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Flatnesses : l’entreprise 2.0 selon Hinchcliffe

A l’heure où après une certaine phase d’incubation on essaie de prendre un peu de recul et faire converger les différentes réflexions, Hinchcliffe nous livre sa traditionnelle analyse de l’état de l’entreprise 2.0 avec un acronyme fort sympathique : FLATNESSES.

Intéressant et surprenant : si la filiation avec « flat » et l’entreprise à  plat n’est pas pour me déplaire, il me semble bien que « flatnesses » se tranduit en français par platitudes ce qui ne doit pas être l’effet recherché.

Quoi qu’il en soit il est toujours intéressant de jeter un coup d’œil à  ce que dit le monsieur.

flatnessesAprès le fameu « SLATES » de McAfee, voici donc FLATNESSES. A vrai dire au delà  de la formalisation de ce qui apparait comme désormais une évidence à  travers un acronyme aisé à  retenir, je ne vois guère de nouveauté flagrante. Si je suis passé à  coté de quelque chose merci d’éclairer ma lanterne via les commentaires mais visiblement la traduction française de flatnesses s’appliquerait bien ici.

Par contre, beaucoup plus intéressantes sont les 7 leçons qu’il tire de ses observations et qui, elles, peuvent aider à  allumer quelques lumières dans l’esprit des décideurs.

Un petit tour du propriétaire avec mon point de vue sur la question.

1°) L’entreprise 2.0 arrivera dans votre entreprise, avec ou sans vous.

Effectivement, je ne peux compter les cas où devant la passivité de l’entreprise, j’ai vu des employés mettre en place leurs propres outils dans leur coin. Donc l’utilisation des outils du web 2.0 dans un cadre professionel me semble pour le moins inéluctable. A tel point qu’on voit fleurir des groupes de collaborateurs sur Facebook : si certains se servent de la plateforme pour se retrouver « online » (lire également ici) certains vont jusqu’à  y créer des groupes de travail privés (et je ne pense pas qu’ils s’agisse de l’outil approprié….Pour les derniers réfractaires je dirai juste qu’avec un peu de mémoire on se souvient qu’il en a été de même avec le téléphone, le mail puis le téléphone mobile et enfin l’accès internet au bureau. On est passé du « ben non mais n’y pensez pas » à  « c’est un outil de travail majeur ». Là  où j’émets quelque doutes c’est que l’adoption des outils « par la bande » ne constitue pas pour autant l’arrivée de l’entreprise 2.0. L’adoption des outils par de petits groupes c’est l’arrivée des outils du web 2.0. L’entreprise 2.0 serait leur prise en compte au quotidien et la capitalisation par l’entreprise de tout ce EUG (Employee Generated Content) pour des raisons si évidentes que je ne m’attarderait pas dessus ici. Les outils arriveront donc quoi qu’il y en soit, mais le fait que les outils de l’entreprise 2.0 deviennent des outils d’entreprise tout court demande une initiative de la part de l’entreprise qui a tout intérêt à  agir dans ce sens, et vite. Sinon elle sera incapable de tirer pleinement profit des initiatives de ses collaborateurs, voire s’exposera à  des risques quant à  la sécurisation de l’accès aux données. Quitte à  ce que cela arrive, commecela semble inéluctable, mieux vaut que l’entreprise prenne les choses en main plutôt que courir après des initiatives désordonnées.

2°) L’entreprise 2.0 semble impliquer davantage que des blogs et des wikis.

Il était temps qu’on s’en rende compte non ? Comme je dis toujours c’est la fonction qui crée l’organe et pas l’inverse, il faut donc que ces outils aient du sens au regard des tches quotidiennes et de la manière dont l’entreprise entend fonctionner et s’organiser. Cela implique de faire bien attention aux premières « niches » où l’on va déployer les outils en question, cela peut aussi impliquer que l’entreprise en profite pour s’offrir un léger toilettage managérial et organisationnel, à  petites touches et peu de frais. Et ne jamais oublier la phrase suivante « dis moi comment tu es évalué, je te dirai comment tu travailles… ».

3°) L’entreprise 2.0 est davantage un état d’esprit qu’un produit qu’on peut acheter.

Bien vu également. Ou plutôt ce sont des produis dont on ne tire la quintessence qu’avec l’état d’esprit approprié, ce qui nous ramène peu ou prou au point précédent. Offrir un couteau et un service à  dessert à  quelqu’un qui ne conçoit pas (à  qui on autorise pas) de partager son gateau n’a guère de sens.

4°) La plupart des entreprises doivent éduquer leurs collaborateurs aux best practices des « social media »

Si l’on prend en compte la situation actuelle, et avec une lecture « premier degré » je dirais plutôt « mettre en capacité de » plutôt qu’éduquer. Un des plus grands freins à  l’utilisation du social media en entreprise est qu’il trouve difficilement sa place dans les habitudes de travail. Et ce même s’il repond à  un besoin, voire correspond à  une demande profonde d’évolution émanant de l’entreprise elle-même. Et même si les collaborateurs eux-mêmes ont l’intention d’utiliser ces outils . Hinchcliffe dit toutefois quelque chose de fort intéressant : il ne parle pas d’inculquer l’utilisation des outils mais parle bien des best practices.

Il est essentiel de comprendre que ce qui compte n’est pas l’utilisation des outils (qui viendra par la suite) mais bel et bien l’adoption de nouvelles pratiques. Les outils, par la suite, feront sens par rapport à  ces pratiques, mais encore faut il que les pratiques en question fassent sens par rapport au reste.

Le reste ? Il s’agit du mode de fonctionnement de l’entreprise (davantage un aspect managerial et organisationnel donc), qui doit, dans un monde idéal, être aligné sur les objectifs de l’entreprise. L’entreprise veut favoriser l’innovation, capitaliser les savoirs informels, utiliser les réseaux informels comme levier de performance, donc on met en place l’organisation adéquate qui suppose des pratiques cohérentes de la part des individus. Conséquence : les outils adaptés s’imposeront comme un évidence.

Il suffit d’une rupture d’alignement, où que ce soit, pour compliquer les choses : des objectifs stratégiques non déclinés en termes d’organisation, l’adoption par les collaborateurs de pratiques en contradiction avec l’organisation, ou pour lesquelles ils n’ont pas les outils…et notre édifice vascille. Chacun des « étages » que j’ai évoqué doit faire sens pour celui du dessous.

Exemple : on ne favorisera pas le feedback terrain en soumettant toute remontée à  un veto potentiel, on ne favorisera pas le transverse si le management veut que l’intégralité du temps de travail soit dédié au « silo » dont le collaborateur fait partie.

5°) Les bénéfices peuvent être immenses mais il faut prendre son temps

Des bénéfices immenses oui. J’en parle suffisamment, pas besoin de s’étendre sur la question. Prendre son temps…oui et trois fois oui. Parce que dès qu’on s’adresse aux individus en tant que tels et non en temps qu’agents d’execution dans un process il faut du temps. Parce que ce qui implique des « masses humaines » est par essence soumis à  une certaine inertie et que les mécanismes « sociaux », avant de se généraliser et parce qu’ils s’alimentent les uns les autres, nécessitent que l’on alimente peu à  peu la pompe. Et enfin parce que l’exemple appelle à  être suivi, que l’informaion appelle l’information et que les gens appellent les gens…et bien il faut du temps avant que tout se mette en place.

6°) L’entreprise 2.0 ne semble pas mettre les anciens logiciels au rebut

J’aime beaucoup le « ne semble pas »… Bien entendu, il ne s’agit pas de faire table rase de l’existant mais d’exploiter la part de savoir, du potentiel des individus, qui n’était pas adressée jusqu’à  présent. C’est donc une question de complémentarité. Car, rappelons le, ce qui compte n’est pas l’entreprise 1.0 ou 2.0 qui ne sont que des abstractions, mais l’entreprise tout court !

7°) L’entreprise 2.0 va changer votre organisation

Oui là  encore. Et encore heureux, car je ne vois pas l’intérêt pour une entreprise de se lancer sur de nouvelles voies si elle n’espère pas un changement, ou tout du moins une évolution de l’existant pour aller vers plus de performances. Et une évolution de la manière dont les individus intéragissent impacte forcément l’organisation. Une foule de possibles, dont on a peut être encore pas idée, va apparaître. Et si tout bien été mené jusque là , se développeront spontanément des usages, des pratiques qui auront du sens dans un contexte donné, c’est à  dire dont les collaborateurs sentiront qu’ils les rendent plus efficaces au quotidien.

Et pour finir, nos entreprises ne sont pas le web. En effet, si des outils et pratiques similaires s’y développent, il se peut que certains leviers différente (mais pas toujours) car le moteur des individus sera souvent différent. Une nuance, certes, mais essentielle dès lors qu’on parle d’impliquer les individus.

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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