Entreprise 2.0 et social business : tendances pour 2012

Résumé : Quelles grandes tendances pour les projets Entreprise 2.0 / Social Business en 2012 ? Elles dépendront en fait de choix forts faits par les entreprises à un moment  où on leur demande à fois de sortir de la crise et de contenir leurs budgets. 2012 sera certainement l’année où commenceront complètement à diverger projets en trompe l’œil et projets d’entreprise, projets centrés sur le seul ajout d’une dimension communautaire et projets visant à repenser les modes opératoires. Dans le meilleur des mondes on verra un glissement des budgets de la technologie vers la transformation organisationnelles, de l’ajout de nouvelles couches une meilleure intégration de l’existant, les approches au départ communautaires vont devenir plus opérationnelles, et on considérera davantage le social comme une mutation de l’ADN que la greffe d’un corps extérieur. Dans le pire…on verra encore quelques projets en trompe l’oeil survivre puis péricliter, la faute à une approche trop déconnectée du monde de l’entreprise pour produire des résultats et maintenir l’engagement sur le long terme.

Une nouvelle année commence avec, comme il se doit, son lot de prévisions. Peu importe qu’elles se réalisent ou pas, qu’elles soient justes ou non, qu’on confonde anticipation et prendre ses désirs pour des réalités…elles font partie du paysage et qu’on les prenne au sérieux ou pas on les attend. Je me risque donc à un nouvel opus des prédictions annuelles.

Avant tout soyons clairs sur la notion de prédictions (que j’ai d’ailleurs remplacé par tendances dans le titre de ce billet). Même si je ne suis pas si mécontent de ce que j’ai écrire sur le sujet ces dernières années (comprenez “en général j’ai vu juste”) il ne faut pas vous attendre à la révolution du siècle en lisant les lignes qui vont suivre. Ce qu’on nomme prédiction n’est jamais qu’une affaire de bon sens (ou d’absence de bon sens…). Prédire l’iPhone en 1990 c’est des prédictions. Prédire le besoin de ramener le “social” dans le flux de travail en 2009 c’est juste du bon sens. Davantage un constat qu’une prédiction.

Ce qui nous amène à une autre donnée tout aussi importante. Dès lors qu’on est lucide sur le fait que, même si social ou 2.0, on parle avant tout d’entreprise et de business avec tout ce que cela implique en termes de contraintes et de contexte, il n’est pas trop difficile d’identifier les futurs points de blocage, les questions qui vont se poser. Par contre trouver les réponses que vont y apporter les entreprises est une autre paire de manche. D’ailleurs chacune choisira sa voie en fonction de sa culture, de sa vision, du courage de ses dirigeants à choisir une option plutôt qu’une autre. Ce qui risque fort de nous amener à une diversité encore plus grande des pratiques et approches…mais on en reparlera plus bas.

Voici donc mes tendances 2012 en quelques points majeurs.

1°) Le budget : de la technologie à la transformation organisationnelle

Avant d’être une affaire d’hommes ou de technologie, c’est d’abord une affaire d’argent. Technologie, accompagnement, effort interne…. Et nous savons tous qu’en 2012 les budgets vont tomber du ciel et que chacun sera libre de dépenser et investir à sa guise. Ou justement pas. On en revient au premier choix crucial pour les entreprises : faire le dos rond ou sortir de la crise par le haut.

Sortir par le haut peux signifier différentes choses. D’un coté le maintien des investissements voire davantage d’efforts car c’est le moment où jamais. D’un autre coté on peut également se poser la question non pas du volume mais de la répartition. Je parlais dernièrement d’une étude qui montrait que les RH semblaient se concentrer sur la transformation organisationnelle au détriment d’autres postes traditionnels. J’en ai vu une autre, relative aux budgets “service” qui disait peu ou prou “moins de soft et d’intégration et plus de travail sur les business models de demain et les modes d’organisation”.

Visiblement l’arbitrage le plus lourd de sens en la matière sera bien entre la technologie et le cadre de son usage. Et il semble bien que le second soit bien parti pour l’emporter ou en tout cas pour ne plus être le parent pauvre de la démarche. C’est certainement une des données fondamentales de 2012.

 

2°) Une approche plus opérationnelle des dynamiques sociales

Cela fait des années qu’on en parle mais les choses deviennent plus mures. Lorsqu’on d’approche social des business process en 2009 on passait pour un hérétique. Aujourd’hui tout semble converger et les entreprises sont plus aptes à entendre ce type de propos qui finalement a davantage de sens pour elles. Ou peut sont-ce les apotres du social tendance bisounours pour qui le mot process était une injure qui ont fini par se rendre à la raison.

Bref, l’enjeu n’est plus de garder le mode de fonctionnement actuel et de lui superposer des logiques communautaires hors du flux de travail mais de :

1°) mettre du social dans le flux de travail, quitte à modifier ce flux pour le rendre agile, adaptable.

2°) Assurer l’articulation entre les flux de travail et les logiques communautaires hors flux pour être certain que l’énergie déployée ici créera de la valeur là. Sinon on arrivera rapidement à la conclusion qui s’impose : communauté = silo improductif et on sera passé à coté de quelque chose de grand.

Maintenant conscience ne veut pas dire action. Si un consensus se dessine sur cette logique, il faudra du temps pour le mettre en place car il implique que les entreprises mettent les mains dans le cambouis et détricotent le fouillis organisationnel mis en place et des processus d’un autre âge. Ce que l’approche E2.0 = E1.0 + communautés permettait d’éviter.

En fonction du choix qui sera fait dans chaque organisation on verra deux branches se créer dans le monde du social business. Et, à mon sens, l’une est sans issue à long terme.

Derrière cela se cache une question plus profonde…qui est l’objet du point suivant. [Read more...]

De quoi le collaborateur a-t-il besoin pour devenir “2.0″ ?

L’un des paradoxes de l’entreprise 2.0 est que lorsque les entreprises arrivent à maitriser leur peur de l’inconnu et se lancent, elles ne sont pas systématiquement suivies de leurs employés alors même qu’elles apportent une réponse souvent demandée à leurs problèmes et des solutions supposées leur faciliter le quotidien.

Tout le monde comprend désormais que le collaborateur a besoin de plus qu’un outil et d’une campagne de communication pour adopter des pratiques nouvelles quand bien même elles lui seraient bénéfiques. Même le “faites en ce que vous voulez, on vous fait confiance” ne fonctionne pas.

Petite checklist des attentes des collaborateurs.

• Quels outcomes ?  Que dois-je “produire” personnellement sur ces outils, et qu’attend on des groupes/communautés dont je fais partie ?

• Quelle est la limite de ma responsabilité ? Jusqu’où suis-je autonome, à partir d’où dois-je m’abstenir ou demander une quelconque validation.

• Est-ce que je suis payé pour ça ? Est-ce que mon manager (ou toute personne qui me paie sur son budget) ne va pas considérer cela comme du temps perdu ? Va-t-on donc me reprocher ma participation ou me féliciter ?

• Quelle est mon exposition ? Comment la contrôler ? Quel type d’information dois-je partager ? Factuel ou opinions qui engagent ? Puis-je déterminer mon propre curseur ? Qui à accès à quoi ? Quel usage peut en être fait ?

• Montrez moi d’abord, montrez l’exemple avant que je suive.

• Avant de me demander de faire des choses nouvelles, montrez moi comment tout cela peut s’appliquer à ce que je fais aujourd’hui et le rend plus simple, pratique pour moi.

• N’éparpillez pas mon attention. J’ai déjà beaucoup à faire, ne me distrayez pas avec des informations et sujets nouveaux sans intérêt, sans valeur ajoutée par rapport à mes objectifs et tâches quotidiens.

• Ne rompez pas mon “workflow personnel”. Je n’ai pas le temps de jongler entre 3 applications aggréger les informations, les forwarder, les copier/coller. Sinon je vais me concentrer sur l’outil qui sera peut être le moins efficaces mais qui me permet de faire un peut tout sans en changer, même si ça le fait mal (l’email ?).

• N’ajoutez rien, enlevez. A chaque problème nouveau correspond une “couche” de solutions (outils, pratiques, règles)  nouvelles qui s’empilent depuis 50 ans et finissent par me ralentir et en deviennent même contradictoire les unes avec les autres. Au lieu d’ajouter une couche nouvelle, enlevez celles qui sont déjà de vrais poids, n’ont pas de sens et ne servent à rien.

• Ne m’embarquez pas dans une expérimentation de plus. Je ne suis pas un cobaye et le temps que j’investis me pénalise souvent dans mon “vrai” travail, voire nuit à mon image. Je suis prêt à apprendre, à explorer, à condition d’être sur qu’on ne va pas laisser tomber au bout de 6 mois et  que ça va m’aider dans mon quotidien.

• Comment sera utilisée et réutilisée l’information que je partage. Cela m’aidera à savoir ce que je dois partager.

• Apprenez moi, montrez moi comment articuler les dimensions informelles/non structurées et formelles/structurées de mon travail ! Et j’espère que les outils le prennent en compte, je n’ai pas envie de jouer le connecteur humain.

• Apprenez moi à faire rentrer tout cela de manière douce et inconsciente dans mon quotidien. Comment en faire une routine simple, scriptée, rassurante, compréhensible que je suivrai sans même y penser.

Pensez 2.0 et cherchez votre client !

Dans la série “comment construire l’entreprise 2.0″ ou “comment mettre en place le management 2.0″ (car ça n’est pas forcément la même chose...) je pense qu’avant de s’attaquer au plan d’action il importe de comprendre la logique. En effet on n’amènera jamais qui que ce soit à faire quoi que ce soit dont il ne comprend pas la logique. Car au fond les éléments de mise en œuvre et de plans d’action sont connus de tous, ils sont en général assez traditionnels, mais beaucoup refusent de les voir et continuent à demander “comment” car ce qu’ils ont sous les yeux sort de leur logique. Et comme il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut voir…

Beaucoup de blocages sont en effet liés à des questions de “qui peut”, “qui a le droit”, “qui dirige”, “qui contrôle”, “qui valide”, “qui a le privilège de …”. La question n’est pas d’adhérer à telle ou telle théorie de l’organisation, c’est de savoir ce qui est efficace.

Reprenons les choses depuis le début.

[Read more...]

McKinsey identifie les conditions de succès de l’entreprise 2.0

Cela faisait longtemps qu’ils n’avaient rien publié sur le sujet…voilà qui est fait. McKinsey fait le point sur l’avancée des projets web 2.0 en entreprise et en tire ce qu’ils estiment être les facteurs clé de succès de tels projets. Avant de commencer je vous suggère de vous raffraichir les idées en lisant ce qu’ils disaient sur le sujet il y a quelques mois afin de se donner un peu de perspective et voir si les premières analyses se confirment.

Contexte

Pendant longtemps l’entreprise a cherché à optimiser ses processus transactionnels (ERP, CRM…). On arrive peu à peu au bout de ce que ces logiques peuvent apporter et les prochains enjeux se situent au niveau de la collaboration et de la participation. Dans cette optique nombre d’entreprise ont tenté d’importer les outils du web 2.0 en entreprise, espérant qu’ils permettront de facto de recréer en interne les dynamiques qu’ils permettent dans le web grand public. La plupart du temps ces tentatives se sont soldées par des échecs, et ce pour deux raisons. D’une part l’inconfort de l’encadrement face aux risques qu’ils associent au changement nécessaire, d’autre part le fait que les managers ne sachent tout simplement pas encourager et rendre possibles le type de participation susceptible de créer de la valeur. Quoi qu’il en soit les entreprises persévèrent et ne comptent pas relacher leurs efforts : ce marché devrait connaître une croissance significative en 2009 en dépit de la crise.

A mon sens il s’agit d’une analyse classique de la situation et des enjeux qui ne fait que confirmer ce que tous les experts de la question disent depuis des lustres. L’avantage c’est qu’avec un logo McKinsey ça porte tout de suite mieux. Techniquement parlant j’émettrai une réserve : par rapport au premier tableau de l’étude, il me semble bel et bien que le web 2.0 est lui aussi affaire transactions, mais de transactions d’une nature différente. Peut être serait il intéressant d’ailleurs de qualifier davantage cette évolution de la nature des transactions pour opérer un meilleur positionnement de ce type de projet.

Pour ce qui est de la perséverance des entreprises, j’estime que c’est inévitable. Après logiques d’optimisation de process il faut trouver les gisements de performance ailleurs et si, comme j’ai pu en emettre l’idée, la crise actuelle est davantage une crise du management et des business models qu’une crise économique stricto sensu, rechercher les modes de fonctionnement en adéquation avec les business models de demain est stratégique.

Second bémol avant de rentrer dans le vif du sujet : dans leur tableau explicatif des outils web 2.0 tous sont positionnés comme outils de “broad communication” ou “broad creation” sauf le réseau social qui apparait en “social graphing”.  Je pense qu’il faut sortir de la vision grand public du réseau social déclaratif pour en faire un outil d’analyse des “promixités intellectuelles” ou des “potentiels collaboratifs”. En tout état de cause cela va au delà du “graphing” et participe d’une logique d’intégration entre les contenus publiés dans les différents outils et les profils afin de réaliser le lien individu-information qui permet ce type d’analyse. On en reparlera d’ici peu.

Quoi qu’il en soit McKinsey a identifié six facteurs de succès pour réussir les projets web 2.0 en entreprise. Je vous laisse lire le rapport pour prendre connaissance de leurs analyses, voici le regarde que je porte dessus.

[Read more...]

Quelles sont donc les limites de votre organisation ?

Dans un billet précédent je vous amenais à faire la part des choses entre ce qui est améliorable mais sans importance sur la performance finale et ce qui constitue une vraie limite au fonctionnement de votre organisation et dont la “capacité” gagnerait à être élevée.

Voici une liste non exhaustive que je vous laisse compléter par vous même de ce qu’on entend traditionnellement dès lors qu’on aborde un projet d’évolution / transformation de l’organisation. Gardons bien en tête qu’agir sur une “non limite” n’apporte strictement rien, dilue l’énergie et peut même jouer contre ce qui touche une vraie limite.

• Contrôle. Est-ce que les problèmes actuels de l’organisation sont liés à un manque de contrôle sur les collaborateurs et ce qu’ils font ? (Encore que…ça dépend de la vision qu’on a du contrôle).

• Interaction. Est-ce la difficulté de créer des intéractions “employees to employees”, parfois sans intermédiaire est un frein à la performance de votre organisation ?

• Indicateurs. Est-ce que le fait de béneficier de davantage d’indicateurs et accroitre la quantité de reporting vous permettrait de rendre votre organisation plus efficace ?

• Identification. Est-ce que le fait de ne pouvoir identifier rapidement les bonnes personnes sur une problématique précise est un frein à la performance de l’organisation ?

• Workflows. Est-ce que la performance de l’entreprise souffre d’un manque de workflows ?

• Agilité. Est ce que davantage d’agilité aurait un impact positif sur le fonctionnement de l’organisation ?

• Prise de décision. Est ce que rendre la prise de décision plus rapide en la rapprochant, par exemple, du terrain (subsidiarité, empowerment…) pourrait rendre l’organisation plus efficace ?

• Feedback ? Est ce que la performance de l’organisation est limitée par le fait que les informations, idées, ne remontent pas, pas en assez grand nombre ou pas assez vite ?

Répondez à chaque question par oui ou non…et vous saurez dans quel sens aller. Par déduction, tout point auquel vous aurez répondu non n’a pas à être envisagé car il est non bloquant et son irruption dans une discussion relative à un “oui” ne fait en partie que poser un faux problème.

Pour ceux qui aiment se faire mal aux méninges vous pouvez également reprendre la liste des “non” et vous demander si, dans la situation actuelle, en plus de ne pas être des points sur lesquels faire plus est nécessaire il ne s’agit pas de points sur lesquels faire moins serait intéressant.

Ps : ensuite vous pourrez mettre le nom que vous voudrez sur la liste des points à traiter…

Outils sociaux : il ne faut pas confondre revenu et performance organisationnelle

On m’a signalé ce matin cette étude de CioInsight (je n’ai d’ailleurs pas trouvé la date de publication, ce qui est tout de même une information utile pour la décrypter).

On y apprend qu’au rang des technologies qui vont permettre un accroissement de leurs revenus, les entreprises ne citent les réseaux sociaux qu’à hauteur de 11,5% et les wikis 12,3%. L’entreprise 2.0 serait donc incapable de générer du revenu ?

A cette question je répond..”pas forcément faux”. Et si on me fait remarquer que je passe mon temps à dire le contraire je signale juste qu’il faut faire attention aux termes qu’on emploie et aux concepts que l’on manie.

Je m’explique.

[Read more...]

Comment lier formel et informel : l’entreprise “alambic”

Partant du principe que les actifs immatériels de l’entreprise ne sont créateurs de valeur que lorsqu’ils sont au service des activités structurées et formelles, et, par conséquent, de la nécessité non pas de créer une entreprise 2.0 assise sur l’informel mais bel et bien un système permettant à des activités structurées par essence et par nécessité de tirer parti de ce qui ne l’est pas, il est essentiel de permettre de visualiser tout cela, notamment pour des personnes qui n’ont connu qu’un seul mode de fonctionnement.

Finalement la métaphore de l’alambic me semble fort pertinente. [Read more...]

Hierarchie vs. Connectarchie

Un concept très intéressant que j’ai découvert il y a peu via un article de Jon Husband : la “Wirearchy” (que l’on pourrait traduire par “connectarchie” ? ). Pas si nouveau que ça en fait (il en parle depuis un certain temps) mais suffisamment intéressant pour que je comble mon retard en la matière.

Le constat est simple : les nouveaux outils permettent la mise en place de flux d’information totalement nouveaux, dans ce sens qu’ils sont complètement régis par les individus eux-même. Ces flux permettent des interactions nouvelles entre individus, en dehors de l’organisation mise en place pour l’entreprise, ce qui crée en quelque sorte une organisation informelle. [Read more...]

Le 2.0 ne doit pas faire oublier l’orientation business

Dans la série “comment placer le 2.0 pour qu’il ne soit plus un concept en tant que tel mais devienne un outil de performance intégré à l’organisation”, voici quelques éléments de réflexion.

Quels sont donc les deux grands chantiers auxquels sont confrontés les tenants de l’entreprise 2.0 ? Ils sont au nombre de deux : dépasser le stade de la peur (en dehors de toute discussion sur son bien fondé) et faire en sorte que les outils soient effectivement adoptés afin de prouver leur valeur ajoutée.

Car à force d’entendre parler de l’avantage de l’entreprise agile, de l’informel, du tacite, de la connection spontanée hors projet entre individus qui caractérisent l’usage d’outils web 2.0, les décideurs se rendent bien compte que, quand bien même ils sont séduits et trouvent qu’un tel mode de fonctionnement apportera certains gains, il s’agit bien là de quelque chose qui n’a rien à voir avec l’organisation qu’ils connaissent. D’où la conclusion suivante : c’est l’inverse donc c’est à l’opposé…donc c’est trop risqué…donc j’ai peur. Nous allons voir qu’il s’agit plutôt de complémentarité et qu’il n’y a aucune raison d’avoir peur.

Qu’est ce qui structure l’entreprise ?

La hiérarchie. Il s’agit de la représentation du mode de décision de l’entreprise et c’est, à ce titre vital. A un moment donné il faut quelqu’un qui décide en dernier ressort…et assume. Une entreprise sans organigramme hiérarchique n’est pas viable car elle ne sait plus décider ou, plutôt, elle ne sait plus quelle décision mettre en œuvre. Toute décision prise sans respect des règles hiérarchiques représente donc un danger potentiel et est donc à bannir. Mais l’entreprise 2.0 n’a pas vocation à impacter la hiérarchie. Première idée fausse à laquelle on tord donc le coup.

Si la hiérarchie est la manière dont on décide, la simple vision d’un organigramme montre qu’elle ne préjuge en rien de la manière dont on travaille. La manière dont on travaille est déterminée (quitte à simplifier un peu les choses) par des process, workflows et nous renvoit à la notion de BPM (business process management). Toute production (car il ne faut pas perdre de vue que l’entreprise est organisée pour produire) effectuée en sortant de ces chemins balisés est dangereuse en matière de couts, de respects des caractéristiques du produit ou service, en matière d’assurance etc… Il ne s’agit pas de remettre en cause tout ceci. L’entreprise 2.0 n’a pas vocation à impacter les process formels donc aucune crainte à avoir de ce coté là. Et par conséquent une seconde idée reçue qui disparait de fait.

Regardons maintenant ce qui se passe aux différentes étapes d’un process, d’un workflow. Dans un contexte de dématéralisation accru des produits et services, le plus souvent un individu ou une équipe reçoit une information qu’il doit enrichir, transformer, voire une demande de “création de l’information” libre a lui de trouver les bases nécessaires, et ensuite il transmet le produit fini à une autre personne qui a son tour accomplit une autre tâche (enrichit, prend une décision, délivre au client…). Au quotidien comment cela se passe t-il ? Soit l’individu concerné sait faire seul soit, et c’est le cas le plus fréquent au regard de la complexité croissante des tâches, il demande. Il demande à ses n-1 de faire une partie du travail, il demande conseil à un collègue, et plus on lui demande quelque chose de spécifique plus il cherchera si cela a déjà été fait quelque part dans l’organisation ou si il existe dans l’entreprise quelqu’un ayant une compétence spécifique afin de l’aider à comprendre et avancer plus vite. Et c’est là que l’aspect “entreprise 2.0″ rentre en jeu. En “industralisant” et outillant se qui se fait déjà avec des bouts de ficelle, en permettant une capitalisation pour éviter de réinventer la roue en permanance.

Voilà, l’entreprise 2.0 ne remet pas en cause ce qui est le fondement même de l’entreprise mais constitue un apport là où le formel montre ses limites et est tout simplement inapproprié. De la même manière que le 2.0 est inapproprié pour les éléments structurants. Et l’air de rien nous venons à la fois d’apaiser quelques peurs en tordant le cou à certaines idées reçues et montrer comment connecter ces outils au “business quotidien”.

J’ajouterai également que l’entreprise 2.0 fonctionne également “hors projet” ce qui lui permet également de faire émerger des idées qui seront prises en compte par les responsables de l’innovation par exemple.

Reste, vous me direz, la difficulté de l’intégration dans les affaires quotidiennes. Cela peut passer, au départ, par de simples détails sans, là non plus, remettre tout en cause. Une personne me disait dernièrement “nous avons mis en place des outils 2.0 pour une équipe projet, il y a plein de contenu à valeur ajoutée dedans, des informations que l’on arrivait pas à capter auparavant…mais cela ne sert à rien”. “Ah, pourquoi ?”. “Et bien on en retire rien”. “Ah…vous faites des réunions hebdomadaires sur le projet ?”. “Oui bien sur”. “Pourquoi ne pas prendre à chaque fois 10 minutes pour regarder si quelque chose qui est remonté via votre outil ne mérite pas la mise en œuvre d’un plan d’action, ou un suivi ?”. “Heu…on y a pas pensé”.

La preuve s’il en est que l’entreprise 2.0 n’est qu’une partie d’un projet global qu’elle doit servir, et que tout projet allant dans ce sens doit se connecter aux besoins quotidiens des collaborateurs

Et comme je le lisais ici : “what corporations are saying right now: give me 2.0 that works with my business”. (“Ce que les entreprises nous disent maintenant : donnez nous du 2.0 qui fonctionne pour notre boulot ! ) On ne peut être plus clair.

De l’entreprise 2.0 à l’entreprise tout court

Comme vous le savez j’aime beaucoup comparer la nécessité pour l’entreprise de se servir à la fois du structuré / formel et l’informel à la nécessité pour un individu de se servir à la fois de son cerveau droit et de son cerveau gauche. Avec, en guise de conclusion, le fait que ce qui compte n’est pas d’avoir deux cerveaux surdimensionnés mais bel et bien de savoir bien les faire intéragir ensemble. Ce qui signifierait par ailleurs que l’entreprise dite 1.0 basée uniquement sur la hiérarchie, le contrôle, l’autorité et la réduction des écarts a peu de chance de rester performante, de la même manière que l’entreprise 2.0 fondée sur les intéractions tacites n’a guère plus de chance de devenir performante un jour.

Ce qui compte donc est de savoir jongler entre les deux, un peu comme je l’évoquais précédemment en disant que le débat n’était pas horizontal vs vertical mais comment (et quand) savoir passer fréquemment de l’un à l’autre.

Dans cet ordre d’idées j’ai regardé avec une grande attention le schéma qui suit, trouvé chez Teemu Arina, via e-learning de Bretagne et Connaissances en mouvement (ou la preuve que le viral et l’informel sont des moyens très pertinents pour trouver l’information pertinente…je ne connais pas Teemu Arina et sans ces relais je n’aurais jamais eu connaissance de cette note…à méditer pour le transfert de savoirs en entreprise…).

organisation 2.0

Même si comme à mon habitude je ne suis pas d’accord pour tout, je trouve que ce type de représentation amène dans la réflection une maturité encore absente chez de nombreux observateurs, même les plus autorisé (je ne parle pas ici des blogs, ou pas seulement, mais de ceux qui font vraiment autorité et dont c’est le métier) qui se focalisent sur l’aspect 2.0 sans prendre à aucun moment en compte l’intégration de ces outils dans un schéma global d’entreprise. [Read more...]