Encore tout et son contraire sur l’utilisation des réseaux sociaux au travail

Cette semaine encore la gueguerre du « pour ou contre l’usage des réseaux sociaux en entrepris » nous livre un nouvel opus. Cet article de CNN nous explique de l’usage du web au travail peut être bénéfique. En face, cette étude de la Confederation of British Industry nous dit exactement le contraire et nous annonce un coût abyssal pour les entreprises.

Que faut il vraiment en penser ?

Il y a à  mon avis deux types d’utilisation : ceux qui s’en servent pour se distraire et ceux qui le font dans une optique de networking.

Dans le premier cas il est sur que l’entreprise n’y gagne rien. De là  à  dire qu’elle y perd il n’y a qu’un pas que je me haterai de ne pas franchir. Tout le monde sait qu’un salarié n’est pas productif 8h par jour, qu’il fait des pauses, qu’il souffle, simplement parce l’inverse est physiologiquement impossible. A ce moment je ne vois pas la différence entre se balader sur internet, aller boire un café, discuter avec son voisin ou simplement faire une micro-sieste.

Dans le second cas il s’agit de développer son réseau et cela constitue à  mes yeux un investissement. Tout contact d’un collaborateur peut devenir un jour un client, un prescripteur, une recrue… à  ce titre l’entreprise comme le collaborateur tirent profit du temps passé à  formaliser et entretenir ce réseau. Je cite souvent comme exemple Hervé Bloch qui a poussé la logique jusqu’au bout et avait présenté lors d’un débat sur le sujet une analyse chiffrée du chiffre d’affaire qu’il générait grâce à  son réseau pour son employeur et l’impact sur sa rémunération. Une démarche qu’il explique par ailleurs ici. A la lecture de l’article j’ai bien l’impression que son usage efficace des réseaux n’est pas étranger à  sa récente promotion. Et pour faire bonne mesure j’ajouterai que mes premiers contacts avec Hervé datent d’il y a plus de deux ans, par l’entremise de mon blogs, lorsque je l’avais interviewé dans le cadre du « blog emploi challenge » et il m’avait expliqué comment il utilisait son blog pour être visible, tisser des liens, et à  l’époque trouver un emploi. Le temps a passé et la méthode semble avoir porté ses fruits non ? CQFD. Cet exemple vous évitera d’avoir à  lire le mien tout aussi éloquent sur le sujet. Je confirme qu’en terme de business development et même de recrutement on peut clairement quantifier l’apport d’un collaborateur qui a un réseau étendu et efficace.

Il y a également les situations mixtes. Entretenir des relations avec ses amis sur Facebook qui n’est pas pour moi un outil à  vocation professionnelle peut faire qu’un jour un de ces amis mettent son réseau, professionel celui là , à  votre service. Il n’est pas non plus impossible de sympathiser avec une personne sur un reseau social ou un groupe facebook dédié au golf et à  la peinture et que de fil en aiguille cette relation débouche sur une relation d’affaires.

La question est à  mon avis ailleurs : l’entreprise sait chiffrer les coûts mais n’a pas encore pris l’habitude de chiffrer les gains. Qu’un collaborateur passe du temps sur linkedin ou à  discuter sur des forums ou blogs spécialisés c’est du temps et de l’argent perdu. Mais lorsque cette activité permet de gagner un client ou faciliter un recrutement, donne même de la visibilité à  l’employeur on se contente juste d’enregistrer le bon de commande comme s’il était tombé du ciel. Comme le dit Steve Dale, il s’agirait de mesurer les choses à  l’aune du contexte du XXIe et non du XIXe siècle. Et pour aller dans le sens de Jay Deragon, l’aspect financier dépend largement de la qualité des relations, ce qui sous entend clairement que le temps passé à  les entretenir est bel et bien un investissement.

En tout cas pas de catastrophisme : cet article de 01 informatique montre clairement que les entreprises ne paniquent pas et ont plutôt tendance à  tempérer les cris des Cassandre en herbe. D’un autre coté il dit que priver les salariés d’accès à  ces réseaux peut créer un sentiment de frustration qui amenerait les salariés les plus jeunes à  la démission. Visiblement, selon cette étude, les 18-24 ans en font une question de principe.

Un dernier point : les collaborateurs qui utilisent des plateformes grand public comme Facebook afin de créer des groupes au sein desquels ils vont pouvoir échanger de l’information. Là  il y a véritablement danger pour les entreprises qui n’en contrôlent pas l’accès. Mais la réponse n’est pas d’interdire l’accès à  ces services, c’est au contraire de fournir en interne ce que les collaborateurs sont contraints d’aller chercher à  l’extérieur. Il y a quelques mois une étude SOFRES montrait que beaucoup de salariés désiraient que leur entreprise utilise Facebook. Ma lecture avait été différente, Facebook devant un peu comme Frigidaire ou iPod un nom générique pour désigner un type de service, je pense que les salariés sont surtout demandeur d’outils qui leurs permettent de faire comme avec Facebook.

A bon entendeur…

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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