A propos du malaise des stagiaires

Je suivais (de loin) depuis quelques temps les diverses réactions contre la stagiairite puis le mouvement qui s’est déclenché ces jours derniers. Les réactions sont multiples finalement j’estime (car ayant longtemps compté au nombre des stagiaires professionnels”) pouvoir également donner mon avis sur la question.

Le problème est beaucoup plus complexe qu’il ne semble. Je suis le premier à  convenir que les stagiaires représentent de la main d’oeuvre qualifiée à  (très) bon marché. D’un autre coté c’est le moyen pour le stagiaire de se faire la main avant d’aller se “vendre” ultérieurement à  des tarifs autres. Car qu’est ce qui sépare un junior d’un stagiaire? Et bien le stage achevé.

Là  où le système est vicié c’est qu’il existe dans nombre d’entreprises des stages que je qualifie de permanents c’est à  dire un poste occupé de manière récurrente par un stagiaire. Et la généralisation des stages longs d’un an dans certaines filières comme les écoles de management et de commerce notamment n’a rien fait pour arranger les choses.

Je suis le premier à  dire qu’il faut mettre fin à  ce genre d’abus. D’un autre coté ajouter des contraintes pourrait conduire les entreprises à  prendre moins de stagiaires…et un bon stage étant aujourd’hui le minimum pour se vendre à  la sortie d’une école on se retrouverait avec le problème inverse de demandeurs de stage sans stage qui ne pourraient valider leur diplome.

Idéalement je suggérerai d’adjoindre à  la notion de stage celle de mission: le stagiaire vient faire quelque chose de précis dans un domaine précis et une durée précise. Il apprend tout en apportant quelque chose à  l’entreprise et une fois la mission finie…pas de raison de reprendre un stagiaire sur le même poste. Ce qui mettrait par la même un terme aux stages permanents. Ils ne sont pas si difficiles à  identifer si l’inspection du travail voulait y mettre de sien: même entre étudiants on rit de voir aux mêmes périodes de l’année fleurir les mêmes offres diffusées par les mêmes entreprises. Les sièges de grands groupes en sont particulièrement friands…Idem pour les cabinets de conseil qui ne recrutent plus que des juniors qui ont au moins 3 ans d’expérience (en deçà  de 3 ans on a des stagiaires….). Etant concerné j’aimerais qu’on m’explique comment on fait entre la fin du stage et les 3 ans???

Mais là  on s’inscrit dans un contexte plus global qui va au delà  de la réglementation des stages: je n’en veux pas aux entreprises de ne pas vouloir s’engager dans un contexte économique incertain avec des contrats lourds et peu flexibles qui peuvent à  moyen terme mettre en péril leur pérennité. Diplomé en Management & SI en septembre 2001 j’en ai fait l’amère expérience…d’un autre coté j’aurais été du coté du recruteur j’aurai préféré prendre un stagiaire pour un an que signer un jeune dip’, fut il d’une excellente ESC, alors que je n’avais aucune visibilité sur le business de mon entreprise. Et puis avant de postuler en tant que junior j’avais été…stagiaire et je m’en étais très bien sorti. Donc confiance aux stagiaires.

C’est vraiment le problème du serpent qui se mord la queue.

Un petit bémol tout de même: toutes les entreprises qui prennent des stagiaires ne sont pas les négriers des temps modernes. Il y a des challenges à  relever dans des petites structures qui ne peuvent s’offrir un jeune dip’ de grande école et qui par conséquent prennent un stagiaire avant qu’il ne soit jeune dip’. Et mieux vaut un challenge relevé chez eux qu’un stage “machine à  café” ou simple executant administratif ailleurs. J’ai également eu la chance de ne faire mes stages que dans des entreprises prenant peu de stagiaires…le meilleur exemple est celui que j’ai achevé il y a quelques temps: on m’a pris car nous sommes tombés d’accord sur mes objectifs à  travers ce stage, on y a tous gagné et il est loin d’être acquis que je serai remplacé. Par contre la possibilité d’embache (en CDI) étant exclue (politique du groupe) on me rappelle pour effectuer des missions en attendant que je trouve ailleurs. Bon ok c’est les avantages du conseil que de pouvoir fonctionner ainsi.

Et puis ne pas se voiler la face et admettre que le stage sans boulot derrière n’est parfois (et je dis bien parfois) que la conséquence que l’orientation dans une filière sans débouchés.

Quelques propositions tout de même?

– lutter contre les faux stages qui ne sont que des postes permanents à  turnover annuel.
– associer la notion de stage à  celle de mission (pour faciliter le premier point)
– relooker le droit du travail afin qu’on puisse donner sa chance à  un jeune diplomé plutot que reprendre un stagiaire. Dégrèvement de charges si on embauche son propre stagiaire ou quelqu’un venant de finir un stage ailleurs il y a moins de x mois par exemple….mais pleins d’idées peuvent être trouvées en ce sens.
– arrêter avec cette c…. hypocrisie de 30% du SMIC: pour certains stages qui impliquent un changement de zone géographique ou l’arrêt du job qui vous fait vivre à  coté de vos études c’est injouable. Donc plutot que faire le bon stage avec embauche possible loin de chez soi on fait celui sans embauche potentielle chez soi…avec ça mieux vaut être RMiste que de bosser 35h (voire plus…) par semaine. Car un stage ça a un cout (déplacements, éventuellement amélioration de la garde robe pour certaines professions, usage de son mobile pour raisons pros, utilisation se son portable lorsqu’aucun poste n’est dispo dans l’entreprise….) que l’on oublie trop souvent.
– tant qu’on y est, relooker aussi la notion de stage…en effet pour l’inspection du travail être stagiaire c’est regarder et pas travailler. Avec des stages pareils c’est sur qu’on a du mal a trouver un boulot après.
– que les organismes publics qui proposent eux aussi d’envoyer les demandeurs d’emplois en stages aient conscience qu’ils jouent aussi leur role en proposant ce vivier permanent et quasi gratuit. Comme je le dis les employeurs ne sont pas entièrement fautifs, ils ont à  prendre en compte le contexte économique et légal!!!

Une lourde machine à  remettre en marche.

PS: est ce que quelqu’un a du feed-back concernant le cadre légal et les pratiques en matière de stages dans les autres pays de l’UE et aux USA? Cela pourrait être instructif de comparer pour voir si on peche sur le contexte légal, sur nos pratiques légales ou si ce “dévoiement” n’est que la réponse à  un contexte économique local.

update: on en parle chez Jacques Froissant ici et ici.

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of People and Operations @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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