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Social Computing | Bloc-Notes de Bertrand Duperrin - Part 2

Quel avenir pour le réseau social d’entreprise ?

Le réseau social est la clé de tout projet estampillé “2.0″ dans l’entreprise. Pourquoi ? Parce que lorsque l’objectif n’est plus de trouver des gens ou des informations mais de lier les gens via les informations et les informations via les gens, c’est le liant indispensable entre les savoirs formels ou tacites, ceux qui les détiennent et ceux qui en ont besoin.

Il prend en général différentes formes :

- déclaré : chacun déclare son réseau comme on peut le faire sur Facebook ou LinkedIn. Peu pertinent à mon avis car dans la mesure où il est mal venu de refuser une telle demande d’un supérieur connectophile (voire connectophage), on va finir par reproduire l’organigramme. De plus, les critères a priori professionnels mais dont on ne pourra exclure un brin de “personnel inconscient” peuvent laisser planer des doutes sur la réalité et la qualité du lien. Ensuite parce qu’on ne pense pas soi-même à tous les liens faibles, et qu’à la limite formaliser ces derniers est un peu contre-culturel : entre celui qui se demande s’il doit demander et celui qui se demande s’il doit accepter, la partie n’est pas gagné.

- constaté : le réseau, mais je parlerai plutôt ici de sphère de proximité professionnelle, n’est pas déclaré par les collaborateurs mais constaté au regard de leur activité sur les espaces sociaux. Qui lit qui ? Qui intéragit avec qui ? Qui s’intéresse aux mêmes sujets que qui ? Tout cela est aisément déterminable en fonction des actions de chacun dans le flux de son travail, des mots clés utilisés, voire de la manière dont il renseigne son profil. Cette modalité, à mon sens, permet de faire émerger plus aisément les “vrais” réseaux à la fois en fonction des interactions et des centres d’intérêt de chacun. Et, ne dépendant pas de l’arbitraire des uns et des autres, il a le mérite de l’objectivité ce qui permet d’évacuer des questions de “favoritisme” et de course à la popularité que peuvent craindre certaines entreprises.

Oui mais voilà, si le réseau se nourrit de l’activité “sociale”, il est lié aux logiciels supportant la dite activité. Il en est d’ailleurs souvent partie intégrante. La composante “sociale” de l’activité des collaborateurs ne pouvant trouver place que sur des logiciels spécialisés, chacun a peu a peu construit sa couche de réseau social et les réseaux en tant que tel se sont dotés de fonctionnalités de partage, de publication.

Voilà le paysage du réseau social d’entreprise tel qu’il se présente aujourd’hui. Mais pour combien de temps encore ?

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L’avenir du microblogging est il le blog ?

Un précédent article sur la complémentarité de ces deux types d’outil m’a permis d’avoir de nombreuses discussions en ligne et hors ligne. Disons que la logique qui veut que tout ce qui est nouveau soit formidable et ait vocation à faire table rase de tout ce qui existait avant et qui est nécessairement has been ne me convainc pas. En général la nouveauté nait des manques de l’existant et vient combler des trous dans le spectre global des usages. Mais si une fois qu’on a bouché les trous on retire la structure principale on se retrouve avec…d’autres trous qui amènent forcément un jour à réinventer la roue qu’on avait jeté.

Discussion sur l’avenir du microblogging en tant que solution ultime vouée à remplacer tous les outils de publication personnels.

- 140 caractères est une limite vraiment bloquante pour certains contenus. Pas grave. Demain les outils de microblogging permettront de s’affranchir de cette limite.

- guère évident de retrouver l’information . C’est un faux problème. Demain des systèmes de tags plus performants permettront de vraiment mieux organiser la publication de chacun et de naviguer dedans.

- il est quasi-impossible de retrouver les échanges et d’en avoir une vue structurée. Là aussi, le futur s’annonce radieux puisqu’à terme il est évident que la gestion et la visualisation des conversations seront beaucoup plus poussées.

Au final, l’outil de microblogging du futur permettra de publier des contenus longs, riches, de les structurer et d’avoir une vision instantanée des réactions et commentaires. qu’ils ont suscité. Il s’agira donc….de ce qui ressemble bizarrement à un blog. Et ses limites nous amèneront certainement à réinventer le microblogging.

Trêve de plaisanterie, c’est bel et bien la preuve qu’il s’agit de deux logiques dont les interconnexions doivent être développées, sans que l’une ait vocation à remplacer l’autre.

Un contenu est il social par nature ou par besoin ?

Le web 2.0 autrement appelé “web social” et l’entreprise du même qualificatif sont nés sur l’hypothèse suivante : au sein d’un périmètre humain donné l’information gagne à être systématiquement partagée et les discussions publiques partant du principe qu’on ne sait jamais qui est susceptible d’enrichir le travail de l’autre, lui apporter une solution, et qu’il est plus efficace de laisser chacun se positionner sur l’information qui l’intéresse que de pousser cette dernière à ceux qu’elle n’intéresse pas tout en ignorant ceux dont on ne sait pas qu’elle peut les intéresser.

Bien entendu j’attire votre attention sur la notion de “périmètre” : on ne parle pas de libérer l’information aux quatre vents mais au sein d’un périmètre déterminé en fonction de contraintes propres à chaque situation. C’est ainsi que sur internet on peut publier sur un blog ou au sein d’un groupe d’amis sur Facebook, voire d’une communauté professionnelle sur LinkedIn et qu’au sein de l’entreprise on pourra s’adresser à tous, aux membres de son département, de son équipe…

Force est de reconnaitre que tout le monde n’est pas à l’aise avec cette logique. Tout d’abord parce que pour la plupart nous avons été professionnellement éduqués à faire exactement l’inverse, à garder l’information pour soi et à voir l’autre comme un danger plutôt que comme une opportunité. Ensuite, parce que c’est très humain d’avoir toujours peur du regard des autres sur son travail, surtout lorsqu’il est encore inabouti. Ce qui provoque d’ailleurs un drole de paradoxe puisque c’est quand nous avons le plus besoin de l’avis des autres (projet en chantier, mode résolution de problème…) qu’on rechigne le plus à partager avec eux.

Bien sur, cela peut en partie se résoudre organisationnellement. On décide que tel type d’information doit être partagé, c’est dans le workflow et c’est comme ça. Bien sur on démarrera avec des informations dont le partage est acceptable pour la majorité, quitte a pousser plus loin lorsqu’ils se seront rendu compte qu’au final c’est moins difficile que ça en a l’air. Si on ne peut arriver à tout avec un baton et une carotte, cela permet parfois de donner le mouvement initial.

Mais cela ne règle pas tout : il y a une dimension profondément liée à l’inconscient individuel et collectif qui ne change pas d’un claquement de doigts. En attendant le déferlement promis de la Generation Y, de son ultraconnectivité et de sa science du partage à bon escient, il faut bien apprendre à faire avec les mauvais reflexes acquis par tout ceux qui ont à peu près 30 ans et plus.

Cela revêt une double importance tant dans la composante humaine du projet de changement que dans la manière même dont on doit penser les outils qui seront mis à disposition.

Doit on penser qu’il faille s’aligner sur une logique où tout (ou presque…soyons raisonnables) a vocation à être partagé ? Ou sur la logique qui veut que tout soit vu au regard de besoins purement individuelles (tout ce que je fais ne sert qu’à moi, pour mes objectifs) avec la possibilité, lorsqu’on en a besoin, de rendre une information publique dans un certain périmètre, ce qui au départ est peut être plus sécurisant pour beaucoup de monde ? Si le résultat final doit être similaire dans les deux cas, la logique utilisée pour faire rentrer le collaborateur dans la démarche, elle, n’est pas du tout la même.

Bref, est il plus simple de partir d’une logique purement individuelle et d’amener le collaborateur à pousser peu à peu les murs ou de le jeter de suite dans le monde de l’information partageée ? A chaque cas sa démarche d’accompagnement, à chaque cas un modèle et une logique d’outils spécifique.

10 choses auxquelles je crois en matière de ROI de l’entreprise 2.0

La question du ROI est un sujet qui fait toujours débat, même si il énerve et sert de pretexte à de nombreuses autres choses. Voici 10 choses en lesquelles je crois (pour le moment) sur le sujet. Ce ne sont que des convictions personnelles, qui ne valent que ce qu’elles valent.

1°) Ca n’est pas un sujet à éluder. A partir du moment où on propose un coût à l’entreprise, il est logique que celle-ci essaie au moins de le couvrir par un bénéfice induit, direct ou indirect. “Investissez du temps et de l’argent…vous voulez savoir ce que vous aurez en retour ?….mais on s’en moque, c’est sans importante”….est un discours qui n’a pas sa place dans une entreprise. Si vous n’êtes pas d’accord avec cette proposition je vous invite à me verser 1000 euros (chèques et paypal acceptés) sachant que je n’ai aucune intention de vous expliquer ce que cet acte bienveillant vous apportera en retour.Si je deviens millionnaire à la fin de la semaine je vous promet de reconsiderer ma position sur ce point.

2°) Le ROI peut prendre des formes nouvelles : là où je rejoins tout le monde (ou presque), c’est que le ROI envisagé sous l’angle d’un modèle de rentabilité mathématisé et prédictible au centime près n’est plus la seule manière d’évaluer un ROI. R n’est pas une fonction de I mais dépend d’éléments périphériques (sens, alignement, management).

3°) Admettre le point précédant nous oblige a trouver d’autres manières de tracer la valeur créée.

4°) Il faut admettre que la “question du ROI” est bien commode pour ne pas faire ce qu’on a pas l’envie ou le courage de faire. Ce qui ne veut pas dire que tous ceux qui l’invoquent veulent nécessairement enterrer une idée.

5°)  Il ne faut pas chercher à mesurer le ROI dans les outils mais dans la performance des Hommes et de l’organisation en général. Identifier le ROI de l’outil par son contenu et son fonctionnement demande de réinventer pas mal de choses. Mesurer l’amélioration de la performance des Hommes et de l’organisation est plus simple et plus concret. Les statistiques d’utilisation d’un outil ne prouvent rien en termes de retour. C’est l’utilisation des données contenues dans l’outil dans des situations quotidiennes, hors de l’outil qui a de la valeur.

6°) Evaluer le “manque à gagner à ne pas faire” est également intéressant. Dans une économie de transactions, commencer par évaluer les couts actuels et le cout des transactions qui ne peuvent se produire apporte de nouvelles perspectives.

7°) Le ROI se mesure de manière systémique : outils + modes de travail, le tout à l’échelle individuelle et à l’échelle de l’organisation.

8°) Repêter que “personne ne se préoccupe du ROI de l’électricité” n’a aucun sens. En plus toutes les entreprises essaient d’économiser de l’électricité et améliorer leur performance énergétique.

9°) Si on “protège” la chaine de valeur de l’entreprise contre le projet E2.0, aucun risque de voir un retour quelconque.

10°) Si certains arrivent à mieux faire ainsi et continuent dans cette voie ça n’est pas pour le plaisir de dépenser de l’argent et de l’énergie à une période où on manque de l’un et de l’autre. Se servir de leur cas non pas seulement pour savoir que “c’est possible” mais comme un laboratoire d’élaboration de nouveaux modèles de traçabilité de la valeur serait loin d’être idiot.

Le web 2.0 n’est pas centré sur l’utilisateur, au contraire il le morcelle

Quelques mots sur un principe fondateur du web 2.0 qui s’avère de plus en plus n’être qu’un mythe. Ce qui n’est pas sans poser des questions sur le développement des usages futurs, que ce soit sur le web ou dans l’entreprise, dans la mesure où on atteint les limites d’un des facteurs limitants de toute dynamique collective : le participant.

Principe fondateur : contrairement au web originel, le web 2.0 est “people-centric”. Concrêtement cela signifie que l’individu passe du statut de récepteur passif à celui d’acteur actif, de partie prenante même puisqu’en plus de pouvoir prendre l’initiative sur des médias existants il peut monter son propre média, son propre service.

C’est donc l’individu qui structurerait le web et ses flux, batissant ainsi un réseau dont les noeuds seraient les internautes. Logique, puisque dans un système “people-centric” l’individu est au centre et, par définition, le reste tourne autour.

Force est de reconnaitre que ceux qui ont des usages un tant soit peu avancés ont de plus en plus l’impression d’être non pas au centre, mais d’être totalement écartelés.

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Quand l’excès de gouvernance mène à la non gouvernance

Le sujet de la gouvernance des systèmes d’information est d’autant plus capital qu’il s’applique à ce qui constitue l’épine dorsale du fonctionnement de l’entreprise. On n’est jamais efficace, en effet, que lorsqu’on sait quelle est la ligne directrice à long terme, ce qui est permis, ce qui ne l’est pas, la philosophie SI interne. Difficile en effet d’être optimal lorsqu’on ne connait pas les règles du jeu.

Avec l’arrivée du web dit 2.0 dans l’entreprise, la gouvernance connait une seconde vie avec des outils davantage orientés usages/utilisateurs ce qui nécessite une concertation plus large quant à leur mise en place et leur adoption. Ce qui fait, d’ailleurs, qu’une DSI participe pleinement au projet de l’entreprise en se positionnant en centre de service plutôt qu’en centre de coût. Remarquez que c’est une attitude qui n’est pas propre qu’aux projets impliquant du “2.0″.

Quoi qu’il en soit de tels projets ne peuvent que s’inscrire dans le cadre de la gouvernance mise en place dans l’entreprise. C’est là que le bât blesse souvent. Bien entendu je parle de cas suffisamment extrêmes pour être éloquents et ne mets en aucun cas tout le monde dans le même sac. A chacun d’estimer sa propre situation.

Deux cas sont fréquents :

• Faire rentrer les nouveaux outils dans la gouvernance actuelle : ce qui revient à faire rentrer des carrés dans des ronds. Faible personnalisation par l’utilisateur, fonctionnalités dégradées en fonction des rôles, aucune action sans validation hiéarchique etc… vous comprenez bien que ça ne peut pas fonctionner.

• Faire évoluer la gouvernance en fonction de ces nouveaux outils : bonne solution. Mais si on élabore la nouvelle gouvernance avec des principes tels que “limiter l’autonomie de l’utilisateur”, “l’utilisateur est un danger pour le système”, “l’autonomie dans l’utilisation dépend de la position hiérarchique” etc…. ceux là même qui ont ont amené aux règles précédentes, et bien on en arrive bizarrement aux mêmes règles.

On ne “gouverne” que ce qu’on comprend. Le manque de compréhension entraine la peur qui entraine logiquement la mise en place de règles les plus strictes possibles. Il intéressant de se rendre compte que les règles les mieux adaptées sont celles qui sont édictées par ceux qui ont essayé de s’immerger dans quelque chose de nouveau et de le comprendre en amont. A l’inverse de ceux qui essaient de réglementer ce qu’ils ne comprennent pas, ce qui leur est inconnu, qu’ils n’ont pas essayé de comprendre. Dans ces cas réglementer devient rapidement “se protéger contre”.

Cela ne semble pas dommageable outre mesure, après tout chacun est maitre chez soi et est libre, par excès de certitudes, de passer à coté de quelque chose. Ce qui vaut surement mieux que faire n’importe quoi en pensant pouvoir s’affranchir de certaines questions d’ailleurs. Mais le danger devient alors plus insidieux : les exemples de collaborateurs, d’équipes qui ont ouvert des plateformes de travail (ou détourné un outil grand public pour utilisation professionnelle) sont légion. Et là tout échappe à toute forme de régulation, tout se fait “sous le radar”. Créer et administrer son SI en ligne est désormais à la portée de quasi n’importe qui.

Autant dire qu’il faut éviter qu’une gouvernance inadéquate mène à la non gouvernance.

Gouverner c’est prévoir. Mais prévoir c’est également comprendre. Donc pour bien gouverner il est important de prendre le temps de comprendre.

Un dernier points pour finir : on peut se pencher sur le web grand public pour comprendre, mais il faut également se mettre dans la perspective d’une professionnalisation des usages et comprendre que le collaborateur a une attitude plus responsable que l’internaute. On peut d’ailleurs, dans le cadre d’une gouvernance bien conçue, confier ce rôle de professionalisation à une équipe “experte”, garantie que la dite gouvernance sera mise en oeuvre et expliquée, qu’elle sera perçue comme un cadre stratégique et non comme un un cadre coercitif. Et pour les praticiens avides de rentrer dans le vif du sujet, je vous renvois à cet excellent article de Ross Dawson.

Le web temps réel n’est pas une panacée (et twitter ne tuera pas les blogs)

On entend çà et là que le microblogging tue le blogging et que, d’une manière générale, l’avenir du web est le temps réel. Un discours hatif auquel je ne souscrit pas. Il ne me semble pas qu’une tendance vienne en remplacer une autre mais, plutôt, qu’elle vient la compléter.

Ce schéma valable pour le web grand public s’applique, je pense, également, à l’entreprise.

La complémentarité entre les deux types d’outils s’explique par le positionnement d’un message donné sur deux axes : celui de la consistance et celui de la temporalité..

Consistance

Pas besoin de grande démonstration pour expliquer qu’il est difficile de délivrer un message et une information consistante en 140 caractères. Et que si toute l’information devait suivre ce format on serait au courant de beaucoup de choses sans rien en savoir vraiment. A l’inverse, qu’il est difficile de meubler un blog lorsqu’on veut faire passer des messages courts, lapidaires. Dans ce cas le titre se suffit à lui-même et on cherche à remplir le corps du billet. C’est justement cela qui a poussé une partie de la blogosphère sur la twittosphère. Non qu’un outil soit meilleur que l’autre mais parce que son format correspond davanatage aux besoins du plus grand nombre (souvenez vous que les purs “créateurs” sur les médias sociaux ne sont que quelques pour cents).

Temporalité

Il est des messages qui ont vocation à rester et faire leur place dans le patrimoine informationnel mondial. Il en est dont la valeur est dans l’instant, qui n’ont de valeur que par leur rapidité de diffusion. Quand on fait un billet sur un blog il est évident qu’on s’attend à toucher immédiatement la “clientèle” de ses abonnés. Mais l’indexation par les moteurs de recherche lui donne une sorte de permanence. La longue traine fait ensuite son oeuvre. Même si l’indexation des messages sur twitter évolue, les archives de twitter présentent un intérêt limité. Si on a raté un message un jour il y a des chances pour qu’il n’ait plus la même valeur le lendemain : soit l’information sera sans valeur soit elle aura été rendue disponible au plus grand nombre sur des canaux plus conventionnels. Au pire si quelque chose a vraiment de la valeur, il va continuer à “résonner” (les pros diront “être retwitté”) suffisamment longtemps pour que cela me touche à un moment ou à un autre.

C’est ainsi que se dessine un web à deux vitesses, expression qui pour une fois n’est pas synonyme d’exclusion mais de complémentarité. Des messages “lourds” destinés à rester et porteurs d’une réflexion constuite et, sur un circuit plus rapide, des messages brefs, instantanés.

On se rend bien compte que le temps réel montre rapidement ses limites alors que le blogging traditionnel, plus lourd, n’a pas la réactivité escomptée dans certaines circonstances. La complémentarité entre les deux types d’outils permet à un émetteur de couvrir l’intégralité du spectre en fonction de ces deux axes qui sont la consistance et la temporalité.

Vous me direz que certains messages remplissent les  deux conditions. C’est justement pour cela qu’on se sert de twitter pour faire un lien vers quelque chose qui a été publié par ailleurs. Ce qui nous rappelle le besoin de pouvoir lier et articuler les deux.

Dans un style plus prosaïque vous pouvez aussi lire ici chez Vinvin.

webconsistency

Le débat social vs. process n’a aucun sens

Tout est parti d’une remarque faite par un ami il y a quelques jours :

Il n’y a rien de “social” dans leur projet. Que du bon vieux process.

Je comprenais bien ce qu’il voulait me dire mais, d’une certaine manière, cela ne me convenait pas. Il y avait comme une erreur dans les présupposés.

Dans les lignes qui suivent j’écrirai “social” entre parenthèses pour bien signifier que je fais référence à l’acception anglophone du terme telle qu’utilisée dans les concepts web en vogue aujourd’hui. La connotation du terme en français peut en effet prêter à confusion .

Dans les premiers temps le “social” en entreprise (social computing, social networking etc…) a été, souvent caricaturalement et de manière simpliste, opposé aux process, ces derniers symbolisant le coté structuré et formel de l’entreprise par opposition à l’informel non structuré qui est le terrain de chasse du social software et des pratiques associées.

Le “social” exclurait donc le process et réciproquement. Je ne crois pas à cette vision manichéenne des choses qui me semble source de malentendus et qui ne permet pas de tirer quoi que ce soit de constructif pour l’entreprise. En effet non seulement le social enrichit le process, mais être “social” relève également d’une certaine forme de process.

Comme nous avons pu le voir il y a quelques temps, la production formalisée et structurée qui a le rôle traditionnel de la tête de turc dans le débat “trucs sociaux Vs. vieilles pratiques” est et restera quoi qu’on veuille en penser le coeur de l’organisation. Centrale mais en aucun cas suffisante. Dans une économie reposant de plus en plus sur l’utilisation d’actifs intangibles, sur l’individualisation du service et sur l’articulation souvent complexe d’expertises multiples, il faut intégrer la nécessité de devoir pallier aux insuffisances des modes opératoires pré-établis lorsque cela s’avère nécessaire. Ce qui passe par la mise en place d’équipes et de modes opératoires adhoc dans le but de produire un résultat…qui sera mis à profit dans le cadre de l’éxecution d’un process. Un peu comme la logique de l’alambic…et comme tout processus d’amélioration continue qui se respecte. “Social” et process sont donc complémentaires, l’un enrichissant d’autre.

D’autre part, adopter des “pratiques sociales” ne veut pas pour autant dire faire du mouvement brownien son mode opératoire quotidien. Si on y regarde de plus près, le collaborateur qui évolue en mode “social” suit en quelque sorte un process collectif :

- émettre : documenter, reporter, raconter, partager

- mettre à profit les contributions des autres : chercher, solliciter

- enrichir les contributions des autres.

Et le tout en boucle.

Comme quoi il ne faut pas confondre le fait d’adresser des données non structurées et travailler de manière destructurée.

Quand mesurer la valeur d’un “objet social” ?

Entendons nous bien, je parle bien ici de valeur et non de ROI (quoique l’un soit une partie de l’autre et un préalable) et je parle d’objet social au sens large de tout ce qui peut prendre corps sur un espace du même nom, dans le cadre de l’utilisation de logiciels du même nom également. Il peut s’agit d’un contenu, d’une information générée à l’occasion, du partage d’une information trouvée “à l’extérieur”, de la note ou appréciation apportée à un contenu, de la contribution à un contenu collectif, de la réponse à une question, mais également du temps pris pour le faire, de l’attention mobilisée à l’occasion alors que la personne avait peut être autre chose à faire etc…

Parce que derrière la question apparemment sans fin du ROI se pose, avant toute chose celle de la valeur. Ce qui est fait a-t-il de la valeur et (éventuellement) dans ce cas laquelle. Dans quelle mesure une information de quelque forme qu’elle soit et donc le temps pris pour la générer ont ils de la valeur ? Vous remarquerez d’ailleurs que ça étend la réflexion sur la valeur et le ROI non a une question de contenu ou d’outil mais à un ensemble plus vaste composé d’un outil, d’un contenu, des ressources nécessaires à la réalisation du contenu et…du contexte de son utilisation.

Car c’est bien là ce qu’on oublie souvent : c’est le contexte qui donne la valeur, c’en est quasiment le facteur limitant, plus d’ailleurs que la valeur intrinsèque de l’information elle-même. Une information anodine peut revêtir à un moment donné une valeur capitale pour quelqu’un alors que des centaines de personnes n’en auront eu que faire. Et une information capitale n’a strictement aucune valeur si personne ne l’utilise. Ce qui nous ramène à une réflexion que j’ai déjà pu avoir par le passé au sujet des cartes de stratégies : l’intangible n’a pas de valeur intrinsèque mais au contraire, au regard de son cadre d’utilisation.

S’agissant, je le précise, d’un contexte d’entreprise, quand je parle de valeur j’entends le fait que l’utilisation de l’information se traduise plus ou moins directement en espèces sonnantes et trébuchantes.

Ce qui pose la question, pas si anodine que cela de la question du moment où se mesure la valeur.

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Social software : La taille comme alternative à la prévisibilité

C’est un des débats récurrents sur les conditions de réussite du “social software” en entreprise : le succès est il ou non fonction du nombre d’utilisateurs ? Les exemples sont nombreux pour prouver chaque option et son contraire sans qu’une règle véritable ne se dégage. A mon avis parce qu’il n’y en a pas.

Au départ mon idée était que cela dépendait du type d’outil. On peut facilement comprendre qu’une équipe de 5 personnes soit suffisante pour démontrer la proposition de valeur d’un wiki et qu’un réseau social, lui, nécessite une masse critique d’utilisateurs. Avec un peu plus de recul j’en arrive à penser que ça n’est pas l’outil mais l’activité qui est la clé.

En effet une équipe qui a besoin d’un wiki l’utilise sans aucun problème. Et si on ne leur fournit pas ils iront le chercher hors du catalogue d’outils officiels de l’entreprise. S’ils n’en ont pas besoin ils ne s’en serviront pas. A l’autre extrémité du spectre, le réseau social étant davantage orienté vers la flexibilité et la possibilité de mobiliser des expertises au seins de groupes adhoc, il faut que son usage soit généralisé afin que les ressources dont on a besoin y soient trouvables et mobilisables.

En généralisant il ressort donc qu’une petite équipe est suffisante si l’outil fait sens par rapport à un besoin identifié en amont, qu’une population plus large est nécessaire lorsque l’outil a davantage pour but de rendre les choses possibles sans que son utilisation soit définie et prévisible a priori.

C’est la raison, d’ailleurs, pour laquelle le wiki a souvent été l’exemple type de l’outil facilement adopté : périmètre fonctionnel et humain connu, objectifs connus et livrable commun connu en amont. Et, a contrario, la raison pour laquelle des outils au spectre plus large, aux usages plus protéiformes, comme des réseaux sociaux ou même des blogs, demandent un travail un peu plus profond pour l’ancrer dans le quotidien du travail des collaborateurs.

Ceci dit, et pour revenir à la question de la taille, il ressort que :

• La taille n’est pas un facteur critique lorsqu’il existe un besoin clair en termes de livrables et que les utilisateurs comprennent donc d’emblée ce que l’outil leur apporte dans le cadre d’un travail “imposé”. Ici l’objectif, le livrables sont connus, souvent imposés, les acteurs également identifiés en amont. C’est l’organisation du travail qui dicte l’utilisation.

• La taille peut être un facteur critique lorsque le logiciel social a pour vocation de palier aux limites de l’organisation du travail traditionnelle. Ici l’objectif est connu, les personnes et le spectre fonctionnel ne peuvent pas être systématiquement définies en amont, pas plus que les cas de recours au logiciel. Ce sont ici les circonstances qui dictent l’utilisation.

• La taille est un facteur critique lorsqu’on attend du logiciel qu’il favorise la pleine expression du potentiel des collaborateurs, ce qui dit en d’autres termes leur permette d’utiliser toutes leurs qualités pour arriver à des choses dont l’entreprise n’a même pas eu l’idée. C’est typiquement le cas des projets “innovation” où ne se sait pas de qui viendra l’idée, qui saura l’améliorer…et encore moins à quelle besoin elle répondra. Ici c’est l’envie de participer qui dicte l’utilisation ainsi que la pertinence d’une personne sur un sujet donné.

Il semble donc que plus on a de certitudes sur le livrable, sur l’équipe à faire travailler et plus cet objectif est “obligatoire” moins la taille est un facteur critique.