sans aucun apport par l’intermédiaire.

On assiste alors à une prolifération des signaux qui est une bonne chose car la “base” oriente notre navigation, nos choix, est plus importante. Mais le coté sombre n’est pas loin non plus : rendu plus simple, l’acte de partager, d’émettre, est moins engageant. J’en veux pour seul exemple le fait que beaucoup “retweetent” un lien parce que le titre suggère qu’il est intéressant mais sans avoir pris la peine de le lire. Ou encore pour faire comme tout le monde : “je ne veux pas être celui qui aura l’air d’avoir laissé passer une information que tout le monde reprend”.

Un premier constat pour le moins paradoxal s’impose : pour élargir la base et donc, a priori, la fiabilité des signaux, on doit mettre en œuvre des solutions techniques qui rendent par définition le signal moins engageant alors même que ce qui fait sa valeur est l’arbitre de celui qui décide de l’émettre ou pas et l’effort consacré à l’émission qui est la preuve de l’engagement de l’émetteur. Alors qu’avant l’émission relevait majoritairement d’une volonté d’informer et de partager, elle peut désormais être dictée par une forme de suivisme (je ne dis pas qu’il n’y avait pas de suivisme auparavant ni que tout est suivisme aujourd’hui…j’ai simplement des doutes sur l’évolution des proportions dans le temps). [Read more...]

L’entreprise 2.0 est elle possible sans pensée positive ?

Autant commencer par asséner une vérité qui n’est en rien une nouveauté et ne surprendra personne. Nous sommes tous différents, avec nos cultures, nos valeurs, nos attentes et si on peut avoir un semblant d’uniformité au niveau local, la diversité de notre monde nous revient en pleine figure dès lors que, et c’est le cas de plus en plus de personne, on évolue dans un monde globalisé.

De la même manière une idée, une tendance, un concept véhiculent également une partie de la culture de ceux qui l’ont créé. Que l’on parle de choses aussi diverses que le jazz, la gastronomie, la démocratie, le basketball….ils ont traversé les frontières emprunts des valeurs de leurs créateurs et ont, avec le temps, réussi à s’implanter en se teintant de couleur locale, en se laissant revisiter par les locaux pour devenir acceptable au regard de leur identité.

Une des caractéristiques de l’entreprise 2.0 est d’être fortement empreinte de pensée positive, quelque chose qui nous est relativement étranger et dont, même si on essaie de nous sensibiliser  l’occasion pendant nos études, on ne prend la mesure qu’en aller se frotter à des cultures différentes, notamment nord-américaine.

Sans rentrer dans les détails disons qu’une culture qui promeut certaines valeurs, où l’on pense toujours qu’on pourra améliorer les choses demain, que partant de là tout doit être vu comme une opportunité, où le travail et la réussite professionnelle sont vus comme des moyens de s’épanouir personnellement porte en elle certains gênes qui ne sont pas neutres. Cela génère notamment une capacité à explorer la nouveauté, à s’engager avec les autres, qui devient intéressante lorsqu’on explore n’importe champ inconnu, et plus encore par rapport aux sujets qui sont les notres.

Je vous renvoie à cet article qui exprime la chose plus clairement et dont je cite toutefois un extrait :

Successful people act as though they have accomplished or are enjoying something. Soon it becomes a reality. Successful people often find themselves in situations where risk and uncertainty is hanging over them and if they were to take on a negative mindset then failure would rear its ugly head. Instead high achievers embrace risk and uncertainty in difficult situations and keep a positive outlook. Nine times out of 10 usually end up with the results that they had in mind all along.

Positive attitude is extremely important, as it encourages individuals to approach each day, and each problem, with a bright outlook. In a team environment, a positive attitude encourages a team to work together with individual styles and personalities. Positive attitude is not only about choosing to have a good outlook through good times and bad, but also about learning to love what you do. I have observed that outstanding business people are successful because they deeply love their work.

Quant à wikipedia, on y apprend que :

Pour le Positive Psychology Center, les vertus et forces morales mises en avant sont : amour et travail, courage, compassion, résilience, créativité, curiosité, integrité, connaissance de soi, modération, contrôle de soi, sagesse/

Les valeurs collectives et idéaux sociaux sont : justice, responsibilité, civisme, parentalité, soutien, éthique professionnelle, leadership, esprit d’équipe au travail, projet et tolérance..

Je ne peux m’empêcher de penser que non seulement les logiques comportementales portées par l’entreprise 2.0 se retrouvent ici dans une certaine mesure mais, surtout, que tout ce qui touche au déploiement, à l’adoption diront certains, repose souvent et essentiellement sur ce type de ressort.

Je ne peux pas, non plus, m’empêcher de constater que, pour dire les choses abruptement, et bien chez nous ça n’est pas l’inverse mais presque. Pas mieux, pas pire, mais différent. Stricte séparation entre vie personnelle et professionnelle, le travail vu comme une contrainte et pas une source d’épanouissement, une grande méfiance par rapport à l’entreprise et toute tentative d’”avaler” l’individu et de trop l’enfermer dans le groupe… Je force un peu le trait mais on en est pas loin…

Une fois ce constat fait, quelles conclusion en tirer ?

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