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Sens | Bloc-Notes de Bertrand Duperrin - Part 2

Adoption de l’entreprise 2.0 : il vous faut à la fois une voix et un tournevis

Suite de ma réflexion précédemment ébauchée au sujet de l”adoption de l’entreprise 2.0“, enrichie par les nombreuses discussions et commentaires qui l’ont suivi. Voici donc une synthèse de ce qui ressort de tout cela.

• Il faut un (ou des) pilotes dans l’avion.

Comme le fait justement remarquer Oscar Berg, il faut quelqu’un dans le siège du conducteur. Dans ce sens, oui, l’adoption se pilote. Ou plutôt elle s’incarne : la nouveauté s’incarne, le changement s’incarne et le tout doit être porté à haute, claire et intelligible voix. Il s’agit d’expliquer, de convaincre, et dans une certaine mesure de créer une dynamique et un enthousiasme qui vont faire que les choses vont arriver. C’est le rôle des “évangélistes internes”, “adoption leaders” et autres “advocates” comme le disent nos voisins d’outre-Atlantique.

• L’enthousiasme et la bonne parole ne suffisent pas

Si les convaincus, les passionnés, les enthousiastes sont légion, force est de constater que cela ne suffit pas sinon ça fait longtemps qu’en confiant le bon projet à la bonne personne la question serait déjà réglée et qu’on serait passé à autre chose. Dans son quotidien le collaborateur peut entendre la voix qui lui dit “c’est possible, c’est bien, c’est bénéfique….” et ne pas sauter le pas. Par appréhension de faire le dernier pas parfois…mais cela se règle avec un brin d’accompagnement. Parfois le mal est plus profond. Il se dit que “oui, dans un monde idéal tout cela est vrai, mais totalement illogique dans mon propre cas”. Et il a souvent raison.

John Tropea en aborde certains aspects ici et ici. De manière générale si ce que dit la voix va à l’encontre de ce que la plus simple logique dicte au collaborateur, il ne l’écoutera pas. Et quoi de plus logique pour lui que de suivre les règles, quand bien même il les trouve inadéquates, qui définissent la manière dont on évalue son travail et les conséquences qui en découlent en termes de pratiques quotidiennes. D’autant plus que le bénéfice étant quasi-inexistant s’il est le seul à changer, il faut qu’il change avec ses pairs (ou un grand nombre d’entre eux) et de manière cohérente.

Là il n’est pas question de convaincre et porter un message. Même l’enthousiasme le plus effréné se heurte à la barrière que constitue le quotidien et les facteurs terre à terre et locaux. Il s’agit de travailler sur l’alignement et de rendre les choses cohérentes. Un travail qui incombe aux managers et qui doit être effectué au plus près de l’utilisateur. Bien sur la “voix” compte, elle expliquera au management, convaincra, donnera des pistes…mais au final c’est bien de quelques coups de tournevis donnés dans les mécanismes quotidiens qui feront que la voix sera écoutée, que la dynamique ne sera plus seulement dans les têtes mais dans les faits.

Cette adoption là ne résulte ni de l’enthousiasme ni des bons sentiments. C’est une question de sens et d’alignement.

• Qu’est ce qui est pilotable là dedans ?

Visiblement chacun a sa propre conception de la chose et je ne prétend pas que la mienne soit la meilleure. A mon avis, au sens strict, pour piloter quelque chose il faut avoir prise dessus. On peut donc revisiter une partie des activités quotidiennes pour les mettre en phase avec le but recherché. On peut repenser les fiches de postes, les missions, les modes d’évaluation comme cela a été notamment fait chez Cisco. Mais malgré tous les talents et les efforts déployés on ne peut faire en sorte que tout le monde soit convaincu, change son état d’esprit, désire se lancer. On peut se donner un maximum de chances de réussir mais faute de prise sur une mécanique humaine individuelle et collective plus que complexe on ne peut modéliser ce qui fera qu’à coup sur tout le monde va voir la lumière.

Au sens strict, si on peut piloter la transformation des activités, on ne peut que faire son maximum pour que l’état d’esprit change. Notons aussi que le rapport entre les ressources engagées et le résultat est plus prévisible (ou moins aléatoire) pour l’un que pour l’autre.

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Piloter l’adoption montre qu’on est à coté du sujet

Je n’ai jamais été trop à l’aise avec la notion, pourtant centrale dans de nombreux échanges relatifs à l’implémentation de social software en entreprise, d’adoption. Ou plutôt, pour être plus précis, avec la notion de pilotage de l’adoption.

Bien sur l’adoption est nécessaire. Et comme tout ce qui est nécessaire, l’entreprise ne peut pas imaginer ne pas la piloter. Rien que de très logique…et pourtant quelque chose sonnait bizarrement à mes oreilles sans que je sache trop quoi. J’avais laissé le sujet en souffrance jusqu’à ce que Paula Thornton le rappelle à mon bon souvenir en mettant le feu aux poudres.

Commençons par le sens des mots.

Piloter : se donner les leviers nécessaires à la réalisation de quelque chose ainsi que les indicateurs de suivi adéquats.

Adopter : faire sien quelque chose sien de manière volontaire. Suppose donc qu’on en ait compris l’intérêt, le sens, les implications.

Si les deux sont donc indispensables je n’arrive décidément pas à les accoler dans la même phrase. Et finalement pour une raison très simple : si adopter implique spontanéité et choix effectué en toute liberté, piloter l’adoption signifie pousser les gens à faire quelque chose contre nature car si cela était naturel l’adoption se ferait sans pilotage. Alors on peut bien dire que piloter signifie uniquement “créer le terreau fertile” mais je ne crois pas une seconde que c’est la position la plus fréquente : cela reviendrait à dire qu’on a aucune prise sur le résultat et qu’on se donne une obligation de moyen et non pas de résultat. Une position qui, peu importe qu’elle soit sensée ou non, n’est simplement pas concevable par l’entreprise. Piloter l’adoption signifie donc pousser à faire des choses contre nature et une telle approche explique peut être à elle seule pourquoi les choses sont difficiles, que, justement, soit on adopte pas soit on adopte à reculons.

Une conclusion en forme de cul de sac donc ? En aucun cas. Car si pilotage et adoption sont indispensables, il me semble qu’on confond l’objet du verbe et la résultante de l’action.

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10 questions auxquelles répondre pour réussir votre projet entreprise 2.0

On a l’habitude de dire que pour réussir il y a des choses à faire. Mais à force de toujours privilégier l’action et de dédaigner la réflexion on risque de faire n’importe quoi et gâcher de belles opportunités. Pour réussir il faut aussi avoir des réponses. Des réponses qui permettent de passer d’une étape à l’autre. Des réponses qui permettent d’être sur qu’on ne se trompe pas de projet. Des réponses qu’il faudra donner à ses supérieurs pour prouver qu’on ne jette pas l’argent par les fenêtres et que l’initiative mérite son budget et un soutien actif.

A chaque phase du projet  il faut se demander si on a la réponse à quelques questions clé. Et faute de réponse il importe de lever le pied et de consacrer son énergie à la trouver avant de persévérer dans une une direction qui pourrait être fatale.

Si l’on considère qu’un projet comporte en gros 3 phases, l’exploration où on essaie de comprendre un phénomène au départ inconnu, le pilote où on valide ce qu’on a cru comprendre, et l’industrialisation qui est la généralisation à l’échelle de l’entreprise, voici 10 questions clé auxquelles vous devez avoir des réponses.

Il n’y a pas toujours de bonne ou de mauvaise réponse. Mais par contre il en faut une. Lorsque la réponse se limite à “oui” ou “non”, je vous laisse trouver de vous même quelle est la bonne réponse…et que signifie l’autre.

1°) A l’issue de la phase d’exploration

Qu’est ce que les outils que je compte utiliser font et ne font pas ? Ou plus exactement pour quoi sont ils conçus et pour que ne sont ils pas conçus ?

Ai-je une idée de la manière dont mon projet va impacter le travail quotidien des utilisateurs ? Puis-je visualiser la situation future, me projeter ? Et suis-je prêt à l’assumer ?

Puis-je  évaluer l’impact de mon projet sur la chaine de valeur, sur la création de valeur, sur l’efficacité au quotidien (au moins théoriquement) ?

2°) En phase pilote

Les contenus et informations partagés le sont il du fait des utilisateurs ou de personnes à qui on demande d’occuper le terrain ?

Ai-je formalisé, communiqué, les “outcomes” attendus ? Et vérifié qu’ils avaient du sens dans le quotidien des collaborateurs ?

Suis-je sur que les intervenants sur le projet (internes comme externes) ont pour objectif de faire délivrer ces “outcomes” ou de faire en sorte qu’il y ait simplement du bruit dans l’outil afin de mériter leur paie ? L’utilisation de l’outil est elle devenue la finalité du projet au détriment de tout objectif opérationel ?

Ai-je organisé la réutilisation de ces fameuses intéractions sociales et de leur produit au service du business (comment l’idée deviendra projet, comment le collaborateur pourra accéder et réutiliser le savoir et l’aide de ses pairs, comment on pourra mobiliser une ressource identifiée au gré de ces intéractions…)

Ai-je réfléchi à la notion de “routine sociale” avec les métiers, les managers, et commencé son implémentation ?

3°) En phase d’industrialisation

Ai-je des indicateurs concrêts permettant de mesurer l’apport de la logique “sociale” au business (longueur du cycle d’innovation, longueur du cycle de vente, chiffre d’affaire, nombre de bonnes pratiques capitalisées, réunions évitées, idées recueillies, longueur du cycle de décision, diminution du temps passé par les managers à faire de la mise en relation….)

Ai-je  des exemples de choses qui ne se serait pas produites sans le projet ? Et quel a été leur impact ?

Ca n’est bien sur pas exhaustif mais il est à peu près certain que l’incapacité de fournir une réponse à une de ces questions, voire parfois une mauvaise, risque de se payer au prix fort un jour ou l’autre alors que prendre le temps d’y penser au bon moment évitera des désagréments futurs.

Pour des réseaux sociaux en ligne puissants, concentrez vous sur vos réseaux hors ligne

Les entreprises commencent peu à peu à être à l’aise avec la logique de réseaux sociaux. Je parle bien sur des réseaux sociaux en ligne, sujet chaud depuis quelques temps. Deux réflexions me viennent souvent à l’esprit à ce sujet :

- alors que la logique de réseau est connue et utilisée par nombre de professionnels, de managers, depuis des années si ça n’est des siècles, tout le monde a été pris de panique lorsqu’on a parlé de réseaux sociaux…alors  j’attend qu’on m’explique comment un réseau pouvait ne pas être social.

- la grande transhumance vers les réseaux en ligne fait que les réseaux hors ligne (comprenez dans la vie réelle, avec des contacts visuels et auditifs) ont été complètement oubliés. Puisqu’internet allait nous permettre de nous connecter à des milliers de personnes sans quitter son écran et son fauteuil, allait permettre de générer des réseaux en clic, pourquoi s’ennuyer avec des vrais gens qui ne comprennent pas pourquoi on veut les amener à développer, qui posent des questions voire émettent des doutes.

C’est ce second point qui nous intéresse aujourd’hui.

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, le réseau auto-généré en un clic, qui fonctionne tout seul et qui produit des résultats éblouissants…n’a jamais existé ni fonctionné. Le seul soucis est que beaucoup y ont cru. D’où des réveils difficiles et une subite interrogation : comment faire fonctionner ces réseaux ? Et, d’ailleurs, comment les créer ? Remarquons que le même problème se pose avec les communautés.

Lorsqu’on me demande de définir les outils de réseaux sociaux en ligne et leur apport, j’ai coutume de dire qu’ils permettent de s’affranchir des contraintes de temps et d’espace que l’on rencontre dans la vie “réelle”, “physique” lorsqu’on a besoin soit de réaliser quelque chose ou d’engager des échanges avec des personnes connues ou solliciter ses contacts pour identifier des personnes qu’eux connaissent et dont on aurait besoin. Ce qui suppose qu’on ait déjà sous la main un “vrai” réseau, capable de fonctionner et dont les résultats ne sont limités que par la capacité des uns et des autres à le “matérialiser” (voir au delà des membres avec qui ont est en relation directe) et à trouver le temps nécessaire à l’organisation et à l’échange.

Un réseau (ou une communauté) n’est au aucun cas créé par un outil, ce dernier ne faisant qu’aider à le matérialiser et le fluidifier. C’est d’ailleurs ce qui ressort de cette étude sur l’utilisation des réseaux en ligne.

Les réseaux en ligne ne sont efficace que pour palier aux dysfonctionnements des réseaux hors ligne

La conclusion est donc aisée à tirer : partir d’une solution aussi brillante soit elle pour créer des réseaux est voué à l’échec. Il est essentiel de créer les réseaux, communautés, dans la “vraie” vie et, ensuite seulement, de les porter en ligne. Traduction : croire, comme cela a été longtemps le cas (et l’est encore pour certains) que se lancer dans une démarche technologique va permettre de se passer de travail sur des sujets aussi longs à traiter et parfois sensibles que le travail sur le sens, le teambuilding, le sentiment d’appartenance, la compréhension (et la définition d’ailleurs) d’un but commun etc… est une erreur. C’est au contraire un travail préalable à la mise en place des outils. Bien sur les outils renforcent le tout une fois tout cela mis en place. Renforcent mais ne créent pas.

Cela vaut aussi bien pour l’entreprise qui désire travailler sur ses réseaux internes que ses réseaux externes. Et comme le conclut l’article, il n’est donc pas question ici d’un canal de communication de plus, à traiter comme les autres, mais d’une stratégie en tant que telle qui demande un vrai changement d’état d’esprit.

Courrier des lecteurs : qui cherche une baguette magique dans les nuages ne récoltera qu’une mauvaise averse

Il arrive parfois qu’un lecteur au lieu de laisser un commentaire ou repartir avec ses doutes pose une question par email. Et il en est une qui revient tellement souvent qu’une réponse publique s’impose.

De manière générique elle se présente comme suit :

“Monsieur,

Je suis avec attention tout ce qui se dit aujourd’hui sur l’entreprise et le web 2.0. Autant vous dire que le manque de partage d’information, la surcharge d’email, le fait que les bonnes idées ne remontent jamais sont autant de situations que nous vivons au quotidien et contre lesquelles je pense qu’il faut agir pour le bien de l’entreprise. Il est évident que nous devons apprendre à fonctionner quelque peu différemment.

Par contre j’ai un peu de mal de voir comment tous ces outils, ce “cloud computing”, ce web 2.0 vont faire en sorte de changer la manière dont mes équipes travaillent.

Si vous aviez quelques informations pour éclairer ma chandelle…

Cordialement

xxxxxxx”.

Alors on pourrait déjà commencer par expliquer la différence entre les outils en tant que tels et le “cloud computing” qui est plutôt relatif à leur mise à disposition, dire que l’entreprise n’est pas le net, que….

Mais le plus important n’est pas là.

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Comment bâtir une communauté commerciale ?

J’avais mis dans mon “radar” cet article de Jean-Marc Bellot sur “comment bâtir une communauté commerciale“, espérant avoir d’y revenir et de lui laisser un commentaire. Le hasard faisant bien les choses j’ai croisé Jean-Marc hier et nous avons abordé le sujet de manière plus globale le temps d’un café avons échangé par mail plus tard dans la soirée. Il m’a demandé l’autorisation de publier mon mail en commentaire, et je vous invite à aller vous mêler à la discussion.

Désolé pour le style télégraphique du mail en question…disons que j’ai répondu très très tard dans la nuit.

J’ajouterai une dernière chose : je ne pense pas qu’on puisse bâtir une communauté. On peut créer le terreau fertile sur lequel elle va grandir mais on ne peut décréter sa création. Ou plutôt si : on peut décréter que des individus forment une communauté, mais on en fera jamais une communauté vivante de cette manière. Or une communauté qui ne vit pas est sans valeur, à la fois pour ses membres et pour l’entreprise qui la met en place. Je dirai plutôt qu’il faut mettre en place tout ce qui permet aux individus ayant un intérêt commun de se regrouper et de construire quelque chose. Et les autres me direz vous ? Et bien travailler à faire naitre chez eux un intérêt partagé avec les premiers nommés. Et pour cela identifier leurs moteurs dans le cadre de l’organisation. Qu’est ce qu’il fait qu’ils vont ou non s’investir, donner un peu de leur temps, de leur expérience ? [Read more...]