Friends Clear : la désintermédiarisation pour sortir de la crise du crédit

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L’entreprise 2.0 c’est une entreprise avant d’être 2.0, et les outils sociaux sociaux sont des outils avant d’être sociaux. Tout cela pour vous dire que n’importe quel « truc 2.0 » se caractériste d’abord par une vision des modes d’intéraction et d’échange avant de se caractériser par des outils. Et une bonne vision peut permettre de remettre à  plat une industrie bien old school sans en changer la finalité ni les traits essentiels.

Et la situation actuelle nous montre comment, une fois que « ce qui n’est pas changeable » connait une crise profonde malgré son infaillibilité supposée (souvenez vous du « on a toujours fait donc ça donc ça ne peut se faire que comme ça), on peut faire avancer les choses à  condition de procéder à  un vrai changement de paradigme.

Les banques n’ont plus d’argent ? Elles n’ont plus confiance ? Elles ne prêtent plus ? Elles ne se font même plus confiance entre elles ? Ajoutons à  cela que le particulier ne fait plus confiance à  la banque non plus et vous avez tous les symptomes d’un crédit crunch et ce d’autant plus que les médias ne cessent de nous rappeler que nous serons ruinés demain.

Alors bizarrement tout ce qui avant n’était que mathématique, basé sur la prévisibilité, l’évaluation cartésienne du risque et le scoring a prouvé ses limites on se remet à  accorder de la valeur à  ce qui n’en avait pas dans cette industrie : les gens, la confiance, et ce qui les sous-tend : l’existence de liens, d’échanges interpersonnels qui rendent cette confiance possible. Peut être une ébauche de réponse pour tous ceux qui sont convaincus que « échanger, réseauter et créer du lien ne font pas avancer le business ».

Dans le prêt aux particuliers on s’est donc focalisé sur le prêt en oubliant le particulier. Et bien, suivant la même logique que celle que je développais en introduction sur l’entreprise 2.0 et les outils sociaux, une tendance au retour vers le « particulier », le people centrism, se dessine.

Peut être vous souvenez vous de mon interview de Jean-Christophe Capelli il y a de cela près de deux ans. Et bien son idée de prêt de particulier à  particulier vient de voir le jour sous les traits de Friends Clear.

En raison de la législation française, Friendsclear n’est pas un clone des services similaires à  l’étranger tels que Prosper ou Zopa, qui permettent à  des personnes ne se connaissant pas de se « trouver » et se prêter de l’argent, mais il permet à  des gens se connaissant déjà  et se faisant confiance de mettre en place ce type de pratique et des les sécuriser. Le slogan de FriendClear est clair : « entre amis tout est clair ». Et ici, alors qu’on rentre dans la logique de la banque 2.0 l’outil n’a rien de 2.0 mais supporte une logique qui elle l’est : la désintermédiariation et le fait que la banque ne fait plus écran entre prêteur et emprunteur (car il ne faut pas oublier que l’argent prêté est celui d’autres personnes…). Une logique similaire à  celle qui amène à  sortir d’une logique de Hub pour passer à  une logique de point à  point lorsque la situation le rend nécessaire.

Finalement je trouve cette démarche encore plus « 2.0 » car le service ne joue qu’un rôle de facilitateur et il se fonde sur une confiance réelle, ayant pris naissance dans « la vraie vie ».

Je me souviens avoir lu quelque part les chiffres comparés des défaillances entre les remboursements de prêts bancaires et de prêts entre particulier. L’écart était vertigineux alors même que l’infaillibilité des modèles mathématiques semblait nous garantir le contraire. Mais je suis sur que Jean-Christophe les a et se fera un plaisir de nous laisser un petit commentaire pour nous les donner.

Ce dernier point d’amène une dernière réflexion qui n’est pas sans s’accompagner d’un petit sourire en coin. Là  où la modélisation et la logique montrent leurs limites, le tryptique homme / réseau / confiance que l’entreprise se refuse à  prendre en compte car « non prévisible » montre des résultats et une fiabilité largement supérieure.

De quoi méditer.

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Bertrand DUPERRINhttps://www.duperrin.com
Head of Employee and Client Experience @Emakina / Ex Directeur Consulting / Au croisement de l'humain, de la technologie et du business / Conférencier / Voyageur compulsif.
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