L’entreprise 2.0 : entre vision et pragmatisme

Comme annoncé j’ai suivi avec la plus grand attention de débat McAfee vs. Davenport. Vous pouvez d’ailleurs le ré-écouter ici. Inutile donc de revenir sur les propos tenus d’autant plus que Claude Malaison les a fort bien résumé (seconde partie ici).

Même si j’ai été fort satisfait de voir que le programme allait nous faire rentrer dans l’ère de la réalisation, et que j’ai trouvé que les discussions ont davantage été orientées vers les faits que par le passé, il n’en reste pas moins que je suis resté sur ma faim. On est encore retombé dans les querelles de clocher et on ne s’est guère risqué à  avancer des hypothèses ou des solutions sur les problématiques plus sensibles liées à  la réalité du terrain. S’il s’agissait de proclamer un vainqueur je dirai que je suis totalement en phase avec les idées de M. McAfport…mais que le décideur qui a assisté au débat en espérant faire avancer les choses dans son entreprise a perdu une bonne heure (disons entre une demi et trois quarts d’heure pour être plus honnête.

Chacun a donc joué son petit rôle a merveille : McAfee le porteur de la vision d’une entreprise nouvelle et réinventée, Davenport plus pragmatique et conservateur.

Mon avis sur quelques points clé du débat :

La notion même d’entreprise 2.0

Comme l’a reconnu le modérateur lui même, trop de temps a été perdu à  mégoter sur les termes. Et comme je le dis souvent, il arrive un moment où à  toujours vouloir définir on oublie d’agir.

Est-ce que l’entreprise 2.0 existe : oui, en tant que concept (et même si personne ne s’accorde sur son contenu). C’est a mon avis la bannière commune qui a permis à  nombre d’individus d’unir des réflexions a priori sans rapport vers un même objectif et pratiquer, peu à  peu, une sorte d’intégration pour rendre toutes ces idées intéropérables. Mais là  où je rejoins Davenport c’est que de manière opérationnelle l’entreprise 2.0 n’existe pas et n’existera pas. Par contre nombre des idées qui la sous-tendent sont applicables d’ores et déjà  et sont appliquées dans de nombreuses entreprises. Paris ne s’est pas fait en un jour et l’entreprise “full 2.0”, si elle doit se faire, se fera par étapes. Ce n’est donc pas l’entreprise 2.0 qui verra le jour mais l’entreprise 1.0 (puisqu’il faut l’appeler ainsi) qui intégrera peu à  peu tout ou partie de l’entreprise 2.0 dans son ADN existant.

D’abord parce qu’on ne peut tout changer à  la fois, ensuite parce que tout n’est pas applicable ni tout de suite ni partout. Le propre de la philosophie 2.0 en termes d’outils est d’arrêter le “one size fits all” : tout ne s’applique pas uniformément partout et à  chaque besoin / population /contexte ses outils. Il serait tout de même paradoxal qu’il n’en aille pas de même avec les concepts d’organisation et les pratiques qui vont avec.

Le rôle des outils

Sont-ce les outils qui vont transformer l’entreprise ou l’entreprise transformée qui adoptera les outils ? Et les outils sont ils véritablement clé ?

La encore un non débat qui rappelle l’histoire de la poule et de l’oeuf. L’entreprise qui veut garder un mode de fonctionnement taylorien ne tirera aucun profit des outils. Si elle veut avancer elle ira pas à  pas alternant la mise en place d’un outil et le développement de nouvelles pratiques (dans l’ordre que vous voudrez).

Davenport exagère en disant que tout ce que les outils actuels rendent possible aujourd’hui, les anciens outils le permettaient également. Dans l’absolu, oui, il a presque raison. Mais dans les faits combien d’entreprise ont réussi à  le faire ? Pour un Michel Hervé combien d’entreprises bloquées par leurs propres outils ?

En fait deux choses permettent de contrebalancer cette demi-véritée :

– les anciens outils ne permettent quand même pas tout sauf à  faire de périlleuses acrobaties dans leur utilisation (et encore…)

– la facilité d’utilisation des outils web 2.0 rendent ces pratiques appropriables par tous et non pas uniquement par les plus à  l’aise avec l’informatique. Et ce qui aurait pu reposer avant sur quelques “spécimens” au sein de l’entreprise doit désormais être l’affaire de tous.

La transformation de l’entreprise

L’entreprise 2.0 ne transformera pas la structure de l’entreprise dit Davenport. Je suis 100% d’accord avec lui. Attention nous parlons bien de la structure au sens premier du terme : il y aura toujours une hiérarchie, des process, des gens qui décident, d’autres qui exécutent et des rapports de pouvoir (voir ici et ici).

Par contre ces rapports structurants peuvent s’exprimer différemment : l’idée ne viendra plus seulement d’en haut mais aussi d’en bas, certaines tches viendront des collaborateurs eux-mêmes et les process laisseront un peu d’espace à  la serendipité (là  où c’est possible), le rapport hiérarchique n’excluera pas la collaboration dès lors qu’il sera question d’exécuter… l’évolution ne sera pas dans la structure mais dans manière dont les individus intéragissent dans le cadre de cette structure. Ce qui nous ramène à  la position de McAfee… Ils méconnaissent lès lors les facteurs exogènes :

– l’arrivée des digital natives qui vont amener avec eux leurs attentes, leur manière de travailler, leur ADN propre. Bien sur le risque d’acculturation existe mais il sera de moins en moins fort car cet ADN est justement celui qui manque à  l’entreprise pour face face à  ses nouveaux enjeux d’une part, et qu’ils seront de plus nombreux d’autres parts : là  ou coulent aujourd’hui des ruisseaux de Digital Natives attendons nous à  voir arriver de véritables lames de fond dans les années qui viennent.

– parce que ça n’est pas l’entreprise qui dicte son contexte : les tches deviennent non réplicables, la stratégie qui se fixait à  10 puis 5 puis 3 ans a désormais des horizons de plus en plus courts d’où la nécessité de réinventer en permanence ce que l’on fait et comment on le fait, la valeur est dans la connexion entre les individus et l’information…et pour être économiquement compétitif demain, créer un avantage concurrentiel unique et durable il faudra s’adapter à  ce nouveau paradigme.

Cette évolution du contexte c’est un peu pour l’entreprise ce que le réchauffement climatique est à  la société : ça n’arrange personne mais il va bien falloir prendre les mesures qui s’imposent sous peine de…

Retour à  la case départ

Et finalement on a bien peu parlé de ce qui préoccupe les décideurs : comment ça me sert et comment je le fait marcher. Entendons nous biens : celui qui est apte à  décider qu’il faut se lancer dans telle voie se moque bien du nom de ce qu’il applique, il veut juste que cela fontionne dans son business. Point. L’entreprise 2.0 “pure” existera peut être dans 10 ou 20 ans…mais il veut une vision à  3 ans. Il n’a que faire des rêves mais veut quelque chose qui s’applique pratiquement à  un horizon qui ait du sens pour lui. Nul besoin de lui dépeindre le monde de 2020 : il veut quelque chose de sensé pour 2011. Quelque chose qui fonctionne dans le contexte actuel et qui ne repose pas sur des fondements encore à  venir.

L’entreprise 2.0 est une direction mais aucun des deux protagonistes ne semble s’intéresser au chemin. Dommage. A trop vouloir contrôler le concept on ne peut plus peser sur la manière dont il se transpose dans le réel..dommage encore.

En guise de conclusion

Deux choses importent par rapport à  l’entreprise 2.0 : ce que ça apporte à  l’entreprise et comment on le met en œuvre. Alors que tant d’expériences et de retours sont disponibles sur le second point dommage que les deux protagonistes les plus visibles de l’histoire s’égarent dans des chemins de traverse.

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of People and Operations @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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