Manager dans la complexité : Danone sensibilise ses futurs collaborateurs à  ses valeurs via un jeu d’entreprise

Manager dans la complexité, c’est une des grandes tartes à  la crème du moment. Cela ne signifie ni plus ni moins que les individus doivent aujourd’hui prendre en compte des facteurs sans cesse changeants au moment de décider. Toujours utile de le rappeler alors qu’on ne peut qu’être effrayé de voir que beaucoup font comme si de rien était et se rassurent en faisant comme tout restait aussi prédictible que par le passé, que restait binaire et programmable.

Reste que la complexité dépend également de la culture de l’entreprise, de ses valeurs. Il y a le strict nécessaire (les chiffres, le reporting), ce qui l’est également mais souvent considéré comme accessoire (le contexte, l’information non structurée) et la cerise sur le gateau : les valeurs d’entreprise dont le respect ne fait qu’ajouter à  la complexité ambiante. Ajoutons également le fait de devoir prendre en compte des éléments extérieurs à  l’entreprise. J’en parlerai dans un prochain billet mais je reste atterré par le peu de cas que beaucoup font de ce qui se passe hors de leurs murs : pas de veille, pas de détection des signaux faibles, pas de benchmark… On vit en se regardant entre nous et on devient victime du syndrôme NIH (Not Invented Here) ou MCID (My company is different), forme organisationnelle et managériale de la consanguinité.

Bref certaines entreprises sont culturellement plus attachées que d’autres à  la prise en compte « des autres » dans les décisions de l’entreprise. Par « les autres » entendons les collaborateurs mais également ce qui touche à  l’écosystème de l’entreprise, à  la réalité sociale dans laquelle elle évolue. L’effet Riboud certainement.

Ce qui m’amène à  vous parler de deux initiatives mises en œuvre chez Danone : le programme Danone Way Ahead et Trust by Danone.

Les initiatives de Danone…

Pour faire court, Danone Way Ahead est un programme visant à  développer l’innovation sociétale. Il permet aux collaborateurs d’identifier des axes de progrès puis de développer les axes de progrès adéquats. Avec des actions à  la clé : 800 programmes lancés en 5 ans.

Pour cela il est utile de sensibiliser les jeunes collaborateurs à  l’importance de notions tels que la Responsabilité Sociale et Environnementale afin que ces dimensions soient prises en comptes dans les actes de chacun. Et quitte à  éviter les erreurs de casting autant en faire un critère de choix dans le recrutement et le faire savoir : c’est l’objectif assigné à  Trust by Danone, un jeu d’entreprise qui depuis 2003 met en compétition des groupes d’étudiants qui vont incarner une équipe dirigeante et seront évalués sur leur prise en compte des questions sociales et environnementales dans leur décisions, le tout dans une optique de création de valeur (vous avez dit complexité ?). A l’issue du jeu, les équipes, en plus de leurs résultats business, connaissent le score de leur « trust index ». Cet index permet d’apprécier la pertinence de leurs décisions sur le plan de la responsabilité sociale.

Où l’on reparle de marque employeur et de marketing social.

Un contexte global : l’entreprise n’est plus un vase clos

Une initiative que je trouve fort intéressante et que j’inscris dans une logique plus globale : l’entreprise se doit de capter l’information extérieure et la réutiliser en interne. Alors bien sur la RSE est concernée mais, à  mon avis, ça n’est qu’un élément d’une culture globale d’écoute, de veille et de benchmark qui repose sur deux piliers :

– capter l’information extérieure pour comprendre les attentes (en termes de produit mais également de comportement) et voir ce qui se fait ailleurs.

organiser la réutilisation de ces informations dans le processus de décision. Cela importe que l’information de chacun soit accessible à  tous (processus, outils…) mais également que ça soit possible culturellement (Not Invented Here) et managérialement (il faut plus de temps pour regarder dehors que répliquer à  l’infini les solutions maison et ne prendre en compte que ce qui est marqué du sceau interne).

Vous avez dit Digital Natives ?

L’arrivée de la génération des Digital Natives aura-t-elle un rôle à  jouer ? A priori oui car naturellement ouverte et connectée, elle sait vivre en « symbiose » informationnelle avec son environnement. Ensuite reste aux entreprises à  construire le terreau qui permettra d’en tirer le meilleur parti. Mais seule l’expérience que leur transmettront les « anciens » leur permettra de mettre ces qualités naturelles au service du business.

Bref, une problématique qui s’inscrit dans deux sujets qui me tiennent à  coeur : la porosité croissante de la membrane de l’entreprise d’une part, et la nécessité de regarder dehors. Pas de contradiction ici : les deux sont complémentaires, cela tombe bien.

Quoi qu’il en soit je pourrai vous en dire plus dans quelques jours puisque je suis convié à  assister à  la finale de « Trust », jeudi prochain. Avant cela je participerai à  une table ronde sur le sujet « La culture d’entreprise, moyen de se différencier et de recruter » avec des personnes de la DRH de Danone et quelques experts. L’occasion pour moi de retrouver mes « vieux » amis Jacques Froissant, David Guillocheau et Pierre Polycarpe et de faire la connaissance de Constant Calvo et d’Onelia Lamarra.

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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