Le collectif n’est pas toujours la solution à tous les maux de l’entreprise

Résumé : un des présupposés derrière beaucoup de projets d’entreprise est que le collectif et meilleur que la somme des individus. Un fait qu’on a vérifié à maintes reprises, suffisamment pour l’ériger en vérité absolue. Mais est-ce aussi simple que cela. Dans un système qui peine à articuler l’individu et le groupe, dans lequel les individus voient de moins en moins en quoi ils contribuent à quelque chose de global ni ce qu’est ce quelque chose, trois risques sont évidents. Le première est de construire une organisation dans laquelle le collectif n’a simplement pas de sens. La seconde est d’en faire l’échappatoire des problématiques individuelles, une manière de se défausser sur les autres et le système de ses propres insuffisances. Le troisième, du coté de l’entreprise, est de croire que l’organisation sociale ou 2.0 sera un remède à des processus inadaptés auxquels on a peur de toucher.

Il y a plus d’idée dans 10 têtes que dans une. On est plus forts à 100 qu’à 10. Les foules sont plus sages que les individus. On est plus efficaces collectivement en se comportant comme un organisme vivant que comme une somme d’individualités. Autant de constats et de présomptions qui amènent les entreprises à développer leur approche “2.0″ ou “sociales” du travail. Avec de nombreux mots magiques érigés en remède à tous les maux : “communautés”, “réseau”, “lien”, “ensemble”.

Mais ces approches sont elles sans travers ?

La mise en place des logiques sus-mentionnées et, le cas échéant, des outils qui vont avec, vise souvent à améliorer des dynamiques collectives par le biais d’interactions plus efficaces entre les ressources, entre celui qui a quelque chose à faire et ceux qui peuvent contribuer à ce qu’il le fasse mieux ou plus vite. Rassembler et échanger sont donc les maitres mots de ces dispositifs nouveaux. Sauf que :

• Intéragir n’est pas produire : la conversation, les échanges, sont un préalable à l’action mais au final il y a une personne qui doit, suivant les cas, produire un livrable, décider, agir. On co-innove, co-conçoit mais au final l’action reste un enjeu de production individuel. On pourra citer une exception : la co-rédaction d’un document avec un outil comme Google Doc. Mais en y regardant de plus près, une personne doit toujours remettre tout d’équerre, aligner les styles et les propos. On gagne du temps au départ mais la finalisation d’un document écrit à 4 mains est souvent un pensum. Au final, l’unité de travail la plus élémentaire, la tâche, reste une problématique individuelle dès lors qu’on regarde du strict point de vue de l’exécution.

• on finit par essayer de résoudre par le collectif des problématiques de discipline, de rigueur, de responsabilité individuelle. Si personne n’a de rigueur sur la gestion de ses tâches, de son emploi du temps, de ses deadlines, ça n’est pas en réunissant tout le monde qu’on résoudra le problème. On risque même de l’amplifier par des interactions stériles qui ne feront pas avancer le dossier, chacun n’ayant pas accompli le travail préparatoire nécessaire à une réflexion collective en connaissance de cause.

• on déporte le problème là où il n’est pas en oubliant de s’attaquer aux fondamentaux, voire une manière facile de déplacer la responsabilité individuelle vers le collectif. “Si je ne fais pas la communauté fera”. Et tout le monde se disant la même chose personne ne fait plus rien d’autant plus que “la communauté” ça n’est ni plus ni moins que des individus dont on attend quelque chose. Quand la communauté fait c’est, en fait, certains de ses membres qui, individuellement, ont décidé d’avancer. On remercie “la communauté” mais là encore on est dans une logique d’investissement et de contribution personnelle. La communauté n’avance pas si ses membres (ou au moins quelques uns) ne décident pas d’avancer.

• mais on peut tout autant reprocher le même type de comportement du coté de l’entreprise. “Si on les emmène dans le social ou le communautaire ils vont pallier à nos processus inadaptés sans qu’on ait à rien changer de ce coté là”. Alors que justement ces nouvelles dynamiques ont besoin de processus forts et robustes pour trouver à la fois des raisons et du temps pour exister (on est pas à un paradoxe près..). [Read more...]

Fuites d’information sur les réseaux sociaux : le problème n’est pas là

Résumé : les réseaux sociaux grand public sont vu par les entreprises comme des canaux possibles pour des fuites d’information par négligence. A juste titre. Par contre la riposte mise en place, qui est le plus souvent d’ordre purement technique ne règle en rien le problème car elle ne s’attaque qu’à un canal de réalisation du risque, pas à sa cause profonde. Car le plus grand réseau social du monde s’appelle la rue. Si une approche globale du risque par la sensibilisation et la responsabilisation permet de traiter le risque dans son ensemble, les solutions mises en place, même efficaces sur leur périmètre, ne sont qu’un trompe l’oeil par rapport à la multiplicité des canaux de fuite. On ne règle pas un problème humain avec de la technologie et le firewall n’est pas une prothèse de la confiance.

Il est évident que la fuite d’informations est un sujet sensible pour les entreprises et que le risque que constitue un comportement négligeant de leurs salariés sur les réseaux sociaux, plateformes d’échange et de conversation ouvertes par excellence n’est pas du tout à prendre à la légère. D’où la multitude de discours qui invitent, tout aussi logiquement, à limiter ce risque. Le plus souvent par une solution technique. Ce qui résout certainement une partie du problème mais est, d’une certaine manière, une grossière erreur par rapport au fond du problème.

C’est en effet une manière de s’attaquer au problème en empêchant soit toute connexion soit, avec une approche plus fine, de ne filtrer que la sortie de certaines informations. Pourquoi pas. Cela répond finalement au besoin. Mais une telle approche comporte des failles. Elle ne concerne que les outils de travail. Dès qu’il utilise son mobile ou se connecte depuis chez lui, le collaborateur n’est plus soumis à ces barrières. Il est donc beaucoup plus utile de responsabiliser le collaborateur par rapport à son comportement, à ce qu’il dit, que de brider les outils qui ne sont, en fait, que le véhicule du comportement. Car agir ainsi c’est s’attaquer aux conséquences et pas aux causes profondes.

En effet le plus grand réseau social ne s’appelle si Facebook, ni Twitter mais…le monde, la rue, la vie. Et rien ne permet d’empêcher qui que ce soit d’y faire quoi que ce soit sauf la responsabilisation. Une approche qui a un avantage : si on réussit de ce coté là on est sur de ne plus avoir de soucis, non plus, sur les réseaux en ligne car le problème sera traité à la source, une fois pour toute.

Des exemples ? Cette banque de collègues de la Banque XXXX en virée apéro qui parlaient de la solvabilité de leur employeur sans se rendre compte que tout le monde autour écoutait. Ces deux cadres de XXX en train de discuter de la future stratégie commerciale de leur entreprise au restaurant l’autre jour. Merci pour les voisins. Ce groupe de salariés de chez YYY, visiblement partis en vacances ensemble, en train de parler au bord d’une piscine sur une île au milieu de l’Océan Indien du plan social top secret qui attendaient leurs collègues pour la rentrée sans se préoccuper le moins du monde du fait qu’ils sont entourés de…Français. Ah…tant que j’y suis je dis merci à la personne de chez ZZZ qui, il y a quelques années, allait soutenir devant le même client que moi d’avoir expliqué toute sa stratégie de négociation à son collègue dans l’avion. On en a fait le meilleur usage. Une pensée spéciale également aux acharnés de la productivité qui laissent le bel écran haute définition de leur portable visible à tous dans le train ou l’avion.

Bien sur ce genre de choses n’arrivent jamais. Je suis même certain que dans les entreprise en question, les réseaux sociaux sont savamment filtrés ou bloqués. On ne règle pas un problème humain avec de la technologie et le proxy n’est pas un substitut à la confiance.

 

Il ne faut pas confondre flicage et stupidité. Ni oublier d’être responsable

Dans la série de mes chroniques du dimanche sur les TIC et la société, je ne peux m’empêcher de vous livrer quelques réflexions sur la théorie du flicage.

Postulat : on laisse des traces sur le net, n’importe qui peut s’en servir et pas obligatoirement pour nous rendre service. On laisse des traces, le web les mémorise et c’est dangereux. Postulat que l’on peut décliner également en termes d’utilisation des outils informatique en entreprise.

J’en reviens à ce que j’ai déjà pu dire par ailleurs : l’internet c’est le monde, on y retrouve les mêmes personnes qui ne sont si meilleures ni plus viles en ligne que dans la vraie vie et il n’est pas scandaleux de penser que les mêmes normes sociales doivent s’y appliquer.

Imaginez vous deux minutes comme le héros de l’histoire qui va suivre…

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Ce que j’ai retenu de LeWeb08 : et si LeWeb avait été comme Le Web ?

Dans ma dernière note sur le sujet je titrais “ce que je n’ai pas retenu”, un titre en forme de boutade puisque je revenais tout de même sur trois interventions qui collaient à mes préoccupations. Un peu égoiste je le conçois, mais il est normal de voir midi à sa porte, après tout on est là quand même pour le boulot. Mais avec un peu de recul on peut dire que l’événement aura eu pour mérite d’amener à réfléchir sur des notions pas si évidentes que cela.

• Le pouvoir d’organiser sans organisation

Cela tombe bien, j’étais en train d’achever la lecture de Here Comes Everybody: The Power of Organizing Without Organizations de Clay Shirky. Etrange paradoxe : le web est devenu le royaume de l’auto-organisation, reposant sur des dynamiques qui n’auraient pas été si éloignées du thème de la conférence, à savoir “Love”. Et patatras, c’est l’organisation d’une conférence sur le web (enfin…de plus en plus sociétale que web et j’aime bien) ayant un thème porteur d’implication et de tolérance qui déraille et se fait tirer dessus à boulets rouges.

Cela m’avait inspiré deux réflexions volontairement provocatrice. La première était de dire qu’il aurait été cohérent d’organiser la conférence en suivant les valeurs de ce qu’elle traite, c’est à dire en se reposant sur la puissance et la sagesse des foules. La seconde est que si Loïc avait procédé ainsi la situation aurait certainement été pire.

Je n’ai pas eu à creuser le sujet trop longtemps, les grands esprits doivent se rencontrer car Loïc twittait au même moment qu’il envisageait de recourir à la force communautaire pour élaborer le prochain programme. Tant qu’à faire les choses de cette manière je me permettrai même de lui suggérer de d’abord demander des idées de thématiques (publiées sur les blogs des participants), d’en sortir quelques unes qui tiennent la route et ensuite de faire voter pour un programme en fonction. Tant qu’à pousser la logique au bout…

Ma seconde pensée donc était que je ne sais pas si cela nous aurait aidé outre mesure. Ca n’est pas parce qu’on vote qu’on fait collectivement le meilleur choix. Ajoutons à cela que la grande masse des votants ne participera certainement pas l’événement ce qui pourrait créer un décalage for intéressant…sauf pour l’organisateur. Cela aurait quand même eu l’avantage de faire taire certaines critiques vu qu’on a toujours du mal d’être négatif à propos de nos propres choix. Mais je rejoins Shirky pour dire qu’une entreprise ne peut fonctionner sur ce modèle sous peine de s’effondrer. Or, à mon sens, vu l’excellence visée et les moyens mis en place il faut quelqu’un pour assumer. Les habitués reconnaitront là mon discours sur la hiérarchie en mode 2.0 : ça n’est pas parce qu’on travaille en réseau qu’il n’y a pas quelqu’un qui doit décider, sachant que si le succès a souvent beaucoup de parents l’échec est bien souvent orphelin. Or quand des sommes non négligeables sont en jeu…

Car il a été bien utile le père Loïc. Imaginez que nous ayons choisi les conférenciers, le fournisseur d’accès internet et le traiteur (tant qu’à faire…). Rien ne prouve une seule seconde que la prestation aurait été à la hauteur. Mais qui aurait été là pour assumer, faire face, et tenter de corriger ? Soyons clair, il fait froid, on meurt de froid et le wifi déconne, il n’y a pas de raison de ne pas le dire, ce sont des faits. Ni de ne pas s’en plaindre car c’est objectivement dérangeant. Ensuite c’est comme les avions qui ont du retard, il faut savoir tourner la page et ne pas en faire une affaire d’état non plus, ça arrive. De plus cela donne d’autant plus de crédibilité aux remarques positives. Mais ça n’est pas LLM qui installait le Wifi ni Géraldine qui était en cuisine non ? Simplement leur job était d’assumer les erreurs des autres. Et quitte a assumer autant assumer ses propres choix non ?

Tout cela pour dire que nous avons eu la preuve par l’absurde, en live, que le modèle de “non organisation” qui permet des choses fantastiques sur le web doit être “drivé” un minimum dès lors qu’il y a un objectif défini et des enjeux et qu’on est dans le cadre d’une structure organisée et non pas spontanée. Non pas parce que c’est plus ou moins efficace mais parce que passé un certain niveau d’exigence l’organisation demande un responsable, fut il non coupable. LeWeb n’aurait donc pu être le web et finalement le participant le plus efficace de la conférence n’était autre que monsieur Murphy. Maintenant le challenge de trouver le juste milieu entre implication des participants et maitrise de l’événement pour l’an prochain est un challenge intéressant.

• Internet un enjeu majeur ?

Parce qu’à force d’appliquer la régle qui veut que tout dysfonctionnement ait un responsable, si possible le proche possible de soi et clairement identifiable on a oublié quelque chose de beaucoup plus inquiétant. Nous avons connu quelques soucis d’internet soit. Mais à se demander pourquoi ça ne fonctionnait pas, on a oublié de se demander pourquoi il a fallu faire installer une connexion pour l’occasion. Je rappelle que le 104 vient à peine de réouvrir, c’est un endroit flambant neuf destiné à accueillir conférences et expositions et il n’a visiblement pas semblé utile aux pouvoirs publics, ici incarnés par la mairie de Paris, d’installer une telle infrastructure dans l’endroit, à demeure. On peut réellement être préoccupé par le fait qu’un tel équipement ne soit pas inclus sans qu’il y ait la moindre discussion à avoir dans le cahier des charges qui préside à la réfection d’un tel endroit, voire se demander si le message que tiennent pourtant les élus est bien compris de ceux qui sont en charge des affaires quotidiennes.

J’aurais bien terminé en vous racontant comment comment je verrais le contenu d’une conférence mi techno mi sociétale aujourd’hui. Mais parce que les conseilleurs ne sont pas payeurs et parce que je me suis promis de ne plus faire de notes de plus de mille mots je vais m’arrêter là.