Peut on s’organiser sans organisation ?

Je me demandais dans un dernier billet si nous n’allions pas vers une économie que j’appelais économie du projet ou du partenariat. De la même manière je me demandais après avoir rencontré Don Tapscott et lu « Wikinomics » via une application de la loi de Coase dans un sens désormais inverse à  ce que l’on a pu connaitre jusqu’à  présent. Après tout c’est fort logique : si des coûts de transaction élevés justifient la création d’organisations telles que nous les connaissons, il peut sembler logique de se demander ce qui va se passer maintenant que les coûts de transaction sur le capital immatériel ont été drastiquement abaissés.

C’est justement la question que pose avec à  propos Francis Pisani à  l’occasion de la lecture de Here Comes Everybody.

Cela tombe bien c’est un sujet que j’étais en train de creuser histoire de voir jusqu’où les choses pouvaient aller, avec les avantages et les excès potentiels liés à  ce mouvement de fond. Mouvement de fond dont les commentateurs de Transnets notent avec justesse qu’il peut provoquer une vraie casse sociale…mais dont je pense qu’il peut être le fruit des individus eux-même. Après les vagues de licenciement ce seraient les collaborateurs qui abandonneraient l’entreprise à  son triste sort ? Gardons les pieds sur terre : cela ne concernera pas tout le monde, loin de là . Le seul problème c’est que ceux qui risquent de partir d’eux-mêmes peuvent fort bien être ceux que l’entreprise aimerait garder.

Je pense qu’un juste milieu peut exister entre ce qui est avancé par Shirky et ce que nous connaissons aujourd’hui. Reste à  savoir quelle forme peut prendre cette voie médiane.

Je reste convaincu que cette non organisation peut s’organiser en interne. Par le biais d’un système intrapreneurial par exemple. Bon cela reste bien vague mais j’ai quelques idées sur ce à  quoi ça pourrait ressembler…et un concept que je soumettrai à  vos critiques avisées d’ici quelques temps.

Le risque est justement que faute de construire un tel système en interne….on en arrive à  ce que décrit Shirky. Pour le meilleur comme pour le pire. La liste des « plus » et des « moins » serait intéressante à  établir, en termes de performance, de création de valeur…comme sur l’aspect purement humain.

Un autre point clé que relèvent les lecteurs de Francis Pisani est également le besoin nécessaire de hiérarchie car à  un moment où à  un autre il faut décider. Quoique je pense que plus que la décision ce qui importe le plus est la responsabilité : à  un moment où à  un autre il faut que quelqu’un (voire un groupe) puisse répondre de ce qui est fait. Economiquement, juridiquement, moralement même. Quoiqu’il en soit je pense en effet que la hiérarchie reste nécessaire. Mais elle peut également trouver à  l’avenir un cadre d’expression nouveau : on abandonnerait la notion de pouvoir lié à  la position pour se diriger vers un pouvoir contractuel qui n’est plus celui de l’entreprise vers son salarié mais celui que deux cocontractants ont l’un sur l’autre. Ce qui correspondrait à  un rôle nouveau pour l’entreprise : celui d’organisateur de chaine de valeur et de mobilisateur de ressources extérieures. Mais est-ce vraiement nouveau ? Finalement on a déjà  un pied dedans.

Ce qui amène quoi qu’il en soit à  une première forme de conclusion : même si les individus peuvent s’organiser sans organisation, cela ne met pas en cause l’existence de l’entreprise dans son rôle de grand ordonnateur. Tout est question de nature de lien juridique.

Alors demain « tous consultants » comme le laissait envisager Jacques Attali dans un de ses derniers livres ? Non plus. Mais par contre « tous dans des structures à  taille humaine, réactives, où les tches d’organisation ne prennent pas le pas sur les tches de production »….pourquoi pas. Mais d’ici là  peut être les entreprises auront elles su créer l’écosystème idéal en leur sein.

Bref l’organisation ne disparaitra pas, qu’il s’agisse de l’acte d’organiser ou de la structure. Peut être prendra-t-elle une forme différente de celle que nous connaissons.

Car finalement, quoi que nous fassions, seul ou à  plusieurs, dans ou hors de l’entreprise, nous amène à  nous organiser. Formellement ou informellement on se soumet à  des règles, parfois en les subissant, parfois sans même en avoir conscience. Et si la question, finalement, n’était pas à  propos du caractère subi ou volontaire de la soumission aux règles ?

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

Derniers articles

Vous avez aimé ce billet ? Suivez moi sur les réseaux sociaux :