Rêver l’entreprise 2.0 c’est bien, y arriver c’est mieux. C’est un sujet qui est revenu au premier plan la semaine dernière avec un billet d’Euan Semple propose trois manières de réussir le passage l’entreprise 2.0 en tant que manager :
1°) Ne faites rien : ne changez rien, n’installez aucun nouveau logiciel…et vous retrouverez tous vos salariés sur des plateformes extérieures, derrière le firewal.

2°) Faire en sorte que les choses se passent chez vous : on installe deux ou trois logiciels open source et on laisse les utilisateurs trouver leurs propres usages…à  condition que l’organisation les laisse en paix.

3°) Choisissez l’option n°2 en impliquant ceux qui auraient été moteurs de la solution 1°), demandez leur de vous aider….et retroussez vos manches pour maintenir la dynamique.

Autant vous dire que c’est une prise de position qui a amené maintes réflexions. De la part de connaisseurs de la chose qui estimaient que cela reflétait justement la réalité de ce concept si novateur que les méthodologies de déploiement traditionnels n’y étaient pas adaptés…ainsi que les connaisseurs du monde de l’entreprise pour qui, même fondée, une telle position était intenable par rapport à  des décideurs.

Reconnaissant que les deux avaient une part de vérité, je me suis retrouvé finalement avec beaucoup plus de questions que de réponses.

Tout d’abord qu’appelle t-on « passage à  l’entreprise 2.0 » ?

Je pense que c’est une question préliminaire indispensable. S’il s’agit juste d’adopter des outils 2.0 en interne je suis 100% d’accord avec Euan. Laissons faire…Il est évident qu’aucune entreprise ne pouvant tolérer de laisser rentrer de nouveaux outils, cela doit se faire à  la marge de l’organisation dont on espère bien que l’inertie empêche un éventuel contre-feux en attendant que s’installent des pratiques que personne ne remettre alors en cause.

Car ce qui caractérise l’adoption d’outils 2.0 n’est pas l’outil en soi mais la manière dont en s’en sert. Il ne s’agit pas là  d’installer à  la sauvette un navigateur web autre que le navigateur officiel certifié par la DSI de l’entreprise…il s’agit de manière de changer ma manière dont les individus vont intéragir entre eux.

Un tel changement ne peut donc s’opérer que sans (pour ne pas dire contre) l’organisation. Ce qui limite par définition son effet puisque les « 2.0 adopters » auront entre eux des intéractions qui iront à  l’encontre de celles qu’ils auront avec les autres collaborateurs. On peut toujours attendre que cela fasse tache d’huile mais j’ai bien peur que cela ne prenne très longtemps.

Faire adopter des outils 2.0 ne pourrait donc se faire que sans l’organisation, voire contre ?

Oui. A moins que… A moins que l’entreprise ne décide elle même que l’adoption de nouveaux modes d’interactions interpersonnels ne soit nécessaire à  sa compétitivité dans le monde d’aujourd’hui. Et la seule manière de rendre ces pratiques effectives dans l’entreprise déconcontrée est de rendre ces pratiques effectives sur le seul lieu de rencontre et d’échange commun à  tous les membres de l’entreprise : l’intranet.

Les outils seraient donc, à  ce moment, le support d’une politique d’entreprise et ils y trouveraient de suite leur place par le besoin même de l’organisation.

Ce qui reviendrait à  dire : Stratégie 2.0 implique ==> Management 2.0, Outils 2.0, marketing 2.0, recrutement 2.0, Rh 2.0 afin de construire ==> Entreprise 2.0.

Limiter l’entreprise 2.0 aux outils revient à  jouer à  la marge de la stratégie. Chose inacceptable pour une organisation qui risque fort de prendre l’entreprise 2.0 pour un danger alors qu’il s’agit d’un atout.

Jouer la carte de l’entreprise 2.0 avec l’entreprise permet de motivier toute l’organisation. Il ne faut pas perdre de vue que l’acceptation de tout changement dans les projets de changement vient de l’incitation, de l’intérêt des individus à  changer. De l’incentive pour reprendre le terme généralement employé. Et l’incentive qu’elle soit morale ou financière ne viendra que l’organisation. Le projet entreprise 2.0 doit donc être un projet d’entreprise.

A défaut l’entreprise entrera dans une logique d’obstruction dont personne ne sortira gagnant (voir également l’article de Nitin Karandikar).

On peut et doit donc faire l’entreprise 2.0, dans l’entreprise, avec l’entreprise. Après tout est question de savoir ce qu’on fait rentrer dans le concept.