Corporate blogging: une affaire de gens sérieux?

J’ai l’impression qu’un débat nait depuis quelques temps sur la pertinence du corporate blogging. Ou d’ailleurs justement pas sur sa pertinence mais sur une question de statut associé.

En gros: les personnes ayant des responsabilités ne devraient pas bloguer.

Pourquoi pas. Je suis ouvert à  toute réflexion sur le sujet. Mais au vu des arguments avancés j’ai du mal d’y croire.

Argument n°1: c’est une question de statut

Ah oui, j’oubliais! Avoir un poste à  responsabilité est une question de statut. On a le poste donc on a le statut. Moi, idiot que je suis, qui croyais qu’on avait le poste et que le statut découlait de la manière dont on l’exerçait!

Je pense que la direction de Sun, que Robert Scoble, que Michel-Edouard Leclerc sont tout à  fait de cet avis.

Toujours le « mais on a jamais fait ça alors pourquoi commencer ». A lire les tenants de cet argument nos dirigeants rouleraient encore en calèche au tout du moins auraient tous des chauffeurs…un PDG ça ne conduit pas Môssieur! Je confirme en avoir vu un grand nombre conduire leur véhicule pour se rendre au travail!. Peut être ces gens estiment ils devoir manger au milieu du restaurant d’entreprise avec nappe blanhe, couverts en argents et service traiteur pendant que les autres mangent de la bouillie dans une ecuelle accroupis tout autour! Ah le statut…

Rendez vous compte! Mon DG blogue alors que mon ado de fiston en fait de même. Quelle horreur! Mon DG perd donc toute crédibilité. Et l’idée que tous les deux se sont appropriés à  leur manière un outil naissant n’effleure personne.

Je présume que ce sont chez ces personne qu’on entend encore des « pas avant le mariage », « ne parles pas à  table »….en qu’on enfante des Tanguy à  tire larigot. Bon je m’égare…

Argument n°2: un responsable ça n’a pas le temps

Je vous renvoie derechef à  cette note de Christophe Ginisty, chef d’entreprise qui comme chacun sait n’a que peu de travail, aucun projet et souffre d’une incapacité notoire à  réussir dans la vie. Alain Lambert appréciera, tout comme MEL. Parlez en aussi à  Jonathan Swartz (DG de SUN).

Si on soutiens que tenir un blog nuit à  la performance en raison du caractère chronophage de l’activté, je vais m’empresser d’en ouvrir 3 ou 4 de plus histoire de rater ma carrière autant que les personnes sus-nommées.

Argument n°3: Un responsable ça a autre chose à  faire

C’est le prolongement de l’argument n°2 avec, en plus, une dimension « ça n’est pas son rôle ».

Ah bon! Il me semble bien que:

– plus on est haut, plus on a de responsablités, plus on engage l’image de son entreprise. Un dirigeant ne peut pas ne pas s’impliquer dans la gestion de cette image.

– que partant de là  un dirigeant qui ne s’exprime pas laisse les autres le faire à  sa place

– qu’un facteur de démotivation, de manque d’adhésion caractéristique aujourd’hui dans les entreprises est le manque de proximité ressenti vis à  vis des managers et des dirigeants. Qu’un moyen (pas le seul mais quand même) de remédier à  cela est d’adopter une communication approprié. Votre obejctif dans la vie c’est de diriger selon le mode « brother and brother »? Tant pis pour vous.

– Qu’en vertu du caractère creux, langue de bois, asceptisé, impersonnel de la communication corporate traditionnelle, le public est à  la recherche d’autres sources d’information. Ne pas se positionner dessus c’est laisser les autres parler de vous à  votre place. Quand je dis public c’est tout autant vos clients que vos futures recrues…que ceux qui se feront au hasard une image de votre entreprise en lisant un article mal intentionné.

– Qu’un des rôles fondamentaux des cadres est de « donner du sens » à  l’action de leurs collaborateurs. Il faut pour cela avoir une image proche, casser les barrières, afin d’adopter un discours qui tant par sa forme que son fond touche sa cible. Rester dans sa tour d’ivoire et communiquer par plaquette de papier glacé est un non sens. Lorsque des salariés adhèrent à  l’image que donnent leurs dirigeants c’est toute l’entreprise qui respire mieux.

Alors OUI, on peut considérer que tenir un blog fait partie du rôle d’un dirigeant, d’un cadre à  responsabilités, dans le mesure où c’est une modalité d’exercice d’un de ses rôles. Se priver ainsi d’un moyen de remplir une de ses missions par manque d’ouverture d’esprit serait une négligence coupable.

En guise de conclusion je ne peux que vous inviter à  lire le dialogue de sourd qui s’est engagé ici. La discussion a fini par dévier sur des sujets « collatéraux » mais pour illustrer mon propos je vous invite à  noter le ton d’un des intervenants. Des remarques certes pertinentes (pour certaines) mais la manière dont elles sont exprimées et les a priori évidents qui sous-tendent ses interventions sont à  mon sens l’expression d’une dangereuse sclérose de la vision de l’entreprise.

Ben oui…l’entreprise a changé depuis les années 60…et les attentes de ses « forces vives » aussi en plus! Pour ceux qui ne s’en rendent pas compte et bien…roulez calèche. L’abolition des privilèges c’est de l’histoire ancienne!

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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