Les commaunauté naissent elles par accident ou par intérêt ?

La communauté est au centre des préoccupations de tous ceux qui veulent améliorer leur organisation : parce qu’elle est un facteur de performance, parce qu’elle est un facteur d’intégration, parce qu’elle est un remède contre la violence du monde du travail, parce qu’elle permet d’optimiser l’utilisation faite du savoir et des réseaux informels. Et c’est tout sauf un caprice passager, des décideurs tels que Louis Schweitzer le reconnaissent volontiers.

On loue l’aspect communautaire du web 2.0 et on essaie de le reproduire au sein de l’entreprise, conscients de ce qu’il a pu apporter dans le grand public.

Tout le monde veut donc construire des communautés mais on se rend bien compte que l’import du concept au sein de l’entreprise est fort difficile. Parfois le ciment prend, parfois pas du tout, et cela sans aucune considération pour les efforts déployés.

Mais à  vouloir créer des communautés ne se trompe-t-on pas de combat ?

Les communautés de pratiques sont un sujet de préoccupation constant. Pour en savoir plus sur le sujet je vous renvoie à  cet excellent petit basique écrit par Bernard Le Clech dont je vous parlais ici ou à  la définition de wikipedia. Il n’en reste pas moins que l’art est difficile et l’éclairage d’experts comme Bernard fort utile.

Comment expliquer que des personnes qui auraient tout à  gagner à  échanger, à  partager, à  benchmarker, ne le fassent pas alors que le gain est évident non seulement pour eux mais également pour l’organisation ?

Peut être parce que la communauté est d’autant plus intéressante que le niveau d’expertise de ces membres est important, et qu’un vieux mythe existe encore qui dit que l’expertise ça se garde, ça se protège, sous peine de perdre de sa valeur. Peut être également que l’acquisition de l’expertise prend du temps, et que ceux qui la détiennent ne sont pas à  l’aise ni avec ces dynamiques de partage, ni avec les outils de partage d’aujourd’hui. Et que sans la plus value apportée par ces personnes ils est plus difficile d’impliquer ceux qui pourraient bénéficier de cette redistribution, ces derniers se disant que le temps investi n’en vaut peut être pas la peine, alors même que même sans ces quelques « pontes » les échanges et le benchmarking entre pairs crée une réelle valeur.

Il est également intéressant de constater que ceux que l’on peine à  faire adhérer au concept au sein de l’entreprise n’ont aucun problème pour le faire à  l’extérieur : associations, cercles de reflexion, tenue d’un blog etc…

Deux constats : en matière de dynamiques participatives, c’est l’individu qui décide d’adhérer ou non, quoi que veuille l’entreprise d’une part, et les communautés observées sur internet n’ont pas été créées mais on a constaté leur existence, d’autre part.

Ce qui revient peu ou prou au même : on ne peut ou ne sait créer de communautés, par contre lorsque les individus le décident, on assiste à  leur émergence et on constate leur existence.

On en revient donc à  un point qui me tiens à  coeur : rien ne se fait sans besoin ni intérêt. Je ne parle pas là  de l’intérêt objectif, évident, à  adopter certains modes de fonctionnement mais de l’intérêt subjectif qu’à  l’individu à  le faire, et, plus encore, de l’intérêt ressenti (l’intérêt ou le besoin peuvent exister sans être ressentis). Et les moteurs de l’individu dans et hors de l’entreprise s’avèrent, quoi qu’on en dise, être radicalement différents.

Comme je l’ai lu dans ce billet  » nous construisons des communautés pour sortir d’une crise, nous construisons des communautés par accident mais nous ne savons imposer des communautés ».

Je ne pense pas que nous devions compter sur la seule bonne volonté du hasard pour créer des communautés viables et efficaces. Car en fait ne sont pas les communautés qu’il faut créer, c’est le besoin, l’intérêt. D’ailleurs que les entreprises qui ont connu une crise soient plus ouvertes à  ces pratiques n’est pas anodin : la crise fait naitre le besoin de fonctionner autrement ensemble pour en sortir, de fonctionner avec les autres. Le cas Finaref le montre également, mais dans un contexte sans crise : la participation à  une communauté d’innovation présentait un intérêt professionnel car participant d’un réel projt d’entreprise, ce qui permet donc de valoriser la participation de chacun.

Et là  je pose une question aux experts : on se focalise sur les communautés de pratiques sans jamais aborder les communautés d’intérêt ? Sont elles si différentes ? La communauté d’intérêt ne présente-t-elle pas d’intérêt pour l’entreprise ?

Pourquoi ne pas se dire qu’une communauté de pratique nait sur les fondations d’une communauté d’intérêt : le challenge étant dès lors de créer cet intéret. Et revenir par là  aux fondamentaux: un besoin d’entreprise qui implique un fonctionnement différent des individus, créer les conditions qui vont faire que les individus vont avoir intérêt à  suivre cette voie, avec pour conséquence finale l’émergence d’une communauté de pratique qui vivra parce que les individus auront un intérêt commun à  fonctionner ainsi.

Dans une économie où la ressource temps est comptée, l’arbitrage fait de l’utilisation de celui-ci relève, à  mon avis, du pur intérêt.

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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