Le 2.0 vers une évolution systémique plus réaliste

Cela aurait presque pu passer inaperçu. Dans un billet concernant au départ Dell et le fait que leur boutique en ligne était finalement plus « web 2.0 » que leur ideagora Ideastorm, Tim O’Reilly en a profité pour glisser entre deux paragraphes une évolution significative de sa propre définition originelle du web 2.0.

Pour information je vous rappelle ce qui fut la définition de départ et qui figure encore sur wikipedia (je vous fais grâce de la traduction):

Web 2.0 is the business revolution in the computer industry caused by the move to the Internet as platform, and an attempt to understand the rules for success on that new platform.

Une définition assez visionnaire en somme mais qui a, à  mon avis, été victime de la multiplicité des interprétations qu’elle permettait. Et a suscité certaines tendances techno centrées. Si la flexibilité du web a pu permettre de s’en sortir sans grande peine, la transcription de cette définition au monde de l’entreprise a donné quelque chose comme « l’utilisation des blogs et wikis en entreprise », ce qui a fait plus de mal que de bien au concept d’entreprise 2.0. Et ce même si Andrew McAfee a « recadré » sa définition pour pour passer de l’utilisation des outils web 2.0 dans l’entreprise à  l’utilisation d’outils sociaux émergents dans les entreprises, mais également avec les partenaires et les clients comme j’ai pu le constater à  Montreal en mai dernier.

Bref, l’air de rien, O’Reilly vient de nous glisser une évolution majeure de sa vision. Même si les querelles de définitions m’ont toujours semblé plus amusantes qu’utiles, les implications de celle-ci mérite qu’on s’y attarde.

Que nous dis donc O’Reilly?

I define Web 2.0 as the design of systems that harness network effects to get better the more people use them, or more colloquially, as “harnessing collective intelligence.” This includes explicit network-enabled collaboration, to be sure, but it should encompass every way that people connected to a network create synergistic effects.

Ce qui pour le coup mérite une petite traduction

Je définis le web 2.0 comme étant la conception de systèmes qui mettent à  profit les effets des réseaux sociaux pour tirer le meilleur de ceux qui les utilisent, ou pour parler plus simplement, mettre à  profit « l’intelligence collective ». Cela inclut bien entendu la collaboration en réseaux formels mais cela devrait englober également toutes manières de créer des synergies en connectant les individus à  un réseau.

J’ai mis en gras les points qui me semblent essentiels

Le web 2.0 n’est pas une question d’outils, ni même de systèmes, mais c’est la conception de ces systèmes. Cela implique une vision macro, systémique bien sur, ce qui nous ramène à  des logiques d’organisation plus que de fonctionnement.

On n’utilise pas les réseaux mais leurs effets, ce qu’ils produisent.

Cette définition pourrait donc être appliquée, à  mon sens, telle qu’elle à  l’entreprise, en remplaçant web par entreprise.

La composante « macro » se retrouve dans la dernière étude McKinsey qui montre bien que ça n’est pas une question d’outils mais de vision organisationnelle. C’est la vision que l’on a de l’organisation, des systèmes qu’on met en place, qui conditionne le reste. Cette notion de « système » par ailleurs n’est pas sans me rappeler ce qui m’a inspiré la SOO (Service Oriented Organization) où même ma « vieille » définition de l’entreprise 2.0.

L’utilisation non pas des réseaux mais de ce qu’ils produisent est à  rapprocher de ma logique de l’alambic : une activité sociale a forte dominante informelle ne crée de la valeur à  condition que la réappropriation de ce qu’elle produit au service de l’entreprise soit tout simplement possible, voire organisée lorsque la mise en place d’une procédure s’impose pour y arriver. Ce qui se retrouve également dans la réflexion que j’ai pu mener par rapport aux cartes de stratégie : la valeur des actifs intangibles ne se réalise que dans les activités bien tangibles ce qui nécessite alignement et utilisation au service des activités business bien traditionnelles. Ce qui évite, ceci dit, d’aller chercher des indicateurs de performance alambiqués pour votre projet 2.0 : des indicateurs opérationnels concrets classiques de type balanced scorecard feront très bien l’affaire. Une manière d’arrêter une fois pour toute de confondre la fin et les moyens.

Ce qui nous rappelle bizarrement qu’une problématique entreprise 2.0 est avant tout une entreprise d’entreprise avant d’être 2.0. Ouf !

Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.

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