C’était donc hier que le premier barcamp Lillois était organisé, dans les locaux de l’ESC Lille. Avant même le début de l’après midi on pouvait d’ores et déja dire que l’organisation avait réussi haut la main son examen de passage : le lieu et l’infrastructure parfaitement adaptées, un fort agréable buffet qui a été le centre de fort intéressantes rencontres jusqu’à  une heure assez avancée, un certain nombre de têtes connues qui avaient fait le déplacement de Paris, visiblement au grand bonheur des « locaux » qui voulaient réussir « leur » première, et enfin tous les ch’tis qui ont fourni des interventions et amené des interventions de qualité. Bref, pour toutes ces raisons Lille était l’endroit où il fallait être hier.

En ce qui me concerne j’ai commencé ma journée avec une intervention de Philippe Boyer sur un modèle d’animation de communautés de pratiques. Ce que j’en retiens : le rôle d’animetaur de communauté est essentiel et c’est le travail d’un professionnel à  temps complet. Autre point : l’appartenance à  une communauté ne doit pas être systématique : il fait un acte volontaire pour la rejoindre.

Le modus operandi proposé me semble relativement efficace. Se dire qu’il faut qu’une personne « pousse » les autres, aille à  la pêche aux informations pour aller prendre chez les uns ce qui peut aider les autres est finalement relativement conforme à  ce que je peux observer au quotidien. J’apprécie également le mode d’évaluation de l’animateur : le service rendu. Son intervention a-t-elle permis de solutionner un problème, de fournir à  une personne l’information dont elle avait besoin ? Simple mais réaliste.

Ce qui n’est pas sans susciter une inquiétude exprimée par Xavier Aucompte : il se méfie en effet de ce qu’il nomme l’effet « Aquarium ». Je m’explique : comme dans un aquarium duquel on enlèverait l’oxygène avec pour résultat la mort des poissons, il a du mal d’envisager une communauté qui ne peut vivre d’elle même et a besoin d’un facilitateur.

Effectivement son inquiétude est légitime. Mais essayons de voir les choses plus pragmatiquement : si la communauté a du sens, crée de la valeur, mais qu’elle ne s’amorce pas naturellement il est logique d’y mettre un peu de sang extérieur. Si l’organisation fait que la participation est contradictoire avec les objectifs quotidiens il faut bien y mettre un paliatif humain. Par contre rien ne nous dit que l’évolution à  venir des modes d’organisation ne rendra pas les choses plus naturelles. Par ailleurs je ne crois pas en un modèle exclusif avec ou sans animateur. Je pense qu’il y a des sujets stratégiques sur lesquels il faut initier les choses, peut être à  marche un peu forcée (si l’intérêt de l’entreprise en dépend) et d’autres qui sont plus naturels pour les collaborateurs. Je pense donc que pour les temps à  venir on observera la coexistance de communautés « aidées » et d’autres auto-gérées, peut être plus ponctuelles, vivant de leurs seuls participants.

Vint ensuite l’intervention de Denis Pansu qui nous a parlé des réseaux d’innovateurs, et notamment du Carrefour des possibles. La discussion a rapidement dévié sur l’entreprise 2.0 en général et ce fut l’heure pour Miguel Membrado, Xavier Aucompte et moi-même de rentrer dans la danse en confrontant nos expériences. Qu’en ressort il ? C’est un mode de fonctionnement dont les bienfaits sont reconnus de tous mais rendu peu aisé par tout un ensemble de faits que je ferai rentrer en vrac dans la catégorie « injonctions paradoxales ». Pas de surprise donc lorsqu’on en déduit que le rôle du top management est essentiel, dans l’exemplarité c’est certain mais également parce que psychologiquement il « sécurise » les usages. Je ne sais s’il s’agit d’une vérité intemporelle mais en tout cas c’est celle du moment.

Ce fut ensuite mon tour. Les organisateurs m’avaient un peu poussé pour traiter « entreprise 2.0 et intelligence collective » (Merci Isabelle…) mais j’ai relevé le défi. Guère évident en une heure vu la complexité des deux sujets. La ligne de mon intervention : les outils web 2.0 peuvent être des outils fantastiques au service de l’intelligence collective mais, d’un autre coté, c’est un peu « E2.0 et IC : même combat ». En effet ce ne sont que des outils au service d’un objectif et non une fin en soi. Reste donc à  les aligner sur la satisfaction des vrais besoins de l’entreprise et faire en sorte que l’entreprise les utilise. Inutile en effet d’accumuler du savoir, de savoir mobiliser un réseau d’expertises…si on ne s’en sert pas. Et dans ce cas on perd l’adhésion (je m’investis inutilement) et de l’argent tout simplement. L’alimentation de ces dynamiques est essentielle mais il faut encore décider de s’en servir.

Bien sur la question de l’évaluation a été abordée. Pour moi les choses sont simples : on se sert des outils au service de l’intelligence et de l’intelligence au service du business, nul besoin donc d’elaborer des indicateurs abracadabrantesques : les indicateurs actuels fonctionnent très bien. Nombre de nouveaux projets / produits lancés, bénéfice qu’ils ont généré, temps entre l’idée brute et sa prise en compte…voici des éléments mesurables très concrêtement dans le cadre d’un projet orienté innovation par exemple, voici des choses concrêtes et mesurables, avec un impact direct sur le bas de bilan. Alors bien sur, comme me fait remarquer Xavier, j’utilise des « vieux » indicateurs pour des choses totalement nouvelles. Mais l’objectif de toute entreprise, 1.0 ou 2.0 n’est autre que gagner de l’argent et je ne pense pas que cela va changer du jour au lendemain même en cas d’avènement du capitalisme social cher au prix nobel Muhammad Yunnus. Alors je veux bien qu’au fil du temps l’entreprise apprenne, par l’usage et l’expérience, à  tirer de nouveaux bénéfices de ces outils et du mode de fonctionnement qu’ils supportent, et qu’à  ce moment on invente les nouveaux indicateurs qui iront avec. Le bénéfice de l’entreprise 2.0 se jugera donc aux bénéfices des fonctions « traditionnelles » qu’elle supporte, avec les bons vieux indicateurs qui vont avec et ne me semblent pas si mauvais que ça. Je n’emettrai qu’un seul bemol : il concerne les indicateurs qui sont en contradiction avec les objectifs de l’entreprise : par exemple ceux qui font que des collègue soient amenés à  se considérer comme concurrents, ceux qui font que se mettre au service de l’autre est un acte hautement improductif…

Quoi qu’il en soit pour ceux qui veulent en savoir plus sur la question de l’intelligence collective, je vous signale que la seconde édition du « Le management de l’intelligence collective : Vers une nouvelle gouvernance » collective d’Olivier Zara est sorti en cette fin de semaine. Il m’a laissé, ainsi qu’à  d’autres, la possibilité d’y contribuer. Vous pourrez donc y lire l’expérience de Finaref que j’ai justement traité à  titre d’exemple lors du Barcamp. En tout cas il s’agit de la bible en la matière…

Un autre sujet a été la taille des communautés. A mon avis elles ne sauraient être globales car « orientées besoin » elles n’ont vocation a accueillir que ceux qui désirent s’investir dans sa satisfaction. Ce qui plaide également pour la possibilité, au delà  des communautés soutenues par l’entreprise pour répondre à  un besoin global, de permettre la formation de communautés « locales », réduites et peut être éphémères, pour prendre en compte un besoin local, terrain.

J’ai enfin été écouter Isabelle Brisset qui nous a fait partager sa vision de l’informathèque 2.0. J’en ai déjà  longuement parlé ici donc pas besoin d’en rajouter, d’autant plus que je crois que la vidéo de son intervention sera rapidement disponible. Je ne peux que luis souhaiter bonne chance à  elle et à  son équipe dans la réalisation de ce qui serait un exemple à  montrer à  toutes les entreprises, avec l’impact qu’on imagine sur les étudiants. Rendez vous en 2009 avec un point d’étape dès octobre. Pour information elles ont été nominées au prix de la meilleur initiative pour le prix i-expo 2008…résultats mercredi.

Un dernier petit mot sur une population assez « spéciale », rencontrée à  cette occasion, les Iteemiens, du nom de l’Iteem, formation montée en collaboration entre l’ESC et Centrale Lille. Je ne sais si c’est la double compétence ou le contexte très « 2.0 » de la gestion de l’information dans cette école, mais pour avoir discuté avec quelques uns d’entre eux j’ai été impressionné par leur maturité, leur compréhension des enjeux auxquels les entreprises vont devoir faire face, leur coté « ouvert à  l’avenir », innovant et entrepreneur. Un bon vivier pour recruter des personnes en phase avec les besoins des entreprises de ce coté là . J’avais déjà  longuement pu discuter avec Frédéric Bouchez…j’ai pu me rendre compte qu’il n’était pas un cas à  part mais qu’ils étaient nombreux comme lui. Ca fait plaisir.

Le tout s’est terminé autour d’un buffet autours duquel on a pu discuter de l’avenir des organisations et des enjeux que cela représente au niveau de la compétitivité nationale avec Miguel Membrado et Martin Roulleaux-Dugage. Mais c’est une autre histoire.

Retour tardif par le dernier TGV avec Fabien et Yves de Nextmodernity et Louis Naugès qui en parle d’ailleurs ici.

Vraiment une belle journée.

Merci pour tous les Ch’tis et à  la prochaine.