Participation sur les communautés en ligne : peut on faire mieux que la loi naturelle ?

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On commence (ou recommence) à  s’intéresser au niveau de participation sur les communautés virtuelles. A quelques choses près il semble que la règle des 1% qui tirent la machine, 9% qui suivent et 90% qui regardent ou ne font rien se vérifie universellement. Ce qui amène à  se poser diverses questions.

Fidèle à  mon habitude je me contenterai de me focaliser sur les communautés internes.

1°) Quel serait le taux idéal ?

100% de participants bien sur. Ce qui reviendrait qu’un projet qui n’atteindrait pas ce chiffre (ou presque) serait innéfficace. Ou plutôt à  faire preuve d’une mauvaise foi évidente. Regardons donc le taux de participation dans une réunion, dans une assemblée, voire dans une équipe projet : atteint on, objectivement, le 100% de participation active ? Non bien sur. J’aurais tendance à  dire que ces plateformes ne font que renvoyer l’image de la réalité, voire en la rendant un peu plus crue. On met ainsi en évidence des problématiques beaucoup plus globales qui concernent l’implication : l’outil est le reflet d’une réalité et pas sa cause. A méditer…

2°) Doit on faire mieux que 1-9-90 ?

Indubitablement oui. Mais dans des proportions raisonnables. Je me souviens avoir entendu que s’il est bon que tout le monde participe, que tout le monde s’implique, il est bon que le nombre de “locomotives” reste raisonnable tant qu’on a pas assez de voies pour les faire rouler. Je m’explique : autant il faut que l’entreprise se réapproprie concrètement, au service du business formel, l’activité informelle, autant il est peut être difficile de gérer une masse trop importante de bonnes idées à  mettre en œuvre. Et la déception de ceux qui ont l’impression de ne pas être pris en compte. Vous me direz que c’est un problème de riche, mais c’est un problème réel.

3°) Peut on faire mieux ?

Certainement oui, je l’ai d’ailleurs constaté par moi-même c’est possible. On peut améliorer sensiblement les 1% (sans en faire trop pour les raisons expliquées plus haut), largement les 9 et les 90 sans aucun soucis. C’est d’ailleurs à  eux que je m’intéresserai ici.

Que représentent ces 90% sur internet ? Ceux qui passent, sont passés, se sont éventuellement inscrits pour voir mais sans intérêt réél. Bref, ceux pour qui le besoin n’existaient pas. En entreprise il en va de même : si on inscrit d’office tout le monde on aura nos fameux 1-9-90, alors que si on part d’un groupe restreint mais largement concerné (vision et intérêt partagé) qu’on agrandit de manière concentrique par viralité et en prenant en compte le critère du “il est intéressé” au lieu du “on aimerait qu’il s’intéresse” nos 90% passent rapidement à  50%, voire moins. La non implication n’est pas, répétons le, le fait fait des outils et des communautés mais la résultante d’un manque d’alignement entre l’objectif poursuivi par l’entreprise et les bénéfices (donc intérêts) individuels. On revient donc sur une problématique humaine stricto sensu que les outils ne font que mettre en évidence.

La question est : ces 90% sont ils vraiment importants ? Si on identifie bien sa population cible le fait que 90% de la population se désintéresse du projet est la preuve d’un manque d’alignement flagrant. Si la communauté est ouverte aux quatre vents ou qu’on y a mis des personnes dont on aimerait qu’elles participent sans avoir créé/constaté de besoin ce chiffre n’a aucune valeur et ne démontre absolument rien, autant ne se préoccuper que du ratio entre les 1 et 9%.

Dans le cadre d’une utilisation en entreprise, si on se sert de ces ratios comme instruments d’évaluation ou de pilotage il est donc essentiel de comprendre comment a été constituée la communauté avant de vouloir faire dire quoi que ce soit aux chiffres. Et si on les trouve insatisfaisants, se dire que cela ne traduit le plus souvent rien d’objectif quant à  l’outil, au projet, à  la communauté mais simplement un alignement imparfait entre l’objectif poursuivi et les individus impliqués.

10 Commentaires

  1. Merci pour ce très bon billet.
    Mon avis est que dans le cas des réseaux sociaux qui ont une optique marketing le 1-9-90 n’est pas une catastrophe. 1% c’est peu, mais ce sont des consommateurs qui sont réellement impliqués pour la marque. Cela suffit généralement à  faire vivre la communauté, et surtout à  faire vendre.
    De plus, 1% c’est un chiffre qui est proche également des taux de conversion moyens sur les sites de vente en ligne. Cela représente sans doute la limite du ciblage, pas forcément évidente à  dépasser.
    Par contre, en entreprise, avoir seulement 1% des personnes qui participent est plus grave. Mais il est également plus facile à  mon avis de faire monter ce taux (les employés se doivent d’être impliqués pour leur boite 🙂

  2. Réunis tout un service dans une salle pour les faire échanger sur des sujets relatifs à  leur activité quotidienne.

    1 qui dirige, 5 qui sont moteurs dans les échanges, 25 qui réagissent, 30 qui trouvent ça intéressant mais préfèrent regarder les autres…et le reste qui fait “bof”. Ca devrait ressembler à  ça non ? Les chiffres changent un peu mais l’idée reste la même.

    Mais ceux qui font bof seront peut être les moteurs dans une autre salle avec d’autres personnes. Erreur de casting ? Problème de management ?

    Cela nous ramène aux problématiques de perte de sens, d’implication ?

    Là  o๠l’outil fait mal (ou fait du bien selon qu’on se voile la face ou que l’on soit dans une logique de progrès) c’est qu’il pointe la réalité humaine d’un groupe et montre qu’on a failli dans la délivrance du message. Sans rendre l’entreprise responsable de tout : certains n’ont simplement pas envie de s’impliquer et préfèrent tracer leur sillon au calme sans “risque” de se faire remarquer. Là  c’est davantage au niveau du casting que l’on a pu rater quelque chose.

    Mais il est certain que ce que l’on peut voir en entreprise est meilleur que le 1-9-90.

    Quoi qu’il en soit, 100% de leaders totalement impliqués je pense que c’est à  la fois impossible et ingérable.

  3. Bon, il va falloir que j’en dise plus sur mon concept de social-score, avec démo virale à  l’appui.

    Je suis d’accord sur le fait que si il y a trop de participation, le bruit deviendra inexploitable… Mais n’est-ce pas la spécialité du Web social d’apporter de – la clarté dans la confusion – ? ;o) .oO(qui reconnaitra le film d’o๠je tire cette expression ?)

    Je pense que si toutes les grosses entreprises utilisaient un système de diggback, inventée par Yahoo! Suggestion Board, elle réussirait à  augmenter la participation tout en voyant quel est l’essentiel pour la communauté (employés et clients).

  4. Tu poses deux questions:

    • Celle du bruit

    Elle peut poser problème aujourd’hui mais c’est un problème qui va s’estomper lorsque qu’au lieu de subir l’information les salariés vont apprendre à  la domestiquer, à  construire leur propre supply chain. Si l’information m’interesse elle viendra a moi…sinon…

    • Celle de la capacité de transformer l’informel en business

    Prenons l’exemples de l’innovation ou des best practices : je donne beaucoup, tout le monde reconnait que ce que je propose doit être appliqué / généralisé, mais en raison d’un “trop plein de bonnes choses” la plupart restent inexploitées. Je suis triste de voir que mon implication ne sert à  rien…je me retire dans mon coin.

    Heu…pour ton social score, tu seras au Barcamp de Lille fin mai ? Ca m’intéresse ton truc.

  5. Oui, je serais au BarCampLille, avec présentation officielle de LiFE2Front, la première :o) et j’espére que d’ici là  j’aurais :
    1/ déployé Seek-Line en mode full pour les membres du 1er bataillon
    2/ déployé mon “social-score contest” (via MyBlogLog et FriendFeed)
    3/ ouvert un 2ème réseau “powered by LiFE2Front” en relation avec le “social-score contest”

  6. Le chiffre de 1/9/90, quand on considère une communauté est éloquent. Mais si on considère les multiples implications des personnes, ils ne veut peut être plus rien dire. Il arrive que l’on fasse partie des 1 dans une communauté et des 90 dans une autres. Si nous regardons au niveau de l’implication de l’individu, et non au niveau d’une communauté donnée, je pense que le rapport est beaucoup moins important.

    Ensuite, nous sommes peut être à  la croisée des chemins en ce qui concerne le web entre ceux qui naviguent dans les communautés comme un poisson dans l’eau, ceux qui découvre, les nativ et les immigrants etc. Nous ne sommes pas au même point là  aussi

  7. En conclusion peut on dire que le 1-9-90 n’est d’une part pas forcément inquiétant et d’autre part qu’on peut faire sensiblement mieux sur des communautés internes ? Tout en considérant que le “tous impliqués, tous participants” n’est qu’une utopie ?

  8. la fing (fédération internet nouvelle génération) a fait un travail sur les luckers, les passagers clandestins, c’est à  dire les 90%. Ils concluent par une histoire que je trouve édifiante, un animateur de communauté qui avait 100 adhérents a décidé un jour de virer les 90 qui ne s’exprimait jamais et de garder les 10 restant. il s’est retrouvé tout seul !

  9. @jadlat : intéressant…ce qui prouve que les inactifs ont une utilité : ils servent de public aux autres, sont en quelques sortes les témoins de leur activité.

    On en revient à  la notion d’égo altruisme : je participe et j’aide parce que c’est visible et que ça me valorise.

    Par contre je pense que trop de lurkers peut tout de même briser une dynamique.

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