Le multitasking est il un mythe dangereux ?

Le “multitasking” est un des grands sujets de l’organisation du travail aujourd’hui. Il s’agit de la capacité présumée (et érigée en nécessité) pour les collaborateurs de faire plusieurs choses à la fois. Le phénomène du social media et la multiplicité des flux d’information auxquels sont exposés les collaborateurs ne fait que rendre de plus en plus centrale cette préoccupation.

J’ai bien peur que derrière la question du multitasking se cache une erreur fondamentale et dangereuse qui peut nous faire perdre de vue ce qui finalement compte vraiment.

Non, l’être humain ne peut être multitache. On ne peut faire qu’une seule chose à la fois et c’est ainsi encore pour un bon bout de temps même si je peux admettre que d’ici quelques siècles on aura peut être progressé dans ce domaine. Même la génération des digital natives dont on nous rabat les oreilles n’est pas plus multitache qu’une autre.

On confond trop souvent la capacité à “switcher” d’une activité à une autre avec celle d’être multitache. La nouvelle génération (mais un certain nombre d’anciens également) est capable de faire des aller et retours entre différentes tâches de manière très rapide, ce qu’on traduit à tort comme la capacité à être multitache. Ces personnes sont capables de transférer attention et énergie d’un sujet à un autre de manière très rapide, sans qu’ils soit pour autant vrai qu’ils les adressent conjointement. Le multitasking est donc plutot la capacité à switcher rapidement.

Quoique quand je parle de transférer l’attention il y a toutefois quelques limites et notamment celle qui fait que l’attention perd en intensité et que plus on est multitache plus le taux d’erreur dans les tâches accomplies est élevé. Pour vous en convaincre vous n’aurez qu’à lire cette excellente note trouvée grâce à un consultant aux mauvaises pensées.

Je vois d’ici les sourires en berne des chantres de la “productivité-comme-réponse-à-tous-les-maux-du-monde”. Et bien qu’ils se rassurent, car les effets sur l’entreprise seraient tout sauf positif. J’ai déjà mentionné le risque d’erreur accru. Mais il y a un autre aspect : l’incapacité à tenir les délais. Imaginez trois tâches A, B et C qui nécessiteraient 10 minutes chacunes (ou 10 heure ou 10 jours, peu importe).

Si elles sont effectuées à la suite, la première est finie à H+10, la seconde à H+20, la troisième à H+30.

Imaginez maintenant qu’elles soient effectuées de manière parcellaire, par tranche de 5 minutes. Ce qui nous donnerait peu ou prou cela :

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En somme, le multitasking peut être efficace si toutes les tâches doivent être terminées en même temps (mais alors quel intérêt). Par contre, quel que soit le nombre de tâches il ne permet pas de gagner de temps. J’ajouterai que je ne prend pas en compte le temps nécessaire à la reconcentration de l’individu entre deux tâches, qui nous amènerait à un retard général.

Ponctuellement cela peut servir à avancer une tâche (on pourrait faire A-B-B-A-C-C par exemple) mais en acceptant de mettre A très en retard. Et au final, de toute manière, il n’y a pas une minute de gagnée en global, plutôt du temps perdu.

Et voilà pourquoi je disais que se focaliser sur le multitasking risquait de nous faire perdre de vue l’essentiel.

L’individu est aujourd’hui arrosé, inondé de signaux et d’informations qui l’obligent à passer en multitache ce qui ne fait au final que réduire sa productivité alors même que les outils de communication sont supposés être faits pour l’améliorer. Ca n’est pas parce qu’un message est reçu qu’il est traité et les priorités des uns ne sont pas celles des autres. Mais visiblement ceux qui envoient les messages et ceux qui concoivent les outils qui les véhiculent n’ont pas l’air d’y penser.

Etant soumis à une multiplicité de flux qui conditionnent le contenu de son travail, il faut permettre au collaborateur de reprendre le leadership sur eux et de maitriser les canaux plutôt que d’être sous une cascade. J’aime d’ailleurs l’analogie qui consiste à dire qu’une douche multijet c’est agreable alors que se trouver sous une chute d’eau est plutôt douloureux…

La réponse à cette question a deux aspects.

• Le premier est comportemental : il faut savoir se couper des flux et se concentrer sur une tâche jusqu’à son terme, sans être dérangé.

• Le second est davantage technique : les outils mis à disposition des collaborateurs doivent leur permettre d’être les maitres et non les victimes des flux. Ils doivent pouvoir les prioriser, les mettre en attente, les détourner et faire en sorte que “si l’information est pertinente elle me parvienne…sinon elle attendra”. Bref les outils doivent leur permettre de construire leur supply chain d’information personnelle dont ils contrôleront contenu, débit et timing à partir d’une marketplace de l’information, d’une gare de routage. Et ce afin de prendre enfin en compte la réalité contenu du travail qui repose sur le traitement et l’exploitation de flux d’information qui sont la matière première du collaborateur. Une histoire de plomberie sans doute, et un enjeux crucial pour le social software et l’industrie du logiciel en général.

Le travailleur du web pris entre le marteau et l’enclume

Le Pew Research Center nous propose une fort intéressante étude intitulée Networked Workers et qui dresse un état des lieux des travailleurs du web aux Etats-Unis. Par travailleurs du web entendons tous ceux qui utilsent internet dans leur travail quotidien (pour information cela comprend également l’email).

Pour ce qui est des conclusions je vous renvoie à la note de Christophe Deschamps qui analyse avec lucidité les chiffres suivants :

  • 27% des travailleurs américains disent utiliser internet constamment au travail (“always on”) et 22% plusieurs fois par jour.
  • 80% considèrent que les technologies du web améliorent leurs capacités à bien faire leur travail.
  • 73% qu’elles les aident à partager des idées avec leurs collègues
  • 58% qu’elles leur offrent plus de flexibilité dans le travail quotidien
  • 56% disent travailler à la maison en plus du bureau
  • 50% lisent leurs emails professionnels le week-end
  • 49% disent aussi que ces technologies ont accru leur niveau de stress
  • et 49% (les mêmes?) qu’elles compliquent la possibilité de “déconnecter” lorsqu’ils sont à la maison ou en vacance.
  • l’email et les possibilités qu’il offre dans le cadre professionnel

Bilan :

  • nous sommes de plus en plus connectés au web et c’est une aide évidente dans notre travail quotidien.
  • la confusion professionnel/privé est de plus en plus forte et peut avoir des conséquences négatives sur la santé des individus (mais aussi, plus globalement, sur la cellule familialle et encore plus globalement sur la société au sens large : la Société).

Précisons que les technologies envisagées dans cette étude sont de deux types :

  • la connexion au web, c’est à dire le moyen d’accéder, via des requêtes ou ses favoris, à l’information utile,
  • Ce qui se résume en quelques mots par : “c’est pratique mais ça commence à devenir diablement envahissant”.

    Atteint on la limite du web comme plateforme de travail où la limite d’une utilisation dépassée ? Partant du principe qui m’est cher que l’outil n’est bon ou mauvais, efficace ou pas, qu’en fonction de l’usage qu’on en fait, je suis plus enclin à pencher pour la seconde solution, et voici pourquoi.

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    Je suis plus productif en me débarassant des outils que j’utilise

    Après une longue réflexion je me suis rendu compte que les outils que j’utilisais étaient une source d’improductivité considérable. Et que ceux que je n’utilise pas me procurent des services inouïs.

    Faites y attention dans les jours qui viennent, au bureau. Essayez de prendre du recul sur votre propre expérience et écoutez vos voisins, je pense que vous arriverez au même constat que moi.

    Quand quelqu’un parle d’utiliser un outil, ou que vous avez clairement l’impression d’en utiliser un c’est qu’il y a un problème : le simple fait d’avoir conscience d’utiliser quelque chose crée une disruption dans notre travail, une interuption, demande un effort. En deux mots : notre effort ne concerne plus notre travail mais l’utiliser des outils qui nous permettent de le faire. Et à y regarder de plus près c’est dramatique.

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    Nos flux d’information ont besoin d’un plombier


    Web 2.0 Expo Europe 2008

    La surcharge informationnelle a trois causes principales : la première vient de la dispersion de l’information sur une grande quantité d’outils ce qui impose au collaborateur de naviguer en permanence en espérant afin d’être certain de ne pas passer à coté de quelque chose, la seconde vient du caractère subit du flux d’information qui tombe comme une cascade sur les épaules du collaborateur, en vrac, lui imposant un fastidieux travail de tri et de priorisation sans compter le temps nécessaire à la renconcentration après chaque interruption due au flot d’emails, et enfin un fossé enorme entre l’information reçue en fonction de ce qu’on veut vous dire et l’information subjectivement utile dont la recherche fait perdre des minutes précieuses.

    Il m’arrive de rêver de voir arriver en entreprise ce qui est à notre disposition sur le net. Je m’explique : des millions de sources d’information (sites, blogs, micro-blogs,plateformes diversses) dont les contenus partent en quelque sorte dans la nature via fils RSS et autres APIs pour se retrouver dans un espèce de pot commun dont, via des recherches des des mots clés, des auteurs etc… j’extrais les flux qui m’intéressent moi et les consulte dans un outil unique, classés selon mes priorités du moment et le temps dont je dispose, de manière volontaire, en maitrisant ce que je consulte plutôt qu’en étant bombardé.

    Pour illustrer cela j’utilise souvent la comparaison entre être sous une cascade et prendre une douche avec plusieurs petits jets massants. Au lieu de subir la violence d’un débit unique fort et non maitrisé je régle chaque jet à la puissance et dans la direction qui me convient et à la douleur succèdent confort et relaxation.

    Cela nécessite bien sur d’ouvrir un peu les yeux et de se pencher sur la notion de flux d’information, de gouvernance, et raisonner en terme de market place et de supply chain d’information personnelle plutôt qu’en terme d’arrosage massif et inéfficace.

    Pour ceux que la thématique intéresse je vous suggère d’avoir un oeil sur l’intervention de Stowe Boyd lors de la prochaine Web 2.0 expo et intitulée “Better Media Plumbing for the Social Web” afin de se familiariser avec ces nouvelles logiques et ces nouveaux enjeux et commencer sérieusement à se demander comment ces nouvelles manières de vivre l’information transformer la manière d’échanger au sein de l’entreprise dans les années à venir.

    Il n’est pas en effet concevable qu’il existe deux mondes, celui du grand public et celui de l’entreprise, (composés par ailleurs des mêmes individus), avec deux conceptions totalement radicales opposées des flux d’information, séparés par un mur. Et il n’est pas plus imaginable que ceux qui sont d’un coté du mur oublient d’un seul coup ce qu’ils sont et la manière dont ils agissent quand ils passent de l’autre coté du mur pour rentrer chez eux le soir.

    Par ailleurs si vous désirez assister à la web 2.0 expo, allez donc récupérer votre code de réduction ici.

    L’entreprise 2.0 pour développer le capital humain au service de la stratégie

    Comme nous l’avons vu dans un article précédent, étant donné que le trio capital humain, informationnel et organisationnel contribuent à l’efficacité de tous les processus formels directement associés à la création de valeur, il nous reste maintenant à nous demander en quoi tout ce que l’on met en “vrac” dans ce grand sac qu’est l’entreprise 2.0 peut aider l’entreprise à développer ces différents gisements de valeur. Ou pour être plus clair, comment l’entreprise peut s’appuyer sur ce que recouvre l’entreprise 2.0 pour arriver à ses fins.

    En commençant par une mise en garde qu’il me semble utile de faire : par entreprise 2.0 j’entends la définition “large” qui inclut également les pratiques managériales et la culture qui va avec, en plus des outils. Tout le monde sait ce que je pense de la définition “officielle” qui est l’”utilisation d’outils du web 2.0 au sein de l’entreprise”, qui amène à réduire l’entreprise aux outils en oubliant l’organisation, les règles, la culture, les hommes. On voit bien à quoi la culture techno-centrée nous a amené de tous temps et et préfère m’appuyer sur une notion plus large qui considère l’entreprise dans son ensemble, avec toutes ces composantes.

    J’ajouterai que mon propos est de savoir comment l’entreprise 2.0 contribue à….et en aucun de prétendre que l’entreprise 2.0 est auto-suffisante en la matière. Il est évident que cela va conjointement avec ce qui existe déjà au sein de l’entreprise.

    Première étape donc : le capital humain. [Read more...]

    Gérer l’information : bientôt une compétence indispensable

    Quand on met en évidence la gestion l’importance croissante des flux d’information dans le travail de chacun aujourd’hui, et encore plus demain, on obtient souvent les mêmes réponses : trop d’information, pas le temps, impossible à gérer… et pourtant…

    Et pourtant il va falloir s’y faire comme le souligne une étude récemment publiée par l’UNESCO. Il ne sera bientot plus question d’y voir une contrainte nécessitant un effort mais une compétence élémentaire.

    De quoi parle-t-on précisément ? [Read more...]