Vers le double salto organisationnel

Finalement si on essaie de synthétiser en deux points les challenges auxquels les entreprises vont devoir faire face très rapidement, je dirai passage du push au pull et du local au global. Ca ressemble à un double retournement sur soi même mais ça n’est pas si loin de la réalité.

• Du push au pull : le collaborateur est amené à faire sans cesse davantage de choses uniques. Tant par rapport à ses problématiques internes que par rapport à ce que demandent les clients. La personne confrontée à un besoin détermine ce dont elle a besoin pour y arriver car nul ne le sait mieux qu’elle. Au pire elle “crowdsource” au sein de ses collègues voire à l’extérieur la meilleure manière d’y arriver. Les échelons supérieurs définissent le cadre de ce qui est ou non possible et fournissent ce qui est nécessaire. Ca n’est plus l’échelon n qui définit ce que fait le n-1 mais le n+1 qui intervient en support du n. On y retrouve les principes d’empowerment et de subsidiarité dont j’ai souvent parlé ici.

De manière générale cela traduit également que l’entreprise est profondément impactée par son environnement qui la détermine plus qu’elle ne le détermine. Les phénomènes sociétaux et économiques, sans aller jusqu’à dire qu’ils dirigent l’entreprise, donnent un cadre et une direction qu’aucune direction générale ne peut ignorer. Sans disserter plus avant sur des concepts tels que la responsabilité sociale ou le social business, on se rend compte que tant ce qu’il faut faire que la manière dont il faut faire les choses n’est que rarement une idée de l’entreprise mais la compréhension d’une problématique soumise par un organe non décisionnaire à priori (collaborateur, client, fournisseur, société au sens large).

• Du local au global : on produit de moins en moins suivant une “ligne de production” ou sa réincarnation pour des biens immatériels, mais plutôt selon un écosystème adhoc de créateurs de valeurs, interne, mais pouvant également impliquer des externes. L’expression de constellation de valeur qui est de plus en plus utilisée reflète d’ailleurs bien la situation d’une entreprise qui plutôt que piloter des executants connecte des parties-prenantes. Quoi qu’il en soit, c’est complexe dans la mesure où une grande partie de l’activité et des résultats de chacun dépend en fait de ce que font les autres. Sachant que nos actes influent ceux de nombreuses autres personnes qui nous souvent inconnues et que notre quotidien est lui-même largement dépendant de ces mêmes personnes, il est essentiel d’avoir une vision globale, systémique des choses.  Systémique me semble plus approprié.

Tout le monde peut comprendre que dans ce type de situation si l’on se contente de baisser la tête et de regarder le bout de ces chaussures il est impossible d’avancer et, quoi qu’il en soit, on ne peut que subir les événements et non, à défaut de les maitrises, les anticiper.  Et j’aimerai savoir si ceux qui ne trouvent pas cela logique conduisent sur l’autoroute en se bornant à regarder la plaque de la voiture qui les précède. Notamment en cas de mauvais temps. Car ce type de vision systémique est le seul capable de permettre d’anticiper. Tant au niveau macro qu’au niveau de l’individu. Je parle bien d’anticiper, et non de prévoir. Si la systémique permet d’appréhender la complexité celle-ci est par essence imprévisible. Par contre elle est compréhensible et on peut en anticiper les conséquences pour peu qu’on ait également la capacité à se comporter de manière autonome pour y faire face. Je ne vous ferai pas une fois de plus la démontration ce qu’entraine le fait de privilégier la recherche de maximum locaux au détriment d’optimums globaux et tout ce qu’un changement de scope sur ce point provoque en matière d’évaluation de la performance, de management etc. mais c’est un sujet aujourd’hui central qui explique, plus que la peur de changer, de nombreux freins au changement. Des freins logiques tant les individus sont bloqués par les conséquences de ce que l’entreprise aimerait les voir abandonner.Penser en termes de systèmes c’est également reconnaitre, par ailleurs, la validité du point précédent.

Beaucoup de choses sont dites et écrites sur les problèmes de l’entreprise, ce qu’elle doit faire ou ne pas faire. Peu importe le nom qu’on donnera à ce qui sera mis en œuvre, une chose est certaine c’est que cela devra permettre d’outiller cette double gymnastique.

Des entreprises et des Hommes : la performance selon Antoine Riboud

Une réflexion pas si éloignée que ça de mes thématiques habituelles car on y parle finalement d’optimisation de la performance sous contrainte des ressources. Des ressources humaines notamment.

Tout le monde le sait et l’a compris, tout du moins je l’espère, le but d’une entreprise est de gagner de l’argent pour dégager de la valeur pour ses actionnaires, actionnaires dont on oublie souvent que sans eux l’entreprise n’existerait tout simplement pas.

Avec le temps on a transformé la nécessité de dégager du profit en nécessité de le maximiser. Une vision qui, il ne faut pas l’oublier non plus, nous a permis de connaitre à la fois la croissance la plus forte et la plus longue il y a quelques temps de cela. Mais il s’avère que la mécanique tend à se gripper de plus en plus fréquemment avec les conséquences que l’on sait et qu’on peut désormais observer dans notre quotidien.

Cela se traduit au sein même de l’entreprise par la volonté de faire toujours plus et de maintenir des rythmes de croissance incompatibles avec la logique la plus élémentaire. Une logique qui devient à terme contre productive lorsqu’elle conduit à adpter une demi-stratégie et promettre une performance linéaire là où celle des ressources, et notamment humaines, finit par plafonner ce qui entraine des “crises” internes cycliques.

En externe cela amène à une période où pour la première la croissance crée de la pauvreté, cette même pauvreté mettant en péril la croissance de demain en détruisant les marchés actuels et empèchant l’émergence de marchés futurs.

En un mot, nous avons la preuve que pour continuer à s’enrichir demain il convient de ne pas demander l’impossible aujourd’hui. Plus prosaïquement, disons qu’on ne coure pas le marathon en enchainant des sprints et que l’objectif c’est bel et le bien le marathon et non les 100 premiers mètres. La situation actuelle nous prouve d’ailleurs, quand bien même cela nous dérangerait, que la logique du “après moi les mouches” a vécu.

L’évènement dernièrement co-organisé par Danone et HEC sur le social business m’a amené à aller rechercher dans ma bibliothèque une collection de discours et interview d’Antoine Riboud (Antoine Riboud : Un patron dans la cité), fondateur du groupe Danone, dont je pense qu’au même titre que “Le but” (mais pour d’autres raisons) et “La Fin du management” mériterait d’être lu par tout manager voire collaborateur désireux de ne pas rester enfermé dans ses certitudes à l’heure où il convient de réinventer beaucoup de choses. [Read more...]

Les enjeux des directions générales : des business models qui s’appuient sur les réseaux

Quelles sont vraiment les préoccupations des directions générales ? Quelle est leur compréhension des enjeux actuels ? Tout le monde parle de la nécessité de faire évoluer l’entreprise pour évoluer dans le contexte qui est celui de ce siècle mais encore faut il que l’information soit arrivée en haut lieu et qu’une prise de conscience ait lieu si on veut qu’à un moment où à un autre ça commence à lentement redescendre. Et même s’il faudra du temps, beaucoup de temps pour faire évoluer les choses, plus vite la prise de conscience arrivera mieux ce sera.

Pour ce qui est du présent cela permet également de valider la perception que nous pouvons avoir du changement en cours et la réalité dans la tête des décideurs.

Heureusement le travail nous a été prémaché par PriceWaterhouseCoopers qui nous délivre son 11e “CEO Survey”, une édition intitulée : “Compete and Collaborate : What is Success in a Connected World”.

Tout un programme. [Read more...]

Le social business vous connaissez ?

Il y avait foule au théatre Marigny vendredi soir. Il me semble même que du monde n’a pas trouvé de place. Il ne s’agissait pas de la dernière pièce à la mode. Ou plutôt oui, à bien y regarder. Peut être le premier opus d’un nouveau genre de pièce, sur un thème qui pourrait être “comment faire du business sans casser la machine” ou encore “que nos affaires d’aujourd’hui ne se fassent pas au détriment des affaires de demain” voire “entreprise et individus, tous dans le même bateau”.

Présents sur scène : Martin Hirsch (Haut commissaire du gouvernement aux Solidarités actives), Georges Pauget (Président de la Fédération Bancaire Française et DG du Crédit Agricole) et Emmanuel Faber (Directeur Général Délégué du Groupe Danone) entourant Muhammad Yunus (Prix Nobel de la Paix et Fondateur de la Grameen Bank). Déjà un économiste et entrepreneur, banquier qui est plus est, à qui on donne le Nobel de la Paix cela surprend autant que cela interpelle sur les enjeux du développement économique. Le tout à l’initiative de Danone et HEC que je remercie au passage pour l’invitation.

Qu’est ce que le social business ? Selon Yunus « Un « social business » est une entreprise comme une autre. Sauf qu’une entreprise normale n’a qu’un but : gagner de l’argent, et en gagner encore plus. Comme toute entreprise elle devra réfléchir à la manière de gagner de l’argent et d’équilibrer ses comptes, afin d’être financièrement viable. Mais ce n’est pas son objectif premier et elle ne cherchera pas à maximiser ses profits au détriment de l’objectif « social » qu’elle s’est fixé ». Le tout partant d’un principe : le système actuel ne permet pas de soutenir le développement d’initiatives qui permettent de réduire les écarts, d’éviter qu’une partie de la population ne décroche complétement. Rôle qui revient donc in fine aux états. L’idée de Yunus (que vous pouvez découvrir plus largement dans son livre Vers un nouveau capitalisme) est de permettre d’investir dans de telles structures afin que le monde économique puisse lui-même tenir son rôle social.

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Manager dans la complexité : Danone sensibilise ses futurs collaborateurs à ses valeurs via un jeu d’entreprise

Manager dans la complexité, c’est une des grandes tartes à la crème du moment. Cela ne signifie ni plus ni moins que les individus doivent aujourd’hui prendre en compte des facteurs sans cesse changeants au moment de décider. Toujours utile de le rappeler alors qu’on ne peut qu’être effrayé de voir que beaucoup font comme si de rien était et se rassurent en faisant comme tout restait aussi prédictible que par le passé, que restait binaire et programmable.

Reste que la complexité dépend également de la culture de l’entreprise, de ses valeurs. Il y a le strict nécessaire (les chiffres, le reporting), ce qui l’est également mais souvent considéré comme accessoire (le contexte, l’information non structurée) et la cerise sur le gateau : les valeurs d’entreprise dont le respect ne fait qu’ajouter à la complexité ambiante. Ajoutons également le fait de devoir prendre en compte des éléments extérieurs à l’entreprise. J’en parlerai dans un prochain billet mais je reste atterré par le peu de cas que beaucoup font de ce qui se passe hors de leurs murs : pas de veille, pas de détection des signaux faibles, pas de benchmark… On vit en se regardant entre nous et on devient victime du syndrôme NIH (Not Invented Here) ou MCID (My company is different), forme organisationnelle et managériale de la consanguinité.

Bref certaines entreprises sont culturellement plus attachées que d’autres à la prise en compte “des autres” dans les décisions de l’entreprise. Par “les autres” entendons les collaborateurs mais également ce qui touche à l’écosystème de l’entreprise, à la réalité sociale dans laquelle elle évolue. L’effet Riboud certainement.

Ce qui m’amène à vous parler de deux initiatives mises en œuvre chez Danone : le programme Danone Way Ahead et Trust by Danone. [Read more...]